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Full text of "L'art du blason justifié, ou, Les preuves du véritable art du blason ... : avec la méthode abbrégée des principes héraldiques"

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'1 tOf % ^ 



L* A R T 

DV BLASON 

I VST I FIE', 
o V 

LES PREVVES DV 

VERItABtE ARTPy BlASON. 

ESTABLIES PAU DIVERSES 

Aiuhoritez , & par plufi-eurs exem- 
ples tirez de ia pratique vJiiuerfelle 
des armoiries , depuis ûx cens ans 
-dans toutes les Nations dehEuropç, 

Aiéec la Méthode ayhre^ée des PùnaPe^ 
Héraldiques, 

Par le P. C. François Menestrîer 
àé la Compagnie àt I e s v s .- 



\^ L Y' on; 

Chez Benoist Coiîàl j rue Mercier* 
à la Vidoire, 



M. DC. LXI, 
jiutc Primiegil dn Koy. 



CR» 



m-. 





A MONSIEVR 

LE VICOMTE 

DE S.MAVRIS. 



ONSIEVR* 



Vùffre que le worn faù de 
eette pièce efi tfne aRion de lufli- 
ce. Slîe *Zfous eft due de tant de 
façons i que te commettrots <un 
crime ^fiie lafaifoù faroiflrefotis 
njn autr^ nom que le Voftrc, Elle 
a efté concelie dans fiUttfîre cabi' 
net que t^os Ancefires ont rempli 
des monumens de leurs yertas^ (^ 



FPIS^TRE. 
des marques de leur courage, Cefi' 
fur les Images de as grands hom- 
mes que ie tiray Us premiers ira'tis 
du tableau que k ycm pnftnte^ 
Les relies de leurE^rit fninfpi- 
rerent lesfenïtmens que ie froduù 
four la d^fènp de la Noblejp. le 
decouurà dans Us mémoires de 
feu M, de Satagny^ des lumières 
qui ont inBruit les flm fçauani 
imuatns du hlafn^ is* t'apprà 
parles belles chops quit a laifêes^ 
que cefîûit auec futet que lepliié 
m fie de nos Koù tauojt eftabU 
iuge gênerai des 4rmes ^ hlafons 
de "France, il remplit cette charge ■■ 
auec yn Jclat digne de fa '^ertu^ . 
^ ce fut luy qui e^ita la No- 
bleffi à I4 recherche de fis titres^ 
C^ à la îonnoiffmce de fis auân- 



EPISTRE. 
tagei : awfi le blafon luy efi obli- 
gé de toutes les iHuBrAtions quil- 
a receues, 

Il fit miHre tomr^ge âà' 
Fere.i Monet , d communiqua fes ' 
lumières au P, Clément ^ qm les^ 
fort A député en SSfagrfe oùd efla^ 
blit les loixexaÛes de l'Art Hé- 
raldique , ,^ la France' luy fera ^ 
éternellement oiligée du choix qtiil •' 
fit de M,d^H€%^er , four remflir 
fa charge afr es luy, fuiS' qud ne^ 
luyfaîlott pas ijnfuiceffeurd'vne^ 
moindre réputation pour fout e^ 
mr la gloire qud s'ehoit acqmfi 
dans l* exercice de cette nouuelle 
diinitéé 

f^<?/7i , M0NSIEVR> lej caufis 

qui m'obligent cte couronner la 

fcmce glorieufe des c»moiJfancej 



EPïSTRE. 

HeraUiqtses que te dtff^ens^^ corn- 
me te deftine à vn autre lUuflrc les 
origines des armoiries pot4r recoïi" 
notfire lesfoms dont tla contribué 
a L éclat de cette Science j te dots 
ce refpeSÎ à la mémoire de n^ojire 
Oncle incomparable , que mon ad- 
uer faire a tjouIu fletrtr far des 
re flexions mturieufes. le ne fçau- 
rots éleuer ^» flu4 magnifique 
Crophee à cette muuelle Science^ 
que tentrée de VoHre Maifon^ 
qui eft le plus AuguBe Arc de 
Triomphe que la hoblefli fipuijjfi 
drejjfèrs^pourme mettre à couuert 
des atteintes démon aduer faire ^ 
ie ne puù hy opfofer des boucliers 
plus impénétrables , que ceux des 
Héros dont lejang coule dans Toj 
ys'mes^ 



EPISTRE. 
Ye^ere qtivn nom fi grand 
que le njofire grojfira le parti de 
leux qui entrent dans mes pnîi" 
mens , ^ comme te yoù défia 
mon accufateur abandonné far 
ceux me fines que le fang , ^ de 
«vieilles amitieTi attachoient à fis 
interefis , te meferfuade que VO" 
fire apprûhation m en attirera 
beaucoup Vautres , ^ qutl neB 
ferfinne qm ne fafie gloire de 
la future , tandt^ que iauray l*a^ 
uantage <ïeHre inuidablemenL 

MONSIEVR, 



Voflre tres-humbîe &tres- 
obeïflant feruiteur. 

C. Fa Mené STRIER de la Compa- 
gnie de Ie s v s. 



ADVERTISSEMENT AVX 
Le c te V R s. 

QVoy que ce Liure foit en forme 
d'Apologie & dé defenfe , il ne 
lailfe piis d'eftte neceflaire à ceux qui 
veulent s'inftmire des recherches les 
plus curieuiès du blafoDjqui y font trai- 
tées. Ceux qui ont \^ le verttabU Art 
dh BUfon '. auront de la fatisfa£tion à 
lire celuy-cy , où ils verront beaucoup 
dechofes mieux expliquées , ^ mieux 
deuelopées ; Ils y trouueront auiîiré- 
cluirciflement de beaucoup de chofes, 
<jui n'auoient efté que touchées dans 
■ce premier ouurage. Enfin ie confidere 
cette pièce comme neceffaire à rintelli- 
gence des autres que ie traiteray dans 
les autres parties -, & ie m'alfeure que 
les curieux feront, bien aifes de voir 
eftably pair de fortes raifons , & des 
^uthoritez irréprochables , ce qu'ils 
auoient crû dépendre de lafantaifiedes 
pfemiers Autheurs. 



PREFACE, 

TOvs les Siècles fçaii ans onc 
vu des Apologies de la 
Science , & de la vertu. Il 
y a long-temps que l'vne & l'autre 
font perfccutées , & leurs Martyrs 
Tont plus anciens que ceux de l'JE- 
glife. Si le fang de ceux-cy fut le 
beau germede la Foy , & la femen- 
ceglorieufe des Chreftiens, la pa- 
tience Se les lumières de ceux-là 
onteftéles premières Académies 
de la Morale ôc des Lettres. L'en- 
uie en veut particulièrement à leur 
éclat , ôc le grand iour qui les ac- 
compagne par tout , ne fçauroic 
eflre foufFert par ce Démon de 
1 Abyfme , & par cet efprit de 
ténèbres.^ Ces deux rares qualitez 
qui font l'ornement de la paix de 



PREFACE. 

Tame l'obligent à plu fie urs com- 
bats, & c'eft pent-eftre pour ce 
fuie: que les Grecs armèrent la 
Science en leurMInerue, ôcque 
Ips Romains donnèrent à la Vertu 
le mefme nom qu'à la valeur. 

Nous ne deuons pas attendre 
des temps plus heureux que les 
premiers, 6c ii le Siècle d'or n'a pu 
garantir l'innocence de Tes enne- 
mis , le Siècle de fer ne fçauroit 
prétendre cetauantage. Il faut que 
îa vertu foit la viélime de toutes 
les paffions , puis qu'elle eft feule 
leur fupplice celles fe vangcntfur 
elle des peines qu'elle leur fait fouf- 
frir , èc leur bile eft d'autant plus 
dangereufe , qu'elle a efté plus re- 
tenue. Semblables aux TorrensA 
qui on a donné des digues , elles 
redoublent leur violence, 6c ren- 
uerfent également les Cabanes 6c 
les Palais , les Eglifes , èc les Maf- 
quées.Ce defordie fe trouue dans 



PREFACE. 

la Nature aulTi bien que dans la 
Morale.Les fleurs tombenc^auec le 
chaume fous le coutrc du Labou- 
reur , &: le temps qui deuore tout 
n efpargne ny le Marbre ny le Por- 
phire. Il n'a pas mefme refpedc 
les merueilles du Monde: les ou- 
uragcs de Lyfippc & de Phidias 
ont eu la mefme fortune que les 
Images de Morphorio , & de Paf- 
quin qui font le iouet de la canaille. 
Ne nous plaignons pas d'vn mal 
qui nous efl: commun auec les il- 
luftrcs de tous les temps, ôc fi nous 
n'auons rien de leur éclat conten- 
tons nous d'auoir part à leurs dif- 
graces , & d'eftre célèbres par la 
calomnie , fi nous ne le pouuons 
cdre par la vertu. Vn Romain 
ccriuant autrefois au plus éloquent 
de fes Concytoiens pour le confo- 
lerdVne perce qu'il auoit faite, luy 
reprefenra les triftes fpeétacles de 
fon voyage d'Afic , & les ruines 

A ij 



PREFACE. 

des villes les plus fuperbes : Enfin 
après la defcripcion tragique de 
tant de calamités, il luy efcriult ces 
beaux mots, f^em nos homitnculi m- 
âignaynuY fi c[iips nofinim interitt .;... 
Cii?nvno loco tôt oppiâorum c^dauera 
protecfd iaceat-^diihns quelque cho- 
(e defemblable. Les Athanafes, les 
Chriioftomcs, &lesFulgencesonc 
efté perfecutez par des Prélats, 
leur innocence a efté condamnée 
dans des aflémblées , où elle de- 
uoic eftre maintenue : après de fi 
grands exemples delà vertu mal- 
traitée , oferois-ie me plaindre de 
riniufticede celuyqui m'a fait le 
fuiet d'vne Satyre ? ôc n'cft-il pas 
glorieux de porter de fembiables 
blefTures? Mon defplaifir eft de ne 
les auoirpas receucs pour vne cau- 
fe auffi raincl:e,quelesleurs5ratrë- 
drois des couronnes immortelles 
pour cesglorieufes cicatrices , (î le 
fer de l'impiété , ou de l'idolâtrie 



PREFACE. 

les auoit faites, & les iniures de 
mon accnfatcur feroiéc des Eloges 
dignes du fouuenir de la pofterité, 
fi vn Turc ou vn laponnois les 
auoit proférées. Laifions du moins 
faire à la charité vn difcernement 
Chreftien,reparons Tautheur, de 
fon ouurage j examinons Ton écrie 
fans toucher à fa perfonne 5 conv 
battons fes fentimens fans faire la 
recherche de fes mœursm'iniitons 
point fa mauuaife humeur , & ne 
faifons point de fantofme , ny de 
chimère à fon exemple. Et cènes 
puis qu'il a protefté ciuil n^ point 
pt apprendre ce que te Juts Uijqu /» 
frefent ypag. 10. ne doit -on pas 
prendre fa Satyre pour les fonges 
de fon imagination échaufée , ê^ 
pour àcs fables de ïcs vieux Ro- 
mans. 

Cet emportement n a pas eu le 
fuccez qu'il pretendoit, il a peu 
trouuc d'approbateurs , 5c i'ofc 

A il) 



, PREFACE. 

4ire qu'il n'en a point trouué âa^ 
raifonnablcs. Quelque facilité 
qi-i ayt la medifance à fe gliffer 
dans les efprits en vn fiecle cor- 
rompu 5 i'aydequoy me louer de 
laïuflicedesperfonncs éclairées, 
& il 1 accufation de mon aduerfai- 
rceftoit iuridique i'aurois à pro- 
duire des témoignages irrépro- 
chables de fa conduite condam- 
née, & de la iuflefTe de mes fen- 
timcns. le n'ay pas perdu tous mes 
defcnfeurs en perdant l'illuflre 
Monficur d'Hozicr 5 cet oracle du 
Blafon ,qui aura peine de trouuer 
lonfemblable dans le fiecle pcn- 
loit à me iuflifîer , quand la mort 
nousle rauit, &il nemcreftedes 
belles efperances que i atrcndois 
defon amitié, quVn témoignage 
autant généreux que def-interefTé 
à€ IWignation qu'il auoit eue à la 
ieaurcdelefcritde Tautheur mo- 
derne. Comme les dernières paro- 



PREFACE. 

les de ces oracles ont couftume 
d'eftre refpeftées , ie les rappor- 
teray.icy telles qu elles font dans 
vne lettre qu'il m efcriuit vn mois 
auant fa mort. î ayeumtant àeioye 
de receuoir la lettre que vous m (tuez, 
fait thmmeur de mefcrire du S. de 
ce moi6,en la matfon de tlllufire Gen- 
til-homme qui s'arme d'argent a trois 
yfheurons de gueules a la bordure enr-- 
grejlée d'azur , que i'ay eu du deplai- 
Jïrd'auoir lu mefmeauec horreur l'A- 
^ologie du Preuofi de l'ijle-barbe. En 
vérité la Charité chreftienne y efl 
hienoffencée , ér cela ejl bien de mau- 
uaife grâce quvn Preftre ayt efcrit 
mec tant de bile , é* ^^^^ d'animofité 
contre vn autre Frefire , & f^^^ '^^ 
procez comme les Normands fur la 
f ointe d'vn eguille. le ne luyfaurois 
pardonner auj]ï,& ie me foucie feu 
quil le fcache.au contraire t'en fer ay 
bien ayfe , qu'il ayt pris a tache de 
deffendre leflm acheué fnffon^& U 



A iv 



PREFACE. 

fu^infigne mpofieur é ^routeur 
qnt Jon au monde , é'c le laifTe 
Jcreftedc cette lettre où i] de- 
Agne plus parciculferenient vne 
per/oiiiïe,qui n'a aucune part en 
ce demefjé, & dont ie dois confer- 
lier ia réputation. 

^efldeiamairondeMonfieur 
ieVjcomtedeS.Moris,QueieJuv 
iiuois cfcrit, & il eft bon de remar- 
quer 1 induftrie dont ce grand 
.. iiomme fe feruoit pour cultiuer fa 
prodigieufe mémoire. Il n efcri- 
uoit iamais â fcs amis qu'en ter- 
mes de Cabale , quand W auoit oc- 
cafion de parler des familles , afin 
que cette façon d'efcrire imprimât 
plus fortement à fon imagination, 
i^s pièces des armoiries des plus 
liluflres maifons du Rovaume 
Ainfipour efcrire le Mariage du 
Comte d'Armagnac auec Made- 
nioifclle de Villeroy, il efcriuit que 
*es trojs allerions en bande s al^ 



PREFACE, 
lioient à la Demoilclle au cheoron 
& aux croix ancrées. Et il ne fa- 
lùoit iamaiisMadame laVicomtefTe 
deS.Morisdelamaifon deDarVias, 
que fous le nom -de la Dame à la 
croix ancrée. Voicy vn effet mei- 
ueilleux de fa mémoire extraordi- 
naire 3 il rendit vn iour viiite à vn 
de nos Pères en cette ville , 6c ce 
Père l'ayant infcnriblemenr enga- 
gé à parler de dinerfcs fainillcsda 
Royaume, Iny demanda s'il con- 
noifloit celles du Royaume d'El- 
cofTe il luy refpondic, qu'il n'en 
eftoit aucune condderable dont il 
ne f(çeut,le nom,lesfirmes 6c les al- 
liances. Il fe trouua qu'en mefme 
temps le Pere Aberner Efcofîbis 
cftoit arriuc en cette ville , &: fut 
de cette conuerfation (ans fe faire 
çonnoiftre ? on l'interrogea de la 
famille de ce Pere >dont il dit d'a- 
bord toutes les branches , & après- 
auolrcharbonnéfes arm.es auprès 

A V 



PREFACE 

du feu, où ils eftoient, dit qu'il y a^ 
uoit vn lefuite de cette famille, cer 
qui furpric tellement le Père Ef- 
coflois qu'il nefeignoit point après 
de dire qu'il auoit va vn prodige^ 
La perte que la Frace a fait en cet 
home efl: confiderableimais H n'efl: 
pcrfône à qui elle doiue eftre plus 
fènfiblequ'à moy , puisqu'il auoit 
comencé de s'ouurirpourvn com- 
inercc réglé de lettresjôc qu'il m'a- 
uoit promis plufîeurs iours de con- 
uerfation fur le fiiiet des armoiries 
à roccaflon d'vn voyage qu'il auoic 
delïein de faire. 

Je pourrols me fea-uir de plu- 
{icurs autres lettres femblables de 
diuerfes perfonnes pour ma iufti- 
fication , mais la blefllire que i'ay" 
/eceuë n'a pas befoin de cet appa* 
rell , &: le coup n'eft pas dangc- 
«eux.C efr cequcdit iVne desde- 
iiife^ que î'ay fâit.fur ce ll"iier,dont 
h €or]^s,eft vc Eguillon enla maiiï. 



PREFACE. 

dVn Laboureur aucc ces mots. 

Stimulât non vnlnerM. 
Il fichue mais il ne bleffefas: où fi ce 
font des blefTures elles font fem- 
blables a celles du courre du labou- 
reur , qui ne déchire la terre , que 
pour la rendre féconde -.fœcmiâat 
fifmcmt , ie tafcheray d'applanir 
tous ces filions 3 c'efl ce que dit la 
troifiefme deuife àivwç. heriè auec 
ces mots ^fulccs .iquabtt arMri. S'il 
y a du crime dans ce procédé, il 
efl plus en ceux qui l'ont caufé 
qu'en celuy qui Ta exécuté. Il vou- 
Joit feulement foutenir fes fenti- 
.mens ,5^ appuyer fa Dodrinc par 
.des authoritez fçauantcs,&: par de 
folides raifonnemens. Il s'en eftoic 
iCxpîiquc à quelques - vns de (ç^ 
amis, bc fi tous eufient efté rai- 
fonnablcs fon efcrit feroit fans re- 
proche. Il en trouua , qui voulu- 
rent venger des iniures préten- 
dues , &c reparer par des outrages, 



, PREFACE. 

ceîny qu'ils croyoient , que mes 
opinions leur auoient fait eftanc 
difFerentes des leurs. Auffi la qua- 
triefme deuife iuflifîe mon accu- 
fareur , & reiette fa faute furceux 
qui l'ont appuyée. Le corps de cet- 
te deuife eft vne charrue décou- 
plée auecces mots , hAret ni trahi- 
tur , pour dire que comme cet in- 
ftrument du labourage eft immo- 
bile fî des beftes ne le tirent , moa 
aduerfaire a eu befoin de follicita- 
tion pour efcrire fa Satyre. le ne 
\eux pas neantmoins faire paffer 
pour beftes ceux qui l'ont incité à 
ie faire, ie parle en deuife,& d'vne 
manière figurée , Ôc quoy que le 
Poète Italien compare l'Efprit Sa- 
tyrique . au Satyre de la fable qui' 
cftoit 

MezzohHomo,mez&o Capra,tuîto 
beltia 

Mcirie homme , moitié cheure (jr 
tout bejte. 



PREFACE. 

l'ay plus de referue que luy , 5c ie 
ne Veux pas me feruir d'vne licen- 
ce poétique. 

Les deux dernières deuifes font 
prifes des pièces des armes de Tan- 
cien Preuoft, qui porte d'azur à. 
vne eftoile de huit rais d'or, aiv 
chef danché de mefme. La pre- 
mière eft vne fcie dont le chef 
danché eft la figure , auec ce mot 
ni moràet tnmis , ceft inftrument 
eft inutile s'ilnemord , l'art ne luy 
donne que des dens pour couper, 
hi pour deftinlr : cette deuife eft: 
afTez propre pour l'Autheur Mo- 
derne , qui n'a iufqu'à prefent im- 
primé que des Satyres contre le 
Théologal de l'Eglife de Lyon , U. 
contre moy. La féconde eft vné' 
«ftoile auec cet hemyftiche 

Solc^ in cpiUgm: lucet. 
Car comme cet Aftre n'a de lu- 
mière que dans les ténèbres , l'ef- 
cric de l'Autheur Moderne n'a. 



PREFACE. ^ 

trrouué de l'approbation qu'auprès- 
de ceux , qui ne fçauent pas faire 
ledircernement des chofes, àc qur 
font peu éclairez. 

k preuois que fa Partifans 
feront tropiiée du retardemenc 
de ma refponfe , ôc feront paf- 
fer pourvne eftude de fixmois., 
ce qui n'eii peut-eftrc quVn 
crauail de quelques femaines. le 
n aiïède pas la louange d'eftre 
prompt , quoy qu'vn Pocte Ro- 
niain s en foit vanté autrefois, 
^ ie n ofcrois dire comme a fait 
mon aduerfaire en la Préface de 
i'es Origines. Que ?non Imre foitvn 
entretien -à^vne aPrefâinét ou Con dit 
Auec liberté tout te qui <vient en hoti- 
-she fms art & fms ejlude , p/ijfant 
fort légèrement fur bemcouf de cho^ 
fs. C'eft à mon fens abufer du 
-temps ôc de la patience des Le- 
cteurs, de ne les entretenir que 
de ce qu'on a dit auec liberté fans 



PREFACE. 

arc & fans eftuie , 6c ie penfe qu'iB 
n'eft guère important de fçauoir 
quels ont efté les entretiens d'a- 
près diîîëe , d'vn homme qtii dit 
tout ce qui luy vient a la bouche, 
l'aiîoucquei'ay voulu fçauoir les 
ientimens quonauoit de fa pièce' 
.auant que d'y répondre , Ôc exa-^ 
miner à loiiîr ce que i'auois à luj 
dire, pour maiuftification & pour 
rinftrudîoii du pubiic. le ne vou- 
k>is pas que l'on die de moy ce 
que Ton a dit de luy, que fon Apo- 
logie l'auoit plus décrié , que la ré- 
futation que i'auois faite de fcs 
erreurs en mon premier ouuragej 
fouuent il y a dans les refponfes 
précipitées , phis de fautes que 
àans lès eferits qu'on réfute : com- 
-me ledit élégamment S.Ambroife 
«n fon interprétation du Pfeau- 
►me 50. Sdpe m ittàîcanâo maïw efi 
-peccatum iuâtcij , ciuarn feccati illim 
"Àe quofuerM mâUatuw. Ceux qui 



PREFACE. 

ptoiioncent facilement ne font 
pas roufionrs les pios iufles , & il 
y a plus de gloire à repondre fai- 
nement après vu retardement rai- 
sonnable , que d'eftre blafméde 
précipitation, en voulant paroifïre 
facile, & prompt à conceuoir. Il 
tat peu de temps pour faire nai- 
itrcdcs infedes , mais les lions ne 
miilent pas û facilement dm ^^m 

On me veut faire craindre par 
3uance \ç,s féconds coups de-mon. 
aduerfaire , & Ton me figure armé 
de foudres ac de carreaux, ccluy 
a qui on a donné autrefois hec ér 
griffes. Mais ic puis dire auec le 
Prouerbe Efpagnol , no es tm brmo 
tl leoncomo U p?iîm 3 le lion n'cft 
pasfi fier qu'on le dépeint, &:ie 
ne le crois pas moins généreux 
<l^ie les aigles, qui ont auffi bec 
^ gnfî-es,& qui font les depofî- 
taires des foudres. Les plumes de 



PREFACE. 

ces oifeaux mandent celles àcs au- 
très quand elles font mifes enfem- 
ble 3 mais ie ne penfe pas que la 
fîcnne foie de cette force , ny qu'il 
puifle prendre la deuife de cet ef- 
criuain fanfaron , qui fe croyant 
l'vnique en fon cfpecc , prit cette 
plume pour fymbole auec ce vers 
Penna eUtas omnes âeuorM vna. 
meas. 
S'il fe fertdesniefmes armes dont 
il s'eftfèrui dans le premier com- 
batte baifTe les miennes dés main- 
tenant,&;iem'auouë vaincu.Ic ne 
fçay point l'vfage de l'Eloquence 
des harangeres , & quand il me 
donne la qualité d'ancien Profef- 
feur , comme il prend celle d'an- 
cien Preuoft , ce n eft point de 
celle-là qu'il peut me donner vn 
vieil tiltre,puifque ie ne Tay iamaîs 
apprife. S'il prend d'autres mefu- 
res que les premieres5& s il fe tient 
fur le fuiet d'vne iufte difTertation: 



PREFAC E. 

il me verra toufiours preft a rece- 
uoir les lois du combat, & me dût- 
il encore faire pafler pour PaUdin 
ie toLicheray à fes ejcm , s'il veut 
admettre ma cartouche , nous com- 
battrons comme les nuës7 qui font 
naiftre des lumières en fe cho- 
quant i mais ic le prie d efpargner 
les foudres & les tonnerres , carie 
ne les crains pas moins que S.Tho- 
mas dont ic fuis le difciple , depuis 
que i ay perdu mon ancien tiltre 
de Profeiîeur. 



L'ART 



sv! 5^ JVî m îV! m îY? m r0<Tî m & 
L'ART DV BLASON 

I V s T I F I E'. 



Chapitre I. 
Occdfion de cet Ouurdge. 

SI c'eft vn fpedacle digne du Ciel 
de voir vn homme qui lutte auec 
que la fortune , & fi les combats 
de l'Amphithéâtre ont efté les 
premières Académies ou les Romains 
apprirent à vaincre des animairx les plus 
faers , i'eftime que les defys des fçauans 
font des combats plus illuftres , & des 
fpeétacles dignes des yeux de tous les 
hommes. Leur guerre n'eft pas moins 
auantageufe que leur paix , &: pourueu 
que cette guerre foit innocente , elle ne 
fait naiftre que des lumières : elle /èrt 
également à IVn & à l'autre party , & 
1-es lauriers qu'on y cueille couronnent 
cgalemenc le viùica, & le vidorieux^ 



X jj Art au blafon iujtifié. 
Les Spedtateurs s'cnrichillent des dé- 
pouilles de tous les deux fans rienofter 
à leur trophées , & les palmes , qui re- 
ftcnt fur le champ de bataille font la 
recompenfe des combattans. 

Il eil: vray que ces attaques font dan- 
gereufes , quand on y apporte des ar- 
mes empoifonnées , &; le vaincu a tout 
PauantagCjquand la bile & l'impuden- 
ce font les feules armes du vidorieux. 
Ce n'eft plus combattre pour la vérité, 
<juand on fuit les mouuemens d'vne 
pa/ïion déréglée : c'eft donner plus à 
l'emportement qu'à la raifon,& renou- 
iieller les fpedacles de l'Amphithéâtre 
GÙ les hommes combattoient auec les 
beftes : ceux-là s'aiTeuroient du fuccez 
de leur entreprifc fur leur force & fur 
leur addrciîèj mais celles-cy n'eftoient 
armées que de leur rage &de leur cruau- 
té : la fureur eftoit l'ame de leurs mou- 
uemens j &; c'eftoient le fang & la 
Proye qui les animoient au combat, 
tandis que les antres n^'entroient en li- 
ée que pour défendre leur vie , ou pour 
acquérir de l'cftimc 

Cafîîodore nous apprend quelles doi- 
Bent eftre les armes de ceux qui defen • 



Chapitre premier. 3 

dent la vérité. Arma inris von fnrorù. 
j.formul. elles ne font point ofFentîues: 
ce font des armes glorieufes que le fànç 
n'a iamais fouillées , & qui ne perdent 
iamais leur éclar , quand elles feruent 
la luftice : elles ne font pas moins in- 
nocentes que terribles , &; le fuccez 
qui les accompagne par tout iuftifie 
allez leur employ. 

La Nature qui a donné du venin aux 
infedes , a donné des aifles aux aigles 
& aux colombes pour s'en garentir , & 
la baue qui nourrit les ferpens & les 
(corpions ne nuit qu'à ce qui rampe 
comme eux. Les brouillards n'ont point 
encore ofté de rayon au Soleil, il n'eft 
pas moins chaud l'hiuer que Tefté, & la 
diucrfiîté des faifons eft plutôt vn effet 
de Tes éloignemens ou de Tes approches 
qu'vne altération de Ton tempérament. 
Il n'eft pas moins haut dans le figne du 
Capricorne que dans celuy du Lyon, 
&: (a route eft toufiours également re- 
glée,quov que nous mettions des mon- 
ftres fur fon palfage. Ses défaillances ne 
font que des erreurs de noftre vûe^nous 
le croyons dans les ténèbres , quand vn 
corps opposé nous a priué de fa lumie- 



4 L'Art du hiafon iuftifié. 
re , mais il n'en eft ny moins grand ny 
moins illuftre , & fon couchant ne luy 
fait rien perdre de fon éclat. 

Il eft en ce fens l'Image de la vérité, 
elle eft fouuent perfecutee par l'icrno- 
rance ^ par la calomnie. Il femble 
quelquefois qu'elle n'a pas aftez de for- 
ce pour le défendre contre des ennemis 
il lâches : elle a en apparence Tes ténè- 
bres & (es Eclipfes : mais ces Eclipfes 
& ces ténèbres , ne font que de fauffes 
illufions. Elle triomphe auec le temps 
des noires vapeurs qui la couurent, & 
quand elle fe fait connoiftre , elle rrou- 
uede nouueaux appuis &c de nouueaux 
adorateurs. 

N'attendez pas que i'arme les paf- 
lîons contre les faillies d'vn homme, 
qui fe repent de fa faute : elles font des 
foldats tumultueux , qui mettent le de- 
fordre dans vn attaque, & l'on n'a ia- 
maisvû repoulfer les ennemis auec des 
troupes déréglées , & des foldats , qui fe 
reuoltent. Il y a long-temps que ie tra-» 
uaille à lier cqs ennemis domeftiques , 
&: ie violerois le plus iniîgne des îacri- 
fices de la rai fon , fî ie ranimois des 
vidimcs que i'ay égorgées aux pieds 



chapitre premier. y 

des Autels y & noyées dans lefang ado- 
rable de lelJLis-Chrifl:. le laifîè lesVmes 
cruelles aux fîecles de l'Idolâtrie. Le 
Chriftianifme eft plus doux,&: la Cha- 
rité qui fait Tame de ce beau corps , ne 
fouffre rien de barbare ny delicentieux. 
le pardonne à mon accula tenu les 
égaremens , qui l'ont emporté, les gui- 
des qu'il a fuiuis l'ont trahy , & l'ont 
conduit dans àts précipices auant qu'il 
eut pu les ccnnoiftre. La bile a beau- 
coup de feu , mais elle n'a point de lu- 
mière , Il elle allume les yeux ce n'eft 
que pour les aueugler ; &: les eftincelles 
qui enfortent en foule caufent fouuent 
des incendies , mais elles n'éclairenr 
iamais.En effet il fcmble que l'Autheur 
moderne ayt vu des fantofines armés ; 
le me perfuade que Ton imagination 
luy a produit des ombres à combatte, 
& ie ne voy rien dans mon ouurage de 
ce qu'il attaque auec tant d'ardeur : 
peut-eftrefes iniures s'-iddreiroient en 
la première chaleur à d'autres qu'à moy. 
Il auoit des monftres deuant les yeux 
quand il parloit à' Arabe , de Barbare^ 
d'Ejfrontê & d'extranagait , & fcmbla- 
blc aux furieux de la vieille Grèce j il 



6 iJ Art au hlafonhjiîfie. 
blelTbit Tes frères fans les connoiftre. Sa 
plume eftoit empoifonnée fans qu'il 
s'en apperceat, quand il luy faifoit dire 
tout ce que l'herefie , & Timpicté ont 
iamais inuencé de plus atroce contre 
vne Compagnie innocente , dont les 
perfecuteursne font pas moins d'Apo- 
Iogies,qu'ils luy iaipofent de crimes, il 
y a pins de cent ans que Tenuie & la ca- 
lomnie la déchirent fans luy auoir fait 
des bleffures confiderables : fon fîlence 
la iuftifie contre tous fes accularcurs , 
&c i'apprens à me taire à fon exemple 
en vne matière où il eft plus glorieux 
de receuoir que de donner. le me vois 
pourtant obligé de lailfer à de iuftes 
relfentimens la liberté qui leur eft due, 
& ie ne puis m'empefcher de dire à 
mon accufateur que fon procédé a efté 
barbare, &: que fa bile a pafsé iufqu'à 
k fureur , quand pour me porter vn 
coup mortel , il a déchiré vne Compa- 
gnie entière à qui ie dois les foins de 
mon éducation , & le peu de lumières 
que i'ay acquifes. Quand les crimes 
dont il me charge fcroient des crimec 
reconnus,deuoit il en noircir tant d'in- 
noceijs , & s'en prendre aux cendres vi- 



chapitre premier. ^ 

clorieiires des vidimes du zèle , & au 
rang'de trois cens Martyrs pour m'ofter 
Tvnique gloire que i'ay d^eftre membre 
<lVn corps qui ne fe propofe dans Tes 
voyages d^outremer , & dans Tes em- 
ploys ordinaires quervtilité du public, 
&lereruice de /on maiftre. L'E^ViCc 
a-t'elle cefsé d'eftre fainde quand^elle 
a eu des Preftres fcandaleux , & des 
Clirefliens vitieitx. Les erreurs de q-iel- 
qucs Pères ont elles rien ofté à la ferme- 
té de fa créance ? Doit -on faire paifer 
l'Apoftoiat pour vn titre d'io-nominie 
après quVn traitre l'a porté ,\ quand 
le ferois mdigne du nom & de la rob-e 
que le porte , doit-on deftruire la répu- 
tation dVn corps où ie protefte que 
l'on n'enfeigne que la vertu , & que iî 
le ne la fuy pas,ce n'eft ny faute d'exem- 
ples ny faute d'inftrudions. le dois ce 
témoignage à Tiimocence de plus de 14, 
mille perlonnes qui trauaillentpar tout 
le monde à k conquefte des âmes , & à 
l'eftenduc duChnftianifme. 

^ Au lieu de refpondre aux termes 
d'Efeminezi çjr de Clercs Marchands que 
i'autlieur moderne nous donne auec ce 
falfage du Prophète facrilegement ap^ 

B 



s L\4rt à'A hUfon iujîijîé. 
'pliqué , fel draconnm virium eorum , & 
njenenum ^fpidnr/i infanabile : que l'E cali- 
fe aiu'oit peine de dire des Turcs 6c des 
Idolâtres les plus barbares & les plus 
endurcis j ie ne iuftifieray que la Do- 
élrine, qu'il a combattuc'5&: lans attein- 
dre fa perfonne , ie ne refuteray que les 
fentimens après quei'auray expliqué la 
caufe de fonEpillre Apologétique. 

Il y a près de deux ans que Ton me 
tira des mains vn traité du Blalon , que 
i'auois composé pour ma fatisfaflion 
particulière , & pour l'inftrudion de 
mes amis. L'approbation qu'il reçeut 
du petit nombre de perfonnes à qui ie 
le communiquay , fit fouhaitcrà quel- 
^uea-vns que ie le rendilfe publie : c'e- 
ftoit au temps c|uc la Cour cftoitdans 
cette ville . & l'on fe feruit àddroite- 
ment d'vne perfonne de mérite pour 
fne le perfuader. Le refpect que i'auois 
pour Tes fentimens m'obligea de con- 
lentir à fa demande , & ieluy remis ma 
copie à condition que mon nom y fut 
fupprimé , &C que quelqu'vn prit le foin 
de la reiioir , &: de la corriger, reftois 
pour lors occupé à d'autres petits ou- 
yragcs^qui furent prefentçz à leurs Ma- 



Chafttr'e fremier. ^ 

jfrtez , & ie n'eftois pas en eftat cîere- 
uoir ce petit traité , ny de châtier ce 
qui pouuoit eftre moins iufte,& moins 
conforme aux lumières que i'auois eiies 
depuis fa compofition. On y kifîà en 
quelques endroits des opinions diffé- 
rentes fur lefquelles ie ne meftois pas 
encore déterminé, & l*on y ajouta des 
figures contre ma penfée , & contre 
mon à^^^^in. Enfin cet ouurage ayant 
paru auec vn fuccez qui paifa toute mÔ 
attente , ceux qui luy auoient donné le 
iour creûrent qu^il y auroir de Tiniulti- 
ce à tenir plus long-temps fecrette lorf- 
pnt de cette pièce , 6c m'en publièrent 
l'Autlieur. Cette infidélité obligeants 
fut fuiuie des follicitations de queloues 
curieux , qui me prclTerent d'aclieuer 
vne pièce qui n'eftoit encor qu'ébau- 
chée , & dedécouurir les myfteres à'vr^ 
art qu'oii n'a pas iltffirammentdeuelop- 
pé dans vn grand nombre de Volu- 
mes. xM'eftant laifsé perfuadcr à ^qs 
inftances réitérées, icpubliay le delfeiii 
d vn ouurage^ntîer , ^ le projet d'vn 
lufte traité de la connoilîlmce Ats ar- 
moiries , ce fut lors que Tautheur mo- 
oerne commença à fe déclarer, ^caai- 



ta iJ Art du hUfon mfiifie. 
gnant que l eclu de certe première pi^- 
ce ne nuifit au lii!re de l'origine des 
armes qu'il auoir fait imprimer à Tes 
frais j & dont il fc trouuoic charge ; il 
eciiuitàmon Libraire d'vn ftyle ii in- 
iurieux , que ie n'eu pas peine à con- 
noiftreque Ton. emportement iroitplus 
loin, & que ce n'cftoient encore que les 
étincelles d>n plus grand feu. 

le m'eftois teruy de la liberté qu'ont 
tous les Autheurs , de réfuter les fenti- 
mens de ceux qui ont écrit fur le fuiet 
qu'ils entreprennent de traiter,quand ils 
iugent que ces fentimens ne doiuent pas 
eftrereceus, & qu'ils ne font pas côfor- 
inesaux principes qu'ils écabliiientrcet- 
te liberté fem.bla criminelle à mô accu- 
fateur j & quoy qu'il s'en fut feruy auec 
moins de referue contre la réputation 
des écriuains les plus célèbres , il en fit 
le prétexte de (ts plaintes , &: le fuiet 
fpecieux de fon Apologie. La modéra- 
tion dont i'auois vsé en réfutant Tes er- 
reurs me faifbit attendre vne refponfe 
paisible, &; vne differtation fçauante, 
qui ne pourroit pas moins inftruire le 
public , que défendre i^ts fentimens ; 
«iaJ5 ie changeay bien-cqt <i'a4uis,&: ie 



Chafkre p remier. i r 

«onnu c^'\\ y au oit de la mauuaife foy 
d:ins Ton procédé , qnand après auoit , 
tcré les voycs les plus douces pour l"'ap- 
paifer , ie ne receu que des iniures pour- 
dcs foumiiîions. Il ne quitta rien de /à 
fierté dans les lettres qu'il m'écriuit, Se 
prenant pour folblelTe^les ciuilitez que 
le luy faifois , il n'y refpondit que par 
menaces , & à\n air fi impérieux que 
ievis peu d'efpcrance cfe le rendre plus 
raifonnable. 

Il fit fuiure Tes lettres d'vne Épiftrc 
ApologeciquCjqui peutpaiser pourlV- 
ne des plus infâmes Satyres que le iiecle 
des Nerons & des Domitiens ayt pro- 
duit. Sans fe mettre beaucoup en peine 
de iuftifier fa dodrine , il déchire vu 
corps innocent qui ne l'a iamais defo- 
blige, & comme i\ mon oiii^iae ieruoit 
à celle du blafon, il a fait des fantofines 
extrauaganspour me faire pafser pour 
\x\ monftre , & changeant comme il a 
voulu des lettres fccrettes, dont les feuJs 
originaux me pourroient iuftifier , il a 
fait éclater vn demeflé dont pcrfonne 
n'auoit la confidence. 

S'il eut pris foin de lire les Apologies 
4c l'Eglifc perfecutée , il eut vu que l'E-, 

B iij 



î 2 L'Art au h la f en iuflifié. 
loquence Chreftienne n'eft pas moins 
douce que vigourcufe. Il auroit aopi'is 
à combattre auec cîes armes moins cri- 
minelles fur l'exemple de Tertullien & 
de S.Iuftin , & ien'aurois pas à prefent 
occafîon de dire ce qu'vn Ancien dit 
autrefois pour fa defence contre vn de 
its accufateurs. Certm ec^uiàem eram , 
promue vero obtifieham [enern nottjJlniA te» 
fntriratis accufationem met pritu apudfe 
(oepimn, (juam ^pi4df€ cogitatampenuria 
CTtminumfolis comnciis impleturumy i^aipm 
pe inJïmtiUri ^HiMs innecens potefty reuin- 
ci niftfiocerjs ronfotefl. L.ApuL^pol. i . 

Le loin qu^il prit de me tenir cette 
Epiftre cachée tandis qu'il la commu- 
niquoit à fes amis , me fit connoiftrs 
qu'elle deuoit eftre foible ou malicieu- 
ie : car quoy qu'elle me fut addrefsée 
par fon infcription^il me fallut vfer 
d'addrefse pour en auoir vne copie , & 
me feruir d'vn Eccleilaftique, qui en 
achepta deux à Valence de l'Autheur 
mefme , qui en eftoit le Marchand. 

le ne dois pas cTiiîîmulcr vne féconde 
caufe de fa mauuaiie huineur , qui a; 
peut-eftre eflré la plus forte à l'obliger 
«i'vfer d'vn remède violent. Il auoit hit 



chapitre premier. rj 

^raueren la pa^e ^^. de fesonCTÎnesce 
que la nature nous enieit^nc ae couunr,- 
ie criay d'abord au ic2.à?\t Se à l'abomi- 
nation , de comme li r/auoit eu aucune 
neceflTiré de produire de femblables fi- 
gures aux yeux de tout le monde ^ ie 
condamnay Ton procédé. Talleguay les 
fulminarions des Conciles contre ces 
ligures des - honneftes , que celuy 
de TruUe nomme oculorum pr^^igiatri' 
ces , mentis corruptrices , & fuff.Hmrna» 
tionum ad turpes voluptatu incicatrices, 
I-e me feruy des te'moîs;na2,es des Idolâ- 
tres melmes contre de fem.blaWes abo- 
minations , orie rapportay les exemples 
de l'hiftoire Sacrée , &: de la Prophanc 
où ces Images font condamnées : fur 
quoy il eut le front de dire que ie faifois 
le délicat, ce qu'il a répété en lapag.io. 
de Ton Epiftre , & d'alléguer cepalfage 
de Cafïiodore , pour appuyer Ton crime 
par l'authorité d'vn grand homme. 
Omnia prdcomalia creta funt , f petca- 
tii pnIUntihm non redderentur ohfc^va.- 
Il fe plaignit que ie l'anois traité d'in- 
fâme 3 de pour vanger cette iniure par 
vne autre plus atroce^ il fuppofe la plus 
B iv 



î 4 l! Art du hUfon iufiijie. 
noire des Ciilomnics fur vne équiuo-. 
que dont il faut que ie fafse connoiftre 
l'inteiprctation malitieufe. Tappris par 
l'Imprineur , qui a mis au iour fes 
©rigincs , qu'il prepaioit vne plaifante 
çcncalogie contre moy, ou ilmefai- 
fbit defcendrc de Dom Guixot,&:de 
tous les braues de la fable ridi- 
cule ; qu'il faifoit voir cette pièce à fes 
amis , & qu'il l'appeiloit par derifîon 
Jane la Jolie au lieu de genealoiïic. 
Defîrant de voir cette pièce ie luy 
efcriuis vn billet en ces termes , Mon- 
fieui 3 ^ue ne rnerttieyez.-'vous cette Jeatp- 
tie la Jolie <jus vous ne communiquez. <jtià 
ves firnis. Pour fe feruir de ce billet auec 
plrs d'auantage , il ne fait point de 
difficulté de changer le mot de commn-^ 
tiiejuez en celuv de j^roflitHcz. pour en 
r'rdr vn fens irfame , & femblable à ce 
Romain enragé qui nepouuant blefser 
fon ennemy qui le tcnoit par derrière, 
fe ploiTgea fbn e'pée au trauers du corps 
pour le blefser , il a confenty de pafser 
pour vn homme qui uioit de maijuai- 
fes pratiques , ponrueu qu'elles me puf- 
fent rendre criminel. Grâces à la liurée 
que ie porte ie fuis à couuert de fem-^ 



chapitre frcmier. i f 

blables reprcches , & tant que ie feray 
Tniàlafainte compagnie à laquelle i'e 
fuis attaché par des cnaines plus fortes 
que le diamant , ie n'auray pas befoin 
d'Apolcgie fur ce point : on Içait qu'el- 
le ne fouffre rien de criminel de cette 
forte , èc que retrancli?.nt \qs membres 
pourris feion l'Anagramme de ion nom 
JûcietM lefu : Vitiofi feccs. Elle ne me fe- 
roit pas la grâce de me conferuer, (x 
i'eftois auiTiviticux que mon accula- 
teur le veut perfuader. îl veut auilî que 
ie Taye fait pafser pour yuroignepar 
ce meime billet] : comme cette façon 
d'agir cft éloignée de la charité Clire-»- 
fticnne que ie ptofefse , ie veux m'en 
iuftificr. Fefçrii'ois qu'il me feroit fa- 
cile de dire par les elcrits ( fî l'en vou~ 
lois venir aux armes empoifonnécs ) 
qu'il eftoityure quand il efcriuoit fes 
origines , & voicy furquoy ie m'an- 
puyois. C'eft qu'après auoir dit aue (^ 
pièce eft vn er tret.en d'aprefdinée ou t'oit 
dit anec liberté teut ce qui vient en bouche 
il met en fuite en la page 7. de cette 
îperme Préface. ^ ces habits Mafprez. 
l'on peut adioîiïîer les (cujfonf femez de 
f-SHTsde lys entre ^titres j de fruits commt 
3 iv 



lia J^ArfâiihUfoniufiîfié. 
cret^ues , cerifes , pommes de pin , e^oiler,- 
Sur quoy ic dilois par galanterie que 
de voir les eftoiles entre les fruits après 
k difncr , ce n'eftoit pas élire bieft fo- 
brc. 

Voila Voccniîon du libelle , qu'il a 
publié. La ledlure que i'en fis me don- 
na plus de pitié 5 que d'indignation, 
& les lettres que i'ay receu fur ce fuiet 
des perfonnes les plus intelligentes du 
Royaume à qui il auoit enuoyé des 
copies de fon Epiftre me femblerent 
dvXsez iuftes Apologies , puis qu'il 
n'cft aucun d'eux qui n'ayt condamné 
ce procédé comme barbare, & qui ne 
Hi'ayt témoigné qu'il n'auoit pii lire 
fans horreur , vne pièce de tant de bile 
& de tant d'animolîté. Ils me confeil- 
lerenr de n'y répondre que par le fîîen- 
ce 5 puis que i'cftois afsez vangé dé 
cette Satyre par le mefpris qu'en fai- 
foienrtous les gens d'honneur. l'ac- 
qniei^ay à Ses fenrimens ii raifonnables 
& ie a'ay rien opposé à cet écrit enue- 
nimé,iulqii'à ce que qiielques-vns fe for 
perfuadezqnece liknce eftoitvnemat- 
que de ma foibîefse , Se que ie n'eftois 
pas moins lâche 4ef£nf€uîi de mes fen^ 



chapitre premier. ï j 

timens , qu'ininfte aggrefseur de ceux 
de mon adueriïiire. Cette accufation 
m'oblige à m.e iuftifier , & pour le faire 
exadement fur ces deux points dont on 
me charge. le dcfendray ma dodrine 
après auoir produit tous les endroits dt 
mon Hure , où i'ay parlé de cet Au- 
theur , afin que la modération dont 
i'ay vfé à reietter fes opinions , foit la 
marque la plus forte de Tiniuftice de 
fbn emportement. 

Tay commencé d'alléguer fes fenti-" 
mens en la page 75. de mon véritable 
Art du Blafon , ou après auoir reietté 
le fentiment du Père Monet pour rorf- 
gine du terme Gueules. le dis, cette oyi^i' 
ne me femble trop altérée , qnoy ejit'elie Is 
par oijje moins que celle de l'Autheur de t'j- 
ri^incdes armes , c^ni le derîue de Con- 
chilium. 

Page 32. pour l'origine du fable. 
V^Htkeur Moderne de l'origine des ar- 
mes foucrit a l'opinion a Atiteferre , quand 
il dit que les Allemar:ds appellent les ma/" 
fes zabies ^ nous fables^&c. 

Page 96. VÂiitheur Moderne dit qtiS 
ce font des Hermines entières , & que ces' 
^nouchsîMrci ont la forme de km peau qamd^ 



ï>8^ L^ Art âubUfoniuftifie. 
fJles etit effé êcorchées , maù la pratique 
iieprefque tous les efcriuains (jui les nom-' 
ment e^ue'nes d'Hermines combdt fonfenti' 
ment , &c. 

Page 98. Tay fuiiiy Ton fentiment & 
i'ay dit te fuis dufefitimeTit de l' A^theny 
Jlfoderne de l'origine des armes , ^ui ne 
s*efl voulu faire Gonnoiftre que fous ces 
lettres initiales de Ton nom Se de f-i di- 
gnité. L.L.A.P.D.L.B.&C. 

Page 114. Parlant de Topinion da 
Père Petrai'andla pour l'origine des 
çieL-es du Blalon. Tay dit, ces conieHures 
font ^j/fe"^ raifonnables , & fneilleurcs <^Mt 
celles de l' Autheur Moderne L. L. ejui 
i'appuye particulièrement fur la cotte d'ar- 
f»es 3 &fftr les bigarrures de qti€l<jties ha^- 
bits de vieux Romans. 

Page 401. pour l'origine de Badè- 
lèire. L'A ut heur Modsrne le deriue de 
Bataille , & Batailler. 

Page 407. pour le terme Clefché. . 
VAtitheur Moderne c^ui le deriue de Clée 
ou (llaye , /l'a pÂi prit garde cjue ce terme 
/appliquait à l' arrondi ifement des extre^^ 
mitez, de la croix non pas a l'ouuerture. 

Page 4I)'. Tout ce que l'Anthei4r Mo^ 
dsmt a.. di$ des gou£es^ (^ des girouettes^ 



chapitre premier. i^^ 

pour lei gotijfets & les girons^ .eji fmement 
irnagifiAire. 

En la mefme page, rjudc^ues autres ont 
dit f enfant rnarrijfant 5 ■pour dire i' enfant 
maie ijfant , ce c^ue C'AptthsHr Modem» 
nÀpoi reconnu. 

Page 420. Paillé, cjue l'jimhetir Mo- 
derne derme de Pallium , & fait fernbla'- 
ide a vn fcaf-ulaire nefcauroit bien conue-^ 
nir à cette Etymolcaie. 

Page 412. Ruftre : L Anthenr Mû- 
dernele dertue dn Latin Rutrum .- w<îft» 
la figure fpir l actuelle il s' appuyé eji pur t" 
TAcnt imaotnaire. 

Page 4ZJ. Tringle^ le ne fçay pour-- 
^koy l'Autheur Moderne dii <jue ce imt 
luy a fait. peur». 

Enfin en mes additions ^ corre- 
ôions aii véritable Art du Blafon , i'ay 
dit. La figure des gâches d'vn uintheur 
Moderne efi fans fondement. 

C'eft là tout ce que i'ay dit de luy 
lé reftc eft de fon imagination , comme 
oirle verra manifellement parlaledtu- 
re dé mon Liure.. Il a voulu donner 
Pelîbr à fon efprit , & pour entafler en 
defordre des remarques de trente ans, 
il a fuppofé quantité de chofes : car d« 



2ro l' Art au bUfon iufiifié. 
cent fautes coniîdembles , que i'auois' 
obrcmées dans fon Lim?, voilà les feu- 
les chofes que i'ay combataes , &les 
termes dont ieme luis feruy. leneTay 
iamais nommé 3 & il n'eft rien dans' 
ces palïàges ,qui le puft obliger à s'ar- 
mer de fer & de feu. le ne changeray 
pas de manière , toute la bile qn'il a 
verfé contre moy , ne me fera rien per- 
dre de la retenue que ie dois auoir , &- 
ma caufe eft trop bonne pour l'affoi- 
blir par vne Apologie €riminelle. le 
n'ay que au. refped pour fa pcrfonne, 
ôc fi ie combats l'es fentimens c'eft feu- 
lement pour foutenir la vérité , & pour 
défendre ma Do6èrine. l'auciieray de 
bonne foy les fautes , que i'ay commi- 
fes , & comme i'ay défia crû , qu'il y 
aucit <Je la iuftice à ^efabufer le public 
jdes erreurs , que ie luy auois communi- 
«îuées. le fuis preft de condamner les 
autres qu'on me fera reeonnoiftre, puis 
que i'apprens de S. Auguffîn , -que c'eft 
s'aymer d'vn amour trop déréglée de 
vouloir laifier les autres dans l'erreur» 
pour ne pas eftre .jbligé d'auoUer la 
fienue. Nimis pernersèfeipfum Atnat » ^«J 
& alioj vpilt errare , 'vt error fiiits laiiof^ 
Ejpifl.'f. ad Marcellim?». 



Chmfître premier. 2. r 

Apres douze pages d'inuediues, qui 
ne demandent aucune refponce que le 
illence,il commence feulement en la 
rreiziefme de iuftifier Tes opinions , ou 
de les corriger ; car il donne au gueules 
vne origine différente de celle qu'il luy 
auoit donné auparauajit. Pour procé- 
der auec méthode, ôcpourinftruirele 
public en répondant à vn Efcrit qui n'a; 
point d'ordre, non plus que fa pièce des 
origines , & qui eft vne confufîon de 
chimères mal rangées. le iuftifieray fe- 
pareraent en cinq ou fix Chapitres les 
origines du Blafon , qu'il a combatues, 
& quelques autres recherches curieules, 
qui feront fuiuies des réflexions far le. 
iefl;edefonE£illre. 



i 1 L'Art du bîiifon iufitjie. 



C H A P I T P.- E IL 

De C origine des Emmtxdu '^h.fon. 

CEux quiontelcrir des armoires au 
Siècle palïe , ne fe font poinc mis 
en peine de rechercher l'origine des 
termes parricuiiers introduits dans Tare 
Keraldique , ils fe font contentez de 
«îécrire les eciillbns & leurs figures, 
d-'en afïïgner les couleurs , &: l'aiîfîctcCi 
& le grand nombre de Manufcripts & 
de Liurcs imprimez que nous auonsn'a 
rien de plus coniiderablô. Ce Siècle a 
produit des Efpritsplus curieux, & le 
P. Monet, qiii n'eftoit pas moins exaâ: . 
«jn^intelligent dès langues fçauantes ^ 
commença le premier à rechercher l'o- 
rigine des nom.s que Ton a donné aux 
Emaux. 

Il a efté fuiiiy par l'Autheur Moder-* 
ne , qui pour trouuer quelque cho/e dêv 
nouueau fur l'origine du gueules, ne 
s^eneft voulu tenir r.y au Gt^.ludit de ce 
Père que la Colombiere a fuiuy , ny à 
fon Cufcnlium j mais il a mieux aymë- 



chapitre premier. i ^ 

Fe tiref cleC£>^-f/;;//^w:chs.ngeant comme 
il dit C en G j O N en EV pour faire 
CcuUiim; nom anlîi barbare , que ee 
changement eft plaifant. Pourdenuire 
vne coniedure Ci mal eftablie , il ne 
faut que confîderer que le Conchilmm 
des Latins eft le pourpre des Francoi» 
& qu'il y a de la différence entre ces 
deux couleurs , comme rAutneur Mo- 
derne i'à mefme remarqué". Seconde- 
ment ce terme Grec d'origine a cilé" 
changéen celuy de CocjmUe en noftrc 
îangue, & ie ne vois pas fur quelle au- 
thorité on le peut faire l'origine du 
gueules. Il y auroit pliîs d'apparence de 
k tirer auec le P. Monet de Cnfculium 
graine à teindre en écarlate , puis qu'il 
eft ordinaire à pluiieurs langues de 
changer le C en G , ainfi les Elpagnols 
de Lucrari ojk fu-: Lovrar. Les Italiens 
deLocuj Lucgo : & les François de Con- 
fanon Gunfcmn. La plufpart des Pari- 
iîens prononcent^f«r;a- 6c geuaux pour 
cheueux & chenaux, on pourroit donc 
bien de C^/'î^/z/zW; auoir fait^;</<?/, qui 
«ft le terme dont les anciens Manuf- 
cripts le lerucnt , & Moreau après eux. 
Neanunoins ie penfe que ce terme eft- 



24 L'Art au hUfon wfi'sfie. 
purement cftranger comme az.uré'jî- 
mpie , ce qui eft commun aux Em.r.ux 
duBlafonauec toutes les couleurs Z,^- 
^a^, Aiiichicoti C^ S hil de grtin font des 
termes eitragers com-m^e i'ay remarque' 
ailleurs. Celuy-cy m.e femble Arabe & 
Ton origine eft h Gttl qui fîgni- 

ficYnerofe jleiy ,^*"' rouge en a 
pris ion nom à caufe que c'eft la couleur 
propre de cette fleur. Il y a mefme vne 
couleur rouge qu'on nomme Rofctte^ 
& les Latins la nomment fouuent Ro- 
feiii color. On ne doit pas s'cftonner que 
ie donne vn nom eftranger à cette cou- 
leur, puis qu'elle en a touiîours eu dé- 
cerne forte, & qualî tous tirez de l'A- 
rabe à caufe du lieu de fon origine. 
Y V " Scallat eft vn m.ot de 
M^ cX S^ cette Langue dont on a 
formée celuy d'Efcarlate. L'autheur m.o- 
derne , qiii eft heureux à decouurir les 
Etymologies , a tiré celle-cy de Scallcm- 
tant y & Scalletum d^CufcuItum corrom- 
pu ou change , comme Conchiltum en- 
guenUs en retranchant les deux pre- 
mières lettres de Cufculiu?n , changeant 
îa cinquicm.e en A , en doublant L ,- 
Changeant I en E , & ajoutant T , ceft; 



chapitre fécond. 2 ^ 

ÀtCurctilitim faire ScalUtum , pa^re i; 
de la Préface de Tes Origines. Le%om 
dtCramoifycim fe donneà yneTembla- 
ble coiileur , & que les Efpagnols nom- 
«p c' ""'^'-f ^<"^^^ de ^rana vient de 
-^ ij--"- A'fr»;^/ dont lés Italiens ont 
fait KermefinoGw Cnrmefwo. Les Latins, 
qui n'auoient point de terme propre 
pour l'exprimer empruntèrent celiiy de 
Coccus du Grec Kk^a? qui fiVnine le 
grain de quelques fruits. Ce terme ae- 
neriquefutfiitfingulier pour la cou- 
leur rouge , qui efl'la vraye co-leur de 
graine des Efpagnols. Quelques Au- 
theurs loignirent à ce terme générique, 
celuydu Pays d'où elle venoit,cuce- 
luy de fon vfage : ainfi Theophralle 
l'appelle Koxkof (poiUk^ , & les Poëtes 
Latins veneritim Tyrium yvenenum Sïdo^ 
mum, Diofcoride xâxxof U<Pif-i^ , que les 
Italiens ont retenu ^ changé en arana 
de Timori. C'eft le fruit d Vne Efpece 
d'yeufe , & parce qu'il s'engendre des 
vers dans cette couleur , qui feruent 
auffi à teindre, on la nomme Vermil- 
lon. 

L'Autheur Moderne , quî auoic re- 
jette en fes Origines l'opinion d'Hau- 



2 6 L'Art au hlp.fon mflifë. 
seferre , qui le deriuoii; dVnc elpece àt 
fourmrc roucre , & cuii dleîriîoit le paf- 
lage de S. Bernard en Ion Epiftre a' 
Henry de Sens. Horreant & muriufnrv- 
Ifricatoi piliicula,s ^ ciua6 gulitsvocarit rna- 
rnbtti circundare facram a changé d'o- 
pinion en Ton Epiftre Apologétique , 
i<. receu ce qu'il condamnoit aupara- 
uant : car après auoir page ixçj. dit en 
fes Origines tout ce ^ue Von peut tnfcrer 
dt ce pAj[agc ad Henricum , ej} que ces 
fourrures en ce temps ejloisnt vulgairement 
fppiilées gueules , pour ce qu elles e fi oient 
teintes en ronge action ^ppelloit gueules^ 
H dit en cet Epiftre ^ c^titl ,t -vn troiftéme^ 
pajftige { qu'il ne puodait poinr ) (jtii eX' 
plique les deuyfpremiers 3 & nons en feigne: 
fi nenement la couleur & i'vfage desfour^ 
rures y tjuen appelloit gueules, (juilne^ 
faut plus doMtfT que nos Hérauts par caha- 
le y nayeyiî donné ce nom a la couleur rou-^ 
ge à ciufe du rapport quelle auoit auec 
C4s fourrures , lefcjuelles nos anciens ont 
nommées gueules par Métonymie , parce 
que les ouueriures du collet & des manches 
du popirpoint ou mniques du îen:psdefaint- 
B^rnaid eHoie/jt bordées , parées C^ ornées 
ds sis fourrures rouges quU appelle gueules» 



chapitre fécond. tj 

comme les Dames encore antoHrd'huy ap^ 
pelleta C€rt.îir2s bouts de manches des poi' 
gnets , fOHY ceU feulement qu'ils je met- 
tent au po'gr/et. Ce raifonnement qui 
defliTiic le premier n'eft pas plus foli- 
deraent appuyé ; car pour l^eftabiir il 
fiudroit moncerqiie nos Pères fe font 
ferais de ce mot de gueules pour expri- 
mer CCS tours de manche de fcfurrures. 
le trouue bien qu'on a nomiwé ^orae- 
nn , ^coUetin celuy qui fc metroit au 
tour du col , mais il n'eft aucun Au- 
theur que l'on puilfe produire en faneur 
.de ces gueules prétendues. Seconde- 
ment il eft euident que S. Bernard ne 
pouuoit pas condamner IVfage des 
fourrures aux habits Ecclefîaftiques , 
puis qu'elles font de la première inftj- 
tution del'Eglife , &:la marque de la 
pénitence. La pratique des Pcres du dc- 
fert la iuftifioit aufîi bien que celle des 
Prélats ,car FroifTartau quatriefme vo- 
lume parlant des Cheualiers d'Ano-Ie- 
terre dk ,le lendemain le Due de LancU- 
Hre les fit tous Cheualiers à la Meffe , & 
leur donna longues cottes vertes li ehroites 
damnes fourrées de menu, vair en guife de 
Prélats. I^e Surplis dont on vfeau;ic ce- 



2 s ]J Art àu hUfon iujltfie. 
reraonies derEglife , n'eft nommé dans 
le ccrimonial Suferperlkeitm , qu'à cau- 
fc qu'on k veftoit fur la fourrure. Saint 
Paul decïfuant les Patriarches de l'an- 
cien Tcftament , dit cimnerunt in meU- 
tis , wpellihtis capri'us. Epift. ad Hebr. 
cnp.i I. 4.Reg.cap.i.Math.3. Elic & S. 
Ican Baptifte eftoicnt veftu de la mefme 
manière. Les Moines en retinrent IV- 
%cau rapport de Caiïien deinft. Mon. 
lib. I. cap. 8. & c'efl de là que les Cha- 
noines ont pris la couftume de porter 
l'Aumufîe. 

S. Bernard n'a donc condamné que 
le luxe dans ces fourrures , & le choix 
des délicates S: des pretieufes j en effet 
il-s'cn explique clairement en {bn| Epi- 
ftre à Foulques Archidiacre de Lanarcs. 
Conccditur tibi vt fi bene dtferuis , de al" 
tario v'mas , non autfm de altario Ittxurie-- 
ris ,zt de alttirio fuperbias , vt in de com~ 
pares tibi fr^na anrea , fellas depiSias , 
calcaria de^rgentatay Varia G ri se a- 
Q^^E pELLicEA,4 collo & mambus orna- 
mpHrpureo dinerfificata. Il condamnoit 
Pvfage du vair éc du petit gris , en des 
habits qui font d'inftitution àçs habits 
d'humilité -, de de pénitence : C'efl ce 



chapitre fécond. i5> 

que CaDleii dit exprclfement au Cha- 
pitre 7. de llnftitution des îvioines,l.i. 
Pe^h^Q ufigptfto palliolo tarn amitlw hu- 
miUiatem , cjuam vilitatem pretM» cornpen- 
diumi^ue ferrantes , colla pointer atcjue 
huweros tegunt auA Mafoites tam noFiro 
tjuam ipforuîfi ?ntncnpiii-niir elocj<no , & ita 
Planeticarum (3,'i^,7e Birrorum pretiafî- 
rnul ambittonemcjue déclinant. On a fliit 
infenlîblement des marques d'honneur 
de ce qui l'eftoit autrefois d'humilité, 
ou de funpHcité. Les premiers Roys 
d£>s Egyptiens furent bergers ; ils por- 
tèrent la houlette , & la peau fîmple de 
brebis auec fa laine , faifoit leur m.an- 
teau Royal ; ils lioient leurs cheueux 
d'vne bande , qui eftoit alfez fouuenc 
d'écorce d'arbre. On changea depuis 
cette houlette en Sceptre, la peau de 
brebis en manteau d'hermine, la bande 
en diadème & en couronne. Les pre- 
mières croflcs des Eueiques eftoient de 
fimples baftons , qui les faifoicnt con- 
; noiflre pour Pafteurs, cesbaftonsTont 
deuenus d'or Se d'argent auec le temps 
. & des marques d'authorité , de mcrme, 
.les habits des anciens Mornes ont ffVé 
•.changez en aumuifes pretieufcs de vair 



50 L' Art dtf bUfon iiifi'ifc. 
Se de petit f^ris , ce qui commencoit 
du temps de S. Bernard , 8c ce fut le fu- 
iet des reproches qu'il faifoit aux Ec- 
cleiîaftiqucs de Ton temps , qui por- 
toient de ces fourrures precieufes. Ils 
mcfîoient mefme la pourpre à ces four- 
rures , comme les tcrm.es du Saint le 
te'moic^ncnt y varia grtfeaque pelliceaor' 
natu purpnrt:o dmeyfîficatA. Il ne dit pas 
que CCS peaux fulfent teintes , mais di- 
uerfifîérs de pourpre: en ctFet elles au- 
roient perdu dans la teinture Tcclat qui 
'eur eft naturel, C'efl: de cet ancien vfa- 
gc de mcller la pourpre , & les autres 
eftofFcs au petit gris que les vairs àt 
diuerlcs couleurs, ont pris leur vfagc 
dans le bîaron,comme ie diray plus bas. 
Doncque quand S. Bernard a dit W- 
reant muricatas rnurium pelliculas cjuas 
gulas vacant. Il les a ainfi nppellées à 
caufe des efbofcs rouges, aufquelles elles 
eftoient méfiées qu'on appelloit^w^w/^i 
de GhI couleur rouge , ou à caule que 
ces peaux fe teignoient de gueules , c'eft 
à dire de rouge , i\ pourtant on auoit 
couftume de les tenidre. Ce qui efta- 
blit fortement ma coniedure, c'eft que 
iz cochenille où le grain de la ^ciktyeuft 

qui 



chapitre fécond. ^ j 

iqui fert à teindre en rouge efi: appelle 
par Pline Cufculiumy d'vn terme étran- 
ger comme remarque Gelenius , qui dit 
eft Hiffarmm vocabuUm non Romantmr. 
les anciens Efpagnols auoient pris ce 
«rme des Arabes Iciirs voilîns. Voicy 
les termes de Pline en la description de 
la petite yeufe. Omnes has dotes ilexfoh 
proftocat cocco. Gmnum hoc frimoque fe^ 
fcaptisfruîiciip.îru£ aquifoltx ilicii : Cul- 
culium vocanttfenfioncm alteram tribut i 
paupertbt^t Htjj^ama dovat. Il fait claire- 
ment voir que c'eft vu terme eftrantrer 
quand il dit Cufculmm vocant , en effet 
aucun autre Autheur ne s'en eft feruy 
que luy , & Hermoîaus a crû auec quel- 
ques autres qu'il falloir lire quif^uilinm, 
car dit ce dernier, qmfqmlioi vt ait Fe^tu 
funt quîdquid ex arboribus minHtis furcu- 
lorum/oliorumque decidit. 

Enfin Chriftophle Cofta parle clai- 
rement pour rOrigine que ie donne au 
gueule ou gule y car les anciens Manufl 
crits le nomment ainfi. Voicy ce que dit 
cet Autheur in lib. ^yommtHm, qui eft 
le neufuieme des Exotiques ou curiofi- 
tez eftrangeres de Clufius ,fif;^;;. ^j^c 
Arbore trtfli : il décrit cet Arbre, & dit 

G 



3 i L' Art d/^ bUfcn iufiifie. 
tediculomagis iidnibnm ^lam adflauum 
colorem tendente , ciuo tn i'iis regtcfnbns 
edtiha tingunt» & vocaturà Perfis & Tur- 

cis Gui. 

Voyons il noftre Autheur Moderne, 
efi; plus heureux à trounerTorigine du 
fable que celle dvi gueules. Illla fait fort 
abftrufe p.i 3 1- de Tes Origines : & la 
deriue des Martes Zibelines , qu'il fait 
noires contre leur nature , & contre le 
fentiment de tous les Aucîieurs, qui les 
ont décrites. 1. il les fait nommer Zahlet 
aux Allemands, & Sables en noftre- Lan- 
gue, ce qui eft auiîi peu vray que le pre- 
mier , & tout cela fur vn pallage d'Oli> 
uier de la Marche ,qui dit qu\uix iou- 
ftes faites en Angleterre entre le Baftard 
de Bourgogne ,^& le Sire de TEfcale. 
Le Baftard "aiioit douze chcuaux cou- 
uerts les vns de drap , & les autres de 
Marnes que l'on dit Sable Ji belles & fi 
mires qu'il esîoit pojfihle d'en trouuer : 
d'où l'Autheur Moderne coUige que 
A^artre ?c Sable rontmefme choie:Pour 
voir fi fo,n illation eft raifonnable , il 
faut premièrement examiner la couleur 
naturelle des Martres , & voir (i elles 
ù>m noires , i. il on les nom-me SMs, 



Chaptre fécond. 3 3 

5. filepa/fdge d'Oliuier de la Marche 
peut eftre vue folide preuue en faueur 
de l'ancien Preuoft. Pour le premier 
voicyccqueGefiierus en dit dansPHi- 
ftoire des Animaux : muncUmm gentti 
ommumfukhenmMn & nobdtfimum efi 
^nod Gcmam ZobeUm { Zobel ) vocam 
lllyy^ & Pohnt Sobol, vel vt ahjfcr.bunt 
Soool : erudhus ejuidum amicus no fier mu- 
rem Scythicum appelUt. Ego M..rtem 
Scythicam potins , vel A<fnsîeUm,vel i^U 
dern Scythicamdixerim.Galli vt audio cor- 
rupta voce , Martres foublines nomimnt, 
Voicy leur couleur naturelle , Zobel^ 
infiluis vt mnrtes degn : ea paulo m,mr 
totatamen ohfcmè fulua prêter nuttur 
t^md habet cinereum.L^i voila fiuue où àz 
poil de chat, hors la partie du col qui 
eft cendrée. Albert le grand lib. n de 
Animal, trad.z.cap. i . Martarus e(l 'ani. 
mdfigHYA musleU.fed^uamitatem ha-, 
bens cmi , fed lo^gitis eft&breHia habet 
crura : m dorfo faluum h ventre & nut^ 
tare album fient muflela. Bnrthoîom'^us 
Anglicus in ptoprietario rerum, là dé- 
:rir :i\n(i,dorfHm habens rubeum qui eft le 
.anue^ ventrem album lib.i^M animal, 
Aldrouand de ^uadrupedibns dialtal 
C ij '' 



34 l! Art du> hlufon mflifié. 
viuip- /.i. cap.i 9. Georgim AgricoUhane 
Tau ii dam Paul tmnorem Aîartecon^litue^ 
bat , & totam obfcuro colore fuluam prx- 
ter qHttur pr^cdtcabat , ctti colorem arie~ 
rsttm attr'tbuebM : dvj colorem huius nm- 
ftiiU fulfiauurn y& collmn cwereurne([e 
fiatHUiit. Au chapitre précèdent. G.iUia 
Marttbus abiethm caret a ex Bolonia gui- 
der» deferuntur , fed colore fnfco diUto , 
c'eft la conlciir ordinaire des chats : qui 
eelor Martihns mimts commendatur , citm 
Martes habens colorem cxfufco & pHnicco 
m'Xtum pïdtferatur. Aucun d€ ces Au- 
iheurs ne leur donne la couleur noire: 
vovons maintenant leur nom. Gefnerus 
la nomme Zobda. hWo'\x2.nà MusîeU 
ZibeUna. Alciat Zibellns. 

Sarmaticutn murem vocitant pleri^ue 
Zibellum, 
Olaiis ZibelU 5r Marduri li%. cap. 15. 
Joan. Bohenau in hift. de moribns gentium 
lih.%. pelles ZibelltriA. Paulus Venetus, 
Alexander Gaguinus , & Cardan les 
nomment de mefme , & aucun de tous 
ces Autheurs ne les a nommées Sables^ 
Voyons les François. 

MonRrclct parlant du Duc de Som- 
bj-efTet , dit eftantau Palais a Rouen eftoit 
le Vhc yefin ^iiris Mann SubUne , &jHr 



Chiifitre fécond. 3 y 

U teîîe vn chaperon de velours vermeil 
fourré de pareilles Martres. D'Oronuille 
en la vie du Duc de Bourbon cliap. 25. 
Le haut maiflre de Prnfe parfecours des 
Chemliers , & autres nobles hommes de 
phifuHYs Nations fi'iîauoit et? fa compa- 
gnie , fe porta ft vaillamment i qnil cou- 
quifl le Chaftel d'Endrach fur eux ,& les 
chaprent des grandes Forejîs de Pntjfe.cjtti 
durent plus de huit tournées , efquelles font 
les besies Hsrrnyne^^ LeticesyGris & Mar- 
tres fuWines , dont les riches fourrures 
font apportées par les ProAinces du Monde. 
Nicot, Martes foublims , Martes zcbc 
Itna. Ménage p. ^6u Marte fublime par 
corruption pour Marte zibeline. 

Il refte à voir Ci Panthorité de la 
Marche e(l vne preuuc irréprochable^ 
cerAurheur eft autant facile à fe trom- 
per dans la connoifTance des chofes , 
qui dépendent de Teftude & de THi- 
ftoircqu^il eflexacl: &fidelleà décrire 
ce qu'il a vu. Ain/i il prend les Cha- 
L fteaux de la bordure des armes de Por^ 
t'Jgal pour desGonfnnons.il chage Leo- 
pold d'Autriche en îafpar , &c. & pour 
les Martes mefmes il les nomme au cha- 
j^trcii. Scublieres ; d'où i 'infère , 6a 
C iij 



3 ^ j] Art au hla,fon iuftifie. 
Qtie cet Autheur s'ell: équiuoquc , où 
s'il a nommé Sables celles duBaftard 
de Bourgogne , c'efl: à caiife qu'elles 
eftoient de couleur de fable ,c'eft adi- 
ré noires. 

Ce terme efi: donc pris du fable ou 
de la terre qui a cette couleur comme 
le vay iuftifier, par pluiîeurs authoritez 
irrcprochablcs. Anacreon en fon Oô,q 
VIII. ne donne point d'autre Epithete 
à la terre que le nom de noire. 

Terra nigra bihit^ 
Orphée fait le mefme en fes defcrf- 
ptions des pierres in oflrite» 

AvTri yuAA [J.iKtUVct, '3roXl/K,^^U;TO/7/ jSjJO- 
rsÏTt TiiLTH -^ KelKOTlITA. 

Jffaterrd nigra multilonis homini- 
bus générât cclmalitiam. 
Oppien au 3 , //://, de la chajfe j parlant 
des liéures. 

oi uyj îa.71, 

^Uj qHtdem funt nigri ohfcuriqMe pnlla. 
/'/; ferra* 
Columella l,\. cap.^^. pullam terram ^ 
^efoluum defiderat. Virgile au 4. des 
Gcorgiques. 



chapitre fécond. 3 7 

Et viridem zy£aj'pttim nigrâ fac^ndat 



Arena. 



Pline lia. 17. Qh..4^i.iuuicemfubHliimd' 
bum in Ttcinenjî \ miiltif<jue in hcù ni- 
gïLim. Quand le fable a vne autre cou- 
leur que la noire, on luv donne vn 
nom particulier , comme Pline nomme 
le hhnc fable du Te fi n , ôc nous fablon 
d'Eftamp.es. 

Pliitarque en PEloge d'Alexandre 
parlant du dellcin , qu'eut ce Prince de 
baftir vne \]}At dans lafle de Pharos , 
dit qu'il commanda qu'on traçaft l'en- 
ceinte félon la difpofition du' lieu, & 
que fes gens n'ayant point de craye 
blanche femerenr de la farine fur le ter 
rain, qui e/loit noiraftre : oÎKzli^,n' Kcty.- 
^AvôvTii zv 'TT a l'tji IJLiKctvyi^Cf). EnlinCat- 
dan, qui traite des Elemens .n'^Philo- 
fophe , & qui recherche leurs qiialitez, 
parle de la terre en ces termes au liu.2. 
de Elememii paa.%j . de l'édition de Baf- 
le. l^Wtterrji fpeaes Ma: Mte^a ijuidem 
fincera : puHo colore Pmc efl , ^^./ ei proxi- 
mo. Et plus bas. Opilym igany tena non 
feniper vnHti efl coloiù; , cyt.Vîq:tam vt dixi 
^ViWwfît plerunqae. 

Pour faire voir que k M. S. de Gre- 
C iv 



5 S L^Jrt du bUfon iujlifé. 
noble, qui dit poudré de fable ne m^a 
pas ietté de la poudre aux yeux , ceft 
que loannes de Bado aureo » & Fran- 
cifcus de Foueis fe feruent aufîi de ce 
terme , poudré pour le fable pag. 3 8. /'<??'- 
tat leoiiem r^pacem rubeurn , tn campo ar- 
gentée 5 cum vno horàuro de niçro pulue- 
rifato ct:m ralentis aureis. 

Faifons parler les Hérauts d^Armes, 
&: les Blafonneurs fur ce point. L'Au- 
theur de l'arbre des batailles , qui efl 
le plus ancien liure imprimé du Blafon, 
que i'aye vu dit au chap. ij8. Refte 
maintenant à parler de la couleur noire ^ 
U^Me/k reprejente l'Elément ât la terre,. 
Sicile le Hcraut. Vautre couleur eîi- 
noire au'an dit e.n armoiriej fable er repre- 
fente la terre, 

La deuife de^ armes des Cheualiers. 
de la table ronde , au chapitre de la iî- 
gniiîcation du fable. Le fable fignifie es 
quatre Elemens la terre. Bara le Feron, 

6 la Colombiere difent le mefme.Ain- 
(i ie ne vois pas pourquoy on s'efforce 
de trouuer vne Origine abftrufe, à ce 
qui en a vne fiicileiics Chymiftes nom- 
ment auffi terre ou diable leur première 
opération, qui efl noire : enfin Le nom 



Chaptre fécond. jp 

aier pu'on donne à la coiîleur noire , efl 
àk ainfi cjuafi à terra félon les anciens 
Ecymologiftcs : UQÇmt en peinture il 
y a vne forte de gros noir qu^on appel- 
le noir fMeux , ou foir de fahle à caufe 
qu'il femble au fable , & qu'il fe fait 
d%'ne terre que Pon recueille fur ks 
forges : comme le plus fin eft le no^r 
a'yuoire , ou le noir de flimée. Ce noir 
<ie iable a donné fon nom à la couleur 
Jioire des armoiries parce qu^q eftoitle 
plus commun, & l'on en vfoir furies 
bouchers parce <jttll feche plus facile- 
raent , & qu'il tient plus de la couleur 
«nier que les autres. - 

Il eft important de parler icy è.a 
Sinople do.it l'origine a tourmen- 
te tous nos Autheurs, puis qu'auf- 
fi bien 1 ancien Preuoft m'a impoféà 
ion ordinaire, ea me le faifant deriuer 
deW.ç* èVA« au lieu de,T/>^W« cVa«, 
qui eft du verd faire du bleu. Cette ori- 
gine que ie luy ,ay domiée a efté fi bi«n 
receue, que i'ay fuiet d'eftre fatisfait 
de 1 approbation que luy ont donné 
ceux dont les fcntimens font des Ora- 
cles itreprehenf.bles,& IVn de ces Ilhi- 
^res eut la bonté de me dire , que qupy 



40 Z ^^rt du hlafon iuflifie. 
qu'il ne iugcaft pas que ce fut la ven- 
table origine du Sinople , elle luy ftm- 
bloit iî ingenieufc & iî hcureufement 
trouuée , qu'il eftimoit qu'elle deuoit 
eftre receuë. Il eft à propos que ie l'ex- 
plique icy 5 puifqnele défaut de fept ou- 
huit lignes , que rimprimeur a omifes. 
en mon véritable Art du blafon , a efté 
caufe <?[ue l'on n'a pas vu toutes les 
Gonuenances de cette Etymologic. 

le dis donc que Sinople vient de 
irpâyiva. q^tsku armes vertes , & qu'en 
retranchant la première fyllabe il reftô 
aiv' otska. Ce retranchement eft appuyé 
parla pratique de toutes les Langues, 
& pour commencer par l'Hebraique: 
Idtimaa eft acconrcy dans Ifaye ch.ir 
cnduma. lerufaUm enfalern enplufieurs 
cndroics,«Sc Hierofolyma tnfolyma. Beth- 
leemites en lermtes , aux Paralippome- 
nes. lechonia en chonia >. dans lereinie- 
chop.zi. Chez les Grecs recens à'ha 
on a fiit VA , S'cl'TKu^oi de <r<tf 6i<r)i«Aor.. 
SalontqKe de Ttoeffalonique^ Les Italiens 
dîfent rndfo pour Tomafo , Sc nous colaj 
pour Nicolas, Pour auihorifer le mot 
'srpctTivov, i'ày allégué Sicile le Héraut,, 
^li oifon blarén. des couleurs dit Pra- 



chapitre feco'^d. ^f 

fwee[iv}?e une vcrde , & croit UmeiU 
lettre qui foj en i ybie, 

le n'ay rien à dire cî: l' ^^ur 
après ce que i^cn aydit en mon\çl 
nrable art du hiafon , &ie crois d'à- 
uoirentiercmeiKiatisfairfur ce point. 
le m'eftonne pourtant que PAu- 
theiir Moderne qui a fait le jraeu- 
ies,& le fable fonrni.res , n'ait kit le 
mefme de 1-aziir & du finople , & qu'il 
n'ayt pas tcmt les peaux de quelque 
annnaîen vert & en bleu , pour en fa- 
briquer deux coi-lcurs d'armoiries de 
i'û façon. 

îl y a cette différence entre les noma- 
des coaleurs,&-des figures du blafÔ,qne 
celles-Iaeftant étrangères ont aulTi des 
noms eftrangers , celles-cv au contraire 
en ont pour la plupart , qui nous font 
connus à caufe qu'elles rcprefentent des 
chofes qiii nous font communes. Aatr^ 
Gueules , & SiKople font donc des noms 
eftrangers , parce que ces couleurs le 
lont. Le fable au contraire eftvntcriTîc 
^noftre Ln.ngue , à caufe que le noir 
n^eftpa^ vue couleur cllrangere , &: on 
luy a d(;nné le nom de ^ble parce 
<iu'il efl en poulïïere comme le kble. 



4i L'AyI: dti bUfon ittflifié. 
comme on donîae le nom de cendre ^ 
vne forte d'azur, à caufe qu'il eft fin 
comme la cendre. 

On verra dans l'extrait d vn Manuf- 
criptque ie donne à la fin de ce chapi- 
tre , la caufe pour laquelle on nomme 
ces couleurs Emaux , qui eft parce que 
ks Peintres & les EBlumîneurs, pour 
faire les armoiries furie parchemin fai- 
foicntvne efpece de compofition, qui 
auoit du corps & qui affennilTbit le vé- 
lin , fjr laquelle ils appliquoient après 
d autres, c-onleurs- ï'ro armoriù facimus 
incauftum, pro cdmpOi& fuperi/ludpo- 
vimui metslltim 'i/il colorem. On email- 
loit aufli les figuras far les vafes d'or 
& d'argent U fitt les armes , & c'eft de 
là que l'Email des Hérauts &c ^es Mci-% 
fa^ersa pris fon nom^ 

"Voila tout ce qu€ le puis dire pour 
la connoi fiance des couleiir^ dont le 
JBlafon cil composé , & ie crois d'auoia: 
■entièrement refuté l'erreur de l'ancien 
preuoft pour le fable & pour le gueu- 
les 3 qiioy qu'en die galamment vn dfi 
3»es amis en cet Epigramme i.^\ù 
rj'addrelfe. 



chapitre fécond. 45 

On vous Attend fur le paffaqe'^ *s.Eercard 

-' ri I allègue par 

j^rifie il vous faut filer doux y l'Aucheur 

Car cet tlluHre perfonnaie Mo.ierne 

Ejl plus fort en gueule ^ ue vous, gueule-. 

Il fi-c fuiui'e celle-là dVne autre pour le 

fable. 

Que l'on le prejfe , Ou qtton le flatte 
Il ne vom futur a point pour la noirs 
couleur , 
Lefdble ejl vne ttrfe ingrate , 
Où ne ferne iamais vn fage Lahourtur^ 
le' répondis à ces deux Epigranrnies du 
gueules & du fable , que mon aduer- 
{aire a fait fourrures, par cellé-cy. 
Lyctàoi ne crain point àtfumïïe mcK' 
turt 
Des coups (jHi me font prepArez , 
2e voy que le Preuoji auec ^uefa fouT" 



rure 



Z^e fera <^îte des coups fourrez. 
Mais il répliqua parvJie autre en fa- 
neur de ces fourrures , pour excufer 
Pancien Preuoft. 

Excufe'^ vn défaut ., qui vient dâ la 

nature y 
Vn Sexagénaire en ce temps y 
A hefoia de plus de fourrure ^ 
Qjtvn homme âe vingt-neuf ahu 



^ L' Art du bUfon iufi'jfe. 
Pour éclairciv entièrement cette matiè- 
re des Emaux du Blafon , qui elt l'vne 
des plus cmbroliiilées de cet Art ; il ne 
me relie qu'à produire l'extrait dVn 
ancien ManufcriptjQui m'a efté com- 
muniqué par le R.P.Dom Bnat , Coad- 
iuteur de k Charrreufe deMeyria. Ce 
Manufcripr , qui efc d'enuiron Tarr 
Ï400. &: qui porte pour titre Libellits de 
dtHemVerandt^ colonbpis , eit au pouuoir 
des Ireritiers du fleur Valerian Peintre 
de Gruieres en Suiirc. ïe penfe qu'il a 
la véritable Origine du Sinople , &. 
quelque ins^enieuie qu'ayt femblé à 
quelques-vns celle que i'ay dônée^i'ay- 
merois mieux m'attacher àcelle-cv,qui 
eH moins recherchée. Voicy vn cliapi- 
5ïe entier de ce Manufcript.. 

Id£i funt nominnxolornm <fftt necrjfarijfttnp 

Pi^orihHs , & illumtnatonbus 

Jîuefcriptoribus, 

„ Azorium Sarracenorum. Azorium 
j,Romanum ; Viride Grœcum , viride 
„ terreftre , Minium , Vermùculum. 
5, Album de Pulia, album de ovfibusj 
,, Bi:eiillum , ocxum, auripigmciKura^ 



chapitre fecon 45 

,y Ci'ocus vLilgô Safranum. Sinoplnr/it- 
„ Gorma, Foliolum, Gipfum. 
>, AzorimTî qiiod Sanaceui faciunc. 
„ bonum cft : Item Azorium Roma- 
>j num , quod Indum vocatiir. 
„ yinde quod de GrrEcia venir bo- 
>5 num eft : item ab'ud viride terreftre 
,5 didum eô quod terra fît 3 & de monte 
3, Gclboe affertur : hic mons ex vnà 
«parte croceus cft , & ex aiiâ parte 
j, vnidis , & fie in co croceom , Se vi- 
„ ride reperitur.5/f a/ & in vrbe iînopoli 
>, rubicHnditm innsmiHV:, & viride âitlunr 
3i finoplum. 

y, Vermiculus , qui d'e Hirpaniâ venit 
i, bonus eft , & item vermiculus qui 
y, grolfus eft vocatur minium. 
„ Album bonum eft quod à Puliâ af- 
3, fcrtur , item album , quod de oftibus 
>, vftis fit : item album quod de plumbo 
3, conficitur eft optimum. 
„ Brcfillum eft. arbor quaedam c cu- 
„ ius fucco optimus fit color rubeus, 
j^MeduUa huius arboris non eft bona 
j, piftoribus , fed tinctoribus panno- 
' :>, rum & fcriptoribus , ex quâ faciunc 
,, rofetam. 
3, Auripigmentum croceus color eftj 



4<j l^ An au bUfon wfiifié. 
,, & de monte Gelboe affcrtur : alius" 
„ croceus color eft , qui ocriim diciruc 
., & in multis locis inuenitur jfed illud 

5, qaiod à Tu aflertur bonum. 

„ Colchicum vcro optimum efl. 

3, S inopium vtrumque venit de 'urbe 

„ Sinopoli &ej} hQnuw.aliudviride aliiid 

3y rubicundum : viride finopUim/cw Tmo- 

3, pum dicitttr P.iphiigonicus Torios , & 

}y rubicundum vocat»r h^mathites PaphU- 

3;gonica:ir3uemtnr eùnm & in regvo Fran- 

35 Ci£ vocatum Broliamini. 

„ Germa quidam colos eft , qui è fer- 

3y ro rrahitur , &: afFertur de regionp 

^quas dicitur Rofïia. 

„ Morella herbaeft in terra S.^gidij, 

5, ex hac herbi uria grana exeunt in fe- 

^aminejquae mirum colorem reddunc, 

„ & hic color foliolum dicitur à tin- 

„ étoribus. 

„ Gipfum quidam color albus eft, 

>, & ab vibe Parifienfi affertur , fed ni- 

«hil valet nill ad aurura in pergameno 



ponendum. 



Sic literoi & Armorias fichilium fa- 
cpnus in pfrgameno^priMs fro literis ati' 
reis : nunqunm efiim facimus argentcoi» 
qiiiAAraemum perdit f a um f^Undorm». 



chapitre fécond. >j 

„ & aeclpit curn tempore pHrpureHmcolo- 
„ rem. Ponimus gipfam diftempera- 
« tum cum glarcâ deinde ocrum,& tan- 
., dem bradcas aiiri , & polimusquan- 
,, do hrtera: ficcats flierint cum tabula 
« clephantinâ. 

» ?ro armoriis facimm imauFîum pre 
« campoy&fuper lUnd pommais metallum, 
i^vel colorem proHt rej petierit : duchus 
i>tamnm vnmurmetMhmro & argents^ 
« & quAtuor colonbus , mmpe azorio td 
» ejf uUm , Sabulo,cimdeft, Ntgro -.guU 
- <^HieJt Rofea fme p;nppirea , &ft„opo 
« ^«*^ ejl vmde : ex his çmnu armorU co^ 
ly loramur , ^ corificinniur , 

Ce Chapitre de ce rare inanufcripr 
nous deuelopp^ plus de difficultez^qc c 
tantes les fçauantes conieétures , des 
tlcnuainsdes armoiries. La nature & 
les noms des Emaux y font fort bien 
expliques, & ie quitte volontiers tons 
ii^^s lentim.ens differens que i^ay eu iuf- 
q";a prefent , pour m\ittacher à des 
opinions Cl inftes , & fi raifonnables. 

Ilny a donc point eu de cabale entre- 
les Hérauts, ny d'aiTeclation dans Pim- 
pofition de ces nomsjmais nous deuons 
auoucr que l'azur , le gueules y & le fr^ 



4 8 l! Art ait blason luflifé, 
nople eftant des couleurs eftrangere^, 
& orientales :, ont apporté; parmy nous 
leurs noiTis primitifs. Le noir au con- 
traire , qui eft commun en ce pays , a 
rrouué vn nom de ce mefme pays ; ain- 
iî vous voyez auec quelle apparence 
l'ancien Preuoft a tiré le gueules , &: le 
fable des fourrures. 



Chapitre III- 
Le Pourpre exclm du 'Bhfom. 

ÏE ne doute , point que ma propofi- 
tion ne fembîe hardie , qu'on ne me 
mette en tefte les Hérauts d'armes de 
plufieurs Siècles ,qui ont écrit en fa- 
neur du Pourpre que le veux détruire, 
&que Ton n'aille chercher auec foin 
cette couleur.dans les recueils d'armoi- 
ries pour m'en fournir des exemples, 
le n'ay pas eu moins de zèle autrefois 
pour i'eftablir, & fj i'auois trouuédes 
exemples alfez fores pour la faire fub- 
fiftcrj ie la fouticndrois à piercnt, au 
lieu que ie me vois oblige de l'exclurre 
des armoiries; Pour le faire auecord:e 



chapitre trcijiefme. a^ 
ie produiray d^abord les authoritee , 
t^ue le fcray fiiiure de quelques refle- 
xions , & des exei-nples que l'on pro- 
duit en f iiieiir de cette couleur. 

Pour commencer parlesauthoritez. 
Le plus ancien Liure de Bla'on impri- 
me que nous ayons, eft l^arbre des ba- 
tailles cir^par Sicile Héraut du Roy 
d'Aragon : ce Liure , qui traite de di- 
ueifes chofes parle des Tournois , des 
gages ,des com.bats & des blafons. Le 
Chapitre i6;. porte ce titre de U cou- 
Unr rouge ou gueulle : ôc commence de 
cette forte. Lafecondecouleurfi^Ji pour, 
pre , ^ne mus difo^is en François ronge on 
•vermetlh , Ucimile reprefeme l'Elément 
■an feu qui eji fon propre corps. Cette cou^ 
leur au$, félon le: loix mciemes , homme 
ne doit porter [mon les Princes feulement. 

lonr.na de Bado anreo , & Vrancifeta 
de Fouets tn tra^latu de armù : ir? arrnis 
duo eolores principales inuemmtur fciUcet 
Albus er Niger : & omnes du. colores ar. 
tificialiterfiHtexillh, vt Azorluscolor, 
aureus vindis&Rubeus.Ils monf^iét en 
fmtc, que les deux premières couleurs 
lonr les extreraitcz de toutes les autreç, 
€iui ont plus ou moins delumicre, ^ 



5 o L' Art du hUfon mpfi/. 
qui font entre le blanc &: le noir. Et en 
fîx Chapitres ils vc:!i\itni de colore Alboy 
de colore Azoreo , de colore Aureo , de 
colore Rubeo i de colore Viridi , de colore 
Ntgro : fans dire mot du Pourpre. 

Le manufcript dont i'ay allégué vn 
chapitre entier au précèdent : pro armo- 
ris duohm tanturn vtirnur mesallis 3 nuro 
fj" arcento ,. & qn^ituor c-j'oribus , Ker/?pe 
az.QYio , id eji cdesli , fahtiloy<juod e(i ni- 
gro ^guU i]tu efi rofea /lue purpMrea, d} J>- 
nopo (]uod eïl virïde. 

Fauyn en Ton Théâtre d'honîieur.p.6.. 
Spcîman in AJpilogta colores in Theodc- 
/tanis Clypeis decem enurneraî Panàrolur: 
uéurenm , Argemeurn , feu Album , pitni- 
ceurn i virider» scurnleum ^ nigrtirpyptr*-" 1 
fureum , riibeum , ferrugineum : fed enatk 
tandem Heraldornm fchola tarJummodj»- 
recipiunsur attreur , argenteuj ruber , r<«- 
ytileus y & viridis xrecentior dit as pur pH' 
reum addidit, 

Bîondel contre Chifflct page 55^, 
prsfat. Apologet. parlant du LioiT 
d'Hafpurg. Roditlp'n rnaiores Leonem non 
veflitHm fed nudum & tinBum gejiarunt» 
L'Autheur Moderne na l'auroit ditny 
t-^int y ny veftu j mais il auroit {impW 



chapitre premier. 5 1 

ment fait de drap , éc dVn lambeau de 
vieil habit , comme ie remarcjucray ail- 
kurs. Nec te colores & pigmerna vefiis 
hco leBorihfts obtrudere fa^ fuit.i.Hcijhur- 
aici Leon'is celor piirpureus w(J« fmt yfed 
coccineus., }. p tir p tiret ex cocane» & cxrn- 
leo tempérât i coloris r/irior in f cutis ad 
ha^'C vfcjue diem ijfus fuit : vix enim illu- 
slris (jmfjuar/î ( il Legionis Reges pur- 
purei Lconis infigni c'aros &; Arme- 
iiiacos Comités Leopardum aureumin 
Icuto purpureo geftantes excipias ) oc- 
turrit , qnifciitum 'uel fymbolptrn appiBtim 
purpura habuerit. le montreray claire- 
ment après que ny les Rois de Leoii,ny 
les Comtes d'Armagnac n'ont pas eu 
des armes de pourpre. 

Les Autheurs Erpagnols qui auroicnt 
dû maintenir le pourpre fi les armes de 
leurRoy eneftoient , le banni lient ab- 
folument : particulièrement , Ambrofo 
de SalaK.ar en U Orïgen de Ejpana : (^ 
Barnabe Moreno de Vargas en Iw dtfcur' 
fos de la Noble z.a , difc, XFI l. Le pre- 
mier dit es de faber que ay dos met aie s y 
^hatro colores : oro > fL^ti* , coloradoyaznl, 
negrOfVerde : porc^ue la, purpura es tan bien 
idorado» 



5 2 L'Art du bUfon Uijl:jîé. 

le dis après ces Authenis que c'eft 
vne couleur inutile dans le Blafon , & 
voicy les raifons fur Iclquelles ie m'ap- 
puye. La première cft , qu'on ne fçau- 
roic déterminer quelle eft cette cou- 
leur : car Sicile le Héraut Ta comporée 
du meflange des autres , & dit àe toutes 
ces Jïx ch'jfes & cohUms , on en fan vne 
quand on les me fie enfemble^ Citant de l'vn 
comme de }^ antre , & cesilafeptiefmCi qui 
en arî/jotrie de fo?7 propre nom fe dit pour- 
pre. Sa remarque efc fauile & l'on peut 
voir par expérience , que le meflange 
de ces couleurs en fait vne tanée , & 
non pas la co.ilcur de pourpre. Il nous 
fait voir aulîi par ce qu'il dit après , 
qu'on ne cônoillbit point cette couleur 
àz Ton temps , quand il ajoute. Laquel- 
le aucun tient ennrmoirie pour couleur ^ & 
aiîf.u-i non : & aucuns dtent que ceH la 
plus bajfe , poune quelle eîl faite des an-' 
très couleurs : dir elle n'a de vertu fors ce 
que tes a'nres luy en donnent , <^ aucuns 
la tiennent pour la plus noble & haute , 
pource qu'elle tie>it de toutes les couleurs. 

Le Blafon des armes imprimé en 
mefme temps, que SiJL^le Héraut fous 
le règne de Louys X L dit pourpre , qui 



chapitre fécond. 5 3 

eîî composé d'(iZ.ur & ds violet , qui elt 
vne couleur bien différente de la pré- 
cédente. 

Bara en fon Blafon des armoiries 
pourpre qui eH composé d'azftr & de 
retire. 

Spclmam i^ Afpilogia a c<ert!leo craf- 

JîoTtiyvd mAÏè t imper atoparii^n d'fcrspat, 

La deuife des armes des Cheualiers 

de la Table Ronde, Pourpre qui esi com- 

pofé d'azur & violet. 

Le P. Monet. pourpre ou couleur de 
MdHue. Vulfon la Colombiere en Ton 
premier ouurage , Pourpre qui e fi com- 
posé de gueules & d'azur. 

En fa Science Héroïque page 27. il 
dit que le noir Se le rouge le compo- 
fent. Et pa^e 36. il dit que les Efpa- 
gnols le nomment vna rmHion , parce 
qu'il fc compofe des autres quatre cou- 
leurs. 

Enfin TAutheur Moderne la fait 
blanche contre l'expérience de tous les 
yeux, & dit que c'eftoit l'ecarlate blan- 
che dont parle Froilî'art , c'elià dire du 
rouge blanc: c^vfcallat eft en Arabe la 
couleur rouge , comme i'ay dk ail- 
leurs. 



54 L Art du bUfon iuflific. 

Les Peintres èc les Enlumineurs ne 
fçaaenr quelle couleur employer pour 
ce pourpre preteivju : les vns le font de 
couleur de mauue , d'autres de couleur 
de vin j quelqucs-vns de la couleur des 
meures .qui eft vn violet obfcur, d'au- 
tres d'vne couleur ferabiable au fuc des 
meures, qui eft plus clair.. ^ 

Secondement.'D^dï'i tout Irl^rmorial Al- 
lemand, qui eft de 3320. familles, il 
n'y a aucune marque petir le pourpre ; 
ainfi rAurhenr Moderne y verra les ar- 
mes de Veftphalie qu'il nomme haute 
.*^axe, & celles de Bendorph marquées ' 
de gueules. 

Troifîemement, Si elle cftoit la cou- 
leur dçs Princes comme on fuppofe , 
elle fexoit fréquente dans leurs armes > 
& nous en aurions plufleurs exemples. 
Il n'en eft neantmoins aucun qui porte 
cette couleur , au contraire la plufpart 
portent de gueules : comme Léon , Ca- 
ftille , Arragon , Poloigne , Hongrie , 
Bohême, Nauarre , Sauoye , Lorraine, 
Saxe, Mantouc , &c. 

Quatrièmement. On difpute fî cenie 
couleur eft amphiuie comme veulwit 
quelques-vns j c'eft à dire fi elle fe pra- 
tique 



chapitre treîfiefme. 5 y 

tique indifFeremment lur les meuux , & 
fur \ts autres couleurs, ou fi elle eft fim- 
plemcnt couleur comme veut l'Autheur 
Moderne , contre le fentiment des an- 
ciens, pag. 13 p. des Origines. 

CincjHiemement.ll n'y a aucune necc/îî- 
tc de ladmettre en brifures pour cmpef- 
cher lafauffeté , puifque la brifure n'eft 
pas vne pièce eilèntielle au Blafon , & 
que nos Ducs d'Anjou & les Princes de 
la maifon de Bourbon brifent de gueu- 
les fur azur. Pour les pièces principales 
on ne void aucun exemple de ceux 
qu'on allègue , qui ne puiifc ellre réduit 
au gueules. 

SSxiémemefJt' Si le pourpre e£oit vne 
couleur d'armoiries , il deuroit eftre le 
champ de celles de France, puis que les 
cottes 4'armes de nos Hérauts, Le man- 
teau Royal , & les bannières- femées de 
fleurs de Lys font de couleur violette, 

Seft'umement. Ce qui fait la preuuc 
ia plus forte , c'eft qu'on n'allègue au- 
cun exen^ple en faucur du pourpre , qui 
ee foitfaux , ruppofé , ou mal entendu. 
Voicyceux que l'on produit. 

Léon d'argent au lion de Pourpre 
5. Marthe, 

D 



j6 L' Art an hUfon iufiifie. . 

A L B V QV E R QV' E vria lofa rojfa caricata 
d'vn Cnfîello da iré torri d'oro , & accan- 
tonata. da. cjuatroleonini diporpora in cam- 
pa d'oro, M. la Chieza. 

S I L VA d'argent au lion de pourpre. 
XjC p. Labbe. 

Vestphalie de pourpre au lion ef- 
faré & contourné d'argent. Le LaboH- 

nnr. 

GENosen Brelfe d'azur au cheuron 

de pourpre. Le P^Monet. 

Armagnac écartelé deRhodczde 
pourpre au lion leopardé d'or. Blotidel. 

S. Léger de pourpre femé de fleurs 
de lys d or à la bande de gueules. Le F, 
de Farennes. 

Gaste lvppe' d'or pany de fafcé 
d'azur & de pourpre de fix pièces. Le 
Laboureur. 

BENDORpnde gueules à deux lions 
de pourpre. Le Laboureur ancien PrenoJf, 

CovRviLLE de pourpre au cygne 
d'argent chappé d'azur. PalUot. 

Lacy de gueules à vnlion de pour- . 
pre. Le Laboureur. 

Pembroch dor party definopkà 
vn lion de pourpre brochant fiu: le tout. 
Le Laboureur, 



chapitre trcijiefme. c -j 

AiLLY de gueules à 2. rainkaiix d'A- 
lizier de pourpre,au chef echequé d'ar- 
gent &c d'rzur. La Colomhtere, 

KiBovRG d'orà vne fa'ce de pour- 
pre entre deux filets de mefme. Le La- 
boureur, 

H Av T I N d'argent à vne pointe de 
pourpre. Le P.deVarennes, 

Grvtele vairé d'argent & de pour- 
pre. Palliot. 

.% ÏAqvERON d'azur à la f-ifce depour- 
pre chargé d'vn croilfant d'argent & 
accompagnée de trois rofes de mefme. 
Celiot. 

Heripont de pourpre à la bande 
d'or. 

Matheron d'azur au rocher d'ar- 
gent fur vne mer de pourpre , vne voi- 
le enflée d'or. Noflradamus. 

Baillet d'azur à la cottice de pour- 
pre accompagnée de deux Amphifteres 
d'or. 

MoRiN d'argent à trois meures de 
* fable. Boijfeau. 

Pvrpvrati d'argent à trois coquil- 
les de pourpre. C^pré. 

Voila tous les exemples qu'on m'a 
oppofez 3 &c qu'il faut que i'examine • 

D ij 



5 S L'Art du hlufon îujlïfiê. 
pour le premier , outre ce que i'tn ay 
dit en mon Art du Blafon , i'apporte- 
ïsay icy des témoignages irréprochables 
tirez des AutheursElpagnols , qui bia- 
fonncnt les armes de L^on d'argent aa 
lion de gueules. 

Argore de Molina liu.i. àe la, Noble- 
X.(i del uir2diiltiz.ia. ch?.p. 4Z. en losfri- 
"Hiiegios de Don Fernando Rey de Léon hijo 
de et Emperador Don Alonfo , y hermano 
dilRey dom Sancho et deJfeado,todos tienen 

tor armas el Léon P.oxo Rampante ei 

Lcon Vtjr allttjîon del nombre del Reyno 
de Léon Uamado ajjl por el nombre de la 
çtudad de LeonfuCabeçay Jîlla, 

Ambrofio Salazar en blafonnant les 
armes des Girons^qui tiercent en mantel 
de Caftille de Léon , &: de leurs armes, 
Traén por armai vn caHillo rojo campo de 
oro ,y vn leon rampante Rojo campo de 
plat a y y abajo vnosgirories al^los en forma 
de cums. 

Henninges Theatri Genealog. tom. 4. 
fol.)^' Jn/ignia leonem rubrum ajftimp/it, 
«;/<e polîeà Regum Le^ionis propria fuere. 

Rodrigo Mendez Silua en la pobUcicn 
qeneral de Efpaiîa , en la defcription de 
la ville de Léon, por arm^s en Efcttdo de 



chapitre troifiéme, ço 

pîatAleon rojo : vn lion roucre. C'eilià 
neantmoins l'exemple le plus fort , uonr 
fe foient feLuis les paniGiîis du pourpre. 

Pour Albiiquerqi c il eft peu d'Au- 
theui's B qui donnent der; lions de pour- 
pre à cette famille , h plupart les bla- 
fonnent de gueules après Salazar, tr^ert 
CafiUlo d'oro en lofa coloraÀa y t^uatro 
leoncs rojoscampo d'oro. 

Cette £imille 8c celle des He^rtijuez 
& des Manuels ; à qui MeiTieurs de fain- 
te Marthe donnent des lions de pour- 
pre, font des familles ilfues de la Roya- 
le, dont elles portent les armes diuer- 
fement. Argote de Molina blafonne les 
armes des Manuels de cette forte.p. 15)0. 
de la Nohldel ^nâaluz. Fso for armas del 
leon roxoen campo de piaf 4 de las armas 
Riaies de CaFiillay de Léon en l- fende 
de qu Art êtes eomofeveen en los fepulcros y 
eîlendartes del Monaîierio de Periafei de 
la Orden de los Predicadores. Voila des 
preuues fenfîbles de la couleur de ce 
lion , & il faut dire neceirairemcnt que 
c'efl; fur des originaux Latins que Mef- 
iîeurs de fainte Marthe ont pris ces ar- 
mes , & que le mot àt purpitreus a caufé 
ces cquiuoques. 

D ij 



6o iJ Art au hlafoti iuflifié. 

Ciaconins Autheur Efpagnol de la 
famille des Chacons , donne au Cardi- 
nal Siliia vn lion de gueules en Ton lime 
èiQS Cardinaux. 

Les armes de Veftphalie ou hante 
Saxe , dont l'ancien Preuoft dit que 
l'exemple cfl fi iiluFîre qud efl capable de 
fermer la. boptche à tous nos brouilleurs de 
p^pitr , fe trouuent dans l'Armoriai Al- 
lemand marquées R. Rothyced à dire 
rouge. 

M. Chifïlet en Tes Cheualiers de la 
Toifon ; prima pars coceinea eqna effrmi 
ârgerjeoin Uitam conuerfo imprejfa. 

Geliot page 103. de l'Indice Armo- 
riai : de gueules k vn chenal effrayé oh 
r^r/ipant eon tourné d'argent. 

Le Roy d'Armes pag. 134. de gueule^ 
4 vn cheual contourné , effrayé» & débridé 
u Argent. 

Le P. Monet page iij. de gueules à 
vn cheual , &:c. 

M. delà Cîiieza p. 84. poledro d'ar- 
gento in canipo roffo. le ne fçay s'il prend 
cesAutheius célèbres pour des broiiil- 
leurs de papier ; m.ais voila leurs fcnci- 
mens fur cet exemple illuffcre. 

Monsieur le Cheualier de Guiche- 



chapitre troijiéme. 6 1 
non nous a dctrompcz pour l'exemple 
de Genos en fonhiftoire de BrefTe. 

Le quartier d'Armagnac , qni eil: dé 
Rhodez n'eft point contefté par i'Au- 
theur Moderne , &le Feron qui i'auoit 
auancé l'a retracé. 

Les armes de 5. Léger font celles de 
France, par concefnon ainfi il n'y a rien 
à difputer fur ce point. 

GaJîe Ittppé que d'autres nomm-ent de 
Gaile , a des armes fur lefquelles les 
Autheurs fe contrcdilem. L'ancien 
Preuoft les donne telles que ie les ay 
marquées ; la Colombiere les met de^ 
pourpre à deux fafces d'azur , &Z dit 
que cette maifon eft de Viuarets , l'au- 
tre la fait de Foreft. Maïs Tes vrayes ar- 
mes font d'azur| à trois fafces d'argentj 
comme on les void aux vitres d'vne 
Parroiflfè de Foreft à deux lieux de 
Montbrifon. 

Ces me fines armes fe voycnr aufîî 
dans la féconde Chapelle du coflé gau- 
che de l'Eîrlifc de S. îean , où elles font 
peintes en vnc verrière. D'or p:uTy 
d'aznr à trois fafces de cr,icalc,s , au lieu 
du fafcc d'azrr Se de pourpre , que luy 
donne l'Autheur Moderne , & en la. 
D iv 



6 1 L' Art au hîafon iuflïfle. 
clef de la voûte , les trois f.ifccs font 
d^argent. 

Les lions de Benàorph font marquez 
d'argent dans l'Armoriai Allemand. 

Csuruïile porte d'azur comme fi le 
Cygpc cftoit dans l'eau, & non pas 
de pourpre. 

_ Les exemples d'Angleterre que l'An- 
cien Prcuoft py^duit ne prouuentrien> 
parcequ'ils font pris fur àts, originaux 
latins , où le mot pHrpureus eft Equi- 
ucque , & pour montrer que c'eft vne 
couleur quafi inconnue en armoiries, 
chez les Anglois , c'eft que Spelman. 
tn AJpil. Câjp.de psirpnra dit i» Angliacis 
clypeis hic c$lor rarijjîmè cernitur, 

Monfieur du Chefne ne donne point 
les rainfcaux de pourpre à la maifon 
d'Ailly , en blafonnant les armes de 
Raoul d'Ailly en fon hiftoire de Ee- 
thune p. 362. Morin la Malferie ne les 
donne pas non plus à Honoré d'Albert, 
qui auoit efpoufé l'heritiere d'Ailly^ 
comme on les peut voir en la Promo- 
tion des Cheualiers du S. Efprit , faite 
par Louis XIIL Le Feron ne les donne 
pas non plus au Maréchal de France 
àc cette maifon. Neantmoins comme 



Chuftîre tYoifiéme. 6^ 

ce Vaudeuille de Picardie. 
^iily , Mailly , Creqtiyy 
Tel noms telles armes , tel cry. 
luftifie qu'elle porte ces deux bran- 
ches d'Alizier : il faut que nous diiions 
qu'elles doiiient eftie d'argent , comme 
Segoing les a reprefenrées en Ton Ar- 
moriai Yniuerfel , &; comme i'apprens 
qu'elles font en diuers endroits de Pi- 
cardie. 

le ne i^ay d'oè l'Autheûr Moderne 
a tiré les armes de Kibourg qu'il nous 
donne j mais ic trouue que l'Armoriai 
Allemand, & M. ChifRet : donnent à 
Kibourg de gueules à la bande d'or ac- 
compagnée de deux lions de meime, 
& CCS armes font vn quartier de celles 
de l'Archiduc. Que fi c'eft d'vne famil- 
le Suilî'e qu'il parle , Monfieur de la 
Chieza les blafonne ainfî page 41 . Chi- 
borg Antichi conti in Eluetia : vm fafcia 
rolfa accompagnata da due fafciole d'eW 
isiejfo in campo d'oro, 

Aiatheron a vne mer au naturel j c'eft 
à dire d'vn bku obfcur : fes anriCs font 
en Auignon , où il y a vn portail de ce 
nom. 

Les Meures de Morirty Se les Raifm? 
D V 



^4- ^ ^^yt àii bUfc'tî iujlipé. 

de Zolltr , de Cdori , & de Hejjfeu font 

au naturel. 

hçs coquilles des Purpuraty font co- 
quilles du poillon pouinre j mais quand 
mefme cHcs feroient de quclqu'autre 
poilfon j cet exemple ne prouueroit 
rien , parce que ce /èroit pour les faire 
parlantes. 

Ainiï quoy que la familk des Pardos 
en Galice porte du gris , que les Efpa- 
gnols nomment Par do , par allufion à 
Ion nom ; on n'en fait pas pour eela 
vne couleur ordinaire d'armoiries, non- 
pi us que de la couleur Liuide qu'ils 
nomment Cardeno : encore que les Car^ 
denoi portent dos lobos Cardenos yen cam- 
■po azul' 

Baillet eft de/îa iuftifîc' en mon véri- 
table Art du Blafon. 

Le changement de l'argent , qui 
prcndauec le temps vne couleur fem- 
olable au pourpre , me lèmble auoir 
elle la caufe de Ton introdudlion en ar- 
moiries. Le manufcript que i'ay allé- 
gué me iuftifie en ce point, quand il dit 
que les Enlumineurs ne fe feruent pas 
de l'argent, à caufe qu'il change ficile- 
ment. Sic Uteras & Armorm ruhnhm 



Chafitre trcifieme. <> 5 

fa?iMfU in pergameno prius J)ro liieris au- 
reis 3 nm/cjuarn enlm facimm argemcoi , 
e^MH argtntuyn perdit fnum jplendoum , dr 
accipit tum tempore piirpureum colorem, 
Tay vu plufîeurs exemples de ce chan- 
gement, particulièrement dans les lieux 
humides. 

LeR.P. Dom Buat m'efcnuit fon 
fentimentimenc fur ce point , en m'en-» 
uoyant lemanufcript que i'ay ciré,& 
ie donne icy vne partie de fa lettre, 
comme yntémoicrnacTe authentique de 
ma remarque. Vay eÛé bien (iife de voir 
<juil [oit de vofire [entiment touchant h 
pourpre , auquel iefoucris facilement d'au- 
tant que lay t A par expérience que l'ar- 
gent prend la couleur du violet , & entre 
autres chofes ou ie l'ay apperceu , eji U 
cotte d'armes de Bertrand de Liuron j qui 
eftant venu du Dauphiné il y a enniron 
500. ans fe vint eflablir en Bajpgny yoù 
il a fait la maifon du Alarquis de Bourbon' 
ne. Cette cotte efl de tafetas bleu , fur la- 
quelle deuant & derrière font les ecHJfons 
defes armes : l'vn eft d'argent à trois fa fces 
de gueules au franc canton d'argent ^ char^ 
gé d'vn Roc de gueules : l'autre eji de m(f- 
me j mais l'argent «/? de couleur rougt 



6^ L' Art du hUfon iufiifie. 
violet. L'an 1 5 1 9. «> demt^nàay la raifoir 
de cette diuerjitê de champs à Madame d& 
Boitrbennei elle me fi(i rejpofice ^ue cela 
procédait de l'humidité y (jui auoit donné- 
cette couleur à l'argent, fay vu la mefme 
chofe en l'EcuJfon , ^«j eji aux lettres de 
Nohlejfe de Mejfieurs Marchant d'Or- 
léans, qui (Ji d'argent à la croix ancrée 
de gueules : vnt partie du champ efloit 
violet : c'eft ce que le iîeur Palliot n'a 
pas reconnu en celles de la maifon à'E- 
ïîerno au Comté de Bourgogne , qui 
porte de gueules à la fafce d'argent ac- 
compagnée de trois arrefts de lance de 
meime, quand il dit cruelle portait an-- 
ciennement , & félon qu'il fe void es lettret 
de l'ennoblijfem&nt de cette famille de pour- 
pre. C^ï le gueules terny &: tenu àThu- 
midité 3 prend vne couleur rapprochante 
du pourpre i &; l'argent deuient violet, 
ou rouge violet, comme le l'ay vu en 
plufieurs terrieiSj.& en plulΣms vélins 
anciens. 

L^argent n'eft pas la feule couleur 
quife change à l'air ou à l'humidité; Ci 
Voutrcmer rjr'eft bien hn il deuient verd 
auec le temps , la Laque blanchit , & 
quantité d'autres couleurs s'altcrenCj 



chapitre troifiéme. (Ty 
tîOTnme on le remarque ayfément aux 
peintures exportes, qui n'ontpas cfté 
bien touchées, ôc où l'on ne s'eft pas. 
fèrui des couleurs fines. 

L'autre caufe de linrrodudtion du: 
pourpre en armoiries , eft l'Equiuoque 
du mot Latin Purpureui , qui fe prati- 
que indifFcrcmment par les Autheurs 
de «rte langue pour le gueules, 8c pour 
le pourpre: en voicy vn exemple ma- 
nifefle. Le lurifconfulte Bartole reçeut 
des armes de l'Empereur : ces armes 
eftoient d'or au lion de gueules à dou- 
ble queue , ainfî qu'ils les blafonne luy. 
mcfme en fon traité de inJîgnUs , qu'E- 
doUard de la Bylfe a donné au public- 
Vidi j dit-il , concedi mnltis a Serenijftmo 
Principe Carolo ly, Rom.Imperatoreymc^ 
non Rege Bohemis. '.& mthi tune concilia^ 
ri» eiffi concejfit inur catera , vt ego & om- 
nés de agnatione mea leonem mbeum 
€Hm caudit duabui in campo anreo porta- 
r-tmHs. Paul loue en blafonnant ces mê- 
mes armes , Te fert du terme pur pur sus in. 
JElog, viror. iiterat^illtifi. pag. i 6. ce que 
Spelman a mefi-ne remarqué in A^tl. 
iap.de rtihro. Colorent hune rubrum louins 
fur^Hreum vocat , clypçnm cnnnti<ini Bar*' 
tuh lurifconfulih 



éB L'Art du bl<tfon tujfifie. 

Edouard de la Byll'e fe feit aiilîi dit 
terme conchiliatm , qvii n'elè pas moins- 
equiuoque y ayant différence entre le 
pourpre & le gueules , comme Ta 
remarqué le P. de la Cerda fur Virgile 
où il diftingue le color de grana , qui. 
eft \tcoccm des Grecs &: des Latins du 
conchyl'tMn , qui eft le pourpre des vns 
& des autres , car comme le beau rouge 
qu'oTî nomme vermillonjou cramoify fe 
fait du grain de la petite ycufe.de même 
le beau pourpre fe faifoit autrefois du' 
fanfrd'vn poifîbn enfermé dans vne co- 
quille dont on luy a donné le nom de 
Conchilium ct/7rar xofp/ va j« comme on la 
-somma encore oflrum ab csîrea. 

Le nom de ce poiifon eftoic Murex 
dont on a fait murifatus , terme5qui n'eft 
pas moins equiuoquement pris pour le 
gueules par Frifon en plu fi eu rs en- 
droits , ôc par Chifïlet en la defcription 
des armes de Baudot deNoyelle Che- 
ualier de la Toifon d'Or : car quand on 
changeroit ce terme latin en celuy de 
pourpre , en noftre langue on ne feroit 
rien contre fa fîgnihcation propre,maîs 
on altcreroit les armes de pluAeurs fa- 
milles. 



chapitre trotfiéme. 6<) 

Enfin ie ne vois pas que pour quel- 
ques exemples , qui font fort rares , & 
peuc-eftre fautifs ou fuppofez on doiue 
admettre le pourpre en blafon , puifque 
on n'a pair fait vne couleur d'armoiries 
du gris , encore que deux ou trois fa- 
milles dTfpagne en peignent les pièces 
de leurs biafons : ny de couleur liuide 
qu'ils nommeiLt Cardeno ,,comme i'ay 
remarque. 

Si pourtant on me prouuc la necefîî- 
té d'admettre cet Email en blafon , Ci 
l'on me détermine fa veri trahie couleur, 
& il l'on m'en donne pluiîeurs exem- 
ples irréprochables m confens à la rc- 
ccuoir ; mais ie prie l'ancien Preuoft 
de ne me point vouloir obliger à retra- 
ftation , iufqu'à ce qu'ail m'aytfatisfait 
fur ces trois chefs , & mefme pour le 
dernier ie ne veux pas qu'il m'allègue 
les Cheualiers de la table ronde , ny les 
Argonautes , ny les Preux des premiers 
Siècles, pour lefquels Bara& quelques 
autres ont efté libéraux du pourpre , 
pour le rendre par ce moyen plus com- 
mun en armoiries. 



70 L^ Art au bldfon mftifé. 

Chapitre IV. 
De tHerm'me dr des Vairs. 

LEs oppofitions que rAutheur Mo- 
ierne me fait en la page 17. de Ton 
Epiftre Apologétique m'obligent à vne 
recherche exade des deux pannes dii 
blnfon. Il dit ,^«^ les Hérauts ont éter- 
nellement Yeprefenté les hermines entières- 
dans les armes ^ au lien des floccons & moU' 
chietures , cjne ly veux introduire de htute 
lutte. Pour examiner auec méthode fa 
propofition , i'en veux prendre toutes 
les parties. Les Hérauts ont éternellement 
reprefemé Us hermines entières dans les 
armes. Voyons ii ce point eft vray : il 
donne des armoiries aux AlFyriensjaux 
Grecs , & aux Romains j ie le prie de 
me produire vn feul exemple de cette 
haute antiquité , ou les hermines ayent 
efté mifes entières , ou en floccons dans 
ces héroïques blafons des temps palFez. 
ïe luy donne fîx mille ans d'eftenduë 
pour en trouuer vn feul exemple , & 
îous les Hiftcïiens. Grecs 6c Latins, 



chapitre quatriefme. -j i 
penr trouuer vne feule authorité de- 
cette belle proportion , cfue les Hérauts 
ont éternellement refreftmé Us hermines^ 
entières^ 

Seconàtment , il ne reiette pas mon 
opinion des mouchetures en fait d'ha- 
bits , qui eft me donner gain de caufe, 
puis que tirant comme il fa,it l'vlàge 
des armoiries de celuy des couleurs » 
des fourrures & des partitions des ha- 
bits j il faut enfuite qu'il auoiie, que 
les hermines du blafon font les hermi- 
nes des habits. 

Tro'ffiemement il fuppofe , que] l'on; 
teint l'hermine , ce qui n'a iamais eftéj 
car toute fa beauté eftanr en fa blan- 
cheur , elle perdroit beaucoup de fon 
prix fi on luy donnoit vne autre cou- 
leur ; tous les Siècles ont admiré cette 
blancheur , &: les Princeifes les plus 
chaftes en ont fait leur deuife , auec ce 
mot mdo mort q^amfoedari. Voicy donc 
la véritable moucheture qu'on luy don^ 
He : cet animal qui eft blanc comme 
neige , a l'extrémité de la queiie noire, 
comme Albert le arand , Gefnerus, Al- 
droUand , & pluueurs autres Autheur» 
l'ont remarqué, l'en ay vne toute en- 



7 2. a Art au hlfiÇon iufliflé. 
ticre de cette forte , dont ie fais repre- 
fenter la figure , & la dcaife d'Anne de 
Bretagne Reyne de France , qui fat 
peinte à fon entrée dans Paris,(Sc dontie 
donne aiiiTi la véritable figure le iuftifie» 
Ce pedt boutnoir que la nature a ioint 
à vne blancheur Ç\ pure, fait la beauté 
de cet animal ; & Tarr qui n'ell qu'vne 
imitation de la nature , l'a voulu fui- 
ure en ce point. On prit donc au com- 
mencement les bouts de la queiie de 
l'hermine pour moucheter fa peau , 
afin que l'oppofition de deux couleurs^ 
fi contraires , leur donna plus de luftre.. 
C'eft de cet agréable meflnnge que 
nos Dames ont pris Tvfage des mou- 
ches 5 afin que le fatin ou le taffetas 
noir fit fur la blancheur de leur teint 
le mefme effet : que la moucheture noi- 
re fur la blancheur de Thermine , & 
€omme cet animal n'a rien perdu de la 
réputation de fa pureté par ce mefl an- 
ge de couleur , elles fe font perfuadées, 
que leurmodeflie ne pcrdroit rien de- 
là fienne par cette mode , quoy qu'vn 
dc-4-nes amis tienne le contraire dans 
vne Epigramme qu'il a faite , & com- 
pare ces vifages bigarrez aux taïuurcs 



Chafître quatriefme. 7 3 

des funérailles qui font noires, iemées 
de larmes d'argent. Voicy les vers. 
Ces vifages dont la couleur 
Eji femblable k des draps de bière , 
SoHi des refies de cif/ictiere , 
Portent le dueil d.e la pudeur. 
Ce qu*vn autre de mes amis a dit enco- 
re nbis élégamment en vn vers 

E(î Itt^m maie perdtti pudorti. 
Comme ces bouts de quelies ne pou- 
uoient pas fulHre.à la moucheture de 
plulieurs peaux , on eut recours aux 
floccons noirs des agneaux de Lom- 
bardie , & de ceux que les Pelletiers 
nomment Romaniques , dont ils firent 
des mouchetures femblables aux bout» 
de queiie ; ce fut là la caufe de fuppo- 
fer de la faufle hermine pour le noir, 
ce qui n'a Jamais elle fait pour le vair, 
à caufe que le blanc Se le gris font d'v- 
ne e'gale grandeur, &c s'alîemblent é^à- 
lement. 

Quatrîememefit iC\ c'euft cfté la pra- 
tique ancienne de teindre les hicrmines, 
nous n'aurions pas moins de blafons 
d'hermines dediuers Emaux , que nous 
en auons de vairs de différentes cou- 
leurs , & l'ancien Preuoft n'auroit pas. 



74^ L'Art du. hUfon iufitfié. 
efte réduit au fcul exemple des armoi- 
ries dufieur deBacce Gemilliomme de 
Daupfiine , qu'il dit porter de gueules 
a cinq hennines d'or: ^ celuv qui a 
dre/Té vne arme'e de treffles, & de mar- 
teaux contre moy mal à propos , auroit 
leue vne légion d'hermines blciies,rou- 
ges & vertes , s'il en eut pu trouuer. 

Cinqttiememem , Ci l'hermine eut efté 
vnalTemblage de peaux égales comme 
les vairs ; elle feroit alTem^blee plus ré- 
gulièrement dans l'Ecu comrae font les 
vairs , & nous n'y verrions pas vne 
moucheture feule , ny trois ou cinq 
comme nous voyons : car il n'eft aucun 
exemple des vairs mis de la forte ;, à 
caufe que le vair eft vn affemblage ré- 
gulier de peaux ; au contraire la mou- 
cheture cftant arbitraire j & feulement 
pour donner luftre , on l'a difpofee 
comme on a voulu, en fautoir, en ligne 
droite &c.commc el» Pin en Xainton^e 
qui porte d'argent à trois coqjLiilles de 
gue ules , accompagnées de douze mou- 
chetures d'hermines , quatre rangées 
en chef, vne au poinL d'honneur, qua- 
tre en fafce , deux aux flancs , & vne 
en pointe. 



chapitre qtmrriefme. 75 

S. Qj^ef^tm d'argcnrà «p. mouchetures 
diiermine 5^.5. 

On arncflé ces niouchetures à d'au- 
tres pièces comme 

Ruade d'argent au cheuron de gueu- 
les , accompagné de trois mouchetures 
d'hermines de lable. 

Nets d'azur au cheuron d'argent 
chargé de 5. mouchetures d'Jiermines 
de fàble , accompagné de trois rofes 
d'or. 

uirqp.inuillé d'hermine pappellonnc 
de gueules. 

Sixièmement j fî les hermines noires 
eftoient de peaux entières , nous les 
verrions quelquefois renuerfées , & op- 
pofées les vnes aux autres , comme le 
{ont les vaixs en plufieurs armoiries ; 
nous n'en auons neantmoins aucun 
exemple pour l'hermine , qu'en la fa- 
mille de HurleFion en Angleterre , qui 
porte d'argent à vnc croix faite de qua- 
tre mouchetures d'hermines. 

Septièmement , nous ne voyons pas 
qu'on ayt iamais mis en blafon vn vair 
feul , à caufè que les deux peaux de cet 
animal ne fe feparent pas , &: qu'il s''en 
fait vn alIèmbiaFe de pluiicurs : au 



7 6 L'Art an blafon iufiifj. 
Contraire on void louuenc ia mouche- 
ture iimple en armes , parce que ce 
bout dequeiie peut eftreleul : comme 
nous voyons en Tefcu de Bruays , qui 
eft: d'argent à vnequeiie d'hermine de 
fable. 

H uiBiememem, Il y auroit de la 
grande & petite hermine en armoiries, 
comme il y a du grand & menu vair. 

Neufuiemement , fi l'hermine eftoit 
vn allcmblage de peaux , on ipecifîc- 
roit les tires comme Ton fait du vair. 

Dxxiemement , la contre-hermine fe 
troiiucroit plus raiionnablement eftre 
la véritable , comme i^ay defîa remar- 
que ailleurs, à cauie qu'on luy auroit 
conferuc fa couleur naturelle , fur quel- 
que fond noir que ce fut. 

le n'introduis pas donc de hautte 
lutte , les mouchetures d'hermines dans 
le blafbn. 

Il faut maintenant foutenir la pro- 
pofîtion que i'ay auancée , que tous les 
Aurheurs célèbres du blafon les ont 
nommées quelles ou mouchetures. le 
commenceray par celuy-là mefme qu'il 
m'a voulu oppofer , c'eft le P. Moner, 
qui me fauorife quand il dit : page 82. 



chapitre qtt/itriefme. 77 

de la pratique des armoiries. L'hermine 
ejî U dépouille d'vn rat du terroir du Pont 
en A fie , de Pelage blanc aux mouche- 
tures noires , nguife de petit? houpe efiroi- 
t€ par le haut , ^ large par le bas. Il s'en 
explique ainfi en latin. Ponticum velUis 
efi rnuris Pontici exfHtiiurn candidivelleris 
fhruù maculis , plani mufari} ifecie 
afperjï. 

Monfîcur Chifrlet en Tes Clienaiiers 
de laToilon. Gueuara in i. & /^.e^ua- 
drante aureo ternA ohliquA t&niéi, dextra 
furud , tût idem ahu argentcis trihu Ponti^ 
ci mûris maculis ntgris irnpyejfis. 

Diego Henriqnez de Guzman. £4- 
tera argent ea , tjtnnque muns Po: ttci ma- 
culis mgris tn decitjfirn collocatif irnprejfa, 

Chriftophle de Rye Latcrculus 

Coccineus curn cruce argent ea qui f/ que mu- 
rij pontici maculis nigris imprejja. 

Louuan Geliot en Ton indice armo- 
riai page lio. Les Pelettiers la mouche^ 
tent & tauellent de petits morceaux d'a- 
gneaux de Lornbardie : & en la pag.zi i. 
il afTeure n'auoir point vu d'armoiries 
d'hermines entre toutes celles , qui fetreum 
uent imprimées , quifoient compofées d'an- 
tres Emaux quecclUs de Bretagne : ce qui 



7^ V Art au hUfon iupfé. 

■eft bien contraire aux teintures lîippo- 

iecs de l'ancien Prcuoft. 

D. P. Autheur du trophée d'armes 
f^:ige 7ï,La Porte l^el^n maifon de Poitou 
a'oiifort te Mar^fckîi de la Meilleraye, 
de gueules au croijfam d'hermines mou- 
cheté de cincj pièces^ 

Frifon en l'Eloge du Cardinal de la 
Palu. In galL purpur. fcuthm miniattim 
(^^^(^^Argentek mnrli poutia maculis;zw- 
preJSa exfiratnm : en celuy du Cardinal 
de Clermont. Scutum difpertitum fafciu 
AHreis & maricatis , CApite mûris fontici 
/«/'?5'«enocis exprejjo. 

Monfieur du Chefne en fes antiqui- 
tez & recherches de France 1. 2. parlant 
du manteau Royal , ce manteau a fa four. 
'fure de blanc marque' de noir , & eft ainfi 
varié , le blanc en ce manteau font hermi- 
^^i i & quant aux petites mouchetures 
de noir^^c. 

Vuifon la Colombiere en fon pre- 
mier ouurage page 6. Lors que les PeU 
le tiers l'ont voulu faire feruir de fourrure 
aux habits des Princes & grands Sei^ 
gneurs , ils ont femé (j ajouté par ey par la 
des petite floquets, de la peau d'vn agneau 
de noir lui font. Et de cette fa^on font les 

armoiries 



chapitre quatriefme. 79 
^moiries de Bretagne. En fon grand ou- 
uragepage49. ligne 8. L'efcu d'hermine 
e(i très ancien , paroijfant quelquefois en- 
'fièrement feme' de mouchetures fans nom- 
bre prefix. Il a vn chapitre entier où 
Ton void clairement que ce font des 
queues d'hermines. 

Le P. de Varennes en fon Roy d'ar- 
mes page 8. les Pelletiers & Fourreurs, 
pour luy donner plus d'éclat & de grâce, 
la mouchetent , & tauelent de petits mor» 
ceaux de peaux d' agneaux de Lombardie. 

Edouard de la Bylfe blafonnant les 
armes d'Hotot en Angleterre , dit au 
lieu de moucheté. P'^^^;- à la croix fleur* 
deltfe'e d'hermines , cantonnée de quatre 
rofes d'or, 

Monfeigneur de la ChiezaEuefque 
de Salaces page 11. de i fiori dt hlafa- 
neria : nominandofi Armelini fono fempre 
code nègre. 

Vpton Autheur Anglois , qui écrf- 
uoitran 14J0. ne laiflè rien à douter 
fur ce point. Il dit au liu.4. de rnilit.offic, 
cap, de mufiela. In Britannia minori to- 
ta pelHs eius efl: candida prater caudam : 
quam quidem wusielam ip/im Britannia 
incoU tmc capimt quam hcreminam vo" 

E 



8 o L^Art du hUfon hftifié. 
cant ipfam^He excoriant , & vfihns ma^nO'. 
rum dominorkm , &àomïnaru7n referuant: 
fropter cuihs bonitatem » & ^uiaf^eciâli- 
ter tbt inuenitur Duci Brttanma de pellU 
hns alhis ipfarHrn herejniKarum earumque 
caudis ad decorem confutis , runicam ar- 
morum pro Domino Duce Britannise 
itidem \nc6\x ordtnaruni : vt hic & por- 
tât pro fuis armis vnum fcutiim de pelli- 
bus hereminarum earumqne caudis 
confutis : & ejt faendum ^uod illa cauda 
eji niji c^u&dam pArun macula nigra : & au 
chapitre de la couleur noire , il dit. 
Dhx BritanmA portât arma fna Jîc alba 
tnaculata cum nigro , quia in ducattt fuo 
habundant quidam beBidi albijfirnd , cum 
caudis niqrisde quarum pelltbus fiunt fw 
rur&fiuefodeYatWA valdè pretiojk , vt ej} 
fîotum. 

La defcription de l'entrée de Fran- 
çois IIÏ. du nom , Duc de Bretagne ôé 
Dauphin de France dans Rennes , parle 
auffi clairement de ces quciies. j4u bont 
y atioit deux Ecttjfons , t'vn des armes de 
Bretagne , i*autre des armes dhdit Sei' 
qneur , fur lequel échafaut y amit grand 
nombre de Rochers faits & peints auprès 
du vif 3 & d'vne grojfe & ancknne fouche 



chapitre quatriefme. 8i 
fortuit vne herrnwe , quvr^e pacelle accoU" 
Ifrée à l'Italienne de fattn b[at;c toute fe- 
mée de cjuenes d'hermines condmfoit. 

D'où vous pouuez inférer auec quel- 
le fidélité l'Autheur Moderne , dit que 
les Hérauts ont éternellement reprefentê 
les hermines entières. le le veux neant- 
moins traiter doucement , &: s'il me 
produit feulement deux Autheurs cé- 
lèbres , qui ayent nommé ces mouche- 
tures peaux en blafonnant, ie luy don- 
neray les mains. 

le viens enfin aux peintures ancien- 
nes qu'il allègue en fa £u!eur, lurquoy 
n'ayant pas vu celles des Seigneurs de 
Poitiers dont il n'a pas donné les figu- 
res , ie n'en puis rien dire ; mais ie pré- 
tends que toutes les peintures ancien- 
nes iuf:! fient les mouchetures , qu'il 
dit que i'introduits de haute lutte. l'en 
appelle à toutes ces peintures , & à tous 
les yeux : toutes les Eglilcs font pleines 
de ces figures , & la pieté des Siècles 
palpez a reucftu les Saints des habits 
de la Royauté. Le feul tombeau du Car- 
dinal de la Palu , inhum.é en vne Cha- 
pelle de l'Abbaye de Tournu, eft vne 
preuue euidente de mon fentiment : ce 
E ij 



8 2. l!Art du hUfon ïuflifie. 
Prélat eft reprefenté eftendu , reueftu 
des habits Sacerdotaux ; L'Eftole , le 
îèlanipule, la Croix de la chafuble, & 
celle du quarreau fur lequel fa tefte re- 
pofe font d'hermines à caufe de Tes ar- 
mes. Cette Eftole qui n'eft large que 
de cinq doits a cinq mouchetures en 
largeur : d'où i'infere que fi c'eftoienr 
des peaux d'hermines entières mefle'es 
à d'autres blanches , qui ont encore 
plus d'eftenduc que les moucheruresj 
Ion Eftole auroiteu deux pieds de lar- 
geur pour chaque pente , qui eut ejfté 
quatre pieds pour les deux ; Scfon Ma- 
nipule de mcfine , qui auroit ainfi tenu 
en largeur depuis l'épaule iufqu'au poi- 
î^ncL. La Croix de la chafuble qui a 
fept mouchetures en largeur , eut efté 
de trois pieds & demy , & à prendre à 
proportion le refte de la chafuble, elle 
eut dû eftre de douze ou treize pieds 
de large : car vne peau d'hermine eftcn- 
duë , eft large comme vn fueillet de ce 
liure, & longue deux fois autant, & vn 
peu plus. 

Enfin pour detru're entièrement fon 
erreur fondée fur la figure des mouche- 
tures , qui femblcnt auoir vne tefte 5c 



^■jy. o 2, 




chapitre qn/^triefme. 85 
des pieds longuets , c'eft que iamais la 
tefte, ny les pieds de cet animal nefe 
font mis en fourrures , non plus que fa 
quciie ^ont on prenoit feulement le 
bout noir pour moucheter fa peau. 

Le vair eft la féconde fourrure du 
blafon , dont i'ay dit pluiieurs chofes 
dans mon véritable Art j mais com- 
me ie n'auois pas encore les lumières 
que i'ay eiies depuis, &: qu'aucun de nos 
Autheurs n'a b'en dit ce que c'eitoit, 
il faut que ie le falfe icy. 

Le vair eft la peau d'vn petit ccuricu 
du Septentrion , qu'AldroUind dé- 
crit, cet animal s'appelle l^alr , à caufc 
des deux couleurs de fa peau : car la 
partie qui eft fur le dos eft d'vn gris 
approchant du bleu , &: celle qui eft 
fous le ventre eft blanche. Voicy ce 
qu'en dit cet Autheur fous ce titre de 
Sciuro Fario varo vulgo di&o. In Sciuro» 
rum génère Varm "vulgo nuncupatus collo 
canàtii efi , 'tjtii ex Gefveri fententïa mus 
Ton tiens apnd Arifiotelem , & Plinium 
«hncupathr à Ponte nomen hahens , c^uo' 
niamex regiomhvs SepentrionaUbus ctrca 
Pontum ohm ad vfum, & ornât itm vefiium 

petsretur qMoad vfum Gcfntrus t%d\t 

E iij 



^4 L'Art au hUfon iufiifié, 
horum amwahum ^el'es in fingnlos fafci-^ 
eulos q%iïnqu(iginta coUigatas Fern^.les de- 
ferri , e^na^ pelliones omamemtgratia oris 
veftium ex alus fellikus confe^aruw af- 
fuunt. L'Autheiu- Moderne les appelle- 
roit gueules à caufe de cet vfage. Hodie 
neîln pellioves iJefles hyemaUs nobiHum 
fcllibus r^rij fnlciu}it. Gefnerus in hiJIoriâ 
hitius Ammalis Mewïj^it muntiUarurn vcm 
siium ex peUibus r^rij parat^rarn , vna 
cum candis in twà parte dependentibus , 
quas Camnici in r.onnulUs locis gérant. 
u^ldro'ÙAnd. de i^uadruped.digit. viuipJ.i, 
cap. i^.png. 407. & j^o%. edit. Bonon, 
Berràd. 

La peau de cet animal quand on en 
a ofté latcile &• les pieds , a la véritable 
figure de nos vairs du blafon , le dos 
eft d'vn gris tirant fur le bleu , le ventre 
efl: tout blanc , & ces deux s'alTemblent 
également où s'oppofènt Tvne à l'autre, 
pour faire le vairé & le contreuairé. 
Les Pelletiers accommodent encore cts 
peaux , pour les manteaux de cérémo- 
nie des Grands fe ^is Magiftrats , & 
pour les robes de chambre 6its Dames. 
On leur a donné en blafon la couleur 
blanche qui leur ell naturelle y & la 



chapitre quMrîefme. 8 5 
bleiie qui eft la plus approd[iante du 
gris. 

Ce n'cft point de ces peaux teintes 
qu'on a fait les vairs d'Emaux àiS^^ 
Cf ns ; mais on en a fait de diuerfes eftof- 
fes , qu'on nommoient variées à caufe 
de la diuerfité de leurs couleurs. Les 
Latins ont nommé ces habits vefies va- 
ri& o\\ varie qat£ , & nos François,robes 
vaires ou vairées. La robe de l'Erpoufe 
cftoit de cette forte , au rapport de Da- 
uid au Pfeaume 4^/^.Aîîitit regwa à dtx- 
tris tuis in veîiitu deaurato circHmdâUt 
varietate. On mefloit particulièrement 
l''or & la pourpre de cette manière j II 
en refte des preuues infaillibles dans les 
vieilles peintures , & c'efl: là la caufè 
des vairs de différons Emaux. 

Le vair & l'hermine (ont les deux 
(èules fourrures , qu'on a miles en ar- 
moiries , à caufe qu'elles eftoient les 
plus belles , & d'vne couleur confiante. 
Les Ducs de Bretagne donnèrent cours 
à l'hermine, qui eft plus fréquente dans 
les armes de la NobleHe de ce Pays-là 
qu'en aucun autre , elle fut auiïî intro- 
duite en Angleterre à caufe du ^rand 
commerce de ces deux pays , qui ont 
E iv 



s 6 L'Art âti hUfen iufiifié, 
eu chez les Aftciens vn mefi-ne nom. 
Les familles de Couci , de Longueual 
■& de Chaftillon introdui/irent le vair, 
peur vn€ caufe connue dont ie parleray 
ailleurs. 

Il ne refte qu^à répondre à ceux qui 
blaionnent iîmplement les mouchetu- 
res fous le nom d^hermines , que c'eft 
par vne façon de parler figurée qu'on 
la nomme ain/î , & ce n'eft pas la feule 
chofe où l'on donne le nom du tout à 
vne partie, puis quon donne auffi le 
nom de Vairs & de Martes aux peaux 
de cts animaux , quoy qu'il ne foitper- 
fonnequi ne voye que la peau ne fait 
pas l'animal. 

rajoute à toutes les raifons que i'ay 
alléguées i .la figure de la dépouille d'v- 
ne hermine , qui eft bien différente de 
celle , des mouchetures du blafon , 
i. la véritable reprefentation de la 
deuife d'Anne de Bretagne , iointe à 
fes armes & à celles de fon mary , com- 
me lean le Maire a conferué les figures 
de l'vne & de l'aurre en fes lUuftra- 
tions.. 



Chaptre quMrief?ne. 8-7 
Enfin 5 fi l'Autheur Moderne n'cft 
pas (atis fait fur fe point , iclepayeray 
dVme Epigramme de cet amy , qui a 
pris plaifir de me diuertir de {tz vers 
fur le fuict de cette difpute. 

Qjid moyen de nous dire tout. 
Ce qu'on -peut oppofer d'vne telle ma^ 

tiere, 
JJvn de ces deux j4uîheurs a fait la 
beBe entière , 
Et l'autre n'en veut que le bout. 
JJvn dit bUnc , i' Autre noir en fmeuT 
de l'hermine.» 
Et pour en trouuer r origine 
Chacun a fait vn Hure entier. 
De grâce accordez,'VouJ s cette difpute 
efi vaine. 
C'eft vne difpute de laine. 
Vn tour ton trouuera tout chez, le Pel- 
letier. 
le me vois icy obligé de deiabufer le 
public , d'vne autre erreur de l'ancien 
Prcuoft, touchant Thermine du blafon. 
5, Il dit en fes origines page 17. & 18. 
i, qu'en France & en Allemagne.où les 
5, hiuers font rigoureuxjles riches de la 
^NcblefTe & du tiers eftat , vfoicnt de 
,, fourrures en cfté cômc en hiuer, qu'ail 
E vj 



s 8 L' Art du hUfon iufiifié. 
,, n'en eft pas ain/i des Italiens,^ autres 
,. Narion* Méridionales. Qui pourroir 
>, bipn eftre ]a raifoij pour laquelle le 
.. vair 6c Thermine , font autant rares es 
« jrmes d'Italie & dTfpagne , que les 
5, fourruresen leurs veftemens. 

Ce raifonnement eft auïïi fiux que 
es precedens , & pour en faire voir 
l'erreur , c^eft que dans rAllema^ne ' 
^c d?.ns tous les Pays Seprentrionnnux 
ouïes fourrures font le plus en vfaae 
pour les habits , elles font très rares en 
bl.ifon ; & dans tout TArmorial Alle- 
mand qui eft de 3320. familles , il n'y 
en a que quinze , qui portent du 
vair. Pappenlaein Cronbera , Greul. V. 
GreuJfperg, KircKberg, Schvvapper- 
i«an , Bopfingen , TaufKirken, F.Bern, 
&c. encore quelques-vns les prennent 
pour des Bornes , ou pour des Monti- 
cules , comme en Tefcu de Cronber? 
qu'on croid eftre parlant , à caufe que 
Berg fignifîe vne montaigne. Il n'y a 
que 3. exemples d'bermine. Et en tout 
TArmorial Polonnot:, il n'y a aucun 
ejfemple de IVn ny de l'autre. 

Au contraire en Italie & en Efpagne, 
le vair & l'hermir-c ne font pas fi rares 
<n armoiAics. 



chapitre c[uatrieffne. 89 
En Efp.igne jGueuarra , Quefadà , 
Guzman , Vallejo , Vztairos , Funes, 
Algaua , Hardales , Cifuentes , Frôlas, 
Gudiel, San Llorente, Cribel, Almanfa 
Ripa, ôcc. portent d'hermine. 

Aftnrias , Fuen mayor , Veras , Mo- 
ya , Nauarrete, Monroyes , Alcanta- 
rilla , Velafco , Quinones , Argotes , 
Villauicencio &;plu(ieurs autres , que 
ma mémoire ne me fournit pas à presêt 
portent des vairs. Enfin le témoignage 
de Barnabe Moreno de Varias , mon- 
tre que l'vn & l'autre de ces blafons eft 
fréquent en ce pays-là , quand il dit des 
vairs , muchos hum cj^e los pfifieroft por 
armas. Et des hermines , Arminos traen 
muchos en fus armas corno [on los GaZ' 
mânes , &c. 



90 L'ArtdtihUfoniufljjié, 



^ Chapitre V. 

tOrigme de Quelques termes â» 
Eiafon îuîiifi'ée, 

QVoy que iaye vn iufte traité des 
Origines de tons les termes, dont 
on le fert pour blafonner ; Teftime, 
^u'il eft important de iuftifier icy ceux 
qr.erancien Preuoft a combattus dans 
ion Epiftre Apologétique : ce ne fera 
pourtant , qu^en reiettant Tes fentimens 
lans eftablir îe^ miens que ie donne ail- 
kurs , auec toutes les aurhoritez qui 
leruentàleseftablir. 

le commence par Paduis qu'il donne 
en la page X4,. où il dit ^n'en matière 
* ^tymologifs , il faut hoire de l'eau de fa 
Ofierfiefelon l'Ecriture. Cetaduis iudi- 
cieux me fait plaindre Us foins , & les 
trauaux inutiles de tant d^illuftres , qui 
ontlpafTé les iours Sr les nuits à s'in- 
ftruire dçs Langues eftrangeres , pour 
«lécouurir ces Origines , qu'ils pou- 
woaent découurir à moins de frais, s'ils 



chapitre eJnqmefme. 5? ï 
euflent voulu boire de l'eau de leur 
Cifterne comme luy. 

Les voyages qu'ils ont faits dans les 
terres éloignées , pour s'y enrichir des 
dépoiiillcs des langues à demy m.ortes 
ont efté Tupcrtlus , & ie m'eftonne que 
Varron , Ifidore , Suidas , Laurember- 
gus 5 Spelman , Radere , Bochart ;, M. 
Ménage & tant d'autres ayent cherché 
dans les Langues Grecque , Arabe , 
Phénicienne , Turque , Efclauonne , 
Cymbrique , & Thioife ce qu'ils pou- 
uoient trouuer dans leurs maifons , & 
dans leurs cijîernes s'ils Te fufî'ent auifez 
delà pratique de l'Autheur Moderne. 

Mais fi cela eft ainfi ie m'eftonne, 
que contre l'aduis qu'il donne aux au- 
tres il ayt cherché dans ces Langues, 
qu'il n'enteni pas les Etymologies du 
gueules , du Diafpré , de la ha?;de , de la 
Stangue 3 du Ttnel , Sec, auec fi peu de 
fuccez , que quoy qu'il marchaft fiir 
les traces d'vn bon guide il eft tombe 
à chaque pas. 

Sur le leul mot de Stangue j qui eft la 
branche d'vn anchre , il a commis 
trois beueUes énormes : car au lieu de 
le dcriuer de Stange , qui fignifie vu 



5) 1 l! Art au bUfon iuflifié. 
pieu en Allemand , il a tiré de Stanck^y 
qui fi^nifie puanteur. Il dit en fuite , 
que les Italiens en ont formé Efîacada^ 
qui n'a iamais efté mot Italien , mais 
pur Efpagnol : car les Italiens difent 
leulement Sieccato , pour vne lice ou 
vne barrière faite de pieux fichez en 
terre , & par métaphore ils fe feruent 
de ce terme pour fignifier le combat, 
c'eft en la page 189. de fes Origines, 
qu'il a fait ces beuûes pour ne s"'cftre 
pas fouuenu de boire à fa cifterne. Il efl: 
vray que fon liure ayant efté vn entre- 
tien d'aprefdinée , il eft à croire qu'il 
auoit bû ce iour-là aux frais de celuy à 
qui il a addiefle cet entretien. 

lefuisd'vn fentiment bien différent 
du iien , & i'eftimc qu'en fait d'Ety- 
molotries il faut aller aux fources , s'en 
s'arrefter aux cifternes , qui ne font 
que des Egouts , & qui n'ont que des 
eaux croupiffantes j les fontaines font 
plus pures , & fî ie voulois répondre 
à l'écriture qu'il allègue par l'écriture, 
ie dirois de ceux, qui ont bû à leur 
cifterne comme luy. Foderunt fibi cïfter- 
nas 3 ciBertias dijfipatas , efua cofitinere 
ma valent ^f«^;. /fr^w.z.Noftre langue 



Chaptre c'mc[mefme. 5)5 
n'eft pas vne langue primitiue , elle eft 
vne corruption de la Cymbrique , &; de 
la Grecque. Nous auons des termes de 
1 vne, & des locutions de Tautre. No- 
ftre vieil laiî^ge reilent l'origine que 
nous tirons d-es Allemands ,&; les Co- 
lonies Grecques s'eftendirent dans tou- 
tes les Gaules.Nos Bardes & nos Druy- 
des renoient d'eux leurs plus belles con- 
noifïances, &: quand nos Hiftoires n'en 
rend roient aucun témoignage l'en au- 
xois vn illuftre , en la relation , que m'a 
faite le R. P, Dom Buat , d'vn tombeau 
qu'il découurit il y a plufieurs années, 
& dont il me demandoit mon aduis, 
dans vne lettre en ces termes. Il y a 
tnuiron trente cïn(] ans , que retournant de 
èa chajfe , le haHon , que ie portais s'en" 
fon^a en terre : en le retirant il s* y trouua 
Vn os humain au bout , ce qui m'occafionna 
d'aller prendre fjos forgerons pour faire 
fouyr en ce lieu. Nom tronnafmes vn fepuL 
chrede pierre , d'enutron iS. ou ^o. pieds 
de longueur :fur la couuerture esioit graué 
en vne forme de bouclier , vne branche de 
chefne auec vn guy : dans le tombeau efloit 
vnfquelette de 16. pieds delon^ : au ccflé 
drwt efîoit vngUine , & m gauche vne 



5)4 L'Art du bUfon iiifiïfié. 
ferpe dorée: la tef}e eBoh entourée d'vn 
cercle doré , fur lecjuel esloïent grauées 
qttelejues dirions Grecques , dont on ne 

peut lire quQ WET K'S, A P T le 

refie eBoit rongé de la rouille. 

Ce tombeau cftoit le monument du 
grand Druyde , comme les caradteres 
Grecs le manifeftent 5 la ferpe eftoit la 
marque de fa dignité fpirituelle , à cau- 
fe qu'il fe feruoit de cet inftrument 
pour cueillir le guy auec cérémonie , 
& Tefpée cftoit la marque de fon au- 
tborite temporelle , comme le cercle 
doré reprefentoit fon Diadème. Nous 
auons en cent autres endroits des mar- 
ques fenfibles du commerce que no- 
ftre Nation auoit auec les Grecs , ce 
qui ne fe pouuoit faire , fans qu'il y eut 
communication de langage , comme 
nous voyons que les Prouençaux ont 
vne dialcâ:e , qui tient de l'Éfpagnol 
& de l'Italien , à caufe qu'ils ont efté 
fous les Comtes de Barcelonnc , & que 
le Comtatd'Auignon & de Venayfcin, 
eft encore fous le P:'pe , 6c gouuerné 
par des Italiens. 

le dis donc encore vne 'fois que la 
connoiffance des Langues eft abfoiu-, 



chapitre cinquiefme. 5)5 
ment iiecciraire à ceux jqui entrepren- 
nent la recherche des Etymologies , 
pource que les langues viuantes ne font 
que des corruptions des langues mor- 
tes , qui ne fubfiftent que dans les Li- 
ures. Mais quand mefme noftre langue 
feroit vne langue primitiue , comme 
les Allemands fe flatent que la leur en 
eft vne j cela n'empefcheroit pas qu'elle 
n'euft quantité demots eftrangers^qui 
feroient les noms des chofes qu'elle re- 
çoit des Pays reculez ; le commerce des 
Nations ciuiHfe beaucoup de termes 
barbares , & comme entre les denrées 
il y en a quafî plus d'eilrangeres jque 
de celles qui nailfcnt fous nos yeux; 
elles apportent auec elles des noms qui 
nous l'ont inconnus. La Médecine & 
TArtronomie ont quantité de termes 
Arabes , parce qu'elles ont commence 
dans rOrient. La peinture s'énonce 
à moitié en Italien , & nos Peintres fè 
feruent de beaucoup de termes venus 
de l'Ecole du Guide , & des Caraches. 
On recherchcroit inutilement parmy 
nous Voù^^^nç d' Alcoue , d' Efpamladey^ 
& de Roffoli : qui font à prefent en vfagig. 
Ce dernier , qui ne (îgniiie autre chofe 



9 6 L'Art du hUfon iujli£/ 
autre chofe quVne liqueur roii^e, 
Rojfo U^tiore a defia efté tronqua en rofTo 
h déguise en rosfiUs , & peut-eftre ce 
terme altéré feruira vn iour à rnuenter 
cent chaneres ingenienfes, qui ne fub- 
lilteront que fur vne beuûe. Le Car- 
rozze,qui eft fi familier aux Dames a 
vne ongine de cette nature , qu^il eft 
bon de rappcM-ter icy ; car quelque foin 
qu ayt pris ]^4. Msnage de recueillir les 
origines de noftre Langue , il en eft 
beaucoup échappé à fa connoifTance, 
teimoin la plufpart de celles du bkfon 
que le donneray ailleurs. Tapprens de 
1 hiflorien de Milan que ce mot Carrof. 
le eft Italien d origine, & qu'il vient 
de Carro rczzo , char rouge à caufe que 
l^s Florentins auoient couftume d'en 
faire tirer vn de cène couleur , fur le- 
quel ils mettoient la croix , quand ils 
alloienten guerre, & le peuple luy don- 
na ce nom de Carro r&Xzo pour fa cou- 
leur. Ctirrnsfeh Rheda (^utints modo NobU 
les Principes Rcges vchmttir vulgh Car- 
roflac voci tant tir a Fhreminorurn ^ vt ht' 
fiorici ajferunt curru dnEio vocabuîo , forte 
Gl^mtento : hos enim in aciem froccdentes 
ohm cmrus RabcHs Mbam crncem prafe^ 



chap itre cinqukfme. 5) 7 
tensfoîehatprixcedere , ^ui Car rozzo,/>« 
ctitrfis rubeus feu pnrpHteus dicebatur, 
Pent-eilre aiilli vient-il de Carruca » 
comme a remarqué M. Menace. 

ïl a fallu que l'Hiftoire rcçeut quanti- 
té Je mots Eftrangiis , pour décrire les 
fîngubritez de chaque Pays ^ & quel- 
que polis que fulTent les Romains , ils 
donnèrent le droit de bourgeoise à 
cent termes barbares , qui farent por- 
tez en triomphe auec lesdépoiiilles des 
peuples fubiuguez. Difons donc enco- 
re vne fois , qu'en matière d'Etymolo- 
gie c'eft vne erreur de vouloir boire en 
fa cifterne. 

le penfe au contraire , que ceux qui 
trauaillent à la recherche de ces origi- 
nes , deuroient pouuoir dire ce que 
Marguerite d'Auftrichc , fille de l'Em- 
pereur Maxilimiê dit au Comte de Fur- 
ftemberg , qui la menant reuoir Ton Pè- 
re en Allemagne , luy fit voir fur fa rou- 
te la fourcc du Danube , dont elle vou- 
lut boire de l'eau dans vne coupe d'or. 
Cette genercufe Princeflè après auoir 
bu dit à ceux de fa fuite , qu'elle auoir 
fait en ia vie , ce que peu de PrincefTès 
feroient après elle , &C quelle pouuoir 
dire pour lors , qu'elle auoit bu de l'eau 



<) 8 L'Art au bUfon iupfié. 
des plus célèbres riuieres de TEurope, 
en France , en Efpagne , en Flandres , 
en Sauoye & en Allemagne. Ce dif- 
coiirs , qui fit couler des larmes des 
yeux de ceux , qui fe fouuinrent de k^ 
infortunes , ne montra pas moins la 
fermeté de Ton efprit , que fa dcuife 
Fortune infortune fort vne nous apprend 
les trauerfes de fa vie. 

Venons enfin aux origines que l'Au- 
theur Moderne rire de Ta ciftcrne , &c 
examinons , quelques-vns des termes 
qu'il a expliquez , iufqu'à ce que l'en 
donne vne exade recherche dans mon 
traité àts origines , qui fiiiura ccluy-cy. 
C'eft à ce fécond traité que ie renuoye 
ceux y qui ont la curiofité de monter 
iufqu'à la fource de quatre cens termes 
vfitez dans le blafon , & ie me conten- 
te de iuftifier icy les origines que i'ay 
données, en réfutant celles de mon ad- 
uerfaire , pour ne pas dire deux fois la 
mefme chofe. 

Ten trouue de trois fortes dans fon 
liure & dans fon Epiftre j il en a de co- 
piées fur celles de M. Ménage , qu'il 
a fuiui mot à mot ; celles-là iont fça- 
uantês,parce qu'il a fuiuy vn bon guidôç 



chapitre ein^mefme. 99 
ie dis fçauantcs , car it ne conuiens pas 
abfolument de le au iuftelïè , & de leur 
congruicé , comme ie feray voir ail- 
leurs. Quand ce guide luy a manqué 3 
il en a formé de luy-melme, ôc: celies-cy 
font de deux fortes, les vnes font agréa- 
blement tirées de quelques mots latins 
tellement altérez, qu'en quclques-vnes 
il n'y a qu'vne feule lettre , qui foit 
commune à l'vn &: à l'autre des termes 
qu'ils compare , comme ConchyitHm 
dont il fait gueules : 6c Cliqua dont il a 
tiré le mot de goujfe. 

Il tire les autres de noftre langue, 
& boit dans fa cifierne pour les origines 
du badeUirCy du trefcheur , de l'effontiier, 
&c. Cette forte d'origines méfait fou- 
uenir de celles d'vn vieil maiftre d'Ef- 
cole , qui crut il y a vne quarantaine 
d'années auoir trouué les myfteres de 
noftre langue , &: en auoir decouuert 
les origines. Il tkokfecretaire du /ècret 
taire, hcchauderon de chaud & rond. Le 
chameau à'efchape eau , àcaufe qu'il nous 
défend de la pluye. Il nommoit les 6^r- 
gensàQsferregens. Il auoitmefme cnri- 
chy ces origines de remarques latines , 
& pour authorifer l'Etymologie de 



j o o L'jdrt âii hlafon iufiifié. 
Jen/jeJ[e,ci\ixi diloit cltre ainii nommée, 
pource qu'auec elle les ienx mt/ent ,i\ 
ajoûtoit CCS deux vers d'Horace. 

Gaudet eqtiis cambufque » & aprici 
gramine carnpi 

Jmherhu tuuenis , &c. 
La Feneftre Uiom fait naijire auec ces 
vers de Pcrfe. 

■ Jam cUrum matie feneFiras 

iKtrat y çfr anguHas extendit Inmine ri' 
mas. 
Cette forte de recherches eft commo- 
de à ceux j qui n'ont aucune connoif- 
fraice des langues fçauantcs comme 
noftre Prcuod. Pour le Latin ie me 
penuade qu'il entend celuy de Ton bre- 
uiaire, puis qu'il a autrefois entrepris 
de le reformer. Mais pour ie Grec quojr 
qu'il ayt affecté d'en farcir ion Epiftre 
Apologétique j il y a commis des fautes 
(î enormes,qu'ils ne pouuoit pas mieux 
prouuer , qu'il ne l'entend pas , & il 
s'eft li mal ferui du fecours que luy ont 
fourny des Profelfcurs , que i'aurois 
vn cayer entier à donner defes beuûes, 
fî ie ne craignois qu'il ne m'appellaft 
fedtnt de m'amufer à des remarques de 
Grammaire, après qu'il a dit que tous 



Chtifitre cmq[utéme. i o i 

lespedans ne jont pas dochs , & que tons 
les etoBes nefo/jt pas peda»s. 

Il n'cfr pas plus fçauant en Hébreu, 
& il dit ingénument en la page m. 
qu'il n'enrend rien en cette langue j 
mais il le dit d Vne façon fi belle , que 
ie me iens obligé , de le dire en Ces pro- 
pres termes. Fous Tt'efies pAs moins fd 
en HebrcH , cju'en Grec , & en Latin , & 
encore cjue te n'entende rien en cette lan^ 

Il n'y a pas encore trois Siècles , que 
les ignorans faifoient ainli pader les 
içauanspour fols, ou pour magiciens, 
pour fe deliurer de la honte , qu'ils 
auoient d'eftre muets en la conuerfa- 
tion des perfonnes d'Efprit. Vn bon 
Pape eut peine de fe garentir dVne 
iemblable calomnie , & ce malheureux 
oftracifme des lettres , nous a fait per- 
dre d'excellens ouurages Grecs , & La- 
tins , qu'on brûla comme des liures de 
Necromanrie. Miiis ce qui me furprend 
en PAutheur Moderne , c'eft de voir 
que celuy, qui a cité tant de fois le tex- 
te Hébreu de l'Ecriture, en fes notes 
fur le breuiaire de l'Eglife de Lyon , 
aduouë maintenant qu'il n'entend rien 
en cette laneue. 



101 l! Art du bUfon mjiifie. 

Ne vous temble-t'îi pas , que c'"eft 
vne infigne témérité d'entreprendre la 
corredion des lettres Saintes , fans en- 
tendre les langues primitiues ? n'eft-ce 
pas entrer dans le Sanduaire/ans aueu, 
& toucher à l'Arche du Seigneur auec 
des mains indignes & téméraire*. S. 
Hierome fe retira dans le defert , &fe 
mit dans vn aage auancé à eftudier 
cette langue fous vn ieune luif , auant 
que commencer fa tradudion. Eleazar 
enuoya fcptante deuxfçauans Interprè- 
tes à Ptolomëe , pour luy en faire vne 
fideile : mais l'ancien Preuoft , qui a 
voulu rcform.er le breuiaire à moins de 
frais j & boire dans fa àTierne nomme- 
roit ces fages des deux teftaments ^des 
fols en Hébreu , en Grec & en Latin, 

Il eit important de voir s'il a efté 
plus fage qu'eux , & il eft temps de 
confiderer en particulier quelqucs-vnes 
de fes origines , iufqu'à ce que ie les 
examine auec plus de foin en vn iuftc 
traité fur ce fuiet. 

Il commence par VOteile , dont le 
nom n'eft pas moins bizarre , que fa 
figure eft rare dansles armoiries. Il dit 
que ce terme vient d'Etellc > q^c les 

Impri 



chapitre cinquième. 105 
Imprimeurs igncrans ont changé en 
otelU\, que fon origine primitiue eft ht^- 
ïluU vndè atteler vu bras rompu. le trou- 
ue trois erreurs confîderables en ce 
mot feul. La première , qu'otelle foie 
vne faute d'Imprimeur , qui ieroit fai- 
re rimprimerie plus ancienne qu'elle 
n'cft de deux cens ans , car les vieux 
manufcripts la nomment ainfî auant 
1 Vfàge de Tlmprimerie. C'eft auffi 
prendre tous les Autheurs , qui ont re- 
connu ce terme pour des personnes peii 
éclairées , & iî pour trouuer les Etymo- 
logies des mots les plusobfcurs; il 'ne 
faut que charger les Imprimeurs du 
changement de quelques lettres , nous 
n'aurons point befoin du fecours des 
langues cilrangeres pour les deueloper. 
C'eft le fecret de l'Aucheur Moderne, 
qui auec cette addreffe fe palfe des 
iources eftrangeres qu'il appelle dci 
eaux hiieufes » de boit fon faoul dans fà 
cifterne. Il trouue Badelaire en hataiU 
1ère , dont les Imprimeurs ignorans ont 
changé le T en D. Le Sobel des Alle- 
mands fait le fable de cette manière. 
On trouue EJfonnier en foin , à qui on a 
ajoûté^f/, Ciron tn ginùettesjdont on a 
F 



1 04 I^ Art au bUfcn iuflifié, 
retranche onettes. Cliché vient de la 
mermc manière dVne elaye : c'eft ainil 
qu'il fe iode , de ce qui a tourmente 
M.Ivienage , & les bLvionneurs les plus 
curieux. 

La leconde erreur que ie remarque 
en ce mefme terme cft , qu'il tafche de 
le tirer du latin /^.^i?»/^ , pour en faire 
vue et elle de bois. Il y auroit eu plus 
d'apparence d'en faire le fer d'vne pi- 
que , qu'vne etdle de bois , & en ce 
fens il eut eu le P. Moncc pour Au- 
theur,qui en la pare 141. de la prati- 
que des armoiries dit otelle , figure de fer 
de lance , & qui la nomme en latin fj)i- 
cumchpeAre. Ce blafon eut efté alicz 
propre d'vn bouclier , qui feruoit a 
parer aux coups de piques , de dardi^ 
& de iauelines , dont il eftoit fouuent 
perce'. Les e telles au contraire dont il 
tait des cou peaux &: des éclats de pi- 
que ou de lance , ne font ny l'vn ny 
l'autre. Leur véritable nom efl Atelle 
dont on a fait atteler ($' defatteler oh dé- 
teler : ces attelles font au fentiment de 
Nicod , deux aijfeaux plats e^ui accollent 
le collier à'vn chenal de trait depuis l'en^ 
droit ds la poitrine itift^Ha celtty dn 



chapitre cinqutefme. i o 5 
garrot i le fur mon tan s çn façon à* aileron. 
On nomme aujp par tfietaphore attelles /«-/ 
Efcltjfes , ejHon lie autour d'vn broi oh 
ïambe rompue pour la tenir droite , ihf^H'k 
la fin delà guenfon, M. Ménage Vi2.Q,66. 
on appelle attelle ce collier de boù qu'en 
met au col des chenaux. Aucun de c^s 
Autheurs n'en fait à^s coupcaux , ou 
àQs éclats de pique ou de lance, mais 
<^Qs ais plats : on nomme aufîî en quel- 
ques Prouinces etelles les ailîeaux,dont 
les toits des maifons de campagne font 
couuertes en plufieurs endroits , & 
comme ces aifleaux font minces ^ & 
qu'ils font continuellement expofez 
aux ai-deurs du Soleil, qui les feche; 
de là eft venu le Prouerbe eftre fec c$m~ 
mtvneeteilcy que noftte aduerfaire n'a 
3as entendu. Il ne fçait pas auiîî ce" 
lue c'efl: qu'atteller vn bra4 rompu ,: 
juand il nomme les attelles coupeaux 
je bois , ou éclats de lance , puis que 
Vue & l'autre de ces chofes n'eft 
)oint propre à mettre en forme vn bras 
ompu , on fe fert à ce delfein d'aifîèaux 
'lats & longuets, qui ont du rapport 
ni atelles du collier des cheuaux de 
fàSt j &: Celfe nomme cts atelles /tf^/y- 
F ij 



T o ^ L^ Art âfi bUfon iufiijîe. 
loi &c non haHuloéyCQ qui ferc a détruire 
cette origine chimérique. On ditaufïi 
amboUer les os , à caufe qne ces ais font 
comme vne efpece de boite à la iambe 
rompue : & on deriue en ce fens atelle 
de M-rliv fidcire applicare. 

le ne dis rien icy de la bar/de , du 
gcujfet , de la trat?gle , du diaffré , ny 
des autres termes dont ie dois donner 
ailleurs les origines , dans vn traité 
exprés ou ie recherche, i. En quel 
temps le blafon a commencé,!, en quel 
Jicu, 3 . à quelle occafion. 4. S'il a com- 
mancé par l'écu ou par la cotte d'ar- 
mes. 5. Les caufes des différences des 
Ecus , panchez , quarrcz , échancrez 
au deffus , & aux coftez , arrondis en 
bas , des Lozanges , &c. 6. Qy.'elle ai 
efté l'occafîon du choix déterminé desl 
Emaux. 7. L'occafion du choix des fi- 
ï^ures. 8. Quand ont commencé les lois 
Héraldiques, 9. Quand on a commencé 
démettre les armes en l'empreinte des 
monnoyes. 10. Les origines de quatre ' 
cens termes vfirez dans le blafon. 
1 1. L'origine des noms des familles. 

^ans mentir ie trouue agréable le 
reproche que me fait l'ancien Preuoft, 



chapitre cinquiefme. 307 

d'eftre homme de diélionnaires en fait 
d'Etymologies. En vne recherche de 
noms , pourrois-je alléguer de meil- 
leurs Autheurs , que ceux qui font 
profefîion d^cn examiner les origines, 
& les lignifications propres ? com- 
me i'eflimerois extrauagant vn hom- 
me, qui me prouueroit rEuangile par 
les Fables d'Efopeoù par les Dialogues 
de Lucien ; & fi vn Médecin feroi't ri- 
dicule de citer le Code , &les nouuel- 
les dans fcs confultacions au lieu des 
Aphorifmes d'Hippocrate , on ne doit 
pas attendre , que ie produife d'autres 
îiures que des didionnaires pour au- 
thorifer rvfage des termes ambirrus, 
puifque ce font des Iiures faits à ce^defl 
fein. Celuy de M. Ménage quemon ad- 
uerfaire confulte fi fouuent eft de ce 
genre , & ie vois que la plijpart des 
origines de ce didionnaire lont autho- 
rifécs dts témoignages de Nicod , 
Eftienne , Lindembrog , Martinus, 
Scapula , & quelques autres, qui font 
desEcriuains de diâiionnaires , dont il 
eut elle expédient que Tancien Preuoft 
fe fut fer uy, pour nous donner des Ety- 
mologies plus iuftes. 

F il) 



joB iJ Art au hUfon hfiifie. 

îe viens à i'Effonmer qu'il tire de foi» 
Se à'Er.foig'.e , dans fcs origines p. zoo. 
fâiiant ainfi ce terme François d'origi- 
ne contre le fcntiment de Budée célè- 
bre luri-^confuice, & de ioachim Perio- 
nius tous deux illuftres , &c fçauans en 
la ccnnoiflaccc des langues. Ce der- 
nier le fait clairement Grec en fa AiC^ 
fertation , de lit;gu& Gallica curn Grdca 
cognât^ vt perpauca in me '/jofiro Gricci 
ftrimms -Vifligut extetn :, tarnen ixperiar 
num in lis ftut ea , quorum orjgo mihi (^uU 
dent obftaraanmhm torquerefolet , ac pri~ 
rnum illhà quo ttiam v'ulgm vti folct dum 
éd â'cm ijni, ei difïisj non fe exhibet , f?ec 
éidefl j exonier diximus : fi morho quù 
impeditm non adfuit ad diem : id verbum 
tKijuam totum Grarcum eft : èlo/^v-yt&r 
enivi ejl iareiuyando excufare emn (jui ad 
diem non adfuit : itaqtte vos in fcribendo 
hoc vetho , vt in plerifcjtte altis peccatif. 
Exomnyer enir/i per M, C^ T. fcrihi deh^t 
^ucrnfidmodtint ex illius origine inteUigi^ 
tur. Quelle apparence y a-t'il d'en tirer 
l'efïbnnier, comme s'il efloit vn empeC. 
chement ? le luy donne vne orioine 
plus raifonnabîc dans le traité 6.cs Ety- 
îTiologies des termes de cet arç. 



chapitre cinquième. j o^ 
Page 19. il deriiie Je lambel de lamina 
dont il fait lamùe , Se de bir^Le lambe- 
quin, comme s'ils eftoient de fer blanc, 
d'orpej , ou de meral , car ie ne trouue 
pas qu'aucun Antheur fe foitferui de ce 
terme latin pour vue pièce d'eftofFe, ou 

Î)onr des volets dont on fait tous les 
ambrequins. * Il n'a pas pris garde que . 
M. Ménage de qui il a emprunt!^ cette 
origine en fes additiosp.805.la retrade, 
ou il diZjCjuelcjties-vfîs ayrnent mieux le de^ 
riuerde limh'ds ^ cfui Jlgnifie la mefme chc" 
fe. le i'auois deriué de lamberarefcindere 
lanUre : que ie confirmois par le nom 
de hachemens qu'on leur a donnez , &c 
i'auois allégué Nicod qui dit du lam- 
beau. La defcente de ce mot femhl: sHxe 
de laraberare vitttx verhelatin ^o^iv f^m~. 
fis comme dit Ftïlm fcindere & laniare 
mettre en pièces, 

Louys d'Orléans , qui n'efl: pas vn 
Authcor de didionnaive , dit le mefme 
au chap. 23. des ouuertures. ledimy en 
pujfa-'it que ce mot de himbti ejl ancien car 
lambcrare fislo fciiuloïç^ar^ne verberari 
ef-. Mais il s'excufe llir ce que Nicod 
n'a dit mot des lambreaHins , comme fi 
kur ofigine n'cftoit pas expliquij? «n 
F iv 



j I o L Art du hlafon iuflifié. 
celle du lambeau , que noftre PreuoA: 
fait lepnrnirif de lambrequin dont ic 
ne conuiens pas , y ayant autant de dif- 
férence en leurs origines qu'en leurs 
figures 3 comme le montreray ailleurs. 
Il dit là mcrme quec'eft à l'exemple des 
Efpagnols , que nous auons fait lambre~ 
i^mn de Urptr^a^ comme ils font lumbre 
de Uanen, Mais ie m''eftonne qu'il n'aye i 
pas remarqué qu'il eft écrit Uwbei^mn 
dans les vieux Autheurs,&: qucleanle 
Maire en la defcription de Mineruel.i. | 
ch. 3 1. de Tes iiluftiations dit , Lapre- ■ 
9?}iere pièce defon hamoù esîoit vne richt 
féUde^crefiee, Schmheqmnée richtment^t 
lymbrée d*vne cho'ûette.C'c^ à l'occafîon 
de ce terme, qu'il a ramalfé de vilaines 
rimes en (juin Fetrequin y Ra»uUc^uinJof- 
fe^ui?7y BotteqHirii Harlecjuirj yCrane^um , 
Ribaudetjui^y qui font autât de bruit que 
les fonnettcs d'vne compagnie de Mu- 
lets j c'eft au milieu de ces Harlequins 
qu'il a placé l'Eloge de M. Mcnage,aufn 
mal à propos qu'il y a de la iuftice à rc- 
uerer vn hommie qui a ciuilisé toutes 
les Mufcs , & enrichy la France des dp- 
poiiilies de toutes les Nations fçauan- 
tes. L'Eloge qu'il fait à cet ilUiftrea ne 



Chafître cmquiefme. ï 1 1 
tend qu'à faire voir qu'il n'eft point 
pédant , & qu'il eft braue comme vn 
loldat : c'eft là toute la reconnoilîancc 
dont il vfe cnuers vne perlbnne dont 
il a tiré tout ce qu'il a de raifonnable , 
& fcmblable à Tanimal maliticux , qui 
trouble les fontaines , quand il a bû , 
dont vn.Capitaine du Siècle précèdent, 
fit fa deuifc auec ce mot indigne d'vn 
hoir»me généreux me plaît la trov- 
BLE 3 au lieu de couronner cette fource 
qui s'eft ouuerte fi libéralement en G 
faueur , il croid d'auoir fait vn Eloge à 
cet homme fcauant , quand il a dit que 
tous les Do^es ne font pas pedans , comme 
totti les ptdans ne font pas do^es , & qu*à 
ï^ académie aujfi bien qu'a l'armée il y a 
quantité de braues , dont la 'valeur & la 
Do6lrine font eminentes , qmy qu'ils ni 
portent U fuye de foldat , ny la robbe de 
Profejfeitr, le penfe que mon amy 21 
mieux rencontré en l'Epigramrae qu'il 
a faite pour Tancien Preuoft , qui s^'eft 
ferui des origines de M. Menage^quand 
il a dit. 



211 Ï^An du blafon mflïfie. 
le tioune cet homme fort [a^e^ 

De viptre fur v?j fond qiiï m iuy confie 
rien , 
Puifque rnefrm chacun fcan bien , 

JQj£vn panure L^iboiireur ne vit nue 
de Men:ige. 

Diaspre' eft vn autre teime dont ik 
a parlé dans Tes Giicrines page 24. &: en 
fon Epiflrc pag. z 5 . auec aulîi peu de 
fîicccz que des autres : il le fait venir 
de dijpAr , & dit que les Italiens en ont 
f-à\i diffarfî & diafpro. Bon Dieu , que 
d'ignorances entallecs les vnes fur les 
antres ! Il veut que ce dialfro , qui eft 
le iafpe foie ainfî nornrmé de la dnierfî- 
té de fes couleurs , & que le diaff/ré du 
blafonjfoit la mefine chofe que le ^/«~ 
meté. Ncantmoins Jamais aucun Au- 
theur Latin ne sVft feiui du terme dtjpnr 
pour exprimer la diafprurc,que tous ex- 
priment par dîBinÛHi , variât m , macn- 
lofm 3 virgatus , -variegatm , où mefme 
Jicllattu , dont s'eft ferui le Poëtf. 

—— StelUttts ia^idefhliMr 

Enfis erat. 
Les luîiens employem encore mofnr 
difparfi,(]\n lignifie fciûcmenzdifpart^, 
JEniin dtapré eft dijQferent du ^hmetiég, 



chapitre cmquiejhe: 113 
du faille i d» pcpello-f27ié , du decouf^:, dn 
moiiclj€té i & du damafqtnnç, 

1 . Le diap-^é efl dVne figure ronde,^ 
plumetté eft nifu de plumes , le paillé 
eft vne efpece de broderie à famaiiîe, le 
dccoupé eft en demy-rond , le moucheté 
fembiable aux moncheuires d'hermine 
renuerfées. 

2. Le F^ppell'û}9fféMlv^ onma.^e fait 
à nuances, & comme vnc ranç^ée d'ailes 
de papillons , ou de papiiloùçs. L'an- 
cien Preuoft voudroit m'cbliger à dire; 
pampeloyjm j & comme il le dit cJuile- 
ment conti'eron ordinaire j ie veux rap- 
porter Tes propres termes :,c'eji de ces 
vieux boaqmns , (jne vous d£fie'^ appren. 
dre y ce cjue }}os Hermfs entendent par 
leur panipcUonné : ear vous parlerez 
ainjî s'il vous plait, le répons à cette de- 
mande obligeante, qu'il n'a pas plu à 
Bara de parler ainfî page 39. du blafon 
des armoiries de l'Edition de Rauot 
1579. ny à Louuan Geliot p. 299. ny 

,auKoy d'armes p,4ii. ny au P. Moner 
p. i6r. ny a l'Aurheur du Trophée pa- 
ge 20. Pour les lumières qu'il demande 
fur ce terme 3 ie les donne eii mon traité 
4cs oxigines. 



114 L 'Art du hUfon iufiifie. 

5 .Le Damafc^iiinét^ fait en pénaches, 
où à Ja façon des Aiabcfques. Les Al* 
lemands ont couftume d^en diuerfîficr 
(eurs blafons. 4. Le Paillé eft dVne bf- 
garrnre , ou dVne broderie à fantai/îe. 
le ne trouve aucun Autheur qui fê 
loir ferui du terme Er^âé pour Ptippel- 
lome : ncantmofns l'ancien Preuoft 
prétend ^introduire en Tes Oricrmes 
pag. 2;. où il applique au/Ti md n^ue Je 
terme broché , quand il dit broché à 
leguille. Il ne iera pas peut-eftre hoi^ 
<lc propos de donner icy l'origine de 
tes deux termes , quoy que l\n ne foft 
PAS du blafon , & que Faurre foit dans 
ines Origines à Foccaiîon de brcch^nK 
Le premier de ces d^x termes eft 
vne altération du mot hèrâi , par la 
tranlporition de la lettre R, qui cft ain- 
ii plus douce. La broderie a eu ce nom 
a caufe qu'elle fc fait principalement 
iur les extremitez àts habits, des tapis^ 
& à?^ couuertures. 

Broché vknt d\ne forte d'ouurage, 
'qu'on fàifoir aiyiennement auec des 
broches de fil d'arthal ou d'yuoire, 
comme on/ait encore à prefent les bas 
de foye & d^eilame. De ià eft Y€iiu k 



chapitre cinquième. i r j 
terme brochant du blaion , parce qu'on 
brochoit des figures les vnes fur les 
autres , en leuant les broches d'or ou 
de foye : ainfi l'Autbeur Moderne a eu 
raifon de reprendre M. Capré , qui fe 
fert du terme branchant pour brochant : 
car ce premier eft vn terme de cheual, 
qui n'a aucun rappon aux figures des 
armoiries. 

Quoy que Torigine du Ttnelne con- 
cerne point les annoiries , Ôc que ie 
n'enaye dit mot dans mon ouurage ; 
i'eftime , que ie dois icy réfuter cel- 
le que luy donne Tancien Preuoft en 
h page 24. de fdn Epiftre. Il dit que ce 
mot vient de Ttgn^tm , dVn l'on ^ fait 
f remet tment Tine, four dire le tronc d'vn 
*rbre ^uon appelle aujfi Tige de Tigil- 
him .• de tine puis après ncs anciens ont 
fatt leur Tinel , ^fit^ encore auj^urdhuy 
en Picardie pour fïgmfier vn ballon. H 
ajoute en fuite que le Roy paro>Joit ert 
MaiemU Couronne fur la te fie , & te 
Sceptre Tinel ou baflon Royal en main 
pendanfles diains offices y & mefrne dan, 
te Palau : l'heure du dtfné approchant H 
remet tott ceTmcX au Senefchal , tjui eji 
^Hjourdhuy l, gran4 Mature .pourmAT* 



II (3 L' Art du hUj^n iufitfié. 
^ttede Unthoriié, (]tiil auoit d'ordonner 
ds toHî ce qui appartcfjcit à U table di9 
?rhice. 

le ttouue dans ce difcours qu'il tire 
l'origine du Tincl dSn bafton à- qui il 
donne ce nom , aufTi bien qu'au Sce- 
ptre Royal fans aucune preurLe,&; qu'il 
fait pafler ce fceprre des mains du Roy 
en celles du Senecbal , pour marque de 
(bn authorité durant le repas du Roy^ 
Pour détruire des erreurs ii côfiderabless. 
^1 faut que ie montre i . que Tmel n'eft 
cas vn bafton , z. que le fceptre n'a ia- 
mais eu ce nom, 5 . que 1 e badon du grad 
Maiftre n'â-iamais efté le fceptre Royal 
depofé entre les mains de cet Officier 
de la Couronne , 4. que le Tinel des 
Rois n'a pas tire fon nom du bafton 
porté par cet officier. 

Pour le premier , ie trouue dans le 
ttaduaeurocViauuech.S. dtiliu. 10. 
que Tmel eft vn leuier ou vne grofle ,, 
barre à leuer des fardeaux. Pareillemsnt 
quand aucunes grandes & fefames char- 
ges font leuéen fur les efçmîes de quelques 
portefaix, s'ils font JIx ou quatre en nom- 
bre ils foufpefm le fais auant marcher , 
^ cep^ lei ce/1 très du miU&H des Tinds^ 



€ha,ptre cmquiejme. n j 

afin que chacun a* eux en porte Vfîé é^iilc 
portion , nonoh fiant o^uil ne ft pnijfe diui- 
fer ... . & à cette occafion font an r^uliety 
defditi Tinels fichez, aucuns crochets de 
fer. Ces tinels ne peiuiicnt pas eftre des 
baftons , qui ne içauroienc, foutenir la. 
charge de.fix portefaix. .Ce font donc 
des barres à qui on a donné ce nom du 
Latin Tighurn , qui lignifie vne poutre. 
Les deux autlioritez prifes de Percefo- 
ret, & allcgaées par l'Authcur Moder- 
ne, montrent euidemmenc que le Twel 
en ce fens eft vne barre , puifqiie I4 
femme du Géant aux crins dorez, pread vn 
Tinel pour ajforjmer CUmydes , Efcuyer 
de Liannet du Glas : car on n'alfomrae 
pas auec vn bafton , & vne barre ne 
conuient pas mal à la femme dVn 
Géant. L/autre palfage eft celuy-cy , à 
tant va venir vn Efcuyer moult noblement 
vejlu , & le fmuoient d*eux forts valets 
portansfur vn Tinel vne corbeille. Poiir- 
quoy deux Ibrts valets pour porter vne 
corbeille fur vn bafton? Le tronc des 
Arbres noinnic tine , montre alfez que 
ce mot a toujours efté pris en ce fens 
pour vne barre ou pour vne poutre. Si 
cela eft:fa'i{e d'vn Tml Yfl S<:eptre,c'eft 



1 1 8 L'Art au bUfon iuftifié. 
faire des Rois de la taille de Polyphemc, 
qui porroit vn pin entier pour ballon, 
klonle Poëte.ièneid.5. 

Trnnca mamm phfts régit , & vefi'tgia 
firmat. . 

AufTi iamais aucun Autheur que l'an- ] 
cien Preuoft , n'a nommé le Sceptre 
Tinel. 

Pour l'autre chef, c^eft vne erreur 
confiderable de faire du Sceptre Royal 
la marque de la dignité du SenechaljLe 
Diadème & le Sceptre,qui font les mar- 
ques delà Royauté , ne ferucnt àaucun 
autre qu'au Souuerain ^ & les Anciens 
ont pris pour de mauuais augures de 
les voir fur la tcfte , ou entre les mains 
des fuiets. Nous lifons dans la vie 
d'Alexandre qu'il fit mourir parle con- 
feil des deuins vn certain Dionyfius, 
qui s'cftoit couronné du Diadeine 
Royal, tandis que ce Prince fe falloir 
froter après auoir ioiié à la paume. Les 
Hiftoires de tous les Peuples font plei-^ 
îiesdefemblables chr.ftimens. Les Rois j 
lemettent bien leur E'pée , &la ban-l 
lîiere Royale entre les mains de leui:sf 
Officiers, & ces deux orncmens mili- 
taires ont fait autrefois les marques de 
deux charges conficlerables. Le grand 



chapitre cmquieme. 1 1 p 
EfcOyer porte encore l'Efpée du Roy 
dans le fourreau les iours de cereiTiO- 
nie , & il en fait rorncment de fes ar- 
moiries i & la marque de fa à\2nké ; 
mais aucun n'a iamais porté le Sceptre 
ny la Couronne Royale : c'eft ce que 
dit clairement Louys d'Orléans en Çqs 
ouuertures des Pariemens chap. 13. 
Ile fi certain t^ue l habit donné far les h ois 
À Mejfieurs de Parlement , îeniens de 
Me^ieurs les Prefidens , eUoit le vray ha- 
bit dont eïloiem njeflués leurs Afajtfiez. : 
cefi habit leur a eBé donné , afin ejuefiant 
habillez comme le Roy , on ereut que Us 
jirrefis , qu'ils donnaient eftoient Ârrefis 
du Roy , (^ eujfent pareille authorité cjtte 
les prononcez par le Roy. Tduttsfoii Us 
hois ne leur ont voulu donner k porter ny 
leurs Sceptres ny leurs Couronnes , qu'ils 
Je font referue"^ pour ne les communiquer à 
perfonne. Le Roy d'armes qui eft l'om- 
bre de la Royauté , & qui reprefente 
la Majefté dont il porte les ordres,& les 
commandemens aucc vue authorité , 
qui trouuc du rerpc61: & de la venera^ 
tion parmy les cnnem.is mefme , porte 
vn Sceptre & vne Couronne ; mais dif- 
ferens de ceux du Roy aufquels il ii« 
touche point. 



1 2 l!Art du bUfon iufiïfle. 

L'ancien Senefchal , dont le grand 
M-àiftre fait à prcfent l'ofîice , portoit 
vne veree félon le Roman de Raoul de 
Cambray. 

^pres monter e/Jt en la fale parée 
Li Senefehaiix à la chère membrée. 
Tint en fa main vne verge pelée, 

André Fauyn en Tes Officiers de la 
CoLironne de France p. 135. nous dé- 
crit le baflon du Senechal , Se dit qu'il 
le portoit d'or cfîeué en haut. Le ba- 
ftondu grand Maiftre fe rompt aux fu- 
nérailles du Souuerain, ce qui montre 
éiiidcmment qu'il n'eft pas vn Sceptre, 
car les ornemens Royaux font inuio- 
lables. Se on ne les a iamais vu rompre 
en ces cérémonies de dueil. 

Enfin Tmel en ce fens de cour plenie- 
tc , vient de TricUmum qui iîgnifie vn 
lieu où Ton mangerl'on difoit tenir large 
Tinsl ou tinel onuert, corne on dit à pre- 
{cnt tenir table ouuerte. 71(Wf/o lignifie 
encore chez les Efpagnols la laie du 
commun dans les maifons des Grands ,. 
CerarOudin l'expi-que ainfi en Ton Tre- 
£or des deux langues , Se Dominicus 
sCermanus deSilefia. h fAbnca lifiouA 



chapitre cmcj^iiiéme. 1 1 1 
ArahicA rend i'Icalien Tmello parTn- 
dimum. 

En \a.^^^ei6A\dkifi;antarifaiitoir îe 
vous vois fart irrefolu , ce t^ui vous drriue 
Mfez^foHuent : car en la paçe cent vous e7i~ 
feignez que le cbeuron , le pal ^ & le fait- 
toir font des pièces de la barrière d'vn 
carr.p : ou comme vous dites en la paq. 1 1 o. 
les faux , fautoïrsfrettes , & cherrons font 
pièces de la palifade & de la garde d'vn 
camp & des lignes : & en la page /i^ii^ 
vous changez, d*aduis ^ (^ dites a ne le fau-^ 
toir efi vn inFîrumerJt à deuidcr le filet ^ 
& faire les Efheuaitx. La faulfè inrer- 
preration qu'il donne à mes fentime«s 
m'oblige de iuflifier des chojfcs , qui 
femblenr peu confiderables , & il faut 
que ie moncre en ce point , que ic ne 
me fuis point rauifé comme il prétend, 
& qu'il ny a rien qui Te choque dans ces 
trois palTàges. 

Icpcr fille donc à dire que lesfautoirs 
Com des pièces propres à fortifier vn 
camp.; mais cela n'empefche pas qu'il 
Ji'y ayt des uuitoirs à deuidcr , comme 
•il y a des herfes à clorre les villes , 3c 
flcs herfes à l'vfage des Laboureurs. 
Des Caualicrs qui combattent, &.<ics 



j 2 i L\4rt du blafon iujlife. 
Caualiers qui font des Emineuces pro- 
pres à mettre Tartillerie pour défendre 
vne place : descheuaux de frife, quife 
mettent aux portes des Citadelles,pour 
en rendre l'entrée difficile : & des che- 
uaux qui viennent de Frife. Tay donc 
dit quelefautoir reprefente la barrière 
dVn camp , faite de pieux croifez en 
fautoir ; mais que ce nom defautoir ou 
fautour , fe prenoit dVn inftrument à 
deuider , feiit de cette forte, X & nom- 
mé fautour , comme les Efpagnols ont 
dit y^fpa pour k fautoir du blafon , U 
pour ce dciiidoir , qui eftant dVn vfage 
plus familier , a pu communiquer fon 
nom à tout ce qui a la mefme figure. 
JiinÇi nomme-t'on en termes de fortifi- 
cation chandeliers , des pieux fichez qui 
ont la forme des' chandeliers :&: Orgues 
vne cfpcce de porte qui s'abbat com- 
me la hcrfe» ôc qui eft faite en tuyaux 
comme les Orgues. 

Nous auons peu de termes dans le 
blafôn, qui ne foient Equiuoques. Le 
thef eft vn nom commun à la tefte , a, 
vn capitaine & à la fîigure la plus haute 
de l'efcu. La ba»de "eft aufTi vn nom 
commun à vne troupe , a vne pièce de 



chapitre c'm^mefme. 123 
linge ou de drap vn peu longue, & a la 
pièce qui occupe diagonalcmentlatroi- 
(iéme partie de l'efcu. 

Examinons maintenant l'origine 
qu'il donne à ce terme. Il dit que c'eft 
de l'exercice de fauter , que cette pièce 
a efté ainiî nommée,^: il en donne deux 
prennes. L'vne de Perccforcts y oh il 
void deux lances E/pées enfautoir. Jl dit 
e^H elles font efpées, d'autant c^u elles étaient 
À fer émoulu , e^ qu'elles font en fautoir 
marque de quelque exercice militaire : fui- 
uant ce que du Tacite de Morihus Germa- 
rorum, C 'eil:| fa féconde authorite : ^«^ 
les ieunes gens de cette Nation, Nudt in- 
tergladios ,fe atq^e infefîas frameasfaltu 
iaciunt. Il a tiré de Texercice de fau- 
ter des ieunes gens , pour le trou- 
uer en noftre langue. Mais la preu- 
ue de Perceforets eft nulle , car dire que 
l'on fautoit fur ces lances, parce quel- 
les eftoienc mifes en fautoir j ceft dire 
que les clefs des Clermonts , & les maC- 
(es d'armes des Gondy le font aufTi, 
parce que ceux de cette famille fau- 
toient îiir des clefs , & fur des madès 
ainfi pofécs. Pour le premier , il fal- 
loir que ce fuifent d'horribles clefs , où 



124 L'^rP du bUfon iuflifé. 
iln'yauoit rien d'exrraordinaire à les' 
franchir : & quand lean Duc de[Bour- 
gogne fît peindre fur la porte de Ton lo- 
gis à Amiens , deux lances croifées entra- 
ners a mode de croix 5. André , def^nelles 
l'vne auoit vn fer érnouln pour la guerre, 
l'autre anoit vn roquet four lé tournoy , 
comme dit Paradin i.5. des Annales de 
Bourgogne p.4C)6. il vouloit fans dou- 
te leuer Académie à fauter , & en faire 
i'enfeigne de ces deux lances ainlî pein- 
te.Ne feroit-ce pas vn crime de dire que 
\t^ Armes des Delbcne qui font deux 
ircptres palfcz en fautoir 5 font deux 
fccpjres kirlefquels on a fauté? les clefs 
des armeâ du Pape , les ballons de nos 
Maréchaux de France , les clefs du 
Grand Chambelan , & les baftons d« 
grand Aiaiftre auroient-ils ferui à cet 



viage? 



Voyons la force du pafTàge de Tacite, 
t2udiiHueyies ciuïhus ïà ludtcrum efi inier 
glad'os fe atq:ie infeHas frameas faltu ta" 
ciunt. Il n'cft rien dans tout ce palTàgc 
qui die que ces efpées fuffent croifé^s.- 

Voicy donc la véritable origine du 
fautoir cjue ie donne icy par auance , 
iufqu a ce que ie l'explique ailleurs plus 



chapitre einc^mefme. 1 1^ 
au long : c'eft vnc pièce de pallifide 
employée primitiuement à clorre vn 
parc , que nos Anciens ont nomme 
Canlt : du latin fnUuj ftrarum : nom qui 
lignifie auiïi vn bois. De la font venus 
les noms de quelques Familles du [ahU 
de faux, Sec. certe pallifTàdc faite en for- 
me de CLoix de S. André eft nommée 
faltatorium dans les anciens titres. Vp- 
ton m'eft garand de cette ojigine qur.:?d 
il dit 5 €[î aliHd imcr fignum tn armis pet 
dîutrfhs mhiles portatum y c^uod appel U' 
?«y faltatorium ^ & fit ad modum cjnajl 
crucïs S.ylndre& , & aJJlwiUtur fecunaum 
tjuofdam iuidam infiramefito poftto in di^ 
uerjis farcit , cfiiod txmen f(? rmr£ mnçni- 
ttidinu adcomparatioriem huxus figr.iyÇ^ eji 
benè notant ijuod in multts locis & parcis 
talia feiltatoria ordinantur ad recipiendai 
feras be^ias qiiftfemel tbldem tntrantes per 
ipfum faltatorium non itérai o exite pof. 
funt. 

Spchtian déciit cette mefme pièce 
en cette manière. Machina Ftnatoria. 
quH olim in Theriotrophiis prtedaba^/tur 
fir£ : faltatorium nuncupata quodfaliHa- 
riis tn vfufmt. 

le ne m'artcfte pas plus long-temps 



\i6 L'Art du bUfon iufiifié. 
aux fauires origines qu'il a données aux 
termes de cet An , puis que i'en ay vn 
volume fous la prellè de la forme de 
celuy-cy , où ie les iuftifîe tous par des 
authoritez irréprochables. 



Chapitre VI. * 
^)uelc^u€sf,giiYes du Blafon reftablics. 

T Onces les Metamorphofes ne font 
pas du Siccle des Fables , les igno- 
rans en font tous les iours d'aufïi mon- 
ftrueufes , que les dieux changez en 
beftes par les Poëtcs de la vieille Grèce. 
Il y a du plaifirà lire les cxtrauagances 
de quelques-vns , qui ont pris des noms 
de Villes pour des noms de Capitaines 
célèbres , & qui ont fait d'aufîi agréa- 
bles chimères , que celuy dont parle 
M. de Balzac en Ton Ariftippe,qui cher- 
choit l'Ariftocratie &: la Démocratie 
fur la Carte, auprès de la Croatie & de' 
la Dalmatie. Semblables perfonnes ont 
rempli le monde àf Liures impertinens^ 
ce font gens qui les font en fe débattant 
ou en vn entretien d'aprefdinée. Us difent 

auec 



Ch^ifitre Jlxieftne. 127 

fiuec liberté tout ce qui leur vient in hiichs 
ftns art & fans eflude. 

Ils s'érigent en reformateurs de ce 
qu'ils n'entendent pas , ^fur deux ou 
trois palFages Grecs qu'on leur a four- 
nis , & qu'ils ont tellement altérez 
qu'ils ne font plus connoi (Tables , ils 
prennent la qualité de fçauans , & font 
trophée d'vne ignorance audacieufc , 
& d'vne prefomprion ridicule.Ils trou- 
blent la paix des lettres par des fatyres 
extrauagantes : ce font Açs, grenouilles 
de cifternes & de marets qui crient in- 
cclfamment , & qui chantent plus haut 
que les Cygnes. La vieille Rome eut 
de ces monltres j & h l'Imprimerie euft: 
efté trouuce du temps des Cefars , le 
monde feroit plein de leurs fottifes, 
& rien que l'incendie vniuerfel ne nous 
eut pu défaire de ces produdions im- 
pertinantes. 

Le plus grand mal eft que ces igno- 
rans trouuent des approbateurs , qui 
les flattent , & qui les exhortent a con- 
tinuer fans reUfche. Ils louent leur Elo' 
quence naturelle , &: les preffent défaire 
fart de leurs ouurages aux tllujlres , qui Us 
atte?îdint aneç emprejfement , & qui Us 

G 



1 1 8 L'Artâti bUfon îufiifie. 
récent ont auec ioye. Ce font des igno- 
rans , qui en loiienr d'autres , & qui 
entretiennent vn commerce de lettres 
auiïi ridicules , que leur imagination 
cft va^ue & déconcertée. Ils font caufe 
que ces gens font autant de liures , que 
la Lune prend de faces différentes, ils 
en ont de prefts fur toute forte de ma- 
tières 5 mais il en eft de ces Autheurs 
comme de quelques anciens : deux 
mois après on ne fçait pas s'ils ont écrit, 
& n leurs liures ne moifilfoient 
dans les Libraires dont on ne les tire 
jamais on ne les connoiftroit point. 

L'Hiftoire nous dit qu'Apollodore 
compofa quatre cens volumes , Chry- 
fippe fept cens , & vn certain Dydimus 
Grammairien trois mille cinq cens : 
celafemble incroyable,^ i'eftime qu'ils 
en auoient fait vne partie en dormant, 
vne partie en fc débattant , & vne par- 
tie en /entretenant après le refoi. De 
route cette foule de liurcs,il ne nous re- 
lie pas vne feule ligne , & le temps qui 
a conferué deux vers d'Alexandre a 
t)erdu ces Biblioihcques entières dfi 
trois écriuains. Lailfons là ces célèbres 
ignorans , pour examiner les agréables 



chapitre ftxîefme. ji^ 

Mecamorphofcs de l'AucheLU- Moderne. 
La première eft illuftre , Se nous 
auons dequoy bénir ce temps heureux, 
qui a enfin trouué ce que tant de fça- 
uans ont cherché inutilement durant 
phifieurs Siècles. C'cft la quadra- 
ture du Cercle, que tous les Géomètres 
ont cherchée , auec tant d'angles & de 
lignes depuis le fameux Archim.ede : 
l'ancien Preuofi: a eu luy feul le bon- 
heur de la trouuer , & ce n'eft pas la 
moindre remarque de Tes origines , ou 
il dit page 184. qu'vn filet conduit 
quarrément fur vne croix eft vn cercle • 
ôc que ceft de là que cette forte de croix 
eft nommée recercelée ou recerclée, Te- 
ftime, qu'il eft iufte d'examiner cette 
propofition géométrique , & de don- 
ner les figures de ces croix , pour mon- 
trer euidemment la différence qu'il y a 
entre la croix refarcelée & la recercelée, 
que l'Autheur-Modernc a confondues! 
La première a vn filet d'autre Email 
tout autour , & les Eîpagnols la nom- 
ment pour ce fuict pirfiUda, Le Feron 
l'a nommée ref^nelée en blafonnaat les 
armes de lacqnes deMarfilly Marefchal 
de France , U de Heymardus Chance- 

G ij 



ï 3 o L'Art au hUfon iufiijîé. 
lier fous Charles le aros. Ce terme re^ 
farcelé eft pris du Latin, refarcituSi dont 
les tailleurs d'habits ont fait re farcir , 
duquel ils fe fcruent en quelques Pro- 
uinces , pour dire remraire , qui eft 
coudre deux pièces de drap enlemble, 
comme ils nomment à prefent neruure 
ce fîlet , qui pafTe quarrément fur la 
croix. 

Recexcelé au contraire , fe prend pour 
vnc chofe tournée en cerceaux , comme 
les cheueux annelez que lean le Maire 
nomme en fes illuftrations recercelans. 
Chap.ii. du liu.i. où parlant de Paris, 
il dit anoit les cheueux dorez. , crefpez, & 
rectrceUns. Ce terme eft pris en blafon 
pour les extremitez des croix , ancrées 
tournées en volutes , comme eft celle 
de yeycr reprefentée dans TArmorial de 
Sibmacher. On Papplique encore aux 
queiies de fangliers , qui font ordinai- 
rement tournées en plufieurs ronds , 
& à celles de quelques chiens de chafîe. 

La féconde Metamorphofe eft celle 
des Otelles , en vne croix pâtée qu'il 
donne à la maifon de Cominges , & 
comme il ne fe contente iamais dVne 
^ule altération , il a encore corrompu 



chapitre Jixiefme. i 3 1 

le nom que ie leur donnois , & change 
aT«MÎ en oT«An , comme il a changé 
Kiçetxîw en vi^tthlui page 5 1 . Cette feule 
figure m'oblige à iuftifier quatre propo- 
fitions , dont la première eft que les 
armes de Cominges ne font pas vne 
croix pâtée; la féconde qu'elles font des 
otelles j la troiiîefme que ces otelles ne 
font pas des etelles5&; laquatriefme que 
défont des blellures. ' 

M. luftel eft le premier, qui a don- 
né vne croix à la maifon de Cominges 
en fa Généalogie de la Tour , contre la 
foy de tous les anciens manufcripts , 8C 
de tous les monumens. L'Autheur 
Moderne , qui s'attache à tout ce qui 
eft extraordinaire fans examiner s'il eft 
iufte ,a fuiui ce fentiment , Se l'a débi- 
té dans fes origines. 

Mais ces armes font grauées en tant 
d'endroits à S. Bertrand , à Muret, à 
Semmàthan , à Cazeres , à Auricrnac 
à S. Iulian , à Saliez & à Caftillon , qui 
font les dépendances du Comté de Co- 
minges , qu'il ne faut qu'auoir des 
yeux pour fe détromper de l'erreur dé 
ces deux Autheurs. Les otelles paroif- 
fent éleuées en tons ces monumens , &.' 
G iij 



1 3 2 LArt an blafon ïuflifié. 
ce que M. liiftel appelle croix parée, eft 
enfoncé comme le champ de ces otelles. 
On les vo:d encore ainfi en la Chapelle 
de Foix aux Celeftins d'Auignon , & 
il me fouiiient de les auoir fait remar- 
quer à deux ou trois de mes amis en 
deux Ecuilbns des Comtes de Car- 
maing fur le tombeau , que l'Archeuef- 
que de Tolofe de la maifon de Foix leur 
auoit fait drclîèr. 

Il eft vray que le champ des otelles 
dirpofées en fautoir , comme font cel- 
les de Combinées femble à vnc croix 
pâtée ; mais s'il falloir s'arrefter à ces 
apparences,il eft peu d'armoiries qu^on 
ne put altérer. le dirois que les points 
Equipolez font vne croix ouucrte en 
quarré en cœur : que le fautoir eft vne 
bande & vne barre , que le fretté eft vn 
iemé de loz anges , à caufe que les clai- 
res vues qu'il laille reftèmblcnt à des 
lozanges. Pierre de S. Iulicn nous af- 
feure auiïî, que des blafonneurs de l'hu- 
meur de l'ancien Preuoft ont fait pour 
la croix plaine , ce qu'il a fait pour les 
otelles : c'cft en la page 447. au chap. 
<les armes de Lantaiacs où il dit. le ne 
^ofite pas que quelques fuferjittieux hla- 



chapitre Jîxiefme, i},'^ 

fonneurs fom difficultez de nommer Croix 
celles que les Dhcs de Samye^ ç^ lej Che- 
uahers de S. lean de hrufalem , ^rcheaef' 
que de Rheims , les fleurs cC Albof? » ceux 
de Lenoncourt , de Ai<'jfi^nteix di* nom 
de Laye , & aunes prre?,t en leurs a>rnes» 
Je f^ay qu'il leur a effe ^Ih4 agreahle fnire 
de ce que t'anpelle cfoix le charnp^ CT ?50wï- 
rner le refle qy-at^eanolets : ce qu'iji pro' 
uetJH d'vue -iricter.ne cpimon , par laquelle 
on foHtient qud faut que le champ tienne 
du chefiufqties au pied , m^is nous n'" fom* 
tnesplui fi rnal tuqeans , &c. D'aillerts 
il n'eft pas croyable que tous les ma- 
nufcripts , & tous les Aurheurs fe 
foicnt trompez fur ce point , ic aue le 
ficur luftel , & l'Autheur Moderne 
ayent cfte les feuls éclairez à bien àiÇ- 
cernercc blafon. 

Il eft donc euident que les pièces de 
ces armoiries font des otclles. Voyons 
maintenant fi ces otelles font des E telles 
ou des coupeaux de bois comme veut 
l'ancien PreuolT; . l'ay fuier de m'efton- 
ner icy , que celuy , qui trouue clhan- 
ge , que l'on donne aux Caualiers des 
fafées j & des deuidoirs, qui font des 
inftrumcns de femmes , &c qui ne veut 
G iv 



134 L^^rt du bUfon iufiifié. 
pas que les armes de Nauarreioient des 
chailnes , pour ne pns mettre nos Roy s à 
la cadene. Donne à vne mailon illu- 
ftre , Se des plus nobles du Royaume 
vn blafon plus propre d'vn Charpen- 
tier , que d'vne famille conlîderable. 
Quelle apparence y a-t'il que cette fa- 
mille qui portoit au témoignage du 
Sire de lofnuille , d'autres armes du 
temps de S. Louis , & qui difoit les auoir 
receucs de Charlemagne les eut chan- 
gées en quatre coupeaux de bois, voicy 
Ks termes de la Chronique tirez du 
chap. 32. En cette bataille fe montra ver-' 
ttieptx^ & hardy Aieffire Arnaud àe Corn- 
menge Vicomte de Couz^iraru , pour cuider 
fecourir le Cornte , & portoit icelny de 
Commenq^e vue baniere : & fes armes 
tUoient d'or à vn bord de gueules : lef quel- 
le s comme depaii il m* a compté anoient ejlê 
données à fes predecejfeurs , qui portaient 
le furnom d'Ejpagne anciennement far le 
Roy Charlemagfje ypour les grands fernices 
^hiceux Vicomtes de Co}4Z.erans luy anoient 
faits y luy estant tn Effmane contre les 
Inf délies : & atijfi. <Jiiils anoient chajfé 
hors du Pays de Comrnenge les Sarra'^ns» 
qm le tenaient occupé , & l' anoient remis 



chapitre fixiefme. 13^ 

en l'ohijfance du Roy Cbarlsmai^fie. Quel- 
le apparence, dif-je, y auroit-il d'auoir 
quitte ces armes glorieufes , pour en 
prendre de ridicules ? C'eft vne preuue 
qui me femble alfez forte pour eftablir 
ma coniedure que ce font des blelfiues. 
Ceft ce que ie prouue par diuerfes râl- 
ions : dont la première eft que ces Sei- 
gneurs n'ont dû changer leurs armes, 
que pour vne belle caufe , puifquc les 
premières qu'ils porroient eftoient de la 
conccflîon d'vn grand Empereur. Se- 
condement ie ^trouue dans le mefme 
loinuille , que le Vicomte de Couze- 
ransreçeut quatre blefTures confidera- 
bles en la Croifade d'Egypte. Deux en 
la bataille de la MalToure comme Taf- 
feurecet Autheur cWz^.i^. Mejfire Ar-- 
«And de C orne nge fut nauré en deux lieux 
de fin corfs aux efpahles t&Jur l'zn des 
bras. Deux autres en allant recourre le 
Comte de Poitiers : & ces quatre blef- 
fures égalent le nombre des otelles àei 
armoiries de Cominges. Troifleme- 
ment le champ elî de gueules , comme 
, s'il eftoit de fang refpandu , & les otel- 
les blanches & éleuées comme des ble- 
£ires fermées , 3c cicatrifées. Quatrie- 
G V 



13^ L'Art du blafon mjii-dé. 
mement «twam cft vn mot Grec qui fi- 
gniiie vne bicifure. Ce font ces quatre 
raifons , qui m'ont porté à dire que 
c'eftoient des blelîures , ce qui choque 
tellement mon adaeriaire , qii'il dit c^He 
cela eft fi extrauaiiant qu'il faut attoir le 
tefie. Il parle François comme les AUc-- 
mands , & l'irnaaination blepe pour eftre 
capable d' vne femhUhle nfuerie ^a.ge lo.. 
& en vn autre endroit page 14. .qtte tg 
fais des blcjfnres h!a?.r,hes. 

Ce blafon bien loin d'eftre honteux» 
eîl glorieux à cette genereufe famille^ 
comme les playes reccucs dans le com- 
bat ont tOLifiours eflé des témoignages 
auantageux du courage & de la valeur. 
Il s'eft trouué dans la vieille Grèce des 
Princes , qui ont déchiré leurs Diadè- 
mes pour bander celles de leurs foldats. 
L'orateur Romain triompha dans le\ 
Sénat en montrant celles d Aquilius3l 
6c S. Bernard nous apprend , que lesi 
fôldars victorieti-x -ont fait gloire des] 
coups qu'ils auoient receus , trvphaa t'/'-l 
doria ojientare g(Jîiunt vifîores y & in\ 
ff/ium vtrttitis clypeo7-urn foramiva won-', 
Jïrare iSerm. ^.dertfurrelL Le Vénéra- 
ble E.£de dit encore plus furie chap.24.^ 



chapitre Jixiefme, ï 3 7 

de S. Luc : où il aifeure , que les con- 
querans , ne veulent pas, que l'on fer- 
me tellement leurs blelllires, qu'elles ne 
laiirent de glorieufes cicatrices qui 
foient les marques de leur gcnerofite'. 
Le Sauueur du moiode voulut retenir 
les (îennes après fa refurre^lion, pour 
en faire vn témoignage éternel de fon 
amour cnucrs les hommes,& vn illuftre 
trophée delà victoire qu'il a remporte 
fur la mort domirius no^sr objîgnum -per^ 
fetts vïBorid, , vulficrum cicatrices , Cdtlo 
itiferre maluit cjHAm aholere, Ceft Bede, 
qui en parle de la forte j maisRupert 
explique la mcfme penfée plus élégam- 
ment 5 quand il dit pUigarum cicatrices 
idcirco infno corpore rennuit 3 & refertfa» 
hit vt vi^orias fuas ,femper iHis quafî lir?- 
jliiij lo(jHatHr.l.\ l.di ViÙ. l^erbi. le veux 
ioindre le témoignage de S. Thomas à 
celuy de ces Pères, puis qne ie fuis fou 
difciple , &: qu'il lemble faire de ces 
faintes playes le blafon ôc les armoiries 
du Sauueur : cicatrice! ilU , ^^<e incorpo- 
re Chrifii permarjferunt , non pertinerj aâ 
eorruptionem vel defc^mn : fed ad maio' 
t€Tn cHmulumgloris , in (juanturnfynt ^ua- 

</^WVIRTVTIS INSIGNIA j. /'<îr/. ^.j 4, 

Art,A,.ad I. 



138 L Art du bUfon iuftifie. 

C'eft pour ces blelllircs fàcrées , que 
i'ay fait autrefois vne deuife d'vne gre- 
nade ouuerte & déchirée auec ces mots. 

Aiofira âefue piaghe i fuoi Ttfor'i, 

Il monftre fes treibrs par fes playcs. 
En effet elles font les viues fources de 
la grâce, & les bouches éloquentes , qui 
parlent pour nous auprès de Ton Père 
dit S.Ambroiie. 

l'explique au long l'origine , que ie 
donne aux otelles dans mon traité des 
origines du blafon , & les palTages, que 
i^ay tirez d'Euftathius &: d'Homère 
fcnt des preuues afTez fortes, pour faire 
croire que ie n'ay ny la tcfte, ny l'ima- 
gination bîeffée. Il refte à iuliifîer la 
couleur blanche de ces blelîures : c'eft 
la couleur ordinaire des playes fermées 
& cicatrifécs , à caufe que le fang fe 
communique plus difficilement à ces 
parties >qu'à celles dont la continuité 
n'a iamais efté interrompuë.Mais quand 
mefme cela ne feroit pas ainiî , i'ap- 
prens de l'hiftoire que ces glorieufes 
marques d'honner>r ont efté repreferv- 
.tées en or,5c en argent fur les ftatuës des , 
Héros : & de fçauans Interprètes expli- 
quent en ce fens le vers de S tace 



Chdpitrepxieme. ij<^ 

' luiiat ora tu cri. 

Mixta nous belli placidamque gerentia 
pacem. 
Vn Poëte Chrefticn en parlant de celles 
des Martyrs a dit 

Et iubar eft vbi plaga fuit. 
Conformément anx pieux fentimens de 
la Théologie , qui crtime que les en- 
droits ou ces illuftrcs defcnfeurs delà 
Religion ont fouffcrt , feront plus écla- 
rans que les autres parties de leur corps 
dans le feiour de la gloire. Tay auflî 
défia remarqué dans mon véritable art 
du blafon , qu'aux funérailles du Con- 
neftable Anne de Mommorency tué en 
la bataille de S. Denys , on porta la fi- 
gure de ce Seigneur marquée fur kvi- 
lage , d'autant de playes qu^il en auoit 
receu dans le combat ; ces playes 
eftoient de cire comme fa reprefenta- 
tion , & par confequent blanches. En- 
fin il faut eftre ignorant en Thiftoire 
Grecque pour douter de la pratique de 
reprefentcr les Héros en Albaftre , en 
Marbre &en Porphyre, auec les mar- 
ques des blefsûres qu'ils auoient re- 
ceucs pour la defenfe de la Patrie. Tel- 
lement qu'il n'eft pas nouueau de re- 



1 40 iJ Art an hlafon ïufliflé. 
prefenter des playcs en or ôc en argent, 
ny plus eftran^e de les voir blanches 
fur des boucliers , que de voir les bar- 
bes dorées des vidorieux dont noftre 
hiftoire fait mention après la bataille 
de Nancy , ou le Duc de Bourgogne fat 
ttié. 

Il eft temps de palier à vne troiSé- 
me Mctamorphofe , c'eft celle des ar- 
mes du Comte de laffe à qui l'Au- 
theur Moderne adonné en fesorieines 
page 12:3. vne croix potenceejpour vne 
croix pâtée y que le Sire de loinuille 
luy donne en fa Chronique chap. zi. 
A noHre coîlé de la rnain feneFire , vint 
Aborder le Comte de lajfe , *jui eîioit coujin 
^erniAin du Comte de Alonthellial , & dft 
lignage de la maiÇon de lonmlle : d" f^t 
eehiy cjui plus noblement dejcendit k terre, 
^ue nul amye de nclhe compagnie '.car fa 
galée esioit toute peinte , & dédions & de- 
hors , i2 efcHJfons de [es armes ^Pii eîlûient 
d'or à vne croix paîée de gueule , ce c^ne 
faifoit beau voir. 

L'Ancien Preuofl: noimne eftourdis 
comme hanetons, ceux qui font defem- 
blablcs'beuijes ; mais ie ne veux pas 
tourner la pointe de fes armes contre 



Chtiptre fixïefme. 141 

Iny , & ce m'cft allez d'ajouter icv PÈ- 
pigramme dVn de mes amis lur ce 
changement de croix. 

Vusire plnmc vu peu trop prej^ée 

Donne au Comte de laffe vne croix p(^- 
tencée 

En changeant fes extremltez-, 

Pour reparer cette tçmorance 

Refaites luy des bords patez 

Et reprenez. voHre potence. 

Le quatrième changement de nofîre 
Preuoft eft dVne manche d'habit en^ 
vne hache Danoife : comme il eft élo- 
quent , & qu'il s'énonce d'vne manière 
poh'e, ri eft bon deHre Tes penfëes fur 
cette Metamorphofe. Voicy ce qu'il 
en dit en k page 239. de fcs origines. 

La manche mal tatllée on U hache Da- 
noife , nefipai vn terme de Famille ny de 
Nation y f fait bien la figure & le blafon 
^ni appartiennent a la Noble ffe de Dan^ 
nemar^^ , de laquelle les Allcmans & An- 
glo^4 l'ont empruntée , oh pource quils ont 
eu plus particulière habitude atiec ces pett' 
pies du Nordi ou pource ejuib en tir oient 
leur origine. La difficulté qui fe rencontre 
dans ce blafon , nef donc pas dans les ter- 
mes ^ <m^ font ÇQmrimns yfacilu K^inteRi" 



1 4 i L'Art du bUfon iufiifie. 
gibles ; mAÏs dans la figure laquelle ayant 
elîé mal reprefe/Jtée par quelque grauenr 
ignorant , il efl arriué que quelques Au^ 
theiirs moins expérimentez^^ entendans par- 
ler de iXï2inch.Q ^ qui efl vn terme éqmuo- 
^HCyontcrn que cette figure eHoit vne man- 
che de rohe , eu de pourpoint , decoufué, 
tronquée, & mal taillée , ne prenans pas 
garde, que la pièce la plus courte de cette 
figure , qui regarde la partie droite de 
l'Efcu , eji le fer de la hache , & l'autre y 
qui efl plus longue le manche de cette hache 
rude grofller & maudoUe , ôc a la lettre 
mal taillé, duquel les Herausfe font fer- 
ttis pour difcerner cette hache de celles des 
Autres Nations. Tout ce raifoiinement 
délicat tend à montrer , que c'eft par 
labeuûedes sraueurs i^norans , & des 

O p 

Autheurs moins expérimentez que cet- 
te figure a efté altérée. De vérité ces 
ignorans rendent de bons feruices à 
l'ancien Prcuoft , & il les doit confide- 
rer comme fes meilleurs amis,qui le ti- 
rent de tous les mauuais pas : car otelle 
eft vne etille que les Imprimeurs igno- 
rans ont changée en otelle. Ils ont auilî 
changé mal à propos recercelé en refar- 
c(lé : & lesgroHeurs ignorans y& les Ah- 



chapitre Jixiéme. 143 

theurs moins e xp crime fit e'^ ont fait £vne 
huche Dancife , vne manche de robe on de 
pourpoint , decoiiffié , tronquée , & mal 
taillée. 

Le refpeâ: que i'ay pour les Au- 
thcurs , qui ont pris le blafon d'Ha- 
ftings pour vne manche , m'oblige à 
les iuftifîer & à montrer par huit rai- 
Tons, & par des aiithoritez inuincibles, 
l'erreur de l'ancien Preiroft qui a pris 
cette manche pour vne hache. 

Premièrement , Il n'eft pas vray , que 
cette pièce foit familière à la NoblclFe 
du Danemiarck5& noftre Autheur qui 
allègue cinquante exemples quand il 
faut parler du trcfïle , & qui copie des 
chapitres entier du Roy d'armes , ne 
nous en donne aucun de ce Royaume^ 
aulli ic le dcfie hautement de m'en pro- 
duire vn feul exemple dans tous ces va- 
ftes eflats du Septentrion. 

Secondement , les haches du Nort ne 
font point figurées de la façon de cette 
manche , témoin celle que foutientle 
Lion de Noruege , dans vn quartier 
des armes du Roy deDannemarck. 
• Troifiernement > les Anglois chez qui 
dïtte manche nul taillée eft en vratre 



1 44 L' Art du blafon iujlifie. 
pour les familles de Hr^fting & de Mo- 
hun , nomment la hache chippe ou axe y 
& cette pièce ?naNche comme nous. 

Qjtatrismement , le terme de w al for- 
gée ou de maudollée com.rae dit l'ancien 
Preuofl: , luy coniiiendroit mieux que 
celuy de maltaiJlée , qui a pl'is de rap- 
port aux couturiers , qu'aux forcerons. 

CtfjcjHiemernent , celle de Mcfiun eft 
d'hermine j qui eft vne fourrure pro- 
pre des habits. 

Sixièmement , il c'eftoit vne hache 
il y auroit quelque différence du fer 
d'auec le manche , nous ne voyons 
pourtant aucune diftincïion en ces 
deux exemples tout cftant d'vn mefme 
email. 

Septièmement , il meut de l''angle de 
celle de Renaud de Mohun , vne main 
tenant vne fleur de lys : c'cft donc vne 
main fortanr dVne manche.Voicy com- 
me Thomas Milles blafonne les armes 
de ce Renaud dans le Hure qu'il intitule 
Catalogue des honneurs d'Angleterre, 
Gules à manche ermine the hand proper 
holding àfiourdeluce or. De gueules à la» 
manche d'hermines à vne main fortant, 
& foutenant vne fleur de lys d'or. En- 



chapitre fixiefme. 1 4 5 
fin manche n'cft pas non plus vn ter- 
me Allemand ou Danois , que les vns 
ï\omn\QY\t pefihel de btpennis &c les au- 
tres fildore. 

Les authoritez ne font pas moins 
fortes pour détruire les chimères de 
l'Autheur Moderne , puis qu'elles font 
de tclmoins oculaires , & prifes des 
ccriuains An^lois. Spelman décrit cet- 
te manche d'Haftings, In u^fpii.p.iot). 
Hnfiingiorum îlluUrium procerurn tuueni- 
lefyrnkolum vides coccineam mani- 

CA.M IN AVREO ^QVORE. il donnC 

au ni la caufe de ce blalon : quam clypei 
author chm olim in amore ejfet , vt atrocius 
vindi caret ur in hosiem domina, grAtia, pro- 
lultjfe fertur tn aciem. Edouard de la 
BylTe pag. ici. Manicam rvbram 

IN VEXILLO AVREO GESTAT. 

lamais blafon n'a efté fi célèbre que 
celuy-cy à caufe du procf z mû entre 
Regnaudde Grey Seigneur deRuthcn 
demandeur , & Edoiiard de Hafting 
Chcualicr defenfeur pour le port de 
cette manche de gueules. Ce procez 
commencé fous Richard II. Roy 
d'Angleterre, pendoit encore fous Hen- 
ry V I. Edoiiard de la Bylfe en a donné 



1 4^ I^ Art au bUfon mflifié. 
au public vn extrait tiré de l'original, 
que luy auoit communiqué le Baron 
de l'Eftrange, & cet extrait qui eft de 
neuf pages entières in folio , commen- 
ce ainfi , Lis de timlo gesiandorum in^- 
gnium domini de HAjitngs comitis Pem- 
brochtd patilo antek defitndi manicae nemm 
pè Puniceae in clypeo aureo , coorta eji 
ifjter Reginaldum de Grey Dominum de 
Rtithen jiïiorem , & Eduardum de Ha- 
fthgs E^uitempartem Ream. 

Trois anciens fceaux , & l'EcufTon, 
que Spelman a donné , nous reprefen- 
tent cette manche mal raillée comme 
clic doit cftre , & cet Autheur en parle 
en cts termes, Manideformam ex vetnfiit 
Jigillis & monument is refiauranimHs, 

Quels fentiraens peut on auoir de la 
fidélité de l'ancien Preuoft , après des 
chanaemens il condderables , qu'il fait 
aucc autant de fermeté , que s il auoit 
cent prennes inuincibles : & qui vous 
femble moins experimenté,oules Au- 
thcurs qu'il condamne d'ignorance , ou 
luy s qui fait de telles metamorphofesî 
le fcay qu'il ne Tailferoit pas échaper 
vne Ç\ belle occafion de s'eftendre, & de 
triompher j mais i'ay trop de chofes à 



chapitre Jlxiefme. 147 
dire pour m'arrefler à chaque pas , &c ie 
ne fuis pas diinmeur à grolîir mon li- 
ui*e de figures de Rhétorique , après 
qu'il m'a ofté le titre de Profellèur d'E- 
loquence , ie me contente de Taduer- 
tir j que ce changement d'vne manche 
en vne hache n'eft pas moins agréable, 
que celuy dVn panier en vne porte, 
fait par vn ignorant , qui traduifoic ce 
paiTage de S. Paul : in [porta inijfm fum 
per rnurum : 8c qui donna occadon à 
cette vieille Epigramme. 
Sicileftoit bon Charpentier. 
A vopu Mejfienrs ie m'en rapporte y 
Qui trauaillant vn iour entier 
D'vn panier nous ft vne porte. 
Ce ne font pas encore là tous les 
changemens , & le Protée des Fables 
n'en a iamais tant eu que i'en trouue 
en deux ouuragcs du Preuoft : ceux qui 
me reftent à produire font agreables,le 
premier eft vn cercle changé en Arbre, 
&Iefecondvn arbre apporté de l'Egy- 
pte en vne nuit y de û heureufement 
cultiué par vn Laboureur expérimenté, 
qu'il eft à prefent multiplié dans vne 
de nos Prouinces , où l'on ne l'auoit 
point vu durant trente fîecles entiers. 



148 l' Art du blafon iufiifie. 

Caille cycnmoY ou cyclamor : des an- 
ciens Heraus dont il fait vn Tycomore, 
arbic eftranger & inconnu en Europe, 
dont l'hiftoirc générale des plantes dit 
fycomoYHS <iy£gypio peculiarù arhor, telle 
ThecphraBe, 

Pline auoit dit le mefme auparauant 
fur la foy de Theophrafte , auec cette 
ditFerence qu'il le donne encore à la Sy- 
rie , en quoy il eft conforme aux lettres 
faintes , qui nous apprennent , que Za- 
chée monta fur vn de ces arbres pour 
voir le Sauueur , que la petitelTe de fa 
taille luy cmpcfchoit de voir au milieu 
d'vne a'rande foule. Penna, LobeU Do- 
don, Fuchfius , Dalechamp , Mathiolc, 
Riolan , & Ruël , qui ont couru toute 
l'Europe pour eftudier la nature des 
plantes , & pour obferuer leurs pro- 
prictez ne nous auoient rien dit iufqu'à 
prefent de la nailTance de celle-cy dans 
le Dauphiné.Voicy la defcription qu'en 
fait ce Laboureur expérimenté , ôc cet 
Herborifte nouueau. 

L'ignnrancs des termes a fait quon 
nous a donné vn cercle de tonneau pour ; 
vn fycamor , qw neîi rien moins qne ceU: 
ceft vn arbre très commun dans les mon- 



chapitre Jixiefme. 1 45) 

t aigries de Dauphit/é , ou U vient naturelle- 
rneriî , & [ans art : depuis cjuelcjHes années 
on ianoit apporté en France de Ik oh d'ail- 
leurs , eu il a eu vogue influes à ce ^ue les 
Xillots ayent ejté connus j et luy ayent oÛc 
fon crédit. Tant y a qu'on le connoijToit par 
fon propre nom de fycomore , pour iec^uel 
les Prouinciaux , &\es Officiers d'armes 
dife fit plus communément vnfycamor. 

Cette defciiption élégante demande 
quelques reflexions : cefi vn arbre très 
commun dans les monta'ignes de Dauphmé 
CH il vient naturellement , & fans art, i'ay 
demeuré deux ans dans cette Prouince, 
& eu la cLiriofîté de courre Tes montai- 
gnes , pour y obferuer la diueriîté des 
plantes, qui la rendent célèbre dans les 
écrits des Herboriftes : l'y ay vu de 
beaux fimples , des chefnes , àts fa- 
pins , des paupliers , des ck^.rmes , des 
iorbiers , & le Larix , fur lequel croift 
l'Agaric, qui y naiflent fans art j mais 
ie n'ay iamais efté affcz heureux pour 
y voir le fycomore, que l'Antheur xMo- 
derne àii y eftre très commun , & que 
Galien alla voir autrefois en Alexan- 
drie comme vne rareté. le ne fçay pas 
non plus comme les Tillots ont'pû luy 



150 X' ^rt du- hUfon iujlifie. 
ofter Ton crédit, puis que Thiltoire des 
plantes nous apprend qu'il a beaucoup 
d'auantages i'ur eux , ne quittant iamais 
fes fueilles , & portant du fruit deux 
ou trois fois en vn fcul efté , au lieu que 
le Tillot ne fait que de l'ombre & de- 
meure dépouillé tout l'hiuer : perpétua 
viret , &fipius asiate fruHus fer. Cette 
mefme hiftoire le range inter arbores qtiA 
in viridariis& pornarits coluntur p. 340. 
de l'Edition de Lion chez Guillaume 
Rouille : ce qui ne s'accorde gueres 
auec noftre Autheur, qui les fiit nai- 
ftre fans art dans les Alpes. 

Il me fufnt d'auoir montré fon er- 
reur , & ie referue l'origine de ce terme 
au traité , qui fuiura celuy-cy : où ic 
rapporteray plus de trente de fes me- 
tamorphofes auffi agréables que les 
précédentes. 

le pourrois m'eriger vn trophée 
auancageux fur ce fycomore ebranché, 
& triompher de mon aduerfaire, qui 
m'en donne vn ample fuiet : mais ie 
veux eftre modéré dans ma vidoire, 
&: ne pas imiter ces bons Payfans , que 
lean le Maire nous a décrits, qui drelle- 
rent au jeune Paris des arcs de triomphe 

de 



chapitre feptiefme. i j i 

de lierre , & des trophe'es de focs de 
charrue , de fourches , &c de rafteaux, 
pour auoir eftez deUurez par Ton mo- 
yen des Laboureurs , qui les mole- 
ftoient. Vne marote déchirée & vn 
éguillon rompu ne font pas des depoiiil- 
les à drefler vn monument^ny des pièces 
à mettre en blafon comme des marques 
glorieufes d'vn ennemy défait. 



Chapitre VII. 
Des Treffes^dti Pair le, cr des Bezms, 

M On entreprife ne me femble pas 
moins laborieufe, que celle de 
THcrculc des fables , qui trouuoit par 
rout des monftres à combattre , & l'an- 
cien Preuoll: eft vn fafcheux Enryfthce^ 
qui en fait tous les iours naiftre de 
nouueaux pour m'epouuanter. Ce font 
icy ceux qu'il eftimc les plus terribles, 
& il croit m'oppoier des hydres , Se des 
lions en ne m'oppofant que du treffle : 
en effet il n'employé pas moins de dix- 
huit pages pour trois termes , 6c il no 
H 



151 I^ Art àîi bUfon mftjfie. 
débite rien moins qu'vn horrible gali- 
matliias de vieilles monoycs , groffi 
d'authoritcz & de pallages qui ne prou- 
uent rien. Ce. gros amas de lieux com- 
muns ne luy a pas fcmblé affez fort 
contre la vérité , s'il n'employoit le 
me!irongej& la mauuaife foy.C'eft à ce 
deirein, qu'il corrompt mes fcnrimens, 
& qu'il altère mes penfées , quand il fe 
figure, que l'ay de la mauuaife humeur 
contre les treffles , & que ie me luis 
déclaré leur cnnemy irréconciliable : 
c'efl: en la page 44. de fon Epiftre , oi 
jl prétend que ie repare l'honneur de 
quantité' de famUles ill»flres que i'ojfenfs 
md k propos en ma préface , ou ie forme 
ime pUtnte indtfcrftte de ce que l'enclume 
& les marteniixfs trouucm fous le diadè- 
me , ai'JJÏ bien que les aigles , & les hcns. 
l'aurois à craindre d'eftre condamné 
preuoftablemenr fur ce point , iî ic 
n'auois des iuges moins précipitez que 
l'ancien Preuoft , &: fi ie n'auois pour 
complices de mon crime des perfonnesi 
au deiïus des loix de cet aduerfairç. 
reftime aufli que l'attentat dont il 
m'accufe n'eft pas vn cas Preuoftablej 
& quand mon adueifaire feroit encore 



chapitre feptiefme. ijj 
dam la dignité , donc il n'a plus qu'vu 
vieux titre à parer fes liures j ic me 
prometrois vn heureux luccez de ina 
caufe , fallut-il paroiftre deuant vn tri- 
bunal il redoutable , puis que i'ar- 
tens a que les pièces de mon accufatioit 
me iuftifient : ce font les feules que ie 
veux produire pour ma defcnie , &c il 
eft temps que ie refponde au procez 
qu'il m'intente fur quatre lignes de la 
Prefice de mon liure. le vais foute- 
nir le gros des familles armées de tref- 
fles , qu'il m'oppofe pour me perdre. 
Bien m'en prcn J que ma Métaphore ne 
parle ny de fourches , ny de râteaux, 
dont i'aurois peine de me défendre, 
l'aurois plus de fuiet de craindre les 
marteaux qu'il Icue aufli-ton; contre 
moy , il la recherche inutile qu'il ^i 
faite des enclumes en armoiries ne me 
confoloit, voyant que ie ne fuis pas 
entre l'enclume & le iTiartcau. l'ay doue 
<lit en m? Préface. 

3> Le temps a détruit vne partie de ces 
„ marques illuftres ( ic parle des armoi- 
„riesjon a meflé du plaftre à ce marbre* 
5, & la faufle vertu a mis des fleurs eftra- 
„ gères, aux guirlandes qui les couron- 
H ij 



154 iJ Art du hUfon iuflifié. 
„ nem. Cette in'ioiéte vinrpe des droits-, 
„ qui ne font dûs qu'à la Noblelfe ; elle 
„ s'efleue des monumens plus fuperbes 
j, que ceux de l'honneur & de la gloire, 
„ & par vue audace infupportable , clic 
,,met au rang de fcs dépouilles les plus 
„ belles marqr.es de la valeur : la vertu 
„ o-enercufe a peine de reconnoiftre les 
„ trophées au milieu de ceux du luxe 
„ & de la vanité : les couronnes ne font 
„ plus des cercles reipedez, depuis que 
l'ambition en a fait la marque de 
fon infolcnce , ô^ de fa Tyrannie : ces 
auguftes circonférences , qui ne fe 
formoient autrefois , que fur le centre 
delaiuftice & de l'honneur font de- 
.uenucsla proyedes richelîès :lama- 
„jcfté lésa eu à peine fermées, qu'elles 
,,ont efté ouuertes à la pafTion immo- 
„ derée d'vne Noblefle fans anceftres, 
>,&^'vne généalogie fans titres. Oxi 
„void encore tous les iours ce beau 
„ tour de la Royauté fur des -images 
^, mal conceucs , & fur des blafons bari 
„boiiillez. L'enclume & le^ marteau fe 
„ trouuent fous le diadem.e , comme les 
„ aigles & les lions , qui font les Prin- 
„ ces des airs , oc des forefts : nos lys 



5> 



îï 



Chitfïtrefe^iéme. 155 
3, que la î^race &: la nature ont fait les 
„ Rois ctcs jardins perdent inienfible- 
3, ment leurs priuileges ; on couronne 
„ les treiïles & le geneft j on pkce des 
„monftres fous le dais , & l'hermine 
„ couure des infamies , qui font honte 
„ à la Nobleilè , & qui décrient la va- 
„ leur. 

C'eft là ce lambeau qui a mis en alat- 
me l'Autheur Moderne , qui n'a pas 
connu , que ie parlois figurement , & 
que i'entendois par le trcffle & par le 
geneft,ceux qui n'ont eu que des La- 
boureurs pour anceftres , & qui fe van- 
tent d'être infère z. parmy les trophées fti- 
îiebrej de tout ce t^uily a de grand Ô d'ti' 
lu sire dans nojlre France. Déplus habi- 
les gens que îuy ont trouue c&nc exprei^ 
iîon galâte,&: il n'eft perfonne qui n'ayt 
Vu , que ie parlois de ces pcrfonnes, que 
la fortune fait en vn iour & qu'elle 
éleue de la boue* : ce font gens qui tran- 
chent d'abord des Souuerains , & qm 
s'imaginent que kurs richeiîès font de 
meilleurs titres que des parchemins de 
fix cens ans . La vraye NoblelTe cft plus 
modefte, »5<: les familles qu'il allègue en 
fix pages entières n'ont point de feri»- 
H ii) 



î 5 ^ 2/*y^K/ du hlfifon iuflijîe. 
blable tache : c'eft faire rort à Icor ré- 
putation de leur rip.nlique^ cedilcours, 
& puis qu'il ne troauoit ny enclume ny 
gcneft en armoiiies , il deuoit conce- 
voir que mes termes eiloient metapho- 
ri\p:cs & figurez , & que ie defîgnois ' 
les conditions raualees de ceux qui font? 
les grands fans anceftres. 

le me fuis plaint de voir des Mar- 
chands , qui couronnent leurs armes» 
& qui rendent à des biafons ?nalcomeHS 
^ barbouillez. ■> des honneurs qui ne font 
Jus qu'aux premières dignitez. le n'e- 
ftois pas en mauuaife, humeur quand ie 
parloisainfi j mais i'eflois indigné d'v- 
nevfurpation de cette forte , dont i'a- 
iiois efté fraifchement le tefmoin , &: 
prefent à l'eftonnement de Monfieur > 
qui eftant entré auec le Roy dans vne 
Eglife pour ouyr la melTe , s'arreftft au; 
milieu pour demander de quel Sei- 
gneur eftoient des armes placées pom- 
peufemcnt fur vue litre de velours , & 
accompagnées des plus belles marques 
d'honneur. Il foûrit quand on luy eut 
répondu qu'elles eftoient d'vn Mar- 
chand mort depuis vn mois j & cette, 
vanité , q^ui aurait efté chaftiée en vu. 



chapitre feftiéme. 157 

Siècle plus reucre, fut feulement vn ob- 
iet de rifée & de mefpris. 

Mais quand mefine ie n^aurois pas eu 
occafion de me plaindre fur cet exem- 
ple j ne m'a-t'il pas efté permis de dire 
en termes Métaphoriques & figurez, 
que c'en vne chofe hontcufé que des 
roturiers fe faffent des armoiries tym- 
brées , & lambrequinées ? pouuois-ie 
mieux exprimer ce fentiment , que par 
la iîmilitude du lys & du trefïlc , qui ne 
font pas moins éloif^ncz Tvn de llaucre 
que le Prmcc & le Roturier ? 

Le marteau & l'enclume reprefen-r 
tcnt aufîi d'vne manicre metapborique 
les Artifins qui fe font des blafons de 
ces inftrumens de leurs meftiers : & qui 
prennent pour enfeignes de leurs boiT- 
tiques , & pour marques de leurs ou- 
Hrages des enclumes Se des marteaux 
couronnez. 

le pourrois donc repondre à mon 
accufateur , ce que Louis Allamani ref^ 
pondit autrefois à Charles Qirint. Ce 
Seigneur qui auoic efté obligé de fc 
retirer de Florence , pour auoir efté 
d'vne fadion oppofée à Ale'îiandre de 
Medicisjs'eftoit ictté fous la Protedion 
H iv 



î 5 s I^^^f au hlafon iupfie. 
de François premier , qui elloic le Père 
des lettres , & l'azile des perfonnes 
d'e/prir perfecutces. La guerre allumée 
entre les deux couronnes , donna de 
beaux fuicts à cet Italien de cultiucr Ton 
gcnie , qui n'eftoit pas moins délicat 
dans la Pocfîe , que fort & pénétrant 
dans les affaires d'eftat. Il efcriuit en 
rimes Elégantes , les combats de ces 
deux célèbres riuaux fous TAllecorie 
du coq & de Taigle , & ce vers qui re- 
çeut des applaudiffemens de toute la 
Cour 5 alla iufqu'aux oreilles de TEm- 
f creur. 

Aqtiiîa gi'ifotg"^ 

Cheperpiu diuorar due becchifertâ. 
Ces deux Souuerains eftant enfin ré- 
conciliez , François premier cnuoya 
Louys Alamanni à Charles Quint pour 
le complimenter de fa part. Il reçeut 
-audiance de te Prince en prcfènce de 
tous les Seigneurs de la Cour, ^pro- 
nonça vne harangue autant genereufe 
qu'Eloq'jente , où il fit des applications 
ingenieufes des proprietez de Paigle à 
la erandcur de la m^^ifon d'Auftriche, 
i&: aux vcitus de TEmpereur. L'A^uila 
ffvede con gli effet ti ejfer fata Reginade 



chapitre feptiefme. 359 

çti hfiomifii nm chi de ^It vcctlli. U^quim 
U chef H gia dinifa in due grandtjfimi Im» 
peratori , è or a vmttfeiicijfimamente in VH 
fdacon molto mag^ior potef.z.^ e bontà che 
non era in ^uellt. L' /^^uda &c. Apreg 
vne fréquence répétition de ce mot 
Ai\mla. , qui commençoit plus de dou- 
ze membres du difcours , l'Empereur 
qui l'auoit écouté auec vn plaifir & vne 
attention fin^uliere voyant qu'il alloif 
finir , & qu'il diloit pour la dernier* 
foisi'^cjHflay dit en foûriant- 

V j4quilagrifagna 

Che perpiu dihorar due becchi porta. 

Auquel Louys Alemanni répondit (ans 
«'émouuoir. lo Allorarn^gnantmo principe 
firtjfi] cerne Poeta ai quali è proprio non 
che lecito il famleggtare , & il fif,gereora 
tagtono corne ^irnbÂfciAtoyi. Cette répon- 
Çc hardie Screrpcctueufe plût tellemenr 
à l'Empereur , que fe leuant de Ton 
Throneilluy mit la main fur l'Epaule, 
^: luy dit Seigneur Alamanni vous mé- 
ritez de ne pas fcruir vn moindre Mai- 
ftre que le voftre , & le plains pour 
Mon Gendre Alexandre Medicis la per- 
<e qu'il a faite d'vo fi galant liommci 



I ^o L'Art du hhfon iufiifie, 

que vous,en vous donnant occafîon de 

vous retirer de lujr. 

Si mon adiicrfàirc cftcit au/Ti raifon- 
Kable , que cet Empereur, ie luy di- 
roisj que i^ parlois en orateur dans ma 
préface , que ma didion y efloit. méta- 
phorique , & que les treiîles & les- 
mirteaux n'y /îgnifioient que des La- 
boureurs érigez" en Marquis ,. & des, 
Forgerons annoblis par leurs exploits: 
que les premiers pourroient alléguer les 
trauaux de plu/îeurs campagnes foute- 
nus pour ie bien de la Patrie , & que 
ies autres ont plus battu le fer, que ceux 
qui ont paiîe pour les meilleures eipées 
^e France. 

le demandcrois voFontiers à mon 
accufareur , s'il a iamais fait, fcrupulc. 
dénommer les mouches importunes,, 
& s'il n'a iam.^îs ofctuer celles, qui le, 
mokftoienr durant le Pontificat d'Vr- 
bain VIII. qui en portoit trois pour 
fts armes : ie penfe mefme que s'il cn- 
tendoir l'Italien., il iroir dénoncer k 
rinquifîtion le Pétrarque & le Marin, 
qui ont deciai-né daiîs leurs Madrigaux 
It dans Itiurs Sonnets contre les n-ion-^ 
^gncs > & contre les Eftailes:, qui foDt 



chapitre fejft te fme. 1 6 1 
itiaintenanc îeblaion du S. Père. 

Bien en a pris aux Poëtes à\x Siccle 
d'Aiiguftède n'auoir point eu de Pre- 
lioft enquciie qui exaininaft leurs oiî- 
urages. Il eut cfté à craindre qu'au lieu 
des carelfes de l'Empereur , ils ne re- 
ceulfent des chaftimens du Sénat , fi 
lorsqu'ils noinmoicnt Mars & Bellon- 
ne cruels » impies , impitoyables çjrfangHÎ^ 
naires > on n'cuO; pas voulu rcceuoir 
leurs niet.iphores , &: qu'au lieu d'ap- 
pliquer aux guerres domeftiques & 
eftrancreres ces termes outrageux , on 
en eut fait les Eloses de ces deux diui-- 
nitez 5 qui reccuoi^nt de rencens der 
Confuls & des Empereurs. 

La Période qu'il a trouuée fi elegâte, 
& qui a efté feule priuilegiée & àcou- 
uert de fes atteintes , n'expliquoit-ellc 
pas alfez mes fcntirncns , pour luy faire 
connoiftre que le treftle & les marteaux 
n'éftoiciit pas pris dans ma Préface 
pour des blafons définis? S'il euft eu 
autant[de difccrr.c-ment que de malice, 
ne dcuoit-il pas iu^er , que ie tcnois 
toutes les figures du blafon pour indif- 
férentes d'elle mei:ves , p.iis que i'a- 
uois dit de la NobiciTe tom comnl/né à 



i^A L'Art du hUfon iufiijîé. 
fa grandeur \ & par vneaddrejje wgemefi^ 
Je» (]ui pafe les efforts de la Chymte , elle 
f^it des Monflres & des difgraces de U 
KAture , les rnArques de l'h9nneHr & de 
V«!itme? Eft-il rien dans mes préceptes, 
qui choque les familles qui portent 
des treffles & àas marteaux ? A quoy 
bon des pages entières de cette plante , 
il nous ne difons qu'elle naift plus 
jibondamment dans les terres bien 
labourées ? Ne pourrois-je pas donner 
a CCS fueilles innocentes la deuife qui 
fuft mife fur les lys dlnnoccnt X. au 
lourde Ton Triomphe. Nonopw yigri. 
cela : fî le Ciel contribue à la naillance 
de ccux-cy fans le foin du Jardinier 5 
c'cfl: la valeur qui a multiplié les autres 
îur les marbres du Temple de l'hon- 
neur, & ils fe palfènt du foin du La- 
boureur , quelque induilrieux qu'il 
loir. 

Ne femble-t'il pas à voir ces nobles 
fueilles entaiTces en deux ou trois pa- 
ges , que nous fommes encore en ces 
temps heureux où les Généraux d'ar- 
mée cultiuoient la terre , après des ba- 
tailles gagnées : fut-elle iamais fi fé- 
conde fous ces Laboureurs vi-aorieu2c 



chapitre feptiefme. i ^ j 
dont Pline a dit , tp/orum tmc mambm 
ImperMQrum coUbantur agri , gaudente 
terra vornere Uureato , ô' triumphati ara- 
'tore. Qu'elle l'eft fous vn Preuoft La- 
boureur, qui vnitles treffles aux armes 
• auec tant de fuccez. C'eft merueille 
qu'il n'ayt mis en jeu contre moy tous 
les treffles du jeu de cartes, & qu'il ne 
m'ayt cité deuant le Tribunal du Roy 
de cette belle troupe. 

Rentrons dans le Sérieux , & n'ap- 
prochons qu'auec refped , d'vne figure 
de Blafon , que noftre Secrétaire a con- 
facrée : c^eft le Pairie dont il fait vn 
Pallium d'Archeuefque , ou vn Scapu- 
laire de Moine. le n'oferois rire fur vn 
changement fî agréable , fi luy-meime 
ne m'inuitoft à le faire, quelquefeuerc 
que ie fois. Voicy ces termes en la page 
1 1 i . de fes origines , qui commence 
ainfi. 

le m doute point tjfte ie ne vous fa fe rirt 
tout de bon , ^hand vous feriez, cent fois 
plHifeuere e^ue tout Us Catons etfewMe: 
mais il n'importe il faut ejue ie rnefapsfafe, 
& qt't met impertinences zopu ehligent 
de noiu donner vn iiour tjuelejue chtfe de 
feritnx & de plus raifonnable fur cefuiet. 



t ^4 L'Jrt du hlfifon hfiifié. 
ï'ejîimcdonc (jue cette figure efl la moitié 
£vn Pallium ou Scapulaire. 

lleft iufte de le fatisfaire pviis qu'il 
le defirCj & (qs impertinences m'obligent- 
de luy donner quelque chofe de plus^ 
r-aifonnable. 

Le Pairie n'eft pas vn VaRinm d'Ar- 
cheuefquc pour plulîeurs raifons dont, 
la première eft que leurs figures ne font 
point femblables j &: pour le montrer 
euidemment ie donne icy celle du Pairie 
du blafon , 6c celle du Pallium ancien 
& Moderne ^ celle de l'ancien eft tirée 
fur les Images de S. Bafile , conferuées 
en la Bibliothèque Royale , & en la 
"Vaticane : fur celle de S. Epiphanc ac- 
compagnée de ce témoignage authen-- 
tique. Hanc S. Epifhanij Epifiopi Con^ 
Hantidi Cypri , imaginern âepinxit loannes' 
jidolm Ltucofienfis battd indïUgens pi^or 
ex peruetuHe cjttodeim exemplarl , ejued'- 
extat in ConîlantinopoUtano antiquijjimo 
MoK'afierio Suh diàovtdgo râ é| y-â?'' 
//«tgjf , id efi fcx viarmora appellant : illud\ 
nuric Armenïii anm:o impoftto cenfn habi» 
tandum Tymnnmyermhtit idim Patrian' 
cj}iir,/i fuit» 

le rapportcray encor* celles de S* 



Chaptre fepîierne. i ^^ 
Chryroftome & de S. Denys anec d^s. 
témoignages Glccs qui les authorifent,, 
/I mon adueiifaire entendoic cette lan- 
gue ; où- s^il eftoir à prefenr auprès des. 
Profeileurs , qui l'bnr ferui , & qui les 
luy pourroient expliquer. H'eft-il pas 
agréable de nous donner pour témoi- 
gnage de la forme du VMlwm.vwQ fi- 
gure grauce au commsncemcnt des 
Homélies du P.Cotton imprimées chez 
Sebaftien Huré. Les Graueurs de Paris 
font-ils des Autheurs à dcpofer de cett« 
forme. Frifon , le P. le Duc & le P. Pe- 
tau font ceux fur la foy defquels i'alîe- 
gue les manufcripts Orientaux qu^ils 
ont vus. Theuer qui a recherché auec 
fom les portraits au naturel des hom- 
mes Illuftres dont il a fait les Eloges, 
nous reprefentele Vallium ^c S.Ambroi- 
fe , & celuy de S. Grégoire le Grand, 
bien differens de noftre pairie du Bla- 
fon. Celuy qu'il donne à ce Pape cft 
tour à fait femblable à ceKiy qui com^ 
pofe les armoiries de. Chapitre d'Am- 
brun , qui eft la véritable forme du PaU 
hHm dont vfent nos Archeucfques. ray- 
fait grauer ces armoiries , afin que Pon 
▼oyc la différence du Pairie & de ce 



jé6 L'Art du hlafen iufiifie. 

Secondement , y a-t'il iamais eu PaI- 
lium ou ScapuUire de deux couleurs , 
comme le Pairie que Ciaconius donne 
au Cardinal de Bifontio crée par Ho- 
noré III. Ce Cardinal ^onoit par rj,' d'or 
& d"az.ur au PairU retrait de l'vn enl'ati- 
;rf : comme ie l'ay fait reprefenter, 

Troifiememer^t , celuy de Von Vyl 
eft cramponné : mais noftre Autheur, qui 
ne manque iamais d'authoritez tirées 
de Vianorance des ouuriers , dit que 
cet parce que le Peintre ou le Graueur, 
la copié ?ur vne Charublc d^Arche- 
uefque. Plaifante reluerie ! aucun de 
cette maifon n a efté Archeuefque , & 
tous les monumens de cette famille qui 
font en l'Abbaye de S. Vrban nous le 
reprefcntcnt ainil ; lean StumpfF,& 
Sibmacher l'ont donné de la meirae 
forte : mris ie n'auance rien dans mes 
oreuues , S: noftre Preaoft les ren- 
uerfera tontes en difant que ce font des 
ignorans , qui ont confondu la eroix 
de la Ch.ïuble dVn Archeuefque auet 
fon Pallf^m. Que repond ra-t'il au ci- 
mier des armes de cette famille , qui eflf 
vn pairie arrondi aux extremitez , fuf 
lequel eft perché vnoifeau j ne dira-t'il 




^Soudan T> ^^utse^de ^ ^ ^ —, 



chapitre fepticfme. i ^7 

point que le giaueur s'eft trompé en 
confondant les boutons du camail d'vn 
Archeuefquc auec Con pa/lmm , que cet 
oifeaueft de ces oifeaux niais, qui fe 
trompèrent aux rai/îns peints de Xeu- 
xis , & qu'il a pris ce pallium pour vn 
arbre. Tay bien vu des familles qui 
niettent des mitres en cimier , celles de 
Khunjlein de Rotteln , de Regenfperg, 
de VVerdemberg , & quelques autres 
d'Allemagne le pratiquent : celle de 
Clermont en Dauphiné y met la Tbiare 
Papale j mais ic n'en ay encore vu au- 
cune qui y porta vn pAlltum ou vny?^ 
ptt'aire : en effet il faudroit vn fodcien à 
cette pièce qui n'eftant que de laine , n a 
pas afîez de confîftance pour fe loûte- 
nir dans la forme que nous la voyons 
fur le Tymbre des armes de Von Vyl. 
Quatrièmement j l'extrémité du PaU 
Hum 5c du fcapulaireeft quarrée , & cel- 
le du pairie de Cantorbery eft au pied 
fiché. Les croix du PAlttum fontpattées, 
& celle dont le pairie eft chargé font au 
pied fiché. Le tour du Pallium eft rond, 
les deux branches du pairie de Cantor- 
bery font comme vn V. 

Ctn<iuternemer/{ , fi c'eftoic vn fcapn- 



I <jS L'Art au bUfon iujïïfie. 
laire les deux coilez qui fourchent ciî 
haut , lî'auroiciit qi-ie la moitié de la 
largeur de la pièce d'en bas , eftant 1^ 
couHume d'ouiirir par le milieu le fca- 
puiiirc pour le palRr au col. 

Sixic?9iement , il Bxut trouuer quelque- 
Autheor qui ayt nommé le pallinm^ ou 
le rcapulaire^<«r/e : iinon ie penfe qu'il 
faudra s'en tenir à monpanlis que i' ex» 
pliqueray dans mes origines. 

Seftkemement , nous nommons les 
pièces dirporées de la façon des trois 
plumes de la m^aifon d'Harach des pie- 
ces miles en pairie , qui eft à mon lens 
dire autre chofe qu'eftce mifçs cnpd" 

HmHismement , les armes dTlTèu^ 
eun, qui font d'azuE au pairie alezé d^or 
accompagné de trois fleurs de lys de 
mcfm.e , ne {ont ny pallium ny fcapu- 
laire ; mais la lettre de fon nom Y , ce 
qui me decouure de nouuelles lumiè- 
res fur ce point , que les impertinencef 
de noflre Autheur m'oUioeront de don^ 
ner vn tour comme c^uelc^ut chofe de plus- 
fericux Û de flm ra'fonTiable. 

Neufmemement , la deuife de Pierre 
Moruiiiier Chancelier de France ,n'eft 
ny vn Pallium ny vn Scapulaire lié à vne ; 



Chapiircfeptieme. 1 6^ 

her/è. Elle cft leprerenrée en l'Eglife de 
S.Mamn des Champs à Paris, telle que 
ie la donne icy IV. Ten renuoye l'ex- 
plfcarion au traice des origines , où ic 
le rapporteray à l'occafion du pairie , 
afin qu'à l'imitation de mon aduerfaire 
ic me referiT-e quelque chofe, comme il 
a fait pour le puenles 3c pour le pappe- 
lonf?é , ne nous iu géant pas encore ca- 
pables de Ton fecrer. 

Enfin la dcfcription du Paîîhim mon- 
tre euidemment qu'il eft différent du 
pairie : la voicy tirée d'Alzedo , de pr^" 
ccIlentU Epifccp, digmt, cap. l 5 ./?• i .^.7 1 , 
fit de car.dida lanA Qontexmm hahsm de- 
fuper Circulum htimeros confiringentetn 3 
(^ duAi tiKiCOi ab V traque parte dépendent 
tes cjtfatuor Autem cruces rétro, & a dex- 
tris y & aftni^ris jfed k fimfirts efl du-- 
plexi & Jlv.plex k dextris: très autem 
acus pallia injiguntur ante peHus , fhper 
humer Hm > & pojî tergtm. Innocent, c. de 
paliiû 61. Durarjt. c. de pullio. Lanctllottu 
in templù lit. i. cap. i . de orvatu & pallio, 
& cap. 4, de Ardtep.. Armilla & Syluc- 
fter verho Paliiam. 

Ic ne fors d^^n Labyrinthe, que pour 
.entrer dans vn autre ; &: il me refte à 
tefuter douze pages d'authoritez lî mal 



1 7 o l! Art du hUfon iuft ifîé. 
entendues , & fi mal rangées , que ie 
crdns d'eftre fembbble à l'Hercule de 
Dîogene , qui fua plus à faire cuire des 
lentilles qu'il n'auoit fait en fes douze 
célèbres trauaux. Pour me dcliurerde 
cette peine , qui feroit inutile , & qui 
feroit rire mon aduerfaire s''il auoitl'a- 
uantage de me voir lutter contre Tes 
fantolmes ; ie veux feulement examiner 
ce que i'ay dit des Bezans , & deftrui- 
re en peu de lignes l'embarras horrible 
de douze pages cnnuyeufes. 

Voicy ce que i'ay dit de ces pièces, 
qui font communes en arrt^Hiries, (^ueU 
les tiroieat leur nom de la ville de Bj'Z.af7- 
ze , & qu'elles ont ejié far.s marque , (^r 
faut empreinte au cornmencememi ce ^uiejî 
caufe , ejue les Hérauts rie leur en âannent 
point dans te hlafcv. C'eft fur ces deux 
points que l'Autheur Moderne a allé- 
gué tout le Calepin , & fi tous les Au- 
theurs , q^ui ont écrit des monnoyes luy 
fufTent tombez entre les mains , il euft 
efté à craindre qu'il ne nous fit vnc let- 
tre aufïï longue que la Tragédie d'vn: 
Poëte Efpagnol , qui Tauoit fait d Vne 
rame de papier, pour remplir à ce qu'il 
diioit la règle des vingt-quatre heures 



Chdptrefettïefme. 1 7 1 

orefcrite par Ariltote : Dieu nous gar- 
de de tsls Secrétaires. Si cette forte 
d'écrire s'introduit vne fois s'en eft fnt 
du commerce, & de la focieté ciuile; 
car ie ne penfe pas qu'il y ait perfonnc, 
qui les vuëille entretenir à ce prix. Si ie 
n'efcriuois qu'à mon aduerlaire feul , 
ie me vanaerois agréablement de la 
peine qu'il m'a donnée à lire fon gali- 
matias , & ie luy fcrois perdre le refte 
defes yeux à lire les notes deMeurlius 
compilées , les remarques de Rhodigin, 
la Critiqu'î de Vofîîus , les diueriltez 
de Muret , &: le traité de A^e de Budée : 
mais puis que ie trauaille pour le pu- 
blic , il me fufîit de dire pour ma iuiti- 
fication. 

I . Que le Btx^ant prend fon nom de 
la ville de Etzance : comme ie l'ay re^ 
marqué après tous nos Autheurs : mais 
ie nie qu'en fuite , il doiue auoir ne- 
ce(Tàirement l'empreinte des Empereurs 
de Conftantinople. Ce nom qui mon- 
tre la primitiue origine de cette mon- 
noye , n'empefche pas qu'il n'y ayt 
d'autres Befans , que ceux de Byzance. 
Les Florins ont pris leur nom de la ville 
dcFitrewc iC[in les fit battre primitiui- 



î 7 2. L! Art au bUfon iuflifié. 
ment comme à remai^^ué.VoiTius âe 
^jitiisfermoftà pr:îT.450. neantmoins tous 
les Florins ne iont pas de Florence , ny 
marquez au coins dti grand Duc. Il y a 
des Florins de Sauoyc 5c d'aucres lieux. 
La /Pt/?o/tf à pris Ton nom de la ville de 
Pifloye où l'on inuenra les piftolets , qui 
donnèrent depuis leur nom à cette 
monnoye , (î nous en croyons Henry 
Efticnne : cela n'empefche pas qu'il n'y 
ait des piftoles d'Efpagne aufli bien 
que d'Italie. 

Enfin les Uards dont M. Ménage n'a 
pas connu l'origine , qu'il cft allé cher- 
cher dans le Grec , ont pris ce nom des 
fleurs de lys de leur empreinte , & ont 
efté nommé liluti liltards , 6: depuis 
liardspar retranchement de la première 
fyllabe , femblable à la féconde : nos 
François font fouuent nommez Idiartt 
dans la vieille chronique. 

Ce nom de Liard n'a pas laiifé de fc 
donnst- depuis à ceux qui n'auoient pas 
des fleurs de lys , & François premier 
défend en vn de fes Edits , les Itards de 
Lozane qui eftoieni' marquez aux coins 
de l'Euefquc de cette ville-là. 

le dis donc que comme tous les Fh' 



chapitre feptiéme. 175 
rlns ne font pas de Florence ny tous les 
liurds fleui'clclifez , de nu^frae tous les 
BeT^ns ne font pas de Byz.arice. Les Sar- 
razins qui n'auoient rien à Conilanti- 
nople du temps de S. Louis , noni- 
moient leurs monnoyes Bez.ans : té- 
moin le Sire de loinuille en la vie de 
ce S aint chap . 2 3 . Gr dette z. enter dre q ne 
le Soudan fit crier enfon camp qu'tl donne^ 
roit va Bezaut d'or , four chacune teHe 
de Chrefiien qu'on luy apporterait. Le li- 
uie des Affiics du Royaume de lerufa- 
lera au chap. 10. traitant de l'Office du 
Maréchal dit , il doit attoir de chacun fo- 
deer quatre Bezans Sarraùnas. le ne 
veux pas repeter le palïage de Nicole 
Gilles mis en raon véritable art. 

On donna encore ce nom aux mon- 
noyes de France , témoin le Roman de 
goon de Nantucil. 

Z.» Karnberlanj le Rois , qu'en tiuoit le 
mcFîier. 

apporta au Seigneur tr^is offrandes 
d'orrnier 

Ce furent trois bezans j cet offrande à 
Princier. 
Le Cerimonial nomme aufTi Bezans 
les pièces que le Roy offre le iour de 



174 ^ ^^^ ^^^ bUfcn iufiîfié. 
fou lacre. le lailîe vne infinité d'autres 
témoignages , comme d'Albert d'Aix 
lia. 3. chap. 15. qui nomme Bezans les 
monnoyes de lerufalem marquées aux 
coings de Godefroy , mais ie remarque 
en paiîant que S. lulien nomme en les 
origines de Borgogne en la defcrij^tion 
de l'Abbaye de Tournu Bez.ant lelceau 
d'or de Charles le Çhauue,qui pend 
à vn adc fait par cet Empereur. 

Cela fuppcsé , ie dis qu'il y a eu des 
Bcz.ahs fans marque , fçauoir ceux des 
Sarrallns; 6c pour montrer qu'il n'eft 
pas extraordinaire qu'il y ait des mon- 
noyes fans empreinte , le fçauant Tiri- 
nus dit exprcllement en Ion traité de 
ponderibui & menfiiris. Apres Aulugel- 
le , Columella , Robert Cenalis , Fan- 
nius, Budée , Alciat, ^uigrkoU^ qui 
le Preuoft doit déférer quelque chofe 
à caufc du nom : are appenfo vtebantnr 
anti^tnrion fîgnato ^fed rudi : hinc pondè- 
re tchimabant argentHm auram , non forma 
ant figura pag. 7 8. inprolog. les noms de 
marcs & de liures dont on fc fcrt le iu- 
ftifient. Encore ainourd'huy les Tun- 
quinois n'vfcnt point d'or ou d'ar- 
gent monnoyéi mais feulement taillé, 

en» 



£cus i^llernans damas ^utne-z^^ T^'^3 '■7$ 




Be-^ans Sarra^^ots et monnoves Turaues 





Ish duJMa.n. 



Ch/ipitre feptiefme. 175 

en pièces oa en carreaux après auoir 
efté fondu dans le creufec. Leurs mon- 
noyes de cuiure font de deux fvxonç 
grandes & petites , font polies & ron- 
des , auec imprcllion de quatre cara- 
6teres feulement d'vn cofté , & toutes 
percées au milieu pour pouuoir eftre 
enfilées auec vne cordelette , comme 
s'en eft la couftume ; en forte que dans 
chaque corde il entre iîx cens , ou àvs. 
fois ioixante , auec vne marque de di- 
ftinction mile après chaque loixantai- 
ne , ce qui leur eft à vne grande com- 
modité pour les porter aux bras ou fur 
l'épaule quand ils vont au marché , ne 
fe feruans point comme nous de bour- 
fes , mais feulement de ces cordes. Htfi, 
dn Thriquin ch. 1 7. 

Nicod parle diftindemcnt des Be-- 
fans fans marque , quand il dit fous ce 
terme. Befant e^Hon dit par adionSiioti' 
Befant d'or»efl vne pièce de Monnaye (Cor. 
vjitéeci Pays d' AJte c^ d'Afne^ue »fron' 
itère de la mer Méditerranée ^ laquelle 
n'efloit mar<^uée du coing , au commenccm ■ 
ment \ aitjs expofée au poids de fOrdon» 
nance des Sultans des Pays, 

L'Alcoran défend exprefïèment les 

I 



j'j6 l! Art du blafon iujiifie. 

Iliiages aux Mahometans , & cecte Loy 

à tellement efté obferuée, aue les nion- 

i. 

noyés des Saurazins ont efté fans em- 
preinte j ou marquées feulement de 
quelques caraéleres Arabes, qui eftant 
inconnus aux Europeans, leur ont fait 
prendre ces befans pour des pièces fans 
figures , &ces caraderes femblables I. 
à la damafquiniire des Armoiries des 
Allemands , qui n'ajoute rien aux 
Emaux , & qui ne fait pas figure en 
blafon. En effet ie penie que mon ad- 
uerfaire feroit bien en peine de me de- 
chifrer ces figures. le luy en mets icy 
quelqiies-vnes dont i'attendray paifî- 
blement l'explication. IL îe luy donne 
(ix mois entiers pour la faire , &: quand 
ie l'auray rcceiië ie m'engage aux retra- 
épations qu'il délire que ie faffe. 

Le Fanon cft la quatrième pièce ou 
il croid auoir triomphé : & les chofes 
rares qu'il en a dit m'obligent à faire, 
icy des reflexions que i'aurois donné 
ailleurs plus commodément. 
- . Il veut premièrement que cette pièce 
loit Vn mitnchon on bout de manche des 
ancttnsi dont la cmflume ejioit de porter les 
manches de leurs robes plm longnes qnflç 



chapitre feptiefme. 17-7 

Secondement , cjuelle ue peut efire vn 
fanon oh manipule : parce que le mani- 
puleTe porte au bras gauche , & les ar- 
mes de Villiers ont vn bras droit. 

Troifîememcnt , il fait de ce fanon- 
vne manche coupée Se pendante d'vn 
habit de femme , & allègue le cérémo- 
nial de France, ou Bretagne le Herauc 
obferue : que l'Effigie de la Reine An- 
ne de Bretagne auoit des manchons d^ 
drap d'or garnis de pierreries. 

Pour repondre à fa première ob{èr-< 
uation , i'auoUe qne les anciens ont eu 
des manches coupées & pendantes i 
mais auec cette différence , que ces 
manches pendoient depuis le coude , 
& non pas vers le poignet comme il a 
fait reprefenter , dont l'vfage auroit 
eflé ridicule & impertinent,empefchanc 
la main d'agir j aufli n'a-t'on iamais vu 
aucune figure ancienne où ces manches 
fuifcnt telles qu'il nous a rcpresétée cel- 
les de Villiers Ilï.Secôdementces man- 
ches pendantes fe trouuent dans toutes 
les peintures anciennes , & dans l'vfa- 
ge ^loderne d'autre couleur & d'autre 
eftoffe que la manche dont le bras efl 
reueflu , & ce n'efl iamais cette man-» 



17 s L' Art au bUfon iujlifj. 
che de bras qui eft coupée &:pcnd-inte, 
mais feiilcmenr celle des robes de cham- 
bre &: des desliabillers. AufJi Bara à 
veftii ce bras lîinplemént d'argent I V. 
& n'a fait que la manche pendante 
d'hermines. Gcliot l'a rcpreiencé de 
liîcfme façon &: a donné après Fauyn ,^ 
& les anciejis manufcripts des fiansTes 
au fanon , ce qui conuient mal à des 
manches pendantes. 

Pour le fécond chef, ie nie que cet- 
te pièce n'ayt pu eftre vn manipule 
pour la rai Ton qu'il apporte , que le ma- 
nipule ne fe porte qu'au bras droit. On 
fçait que les Hérauts ont des priuilegcs 
inconnus dans les vfa^es ordinaires : 
Nous n'auons point d'Euefquelîès , & 
îieantmoins la maifon de Fuggere en 
Allemagne- porte pour cimier vne fille 
cocfFée d'vne mitre VIII. Epifcopale. 
Nous n'auons point de Calices cou- 
lierrs dans nos minifteres iacrez , & 
pourtant celuy du Royaume de Galice 
î'eft. V. Onn'aiamais vu trois ïambes 
bottées & efperonnées iointes enfem- 
ble , & pourtant les Seigneurs de Tlflc 
de Man portent de gueules à trois ïam- 
bes d'hommes armées & efperonnées 



chapitre feptîefme. 175^ 
iointes enfemble au haut de la cuilîè 
d'argent. VI. Et pour montrer claire- 
ment qu'il y peut auoir des Manipules 
en des bras droits en blafon & en deui- 
(qs , ie ne veux que reprefenter la deui- 
fe du- Cardinal de Lorraine grauée en 
des médailles d'or & d'argent VII. que 
lacques de Bie a infcrecs en fa France 
Métallique , &: Monfîeur du SaulTey 
grand Vicaire de rArcheuefque de Par- 
ris , & depuis Eucfquc de Toiil en fà 
Panoplie Sacerdotale part. 1,1.4. ^^ ^^'^'" 
nipuîo : où il dit , hic vero mtht memonà 
excidere non patior C^rolt C^rduudis à" 
Lotharingia toto orbe illHJlrijfimi SjimboU- 
cum Mumifrna qm ernblematefim î>r]ide>7f. 
ijue Prifjceps if^fnuare vçhnt Jaierdoiij 
Chri/liani form'tdnbilem fdei irjimicn fi- 
gorem : gladium fiquidern igneum , & ver- 
fatilem eff< Vti verbum , brachinm Manr- 
pulo infiruSium , Jignactdo criiàs infigne^ 
facerdotalern de ignare authrntAtem : qtta 
ho Fi mm EccleJÎA impie tas coMprimitur , 
diuina/^/ie lex vi^dicatttr & rloria. 

Pour détruire rauthoriré du cérémo- 
nial , & de Bretagne le Héraut , fur la- 
quelle il s'appuye pour les manches 
pendantes j ie n'ay qu'à donner la re- 
I ii| 



I s o L'Art dii hUfon hftifié 
présentation dVinne de Bretagne , où 
Ion ne void aucune manche coupée • 
auffi le mot è.^r.amhon n'y flgnifîc que 
des manches ordinaires. A4, le Cheua- 
hcrdeGuichenon m'a communiqué le 
manulcnpt de la pompe funèbre de 
cette Rcme , qu'il garde en fa curieufe 
bibliothèque. Ce manufcript à àix fi- 
gures en velin , qui reprcfentent toutes 
Jes cérémonies de cette pompe faites à 
BIois où elle mourut , le pallkge ^ la 
réception du corps en diuerfes villes iuil 
qti'a Paris j les funérailles faites à faint 
Denis, ^ celles que l'on fit à Nantes ou 
Ion cœur fut enfcuely dans l'Eglife à^s, 
Carmes. La figure que i'ay choifie eft 
celle du conuoy fait depuis N. D. de 
Çarisiufqu'à S.Denis. 

le dis donc que les armes de Villiers 
font d'or au chef d'azur , chargé d'vn 
dextrochere d'argent au fanon d'her- 
mine, l'expliqucray ce terme ailleurs, 
& le donneray la caufe hiftorique de 
ces armes , qui n'eft point mytologi- 
que, comme fe l'imatrine le Preuoft. 

MeiTue Charles de Villiers l'Ifle* 
Adam , Euefque & Comte de Beauuais, 
Pair de France , portoit les armes de fa 



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chapitre hui6îief?ne. 1 8 1 
famille de la manière que ie les ay bla- 
foDnées. 



, Chapitre VIII. 

Bu Bourrelet , des Lumbree^uins , des 

Bonnets en cimier (^ des orne- 

rnens de l'Efcu. 

CE n'eft pas mon delTein cîe redire 
icy tout ce que i'ay écrir des orne- 
mens que recoiuent les armoiries j ie 
veux feulement reftablir ce que l'Aii- 
theur Moderne penfe auoir dcftruit> 
& re'pondre aux oppofitions qu''il me 
fait fur ce fuiet. Il commence en la pa- 
ge 30. de Ton Epiftrc où il condamne ce 
que i'ay dit des lambrequins , 5c nie 
que nos anciens Canalier s ayent porté des 
«haperons fur leurs cafques & heaumes. 
En la page 5 1. il m'accufe de nommer 
mal à propos le tortil du cafque beur- 
relet. En la page cj^ . il iuftiiîe M. Câpre 
pour le cimier de Sauoye contre ce que 
l'en ay dit , ie me vois obligé de dé- 
fendre mes fentimens fur ces 3. points; 

I iv 



iti L' Art àuhUfoniullifïé. 

Pour le premier ie ne luy fcaurois 
oppoler de plus ferres preuues que les 
iceanx , & les anciens monumens ou les 
Tymbres fe voyent depuis plus de qua- 
tre cens ans couuerts de chaperons ,& 
de lambrequins d'ellofc. l'en donne icy 
qucîqnes-vns , tirez d^Edoiiard. de la 
B^-he , àts trophées de Brabànt , de 
Chrhftophle de Butkcns, des antiqui- 
tez de Flandres de l^Efpiiioy , & de 
Vullonla Colombicrc. Mais 'parce que 
le PreuGll m'impofe en ce point, com- 
me il a fait en plufieurs' autres ie, fuis, 
contraint de repérer icy ce que i'ay à\t 
eii.lapage 163.de mon véritable art. 
5> Les chaperons fc portoicnt fouuent 
,y fur le cafque , & c\ it de là qu^eft ve- 
5, nu IVfagedu bourlet qui ratrachoit> 
ii ôc ccluy de ces pentes que nous vo- 
o>yons autour àes cafques dans ks 
5j vieux fceaux ; quelques-vns veulent 
,3 que ce foitdeces chapperons que les 
>, lambrequins ayent pris leur origine. 
j5 En efïet on les nomme hachemens : 
5,-parce qu'au combat ces chapperons 
,, eftoitnt hachez par lambeaux^, dont 
3, le mot de lambrequin a pu eftre for- 
«raé. Car Uml^erare dans le vieil vfage 



Paa. t83. 






Sretaar 



champ ajm^ 




Ltcnteruelde 



chapitre hiticltéme. i%7, 
„ latin iîgnirioit Telon Fcftus fcù.'dere, 
„ & lamare hacher &: mettre en pièces. 
Nicot deriue le mot de lambel de la 
mefme origine , & ce paflage d'Oli- 
iiier de la Marche femble iuftirîer l'ori- 
gine des lambrequins. C'efl: au chap.7. 
du I. liure où il décrit Thabit du Roy 
des Romains : & auoit vn chaperon far 
gorge dont la -patte vènoit iufcjuk la felle^ 
& eUoit decêupé à grands lambeaux. Voi- 
là ce que i'auois dit du lambrequin , 
ôc ce que i'en auois donné comme de 
pures coniectures , difant cjuelijues-vns 
veulent, 8cc. & ce paffage femble iuFiifier, 
ôcc. mais l'ancien Preuoft qui altère 
tout pour troimer ce qu'il veut , parle 
ainfi en la page 50. le veux que les lam- 
brequins ayent ejté appci^e'^ hachemens, 
de<jHoy ( ievous prie ) vous ejies'vous aui- 
fé de tirer ces hachemens des chapperons 
hachez, à la guerre , & qui a iamais ouy 
dire que ms Caualiers ayent porté des cha- 
perons fur leurs cafques , & heaumes, ^n 
la 3 1 . c'ep vne chofejï extrauagante , &/i 
éloignée de toute apparence de raifon qu'on 
ayt porté des chapper4>ns fur le cafque com^ 
fne vous auez voulu dire que ie ne fçays 
comme vous auczptu ejlre capable d^vns 

l V 



I ^4 L'Art au bUJon iufiifé. 
telle pe»fée. il cite enfui te Rabelais corn- | 
me vn Autltcur confiderable pour ap- 
puyer fon fenrimcnr. Voyons fi la chofe 
f ft fi extrauagame qu'il le penfe j ie ne \ 
la donne plus comme conieduie , mais ' 
ie à'is affirmatiuemcnt qu'on a porté des 
chaperons fur le cafque pour trois raf- 
lons , la première pour empefcher que 
l'ardeiir du Soleil ne vint à échauffer 

I acier poly des cafques , iufqu'à incom- 
iTîoder ceux qui les jportoient. La fé- 
conde pour les conlemer de la pluye, 
èc de lapou/ïïere , & la troifiefme pour 
(c faire reconnoiftre dans la meflée.Les 
figures des fccaux le iuftifienr. 

On s'en feruoit aufil dans les "tour- 
nois de la manière dont i'ay fait repre- 
fenter icy vn Caualier armé pour le 
combat à la barrière : & ce chapperon 
eft nommé Piolet en la defcription de 
Temprife de la loyeufe garde faite par le 
Roy René , à caufe qu'il eftoit volant 
au gré du vent , & feulement arrefté au 
haut du cafque par yn bourlet ou tortil. 

II y efi: aufli nommé Camail, dans vn 
article qui dit : & quant a leurs armures 
detefieyont "vn grand tachinet a camail 
Jkfjs vijîçre lôc en vneautie il eft nommé 



chapitre huicîiefme. 185 
capeline. Item le heaume efl en façon d'vn 
bachmet ofa cappelme : c^eft de là qu'eft 
venu le Prouerbe à\n homme de Cappe^ 
Une y pour vn homme refolu & preft 
au combat. 

le penfe qu'il ne fera pas hors de pro- 
pos de donner icy vn extrait de cette 
emprife , où les' noms de volet & de 
bourlet Tont fouuent répétez. 

NOMS DES TENANS 
&: des AfTalllans de rEmpiife 
de b gueule du dragon , 6c du 
Chadeau de la loyeufe garde, 
maintenue parle Roy René d« 
Sicile. 

Atiec les armes ér cimiers de toits c^ux 
qut y ioujierent. 

FE R R Y, Monficur de Lorraine por- 
tant le cafque Couronné, & pour 
cimier vne aigle efployé d^gent auec 
le double volet de gueules à la houlfu- 
re de ion cheual ," félon la dcuife du 

Roy. 

Le Seigneur de Beauueau , portoit 



1 s <î £An du hUfon iupfié, 
pour cimier vue hure de fanglier^aiiec le 
volet à double pointe de gueules houp- 
_ pedemefme, auec le bourlet de crueu- 
les d'argent & dazur. Le capafafîbn 
du cheual de gueules , femé de penfees 
comme eurent de mefme tous les te- 
nans. 

Le Seigneur lean ColTë Italien, por- 
lou le bourlet de gueules & d'azur, 
ie volet houppe' à double pointe de 
gueules. &deux grandes cornes l'vne 
d or , & Pautre d'argent , pannachées 
de diuerfes plumes & de deux cram- 
rons , ou fers de cheual d'azur entrelaf- 
Içes l'vn dans l'autre , pendans entre les 
deux cornes. 

Le Comte de Tancaruille auoir le 
calque couronné , l'efcu , la houlfure 
^le volet de gueules , le bourlet échi- 
quete d'argent& de fable, &vne queue 
de paon pour cimier , accompagné de 
quatre Ecuyers qui îuy portoient fes. 
lances. 

Le Seigneur de G u erre/Tes ,portoitvn 
volet de gueules, le bourlet d'argent, 
& pour cimier vn double eiientail ou 
vol d'argent , & vn lion de gueuJes 
auiîî au niilif u,^ 



chapitre huicfiefme. i Ej 

Le Seigneur du Bueil, armé & houf- 
fé tout de noir, le volet de mefmea 
pour cimier vn croilîant d'or Se vn 
double col Se tefte de cygne d'argent , 
& deux Ajiges de mefme tenant ledit 
col ailles ou emplumes de çueules- 

Le Seigneur du Bec Crefpin , le vo- 
let double de gueules , le bourlet d'or 
Se de gueules. Se pour cimier le col&: 
la tefte d'vne grue aiflée de jfînople. 

Le fr<:re du Seigneur de Beauueau , 
eftoit armé Se tymbré tout de mefme 
<jue Ton frère. 

' Le Seigneur de Mery , armé & ca- 
parraifonné en bandes d'argent Se de 
gueules , le bourlet d'or Se de fmople, 
le volet de gueules Se pour cimier deux. 
Sauuages ,Pvn d'or Se l'autre de fable, 
tenans au milieu d'eux vu Cupidon par 
les mains. 

Le Seigneur de Brion ,armé Se ca- 
paraifonné de tané , tymbre ou cimier, 
vne telle d'ours emmufelée , le bourlet 
d'or Se d'azur , Se le volet de finople. 

Guyon de Laual,le volet de gueu- 
les , le bourlet d'or Se d'azur , Se pour 
cimier vne c[^ueue de paan au natu- 
rel. 



1 8 8 L'Art du blafon ïufiifié. 

Le Seigneur de Bcauuoir jhoLilfe' & 
armé d'argent &: de fabie ,, le tortil ou 
le bourlet d'or & d'aziix , le volec de 
mefme , & pour cimier vn double ef- 
uantail d'azur 5 & vnloup d'oralTisau- 
milieu. 

lean Flori , armé & houifé de a'a- 
moify j le volet de lînople couronné 
d'or , & pour cimier vn dragon de lîno- 
ple aillé d'or miraillé de gueules. 

Le Comte Guy de Laiial , pour ci- 
mier vne queiire de paon au naturel , le 
bourlet d'or & d'azur,le volet de gueu- 
les auec la houflTure de la deuife du Roy 
domine tous les autîrcs tenans. 

Varennes , le bourlet d'argent &; de 
gueules , le volet ou mantelet de gueu- 
les , charge d'vn efcu en Broderie^ fafcé 
d'argent & de gueules , pour cimier vn 
cerf naiffant d'or accorné , ou fommé 
deinefme , aillé de (înople. 

Philippes de Lenoncourt, le bourlet 
d'argent , de gueules & d'azur, le volet 
de gueules , chargé d'vn efcu d'argent 
à vne croix engrelée de gueules , & 
pour cimier vn double éuantail ou vol 
d'argent chargé d'yn efcu femblable à: 
ctluy du volet.- 



chapitre huitième. 1 85^ 

Le Comte de Neuers , houllé de ve- 
lours de finople , pour cimier vue dou- 
ble fleur de lys d'or , tordl ou bourlet 
de gueulesjle volet d'azurafemé de fleurs 
de lys d'ox. 

Meffire Pierre des Barres , houlîe ou 
eaparatfonne d'argent &: de fable , & 
portant mefme cimier &mefine volet 
que le Comte Guy de Laual. 

Ferri de Graney,armé & houfle d'vn 
parti d'argent & de fable,le bourlet d'or 
& d'azuï , le volet de flnople , & pour 
tymbre ou cimier vne hure de fanglier 
au naturel , les defFences d'argent. 

Mefllre Pierre de Brezé Comte d'E- 
ureux & de Tonnerre , efïoit armé Se 
houifc de gueules , le bourlet d'argent 
& d'azur , le volet d'azur , & pour ci- 
mier vn lion naiffant aiflé de gueules. 

Mefl^re Reynaut de la lumeliere, ar- 
mé &: lioulfé de finople , tortil d'argent 
& de finople,le volet de mefuie^Sc pour 
cimier vn cerfnailFant d'or. 

Mefllre Honorât des Barres y tortil 
d'or & demieules , le volet de m.efine, 
èc pour cimier vn Saunage tout de 
bout , tenant & Icuant vne grande ma^ 
fuc de finople^ 



15^0 a Art du hUfon iufi'ifé. 

Meiïire GeofFroy de S.BelinJe bonr- 
lec ou tortil de gueules &^dbr, le vokr 
de memie, & pour cimkr vne tcfce de 
Bclier d'argent, accorne d or. 

^ MefTire lean du Pleffis , le bourict 
4 or de gueules & d^azur , le volet de 
gueules, & pour cimier vn aigle efployd 
u'or. 

Philibert de la lailîe , le volet de 
eueules, le bourlet d'argent &: de gueu- 
les , & pour cimier vne pie au naturel. 

Me/Tire Poton de Saintrailles , Ton- 
cheual caparafîbnnc & houlTé d'azur, 
ACmé de grands , I , d'or , tortil d'or & 
d'azur , & le volet de mefme , & pour 
cimier vne tefte de More , tortillée 
d'argent. 

Le Seigneur d'Argeruille, houlFé de 
taffetas incarnat, couronné d'or, le vo- 
let de gueules, & pour cimier deux 
teftes de cygne au naturel s'entrebai- 
ians. 

Me/îîre laques de Clermont , houlfe 
& armé de fable , femé de larmes d'ar- 
gent , le volet de l'efcu de mefme , le 
bourlet ou tortil d'or & d'azur, & pour 
cimier deux telles de dragon de ilno- 
pic, ^ 



chapitre hu'tciiéme. 19 î 

Guillaume de Gautieres , houfle & 
armé d'azur , femé de grands Y , d^'ôr, 
le torril d'or &: de fable , le volet de 
pourpre , & pour cimier vne corneille 
de fable cnrrc deux efaantails ou dou- 
ble vol de finople. 

lean de Seraucourt , le bourlet d'ar- 
gent & de gueules , le volet de mefme^ 
& pour cimier deux grands proLoici- 
. des d'Eléphant de fable. 

Geoffroy de lempelen , le tortil d'or 
& de gueules , le volet de mefme, ^ 
pour cimier deux grands couperets où 
doloires de gueules» 

Mcflire Guillaume de Moullon , le 
bourlet d'argent & de gueules , le vo- 
let de mcfme , & pour cimier vn cygne 
d'argent , becqué de fable» 

Le Comte de Tonnerre, îiouiTé & 
arme' de tanné femé de plufîeurs chif- 
fres d'or, le volet de mefme , le bour- 
let d'or & de gueules , & pour cimier 
vne teftc de bœuf de gueules , entre vn 
double vol d'or&rde gueules. 

lean Carbonnet , armé & houjffé de 
fable , le bourlet d'or de gueules &: d'a- 
zur ; & pour cimier vn^oyfeau d'argent 
elployc. . 



ip 1 L'Art du hUfon iujfifie. 

Pierre de Coiirfelles , armé & houf- 

■ fé d'azur , le bourler & le volet de meC- 

nie ; & pour cimier vn croiilânt de 

gueules , entre vn double vol d'argent 

& de gueules. 

Heliot de Vernaille , armé &; houifé 
d'azur, le bourlet de mefme & d'or 
& le voler auiTi , & pour cimier vne 
gerbe de bled d'or. 

MefTire lean d'Angeft, armé & houf^ 
fé d'argent & d'azur , le bourlet d'or 
& d'azur , le volet de finople , & pour 
cimier vne tcfte de More tortillée ou 
diademée d'argent. 

Le Comte d'Eu , armé &: houiîe de 
finople de fable & de gueules en pal j. 
& pour cimier vne double fleur de Ivs 
d'or , & le volet d"*azur. 

De l'Aiguë, le bourlet de gueules, le 
volet de mefme j & pour cimier vnlioii 
nailïant , tenant fur Ion efpaule vn pen- 
non de gueules & d'argent. 

Le Roy René de Sicile chef de TEm- 
prife & du Pas , vint en grand Triom- 
phe fur les rangs rymbré d'vne double* 
fleur de lys d'or , dVn volet ou mantc- 
let d'azur,femé de fleur de lys d'or , fora 
cafque couronné Lia Royalle^ 



chapitre huïBïéme. i^^y 

Robert cie Toutevillcjarmé & hcuC 
fé d'azur & de gueules , le bourlct 
d'argent, de gueules & d'azur, le volet 
de mefme , & pour cimier vue tefle de 
More tortillée ou diademée d'argent. 

Le Baftard de'Cherme,armé & houfl 
fé de (able de finople & de guéries , le 
bourlct d'or , de gueules & d'azur , le 
volet de gueules , & pour cimier des 
grandes plumes d'auftruche,ci'or , d'ar- 
gent , de gueules & d'azur. 

Le Duc d'Alençon , houlfé &: armé 
de gueules , femé de papillons d'or, le 
cercle d'or , le volet d'azur , & pour 
cimier la double fleur de lys d'or. 

Montenay , houiïe & armé de gueu- 
les, femé de feuilles de lierre de finople, 
le volet de finople , la couronne d'or, 
& pour cimier vne cigoigne d'argent 
becquée & membrée d'e gueules. 

Le Seigneur Bertrant de la Tour, 
houfic & armé d'vn orironné d'argent 
& de finople , le volet d''azur , le tortil 
d'argent &: de gueules , & pour cimier 
vne tour d'argent, du haut de laquelle 
fort vn vol de gueules. 

Le Seigneur de Fleurigny , armé& 
houlTé d'vn gironné d'argent &: d'azur. 



1 5^4 l^-Art du hUfon iiiflifie. 
cimier vn dragon de gueules aiflé d'< 
/inople, d'argent Se de gueules, le torti 
& le volet de mefme. Ccctuy-cy em- 
porta le pris de la joute , qui eiloit vn 
beau cheual , ayant efté ingé auoir le 
mieux Çak du coftédes alTaillans. 

Philippes de Culant , armé & houfTé 
de fable (cmé de grands Y d'or , le volet 
deiable & d'argent , le torril d'or & de 
gueules , & pour cimier z. Saunages, 
tenans leur malfuë de finople , &:au 
milieu d'eux vnlion naiiïàntd'or. 

lean d'Aclùcr , armé & hou/îe de- 
gucules 5 le tortil ou bourlet d'argent 
éc de gueules , le volet de finople*^. Se 
pour cimier vne licorne nailTante d'ar- 
gent^ccolée de gueules^ 

Villecler, armé & Iioufle d'argent 
& d'azur , femé de larmes de l'vn en: 
l'autre , le bourlet de gueules, d'argent 
& d'azur ,, le volet de gueules , &:le ci- 
mier vne tefte d'ours entre z. vols d'ar- 
gent & d'azur. 

Le Duc de Bourbon , armé Se houiTc 
d'argent & d'azur en bande; pour ci- 
mier vne double fleur de lys d'or,le tor- 
til ou bourlet d'or de gueules & d'azur, , 
le volet de France. • i 



chapitre hincfiefine. i <> 5 

Guillaume GonOici: , armé &: houflë 
3'arcrenc . fierté de gueules ,1c volet &: 
le tortil d'argent. 

Charles de Cuîanr , armé & hou fie 
d'azur & de iablc,le volet de finople, le 
cortil d'or de gueules & de iinople. 

Guillaume de Milon , le volet de 
gueules , le tortil ou bourlet d'or &: de 
gueules, &: pour cimier vn cygne d'ar- 
crent becqué de gueules. 

le ne donne pas le refte qui feroit 
trop long , ces exemples rufïilcnr pour 
la preuue de l'ancien vfage des ch.ipe^ 
rons attachez fur le cafque, & volans au 
gré du vent. 

Ils auoient la plus part des houppes 
au bout , & quclques-vns cftoient ar- 
moyez des figures du blafon. Il y en 
(luoit de doublez d'hermines comme 
ifont encore les lambrequins des Rois 
d'Efpagne , ce qui fait voir que Mon- 
fi'^'ur Chifîlet & le P. Monet n'ont pas 
dû prendre les lambequins pour des 
pcnnaches. En effet il y a de la différen- 
ce des plumes à ces pièces d'eftoffe dé- 
coupées , &; hachées j celles-là (èruewt 
|aux cimiers , ou l'ont met fouuent des 
plumes de Paon 3 d'AuIlruche , & de 



1 9 6 l' An du hUfon iufliûé. 
Héron éleuées : celks-cy au contraire 
defcendenc en bas, & les Jambequins 
d'hermines &: de fcmé de France mon- 
trent aifez que ce ne pcuuent pas eftre 
des plumes. 

Ce volet eft nommé banderole dans 
la dcfcription de l'ordre de la milice de 
Bourgogne fous le Duc Charles.C^«ic«« 
chief d Efquadre partira fon efquadre en 
quatre parties , & fur chacune élira entre 
les hommes d'armes defon ej^uadrcy cfr non 
ailleurs vn vhief de chambre ^qm aura fom 
Iny la charge & co/iduite de cinq lances, 
& les archiers dont il jiendra aitjfi régi- 
/Ires : chacun defquels chicfs de chambre 
portera fur fa falade vne banderole cor- 
rejpondante en couleurs , & en feigne k la 
due cornette de fon chief d'Efquadre, Go- 
lut l.ic.chap.c)7.pag.854. 

Neantmoins le terme le plus ordi- 
naire eft cekiy de lambequin : &c l'arti- 
cle dc4'Emprire du Roy René' fuffit feul 
pour détruire toutes les chimères du 
Preuoft. Levoicytel qu'il eft dans le 
manufcript , conferué en la bibliothè- 
que deMonfieur le Chancelier. Afça- 
uoir tout premièrement , le tymbre doit 
e^refur vne pièce de cuir boUtlly bien faut' 



chapitre huiB'tefme. 1 5) 7 
trée d'vn doigt d'épez, ou plus par le de- 
dans : & doit contenir ladite pièce de cuir 
tout le heaume , & fera contierte ladite 
pièce du lambequin armoyé des Armes de 
celuy ejhi le portera , & fur ledit lambe- 
quin an pins haut dit fommet fera ajfis le^ 
dit tyrnbre , & autour à'iceltiy aura vn 
toftil des couleurs <jue voudra le tofirnoyeur 
du gros du bras ou plus ou moins kfonplai- 
y/r. Enfin ce manufcript reprefente en 
velin plafieurs de ces lambequins ou 
chaperons. 

Le Bourlet comme i'ay défia dit ail- 
leurs eft vn tortil mis fiir le cafque , fi.u' 
lequel il feruoic autrefois à arrcfter le 
chaperon , ou les lambrequins. L'an- 
cien Preuoft qui dit que ie le nomme 
mal à propos bourlet : n'a pas fans doute 
lu les Cheualiers de la Toifon d'or où 
ce mot eft très fréquent. En la defcri- 
ption du premier chef, il dit. V heaume 
d'or comme de tous les Cheualiers de II ordre 
furmonté d'vn bourlet manque du diade» 
me des anciens Roù. Nv Louis d'Orléans 
en fcs ouuertures de Parlement ch. 15. 
le ne fuis pajfer puis tjiie nousfommesfur 
les chofes de France , &fhr les bonnets des 
Roh que ie ne die d'où tji venu ce mot de 



1 5? S L'An du hUfon iujlifie. 
bonnet , car cefi vn mot corrompu peur 
boLU'let , pQHrce ^fte le mefme bourlet qn« 
portert Âdcjjieurs les ConfeUUrs cfr u4du(h- 
cats au Palais en leurs chaperons ,feritoie \ 
lors de bonnet & couuerture de tejîe. Ni- 
cod l'explique encore mieux quand il 
dit. Boadcz fait par /tncope de cet entier 
bourrelet : c'efl proprement vn cercle fait 
de toile , drap , cuir , oh antre eftojfe ren- 
fé de bourre dont vient le nom : duquel 
rond ou cercle efî attaché le chaperon , qtte 
les anciens F'^i'çois indijfcrernment por- 
t oient en la leffe , & a prefent les gens de 
Infîtce , de Police , & les Regens des Col» 
leges portent fur VcpAuls: tellement que 
ce n'eft pas mal à propos que ie l'ay;^ 
nommé bourlet . 

Apres ûuoir iuilifié le bourlet & les 
lambrequins , il f^mt que ie iuftifie ce 
qu'on m'oppofc des cimiers > & que ie 
conuainque vn aduerfaire opiniaftre 
qui ne s'e^ point encore voulu rendre 
à mes raifons , ny reconnoillre TerreuL' 
de ceux qui ont pris les deux cimiers de 
la Royale maifon de Sauoye pouc des 
demy colomnes. Mais s'il a encore des 
yeux , & (i la paflîon ne la pas entière- 
ment aueuglé ^ ie le veux obliger à 

quitter 



chapitre hmciiefrne, i p^ 
quitter Ton opiniaftreté , & pour fuiure 
mon fentimciit s'il défère quelque cho- 
fe à la veritc. Pour ce fuiet ie luy repre- 
fente icy les armes de SaxeLauembou- 
ry telles qu'elles font dans l'Armoriai 
de Sibmacher , où les deux tuyaux de 
plume changez en colomnes par Mon- 
iteur Capré , & par le Preuoft fon amy 
font fur vn chapeaUjOu iamais perfonnc 
n'a porté des colomnes non pas Hercu- 
le mefme tout géant qu'il cftoit. le 
donne encore d'autres figures de ces 
bonnets éleuez , & de ces tuyaux en 
diuers blafons Allemands. 

Secondement , l'vfage ancien de por- 
ter des bonnets plats ou éleuez fur les 
cafques ,en a introduit l'vfage dans le 
blafon, particulièrement en Allemap-ne 
où ces bonnets font plus frequens 
qu'ailleurs. Chiffleten donne plufieurs 
exemples dans fes Cheuaîîers de la Toi- 
son , & particulièrement à la maifon de 
Saxe en la dcfcription des armes d'Al- 
bert Duc de Saxe 5? 6. Cheualier. jipex 
pileta turbinatHi recentioris SaxonUÇym- 
bolo exaratus fuperpofità cororia anrea pa- 
mnirips orbtbus fasligiatA : &c en Fran- 
çois , yw/Vr v^ çhdpem pointu m hUÇoik 

K 



200 L Art du bUfon iujlîfié. 
de Saxe moderne couronné d'or ferné de 
plumes de Paon , qui eft le mefme que 
ceiuy de Sauoyc. Âlonftrelec parlant de 
Pierre de Touceuille. Il eTloit armé tout 
à bUnc i monté fur vn grand destrier coU" 
uert & enharnaché de veloux azuré à 
grandes arches d'argent doré > & fur la 
tefte vn chapeau pointu deuant de veloux 
vermeil fourré d hermines. Ces bonnets 
font nommez par les Hiftoriens Latins, 
& par Louys d'Orléans chap. i^.fafi^ 
giati Se Turbinati: à caufe qu'ils eftoient 
fort élcuez , & qu'ils fe terminoient en 
pointe à la façon d'vn fabot renuerfé. 
Cet habillement de tefte eft encore 
en vfage parmy les Turcs , comme il 
eftoit autrefois parmy les Grecs; les 
Impératrices , & les Dames de la plus 
haute condition en portoient ainfi d'où 
pendoient de longues écharpes de toile 
d'or , d'argent , ou de foye , comme on ' 
peut voir dans les anciennes peintures. 
le trouue aulli dans les recherches eu- j 
lieufes des Annales de France de M. du ' 
Val , que Mahomet 3 . enuoya à Henry 
IV. vn cimetere & vn poignart aux gar- 
des & fourreaux d'or garnii de rubi^ , & , 
vn pennacke de f lûmes de hérons entées en | 



chapitre hitiBieme. 201 
vn de ces tuyaux couuen de Turqusifes, 
le lailTe maintenant à iuger quelle ap- 
parence il y a , que les cimiers de Sa- 
uoye qui font ceux de Saxe , Se donc 
fortcnt des plumes de Paon foient des 
colomnes. 

Voicy vne autre querelle aufîî mal 
faite que les précédentes , c'eft à l'oc- 
cafîon des Malfcs dont le Chancellicr 
accolle Ton efcu , & dont l'ancien Pre- 
uoft parle en ces termes, pag.94. 

Que veulent dire ces majjes ejne vâHà 
auez. ajoutées aux armes de Alcj^rjieur le 
Chancelier. Ce Souutruin chef de U luflice 
porte-t'U cesmajfes youjï cefotitfes Httif- 
fiers'ivous me direz, fans doute c^ue ce jontfes 
Hnijfiers:ce quincfl -pas noHueau^Vhifloire 
obferue que Ionrd<iin de l'/Jle Seigneur de 
Marque , fut pendu & eftranglé ,poi*rvn 
excez commis à l'endroit de deux defes 
Officiers y qu'il fit empaler Muec leurs maf-^ 
fej : ce que fiant ainfi quelle impertinence 
de toindre aux armes de cette excellente 
charge les baflons de ces vils Officiers , ^ 
d'vn Chancelier de France en faire vn 
Huiffier a la Chaifne. l'aurois icy vne 
belle occafion de faire voir que l'im- 
pertinence eft dans fon imagination 3 
K i; 



t£)i L' Art du hldfon iujlifié. 
& dans Ion efciit j mais ie ne veux pas 
fortir delà modération que ie me luis 
prefcrit. Et il me fuffit de reprefenter 
icy les aimes de ce chef de la luftice ou 
ces deuxmaircs fe voyant. lem'eftonne 
qu'il les ay.t vu fi peu fouuent , qu'il 
n'y ayt pas remarqué cet ornement. 
Monfieur le Chancelier à dreiré de Ç\ 
beaux monumens de pieté , où fes ar- 
mes font reprefentées auec ces mafTes. 
On luy dédie tous les iours tant de Li- 
vres ou elles paroiiïent : elles font en 
lefte de la Chronographie de Syncellus, 
& deNicephore imprimée au Louure, 
Mcflieurs Godefroy ont fait ainfi re- 
prefenter les armes des Chanceliers en 
leur Catalogue des dignitez de France 
ide la meiitie imprefîîon. La Colombic- 
re les a de cette forte en fa fcience Hé- 
roïque , & tout ceux qui ont écrit de- 
puis luy. 

La raifon qu'il allègue pour deft ru i- 
i*c cet ornement eft agréable quand il 
demande fi le ChanceUer , ou les Huif- 
fiers portent ces maifes. Il m'a fait la 
grâce de répondre pour moy en difant 
que et font les Huiffiers. Ce queftant 
ainji ( ajoûte-t'il j ^ndle impeninenae dt 



chapitre huWefme. f Ûj 
io'wdre aux armes de eette excellente charge 
les baflons de ces vils Officiers^ le le prie 
de fouffrir que ie luy falfe vne demande 
femblable j les Archeuefques portent- 
ils leurs croix de cérémonie , ou lî ce 
font leurs porte-croix , il me répondra 
fans doute que ce font leurs porte-croix» 
Maisien^'ajoûteray pas comme Xwjyce 
^u*e fiant ainji quelle imper tinece de ioindre 
4i leurs arm«s ce ^»e portent leurs Officiers: 
parce qu'il n'eft: aucun de Ces Prélats quf 
n'en falFe l'ornemêt de ces armes,la pla- 
çant derrière Tefcu. Mefme quelques- 
vns Tont portée dedans5Comme Philip-. 
pe de Turey & Henry de Villars Arche- 
uefques de Lyonjdont les armoiries font 
reprcfentées dans les Chappelles dti 
Sepulchre :, & de la Magdelcine dans 
l'Eglife S.Iean , telles que k ks ay fait 
icprefenterr 



t iij 



2 04 L'Art au bUfon iufiifié. 



Chapitre IX. 

î><? la Mitre ^àe la Croix, de la Crcjfe, 
' des armoiries des Tr états ^ du 
yenerahle Chapitre de S. 
Jean de Lyon. 

L'Eglife , qui efl Sainte en toutes Tes 
cérémonies afFeéle de leur donner 
de réclat par vne pompe extérieure, 
quieft bien feante & magnifique: elle 
employé au feruice à(^% Autels les dé- 
pouilles les plus pretieufes du Luxe, 
& fait des ornemens de la vanité les 
inftrumens d'vn culte Religieux. Les 
Richefles du Temple de lerufalem iu- 
ftifient la magi^ificence de nos Eglifes, 
&: fi l'or &: les pierreries ont efté mis en 
œuure pour des temples , où l'on ne 
confcruoit que les figures des veritcz 
que nous adorons, il n'eftrien d'afîèz 
pretieux pour faire la pompe de nos 
cérémonies , & l'appareil de nos my- 
fteres. 

Cela eftant ainfi n'ay-je pas fuiet de 



chapitre neufmefme. 205 
nVeftonnet de la manie de mon adiier- 
faire, qui contre le rcfped qii^il doit 
aux Prélats , leur veut ofter les marques 
de la Nobleife de leurs familles , & les 
ornem.ens de leurs dignitez. C'eft en la 
page 91. de fon Epiflre où il dit qu^il 
c fier oit volontiers les armoiries a ces Prin- 
ces de l'Eglife , dont le fevd nom f Ait nffe? 
connoiHre ef h elles ne font foi feayites aux 
EccleJîaFiiques, Cette raifon n'eft pas 
moins foible que Ton audace efi: extrê- 
me. Quand TApoftre exhorte les Chre- 
ftiens, & mefme les Prélats àfereueftir 
des armes fîicrées du falut^pretend il en 
faire des fbidats , & ces termes méta- 
phoriques font-ils melTeans à vne pro- 
feflîon pacifique ? Le Preuoft ignore- 
t'i) que ces marques d'honneur fe nom- 
ment chez les Latins infignia , qui eft 
vn nom commun à tous les ornemens 
des dignitez,&: qu'ainfi la mitrcla crof- 
le & la croix ne méritent pas moins ce 
nom pour les Prélats , que la pourpre, 
le fceptre & la couronne pour les Rois^ 
Les Chanceliers, Prefidens,& Confeil- 
iers ; Les Reines , Duchelfcs , Marqui- 
fes , Comteiîes & Dames de qualité', 
dcuroient fur cette raifon n'augir ny 
K iv 



a o5 I^Art au btafojt iujîifie. 
blafon ny armoiries , ce mmfatfant a]fe^ 
connoiHre éjn' elles nt font ny fermes aux 
Sexe y ny aux oracles de la Infiice. Aiiifi 
l'Empereur Charles I V. ne fçauoit pas 
ce qu'il £iiioit quand il donna des ar- 
moiries au lurifconfulre Bartolcj&if 
faut que le Prcuoft aille effacer dans 
tous les Conuens de l'Ordre de S.Fran- 
çoisja croix fur hquelle vn bras de N» 
S. eft palfé en fauroir auec celuy de S» 
François:& cette deuife yirmamUiùam* 
fifd. Il faut qu'il prenne à party l'Ange 
qui porta à S.Frâcois de Paule vn bou- 
clier de gueules , fur lequel le mot chA^ 
fitiu eftoit écrit en lettres d'or. Il faur 
qu'il aille arracher àts tombeaux des 
Papes , des Cardinaux & des Euefques 
cts glorieufes marques d'honneur. 

L'Exemple del'hanjilité de S.Char- 
les Borromée^que cet Autheur dit auoir 
quitte les liennes pour prendre les Ima- 
ges des SS. Tutelaires de Ton Diocefe, 
n'eft pas vn extinple qui oblige les Pré- 
dits à le fuiure , comme on ne leur a 
point fait encore de Loy , d'alkr par 
les villes de leurs Diocefcs la corde au 
col comme ce S. fît dans Milan. Au/E- 
n'eft-il pas vray qu'il quittaft les armes 
^e fa famille , quoy qu'il fe feruir d-u 



chapitre neufuiefme. 207 
Tccau de Ion Diocefe pour fceller fes 
aâres Epifcopaux.On ne les luy a jamais 
donne telles paimy celles des Cardinaux 
on elles font reprefentees auec tous les 
ornemens qui leur font dûs. Il prit 
mefrae vne deuife pour s'accommoder 
à la couftume d'Italie , dont le corps 
efloit vn cerf mordu des ferpens cou- 
rant à vne fontaine pour fe rafraifchir 
auec ces mots vna salvs. Hierôme 
Rufcelli ;, qui viuoit de Ton temps rap- 
porte cette deuife , auec les armes de ce 
S. Cardinal grauées au delîous , Se écar- 
telées de Medicis , côv%ii fait voir que 
V Autheur Moderne en c'ompte fouucnt. 
Ces armes &; cette deuife font en la 
page 90. de le imprefe tllullri del S. lero- 
nimo RHfcfUi , imp0nécs à Venife chez 
Trmcefco de Francefchi l'an 1584. la 
mefme année que S. Charles mourut. 
Et parce que ces armes , font alfez ex- 
traordinaires, & fîngulieres , ic les veut 
icy blafonner. 

S. Charles Cardinal Borromé por- 
toit ccartelé au i.dc 4. de Medicis à 
caufe de Pie quatrième fon oncle. Ces 
deux quartiers tHoient armes depattonnA" 
^e. Au i, 6c 1 . grands quartiers party 

K V 



2 o 8 L^Art du blafon iufiifié. 
à'vn coupé de deux ou de fîx 'quartiers 
au I. de gueules, à vne licorne accollée 
d^'lrgent rampante contre vn Soleil fi- 
guré des armes de Milan. Au i.d'argent 
au mot Huvîiiitas de gueules mis en 
fafce &: couronné d'or. Au 5. & 6. d'ar- 
gent à 3. fafces de gueules^ &c vne ban- 
de d'argent brochant fur îe tout. Au 4, 
& 5. d'azur à 3. bandes ondées d'argent: 
& fur le tout de gueules à vn frein d'or 
mis en bande. Voila comme Rufcelli 
les reprefente. Quelques- vns y ajou- 
tant vn chameau couché fur vn pannier 
d'ozier , fur le dos duquel ils mettent 
des pennaches & vne couronne : & vn 
autre quartier de trois diamans enchaf- 
fez dans autant d'anneaux entrelalfez. 
le donneray ailleurfi-es caufes hiftori- 
ques de tous ces quartiers^ 

Quand ce Saint Prélat n^au- 
roit iamais voulu fe feruir de ces mar- 
■ques d'honneur , il ne ks a jamais 
condamnées aux autres , 5c nous ne 
iifons point , qu'il ayt repris le Pape/ 
fon oncle de s'en eftreferui. Ainfi il me 
femble <i u^il y a de l'impudence en vn 
homme qui n*a aucune autre dignité 
quVn litre chimeritjue , de dire ^uil 



à 



chapitre neufuïéme. 205^ 

Ui pjteroft volontiers aux Ecclefîa^tques 
de l'authorité de S, Charl&s Borromée, 
Dieu nous gard.- dVn iiige fi dange- 
reux. Quel bon-heur pour l'Eglifc de 
n'auoir pas pour chef ce reformateur 
de breuiairc , qui auroit brife les Au- 
tels, rompu les marbres des tombeaux, 
renuerfé les Eglifes, deftruit tous les 
Palais Epifcopaux , & fondu les vafes 
facrez , pour efteindre le fouuenir de 
ces bien-faiteurs Ecclefiaftiques. 

N'cft ce pas condamner la pratique 
recciie dans pluficurs auguftes Chapi- 
tres,oii l'onn'admt perfbnnequi n'ayt 
fait les preuue; d ■ fa noblclTc , 5c pro- 
duit l'arbre généalogique d^ fa faniMle, 
auec tous les eculïbns de fa dcfcendan- 
ce î On ne facre aucun Archeuefque 
de Cologne , & de Tre-ies ; ny aucun 
Eucfque de Bafle,qu'aprrs ai oirexpo- 
fé fur la façade de c s Eglifes ca'-hcdra- 
Ics les trente d ux quartic s de celuy qui 
efl: cflû , dont on examrne la noblcfTc 
durant "n an , cftant p< rmis à tout le 
monde d'en faire la rerherchL, & de ve- 
rifi:r ces trente deur quartiers. Les 
E^lifcs : & ! s c! ) Hires des Abbayes d« 
S.Btrnigne de Dijon, de Clugny, de 
K vi 



1 1 G t Art au hindou wfiîfé 
Ciftcaux , de Touruu , de S. Germain 
d'Auxerre, &de cent autres Abbayes, 
font pleins depuis quatre cens ans des 
tombeaux des Religieux de ces mefmes 
Abbayes, aucc Iturs reprefeniations , 
leurs Èpitaphes , & quatre quartiers de 
leur Nobleirc. On void le même dans 
les cloiftres & das lés EgUies des Com^ 
t€s de Lyon, des Chanoines de S. Pierre 
de Mâcon , des Religieux de S.Claude, 
des Dames & des Chanoinellcs de Re- 
miremonr, ôc de Mons, ^c. Les Aimes 
des Papes &: des Cardinaux rempliflcnt 
les EgHfes de Rome, d'Auignon & de 
^mantité d'autres villes depuis Pongme 
du blafon. Cependant le Preuoft crie 
contre cette pratique de cinq ou hx fie- 
cles,& s'érige en reformateur de l'Egli- 
févniuerfelle. Mais ie m'eftonne que 
eet homme fi zélé , qui de i^authonu de 
S. Charles ofieroit volontiers les art/mues 
aux Ealeftafiiciues . n'ayt pas encore de- 
iifté d'en porter, luy qui eft Ecclehafti- 
quefans employ & fansdigmte,& quil 
n'ay t pas encore cefle de cacheter fes let- 
tres des armes de fa famille , ny change 
fon 'cr . u en chiffre,ou en image de on 
faint tutelaire , pour imiter l'humihte 
d'v» iaint Aichcuerquc. 



chapitre nenfuiefme. 2, i r 
iPour montier euidcmment que cette 
«ratiqiie n'eft point contraire à la vertu, 
le n'ay qu'à donner les exemples du B. 
François de Sales, & de quantité de SS. 
Prélats qui l'ont retenue dans l'-^xerci- 
ce de leurs charges>La pieté des peuples 
ics a mefme confacrées fur les preticux 
leftes de ces raint3,& Ton void encore à 
S. Claude les Armes de h rr.aifon de Sa- 
lins dont ce S.eftoir (brti; à Beby celles 
deChignin , dont eflioit S^ Antelme ; à 
-CleruauXjCelles des Ane fîircs de S. Ber- 
nard, & aux Celeftinsd'Auianon celles 
'du B.Pierre de Luxembourg. le tiouue 
mefme que les anciens Eue'ques faifoiét 
xeprefenter leur figure propre en leurs 
fceauxjcomme nos Rois le font encorcir 
fans que pourtant ces Prélats ayent ia- 
mais crû rien faire contre la modeftie. 
S. Auguftin auoit pour le fien ^ Jîqtium 
homiriM faciem ohnertentii. Les Mono- 
grammes du nom fuccederent à ces figu- 
res, les Empereurs & les Rois ^fe ferui- 
rent aufîî de ces zrwnogrammes , iufqu'à 
l'introduction d s armoiries que les vns 
& les autres prirent pour marque de 
leurNobleifc Se de leurs di^nitfz. 

La féconde raifbn qu'il allègue eft 
aufïi fauffe que la première , lors qu'il 



2 T I I^ Art du htiifon iujlijîs. 
dit voM longiez e/iiort Ai.Jfieurs tes Etfef- 
que s , d'vn antre cojlè , mats auec moins 
de iitgcment , lors <jtte vous leur attribuez 
les cotttonnes appertenafites aux dtg»iiez. 
temporellis des ai f nez. de leur maifon. Adu- 
lation d'autant pli^J impertinente , ^ue 
ces véritables letntes ont renoncé înfques 
au nom de leur far/21 /le. Sans m'arrefter 
an point des couronnes que i'examine- 
ray plus bas, ie m'arr fte à la dern:ei'e 
ligne de ce beau djfcours , po-n' y faire 
Rmarquer trois erreurs tout à fait grof- 
lîercs. La première cft qu'il nomme, 
Leuites, cQ^^i^^ ài^^ diacre- des person- 
nes qui doiucnt necejfTiir meet eïlre 
Preftres dans les fondions de leur char- 
ge , 8c qui fonr nommez Pontifes dans 
rv-ratre d- l'Eglife. La fécond? qu'il 
affeiire qu'ils renoncent au nom de 
leurs famill.'S : où a-t'il iamais trouué 
Dccr t de cette renonciation î Quel 
Concile nous allcgoera-t'il fur ce fuiet? 
Qjicllc B'ille , quelle AlTèmblée de 
Cierge qui l'avt defîny ? A-t'il rien 
trouué de fc^mblable dans le Pontifical 
entre les cérémonies de l'ordination de 
l'Euefqre ? Qjand on renonce à ces 
noms l'Eglife a coufturae d'en donner 



Chaptre neufmefme. 213 
de nouueaux j le Pape en adopte vn , & 
les Religieux le reçoiuent de leurs Su- 
périeurs. Nous ne lifons rien de fem- 
blable des Euefques. le vois pourtant 
l'occaiîon de Ton erreur , ie reconnois 
fon ignorance ; il dira qu'ils ne font 
fignez dans les vieux Conciles que par 
leurs noms de Baptefme j mais il ne 
void pas qu'il n'y auoic aucun nom de 
fcimille en ce temps-là : que les plus 
grands Seigneurs n'auoient qu'vn nom 
de Baptefoe , ioint à celuy de leurs 
Pères de cette forte. Sïhonàus Rogerij, 
Giraldm AmbUrdi , &:c. fous entendant 
filius. le parleray au long de cette pra- 
tique au chap. 1 1. des origines du bla- 
fon, ou ie traitte des noms des familles. 
Meilleurs de fainte Marthe &:Monlîeur 
Robert ont defigné par les noms de 
famille tous les Prélats de France, de- 
puis l'an onze cens que les noms com- 
mencèrent à eftre en vfage. 

Si i'eftois d'humeur à exercer vne 
Eloquence dont mon aduerfaire m'a 
dégradé dans le titre de fon Epiftre , 
i'aurois beau fuiet de demander ou «ft: 
la modeftie de ce reformateur des Pré- 
lats ? ou eit l'humilité de ce vtritahls 



2 1 4 L'Art au hUfon iufl'îfié. 
Lettite i qui au lieu de renoncer à foff. 
nom , retient encore çeliiy dVne digni- 
té qu'il n'a plus , de fe qualifie ancien' 
Preuoft, comme qui diroiv PreHofi qp.f 
ne fi fini , ou Preuo^ qui fm iaSs : ou 
Preuoji dégradé OM Preuoft dcpojfedé. Ce 
mot d'ancien ne fîgnifîant autre chofe 
à Ton fens j mais qui a iamais vu pren- 
dre ce terme dans vn tel fens. Nous di- 
fons bien ancien Confeiller , d\n hommi 
qui eft des premiers dans vn Parlement 
& qui approche du Doyen ; ancien y^d- 
tiocat à'\n homme , qui fréquente le 
barreau depuis longues années , mais 
on ne s'eftoir pas encore auifé de don- 
r^er cette lignification à ce terme dont 
MefTieurs de l'Académie pourront (rrof- 
lir leur didionnaire , &; mettre noftre 
ancien Preuoft pour exemple , afin qu'il 
puilfe dire encore vne fois que la Pro- 
uidence a permis , que fon nom , &; ia, 
dignité perdue fujf^f't infères entre let 
trophées des plus beaux mots de noftre 
langue. le lity oFîerois volontiers ce titre 
de l'anthorité de M. Ëernard , pour le 
jîommer feulement pauure Prefire,com- 
nne ce vertueux Ecclefiaftiqiie auoit 
£ouftume de fe nommer. 



chapitre netifHîéme. 2 1 y 
le viens à la féconde iniure qu'il fail 
aux Prélats j quand il èSx^cjue ie plonge 
aes Aiejfienrs duns la 'vanité iufcjues par 
dejftis la mitre , ce qui fait coanoitre mon 
dejfein , & me rend inexcufahle , & qu'en 
effet il y ada plaiftr de voir le foin que it 
frens à ranger cette mitre deffiis vn Ecuf» 
fon y OH elle ne deuroit point eîlre du tout i 
dont il fait iugesces Mejfieurs. 

Fav penie de conceudir le fens de 
ce difcours ii mal tilTu , & ie ne vois 
pas qu'elle liaifon il y a entre plon- 
ger les prélats dans ta vanité infques par 
dejfus la mitre , faire connoiHre mon def" 
fein, & me rendre inexcufuhle k voir le foin 
que ieprens à rengsr cette mitre. Néant» 
moins il faut que ie iuftifie la pratique 
confiante de l'Eglifequi fait de la mitre 
vn ornement Epifcopat, de qui ie mon- 
tre qu'il ny a point de vanité à la por- 
ter, puis que c'elft par l'ordre cxprez dçs 
Canons , & que nous lifons dans la vie 
de S. Charles qu'il propofe pour mo- 
dèle aux Prélats , que ce Saint ne don- 
noitiamais labenedidlion qu'il ne prit 
fon chapeau de Cardinal , ce qu'il ne 
fit iamais par vanité. le ne fçay quel eft 
ce delïcin qu'il m'attribue , èc qui me 



2 1 6 L^Art du bUfon iufiifie. 
rend inetcufable. le n'en ay eu aucun 
que de conferuer aux Princes de TEgli- 
fe des ornemens légitimes, & des mar- 
ques d'honneur qui leur font dûes,c'eft 
vn refpeâ: que ie dois au rang qu'ils 
tiennent , & bien loin de prétendre de 
m'excufer fur ce point^ie croirois auoir 
commis vn crime digne de chaftiment 
fî parlant des marques d'honneur de 
tous les ordres, i'auois obmis celles de 
celuy qui tient le premier rang dans 
le monde par Texcellence de fon mi- 
nifterc. 

Examinons maintenant fon raifo-n- 
nement pour l'exclufion de la mitre, 
d'entre les ornemens des armoiries des 
Euefques , & voyons les fentimens iu- 
dicieux de ce reformateur de l'Egliie. 
Voicy comme il parle , ma raifen efi 
ejue cet ornement cjuoy t^ue mystérieux efi 
commun k pref^ue toutes les dignités Ec- 
clefiafiiejPies au defus & au dejfous de 
l'Epifcopat. lamais homme ne fut plus 
mauuais Diale6fcicien que celuy-cy , 
&i'eftime qu'il euft mieux fait d'eftu- 
dier l'art des conf^quences, que de lire 
auec tant de foin les vieux Romans. 
En effet qui raifonna iamais plus mai. 



chapitre neufuiefme. 1 1 y 
la mitre eft vn ornement commun à 
plufiem's dignircz ; donc il ne faut pas 
en faire vn ornement d'armoiries. Pour 
montrer la iuftefTe de cet argument , 
i'cn veux faire trois ou quatre fcmbla- 
bles. L'efcuiron eft vn ornement com- 
mun aux Ducsj Marquis , Comtes , Ba- 
rons &: Seigneurs : donc les Rois ne 
doiuent pas mettre leurs armoiries 
dans des Eculfons. La crolTe eft com- 
mune aux Archeuefques ,- Euefques, 
Abbez , & mefmeaux Abbelfes , & au 
Pape dans le feul Diocefe de Treues, 
pour vne raifon mife dans le Pontifical. 
Donc les Euefques n'en doiuent pas 
faire vn ornement de leurs blafons: 
& pourtant noftrePreuoft le leur laif- 
le. Le Cafque eft vn ornement com- 
mun aux Rois, Princes, Ducs, Mar- 
quis, Comtes , Barons, Seigneurs, &c. 
donc les Gentil-hommes ne le doiuent 
pas prendre pour marque de leur No- 
Dleffc. Le Roy d s Mofcouites porte 
la mitre &: la crofte pour marque de fa 
dignité , donc les Euefques ne s'en doi- 
uent plus feruir en leurs cérémonies. 
Qiii a iamais ouy parler de femblable 
laifonnement? 



ai 8 L^ Art du hUfon îtijlifie. \ 

Il ajoute en k page 92. qu'il n*y tt 
pOé long-temps cjue les Euefques ne met- 
t Oient point de rr.itre fur leurs armes. A-l'û. 
lî^en recherché les monumens anciens 
pour parler de la forte. Qu'il aille voir 
à Grenoble Taifle droite de rEghfe 
Cathédrale de N. D. où les armes de 
Sibond Allemand Eiiefque de Greno- 
ble font mitrées prefque dans tous les 
pilliers , elks font de mefme au Cha- 
fteau d'Herbe, à la Plaine, &: au Palais 
Epilcopal. Cet Euefque viuoit l'an 
142^. Lcs^armes de tousfesfuccelfeurs 
ont eu depuis luy cet ornement , com- 
me on void au tombeau de Guillaume 
d'Auanfon , ôc en diuers endroits du 
Palais Epifcopal. Les armes de laques 
d'Amboife Euefque deCîermont font 
reprefentées auec la mitre fur la porte 
de l'Abbaye de Clugny,il viuoit l'an 
1500. Celles de Pierre de luys Euefque 
de Mafcon , fe voyent de mefme en 
pierre fur la cheminée de la ialle de 
î'ancien Palais Epifcopal qiiafî tout 
ruiné: il viuoit l'an 1400. Celles d'An- 
toine de Poiiîeu Aicheuefque de Vien- 
ne , ont aufïi cet ornement en vne mu- 
îaille de l'Edife de S-.Pierxe de Vienne:; 



chapitre neufutefme. lîf 
ïî viuoit l'an 1470. l'en poiirrois <lon- 
nervne infinité d'exemples , fi ceux-là 
ne ruffifoient à faire voir l'iniuftice du 
Frcuoft qui veut ofter cet ornement 
aux Prélats, & Ton aidaceà affeurer 
qu'il //^ apoi long-temps que les Ettefjues 
ne mettoient point de mitre fur leurs 
armes. 

Il n'a pas plus de rcfped pour la 
xîroix , que pour la mitre , & il me veut 
encore faire palier pour longleur en ce 
point j pour Tauoir donnée à doubles 
trauerfes aux Archeuefques Primats. 
Il ne me fera pas plus mal aisé d'en iu- 
ftifier l'vfage, que celuy de la mitrej 
mais auant que ie le fafle , il faut que 
l'examine vne confcquence auflî bien 
tirée que la précédente. C'eft en la pa- 
ge 95. où il dit <]UQjiles archeuefques 
doinent porter la croix double Jes Primat s ^ 
qui ont vn degré par dejfus les /impies 
AfetrBpolitainj la doiuent auoir triple^ 
& les Patriarches quadruple. Comme Ci 
ie difois les Abbez portent vne crofTe, 
donc les Eucfques en doiucnt porter 
deux , les Archeuefques trois , les Pri- 
mats quatre , ôc les Patriarches cinq. 
Cette confequence feroit auilibien de- 



2 1 o L Art du hlftjon iujrifie. 
duiteque la fienne : ne Tçait-il pas que 
comme les Efpeces différentes conuien- 
nent toutes en des principes communs, 
&: gencu'iques , il y a de mefme des or- 
nemês communs aufquels on en ajoute 
de fingulivjjs pour feruir de différence: 
ainh les Abbez portent vne crolfejles 
Abbez micrez y ajoiitent la mitre, mais 
vn peu tournée , les Euefques la met- 
tent de front , les Archeuefques ajou- 
tent la croix , les Primats la mettent 
double en qualité de Patriarches , ne 
l'ayant qu'à ce titre comme ie feray 
voir maintenant. 

Les titres de Patriarches & de Pri- 
mats ne font pas des titres confondus 
par le ftyle de quelques Secrétaires , 
mais des titres réels reconnus & au- 
thorifez par TEglife: car outre la dé- 
claration d'Innocent III. que noftre 
aduerfaire reconnoit. Primas & Patriar* 
cha penè penituJ iàemfonant , cam Pa- 
triarchd , & Primates te néant vnam for" 
mam licet eorum notninafint ditterfa.Nous 
auons des déclarations particulières en 
faueur de pluiîeu'"î Primats : car outre 
les quatre Eglifes Patriarchales ancien- 
nes d'Antioche , de Conftancinople, 



Chapitre neujmejme. 221 
d'Alexandrie , & de leruialem ; il y a 
celles de Venife qui eftoit autre fois à 
Grado , d'Aquilée en Italie, de Lyon 
&: de Bourges en France, de Tolède en 
Eipagne , & de Braga en Portugal, qui 
font aduoiiées par l'Eglife ymuerfeile. 
Quoy que Barbofa les appelle Patriar- 
che! mifitis principales , il dit pourtant , 
C^ in his Patriarchis minus Principaltbus 
procedit e^Hod fertur inter primates y cfr Pa- 
triarchoi nullam ejfe dtjferentiam fed ver- 
halem tantum. de Epijcop.grad.diuif.tita . 
cap. 6. Genzales ad Reg. 8. cancell.glojf, 
4i.»«w. I 5. Gig, de refidentia, Epifcop, 
cap.i 8.». 5. 

Ces Primats font appeliez Patres Pa- 
trum y iuxta cap. deros verf. Patriarcha 
1 1 . dij}. Petrus Gregor.fyntagm iurïs 1. 1 y, 
cap. 1 .fîum, 1 1 . Fufch. de vi/is-at. Ith. i.c.z, 
à num.^. Lœli. Zechide Repub. Ecclef.tit, 
de JîatH Renerendijf, Patriarcharnm. i, 
CambaratraEi. de légat, l.x.num.i i.Mo' 
dern.de facr a Epifcoporum au^trit. cap.^, 
^.6. Ce nom cft le mefme que ccluy de 
Patriarche : donc ces Primats font Pa- 
triarches. Ils prefident àplufîeurs Pro- 
uinccs Métropolitaines , & l'on appel- 
le des fentences des Archeucfques à la 



2 11 jj Art du hUfoTi iujlifié. 
Primace^comme on fait à celle de Lvon 
des Archeueichcz de Sens,de Paris , de 
Tours & de Rouen. Marc a de primat, 

Maurice de Alzedo attribue claire- 
ment la double croix à l'Archeuefque de 
Tolède en ces termes , Patriarchadicitur, 
C^ habet ornnia priuUegia quatuor viris 
Fatriarchis concejfa , & tdeo viitur .Gion 
mon Patriarcharum hoc efl cruce lignum 
trapterfum gemifium habeme^ cuîus lignum 
fuperihj tra^fuerjum brcMusefl ^inferius 
loKgiHs i & qkod Patriarchis huiti/modi 
G ion vti liceat , & quidfignificet tradunt 
CuiactHs in paralip.ad tit. deforocompe» 
teniiin cfanè 3. in fine. Barbofa in Pafio- 
rali tit. 3 . cap. i . num. 1 5 . alzedo de variis 
Epifc.c.io.7i.àft.& Af^. 

Enfin la pratique iuftifie ces doubles 
croix , ôc cette pratique n'eft pas nou- 
uelle , puis que Fortunat en donne vne 
de cette forte à S. Grégoire de Tours. 

Obfequiifque fuis crux habet aima cru- 
cef. 

Roland Hébert , Regnaud de Beau- 
ne, André Fremiot & leurs fucceireurs 
Archeuefques de Bourges Pont porté 
de cette forte. En la promotion des 
Chevaliers du S.Efprit, faite le i4.May 



chapitre neufuiefme, 223 
1 6 3 5 . Les armoiries des A rcheuefques 
de Narbonne , de Paris , & de Bour- 
deaiix furet reprefenrées auec vue fem- 
blable croix , qui n'cil pas tellemenc 
particulière aux Patriarches & Arche- 
uefques Primats , que la Honarie n'ea 
ayt eu vne lemblable pour armoiries^ 
6^ la Lorraine pourdeuife. 

Il me refte à examiner (î les Prélats 
doiuent prendre les couronnes des di- 
gnitez de leurs familles , & retenir les 
noms de ces mefmes familles , qui font 
deux autres points conteftez par Pan- 
cicn Pieuoft. Pour le premier , comme 
cen'eft ny à luy ny à moy d'examiner 
les droits des Princes dePEglife , i\ me 
fuffiroit de donner des Exemples de 
cette pratique , fans rechercher fi elle 
eft raifonnable : ie veux neantn.oins la 
iuftifierparl'authorité & parla raifon. 
L'Eftat Ecclefiaftique eftant vne 
condition plus éleuée,.que toutes les 
dJgnirez temporelles j la promotion à 
ceteftat ne peut pas cftre vn abbaifTc- 
mcnt ny vne priuation des honneurs 
dus a la nailTance illuftre de ceux qui 
entrent dans le Sanduaire , Et les orne- 
mcnsdes charges temporelles ucfont 

L 



% 24 L' Art au hlafon mfiifié. 
pas incompatibles auec les marques 
Bccleiiaftiqucs , puifque le Portugal à 
eu au Siècle pailé vn Cardinal pour 
Roy , ôcce Royaume plufieurs Chan- 
celiers Cardinaux , Arclieuefques & 
Euefques, qui portoient les marques 
de ces dignitez iointes aux Ecclefiafti- 
ques. Nous auons vu auiïï de nos iours 
l'Ancre de la Surintendance des mers 
ioint aux armes du Cardinal de Riche- 
îieu : ce qui eftant ainfi ie ne vois pas 
fur quoy l'ont pourroit ofter auxPrclats 
des honneurs que leur nailîance rend 
légitimes. 

Les Prélats Italiens prennent les ti- 
ires de leurs ainez , & Te difent ex Comi- 
tibiis S.. Flora , de Balrieo , Lauanu , &c, 
Poiu-quoy les autres n'en prendront-ih 
pas les couronnes ? Le Pape Innocent 
dixième en défendit l'yfage dans Rome 
où tous les Cardinaux prétendent tenir 
yn rang égal, pour leur ofter toute forte 
lie jaloufiej mais l'vfage n'en à pas celTé 
pour cela , & nous auons plufieurs Pfe- 
fats en France qui couronnent leurs ar- 
mes. Certes fi la dignité de Duc &Pair 
& de Comte annexée au bénéfice le 
eeîimet , iê ne vois pas pour quelle rai- 






chapitre neuf uieme. 22 c 
Ton on en peut exclarre jes droits de 1« 
lîaiirance , & ofter aux Cardinaux des 
maifons Souueraines vn honneur leei- 
time , qui leur eil dû. C^eft ce que dît 
cxpreifement ManriÙHs de AUedo de 
Pr^iminent. ^c prdat. Epi fc op. cap, 12, 
mm. 8. Epifcopalis apex non prinat alù 
JingnUri digmnte : namfi diix. Marchai 
attt Cornes eligatur Epifcop^s , m» idée 
defimt ejTe Duxatit Af^rchioMsnochius 
dit le mefme^^ adipifc. pnf retned. 10 
mim.6%, & Cephalus Tom. wl.u co^r,] 
f7Hm. 58. 

Ce qui prouue clairtmeïitKïue le? 
Euefques , peu uent mettre la couronne 
lur les ecuttons de leurs armoiries, c'eft 
qu^autrefois ils fe font feruis de la cou 
ronne Royale en leurs avions decere^ 
monie au lieu de la mitre. Al:^edo ciz- 
f> i.nHm.6o,/tcun amiqmtlis Epifcopi 
vtebantHrcorona Regdiloco mitr//hodtè 
e contrario Aiofconitaritm Rex loco coron* 
RcgalU vtitHT mitra & baculo paHorali 
tocofceptrt. loan. de Perfia en r„.^,, 
doues. •' [ • 

Enfin n'ont-il pas dans TEelife U 
Trône , & le Dais ; ne nomme-t'on pis 
leurs mailons P;,Uis ,& leur habit mcfJ 



l 



11^ L'Art du bUfon iuflifie. 
me n'eft-ilpas de couleur de pourpre , 
nii montre le rapport qu'ils ont auec 
a Royauté dont ils portent les orne- 
raens. 

Pour ce qui concerne le nom i'admi- 
re la fimplicité du Preuoft , qui n'a pas 
fait reflexion qu'il ny a pas plus de lix 
cens ans qu'il y a des noms affedez aux 
familles , &: qu'ainfi on a retenu dans 
iT^life l'ancien ftyle d'écrire aux Pré- 
lats, & de foûcrire aux Conciles. C'efl: 
la caufe pour laquelle Meflieursdefain- 
6te Marthe , & M. Robert n'ont mis 
les noms des familles des Prélats que 
tiepuis l'an mille ou onze cens en leur 
Gaule Chreftienne , comme i'ay defia 
remarqué. Ce ftyle ancien n'a pas 
neantmoins empefché , que ces Prélats 
n'ayent fouuent mis les noms de leurs 
familles dans les fous-fcriptions des 
Conciles , comme on voit en celuy de 
Trente. 

Enfin dans les foixante points pro- 
hibez aux Euefques dans les Conciles,, 
nous n'y trouuons aucune defenfc, de^ 
jporrer lé nom , & içs armoiries de leurs 
fàmillesj & on voit dans le trente fixié- 
me volume à^i Conciles imprimez an 



Chaptre^f^eufuiefme. 227 
Louure, que S. Charles Borromée^tf 
l'amhorire duquel le Preuoji oFieroit vo- 
lontiers aux Eiiffques leurs noms & leurs 
armoiries, a nqis le fîen en telle de toutes 
les indidions àts Conciles Prouin- 
ciaux de Milan en ces termes. 

Carohts Borrom&us S.R.E^tit.S. Pr*. 
xedis Vre^yter CardïnaUs 3 Dei & j4pOm 
§îolk<t fedis gratta , Archiepifcopus Mem 
diolani vniuerfs Prohincta nohra, fde- 
libus. 

L'Argument qu'il a apporte pour 
leur oftei les noms de famille deftruit ce 
qu'il prétend eftablir^quandii les nom» 
me véritables leuttej , puis que ces RU- 
niflres facrez de l'ancienne Loy prircat 
le nom de leur famille pour celuy d^ 
leur miniftere, & fe nommèrent Leuite» 
à caufe qu'ils eftoient de la Tribu de 
Leui. 

le ne veux pas feparer la cauiê de 
Meflîeursles Comtes de S.Iean de cel- 
le des Prélats , puifque ces illuftres Ec- 
clefiaftiques compofent Tvne àes plus 
Auguftes Compagnies dcPEglife Gal- 
licane, & que leur corps à donné des 
Souucrains Pontifes & des Cardinaux 
à l'Eglife vmuerfelle, & quantité de 
L ii 



11 s il Art du ht^fon iujîifie. 
Prelars aux Diocefes les plus célèbres 
4u Royaume. 

L'Ancien Pieuoft, qui a défia autre- 
fois manqué de refpeâ: eni^crs ce véné- 
rable Chapitre , en eft allé iufqu'à l'in- 
folence en la pnge 87. où il dit que ce 
fira dans les Ârchittes du Roy^iuîne de (a 
Lime C^ Pays adificetjs decohMïts par Lu- 
çien , & dans V'IJle d«s lampes ou des lan- 
urnes , t^ue te feraj/ p^argiirt fur le Théâtre 
du mo?7de des RoisfAnaticjueSy & fantajîi' 
qaes y ilhiflTes proger/iteurs de nos Chafioi- 
res de Lyon. Il a employé deux pages 
entières à vomir des iniures contre cet 
Augufte Corps, àl'occafion ciecinq ou 
£x lignes de mon véritable art du bla- 
fon 5 p. 174. où i'auois dit ch traitant 
«les fupports. 

Les Comtes d^ l'EgUfi de S. Jean de Lyon y 
ent pour fupports vn lion & vn griffon. Le 
lion eft couronré , & certes auec ratfon puis 
^ti'-tlsfint la plus belle couronne de Lyon ? 
Que peut-on trouuer deplfts angufie cjue ce 
êorps , (jm félon les registres de la Cham-^ 
bre des Comptes de Parts , attoit l'an mil 
deux cent quarante cinq 74, Chanoines y 
dont Vvn ejloit fils de l'Empereur , 9, fils 
de Roy , 1 4. fils de Ducs , trente fijs de 



chapitre neufttiefme, ii<) 
Comtes , vingt fils de Barons , & tous 7 o. 
DoUeurs es droits ciuil & Canon. 

Tay cité ce regiftre après Mônfieur 
de Sponde pag. 2 1 7. du Tome i . de la 
continuation des Annales Eccleiîafti- 
ques j Apres de Rubis p. 279. de Thi- 
ftoire deL/on. S-euerc in chronograjfhiA 
Ecclef. Ltigdufi. 

Quoy que ie ne me fulîc pas fairga- 
fand de ce regiflre que i'allcguois après 
tant de perfonnes plus dignes de foy ^ 
que lePicuoft : iele yeux neantmoins 
iuftifier , & montrer malgré tatiM^iês 
recherches Chronologiques j qu'il n'y 
a aucun inconuenieiit que cela ayt efté' 
ainfî , puifque M Duchefne en fes an- 
tiquitez & recherches de la France l.i. 
dirc.4. p. 171. parle ainfî de cet illuftre 
Chapitre dont le Roy eft Chanoine 
d'honneun 

Cette pLue- de Chanoine d'honneur neji 
four i'ojjice ny pour la ch.trge yains feuler 
ment » par référence , çr priuilege ;• car 
comme le Prince , aui efi Clxittjoine d'hon^ 
fienr n'ejl obligé à autre chef? .ju'à tarer la 
proteflion , & c^aferuatïon des droite de 
l'EgUfe : ai/Jfi :,'e/7 tire- t'i! autre profit cjne 
la pariicipittion des prières c^ui s'y font, 
L iv 



230 L'Art du bUfon mjlifie. 
Cet honfieur ferait pen de chcje ^filagran- 
deur des Vrinces , ejni l'ont defiré , rit le 
rendait grand en ces grandes Eglifes , cjui 
pour efire les premières de France en anti- 
quité comme en dignité ont porté leur répu- 
tation aux Nations plus éloignées 3 lef quel- 
les ont ordonné leurs Eglifes fur ce modelle, 
^ Jïiigtdierement fur celuy de S.Ieande 
''Lyon : en laquelle cet honneur a eflé déféré 
et d'autres Princes tant naturels queflran- 
gers i qui far leur pteté ont obligé CEghfe 
k cette reconnoifance d' honneur ^aux Ductt 
de Sauoye , Cer/ites de f^iUars , aux Dites 
de Bourgogne , aux Ducs de Berry , attx 
Dauphins de Viennois , tjui tous ont eFié 
receus Chanoines d'honneur en cette 

Apres ce grand témoignage le ne luis 
pas en peine de trouuer ce qui l'a fait 
fucr , & ce qui luy a donné occafion 
de mettre ea humeur Ton Eloquence. 
L'vn des fils de Fridcric fut reçeu 
Chanoine d'honneur en reconnoilfan- 
ce des bien-faits que le Chapitre auoit 
reçeu de Ton père. Quelques-vns àes 
fils de S. Louys pu • ent faire vne partie 
du nombre de ces fils de Rois , & ie ne 
srouue pas difficile à croire qu'il y ayc 



chapitre neuf nie fme. 231 
eu neuf fils de Rois , & quatorze fils 
de Ducs reçeus en vn Chapitre durant 
vn Concile General , où le Pape , & 
plufieurs Princes aflîftoient, l'an IZ45. 
fous Innocent I V. refegié en cette 
ville. 

l'ajoute à toutes ces conieélures le 
témoignage fidèle de Rubis Hiftorien 
de Lyon , qui parle en ces termes , au 
1. 3. de fon hiftoire chap. 37. pa^. 279. 
Vay vil entre Us papiers de feu Mejfire 
lean de Aîaffo , vïuant Protonotaire du S, 
Siège Cheualier defawt le an , & Officiai» 
des exce\^ a Lyon vn extrait » ^uil écrit 
éiuoir fait luy mefrne en la Chambre des 
Comptes k Paris , l'an 1550. qui porte que 
Van 1145. qui eBoit le i^. du Signe de 
S.Louys. Il y auoit dans l' EglifeCatbe* 
dr de de Lyon 74. Chanoines » d'où l'vn 
eft oit fils de l'Empereur , neuf fils de Rois, 
quatorz.efils de Ducs , trente fils de Com" 
tes , vingt fils de Barons , & tousfeptante 
licentiez, auJt lois & en décret, 

le ne conçois pas le dilcours , que 
fait en fuite le Preuoft au bout de la 
page 87. & i'ay peine à dcueloper le 
myilere des douze dernières lignes , ou 
il parle de cette force. Comme les rkhejfss 

L V 



2^y2r lî.Art du hlajon iujl'fHé. 
àç-fO irtt hctiHCot'.p d'éclat à U vertu dont 
Vous faites projtjji on i vous ne^iiq^ez^ ^)f^'' 
ment la renûrmnée y qui n sfi e^ne Ufernan — 
te , Ç^r la fourrière des vertus , vonrueu 
qne vous ayez, les richejfes ^ & la vertu i 
eu les richejfes feules fans la vertu, le n^a- 
lîois pas encore appris que la renom- 
mée fut- la fcruante dés vernis , puis 
qu'elles font crloire de fe cacher, & 
beaucoup moins leur fourrière, puis 
cjue la réputation , & l'eftime la plus 
haute ne fçauroit eftre vne difpofiuoii 
à la verrn , qin efl: vne qualité attachée 
àlame & indépendante dés hommes. 
G'efl: pour ce fuiet que la vertu eft con- 
tente de foy-merme , & le leul témoig- 
nage de fa confcience lùy fuifitfans. 
qu'elle fe m.ette en peine des fentimens 
4es hoinmes , qui font plus {ouuen£ 
i^iuûes que raifonnables. Ces filles der 
k erâce fonc eftraneeres en c£ raojide, . 
elles n'y prennent point de logis, & 
quand elles -en prendroient de paslïàge,.. 
2â renommée n'^ Il pas vuehomTefour^- 
iicte pour elles , & il y auioit à crain— - 
4ire fi elles s'en feruoieiur , qu'elles^ 
Itiilenc mal logées , tandis que la faufTê'" 
"ïCitu auioit critîée 4aâ3iics Râlais. I^es^-- 



chapitre neuf ni ef ne. 253 
anciens ont elle plus iudicieux que le 
Preuoft , quand ils ont dit que la re- 
nommée ertoit fa fuiuante neccllkire 3 
comme l'ombre , qui ne quitte iamais 
le corps \ encore n'eft-ce que le iour 
qu'elle le fuit, & la vertu n'efi: luiuie 
de la renommée , que lors qu'elle cft 
connue. le dis fiiiuie , car iamais elle ne 
la précède , &: iî Thomme acquiert de 
Teftimc auant qu'il foit vertueux , c'eil 
à vne fauire vertu que ces honneurs 
lont rendus , &: la véritable les defad- 
uouë aufïî-toft qu'elle paroit. 

Ne perdons pis le rcfte dudifccHU'S 
de noftre Autheur. Il continu*': /gi/ryî 
aux deffiens de voFîre repuîAtion , vont 
ionglez^ omiertement ces Mejfienrs de t'E' 
gltje de Lyon 3 pour réparer sa quelqus 
manière le tort qns vout prétendez vaut 
AHoiresié fait par le fieurTriftan:, J'ex- 
plique cecy. Nous parlions tantoft de con- 
te Bhr es , mais il y aicy ejuelque chofe de 
flta : & pour parler franchement i lapre- 
fomption eji violente , que vohs n'auriez 
pas traité fi indignement vne perfonne du 
mérite du (leur Triflan , fi l'accueil ^ue la 
ville de Lyon a f^it à fès ouurages , n'aueit 
déconcerté le dejjew que voHé ame^cçnçett» 



2 34 L'^^t ilu hUfon ifijlife. 

de iuj> prefenttr vne bagatelle , & Diept 

fçait à Cl ne lie ^n. 

le l'eilime fçauant en ionglerie,dont 
le feul terme luy atr^iée fi fort qu'il le 
répète iouuent me faifant longlenr de^ 
Etiefques , Ior:gleur de Mejfieurs de l'E- 
ghfe de L)on , lor-gleurenfait d'antiquité, 
lonqjeu? en armoineSi &c. ce qui me fem- 
ble iniurieux à la réputation de ceux 
cju'il iuge capables d'eftre ionglez. 
Mais examinons fa prefomption vio- 
lente. V accueil ^ue la ville de Lyon a fait 
anx euuragei du fient Triflania déconcerté 
ie deffein que t*auois conceu de hty prefen- 
ter vnebagaielle. Si fa prefomption eft 
violente il a plus que des coniedurcs, 
& il a du moins des demy preuues à 
produire. Ou font elles ? depuis quand 
cft-il deuenu fi referue î eft-ce par cha- 
riré Chreftienne qu^il les a teUes ? & 
tout cet intiigue prétendu aboutit-il à 
de telles preuues? 

le n'ay iamais eu concurrence auec 
le fieur l'riftan , que ie n'ay l'honneur 
de connoiflrc que par rcputation,& par 
les ouuraees qu'il -i donnez au public. 
Il en prefenta vn aux officiers àes pen- 
^nages de cette ville tandis quei'eilois 



chapitre neufiiieme. 23^ 
en Dauphiné ; mais il n'a rien fait pour 
MeflTieurs les Comtes de S.Iean, ^i'o- 
fè dire , que Ton ouurage n'eftoit pas vn: 
ouura^e à déconcerter mes defTeins , fî 
i'en eulle eu de tels que mon ad uer faire 
m'en attribue. len'ay iamais eu lapen- 
fée de recueillir les armoiries des Bour- 
geois , & des Marchans qui rcrapliirent 
la plufpart des charges de ces pennona- 
ges : & certes fi i'eulTe eu quelque cho- 
ie à entreprendre en fait d'armoiries 
Four cette ville. l'aurois recueilli dans 
ordre Ecclefiaftique celles de tous nos 
Archeucfques depuis l'an onze cent, 
des Doyens de l'Augufte Chapitre de 
S.ïean ; celles de toutes les ramilles, 
qui ont donné des Comtes à cet illu- 
ftre côpagnie de Gentils-hommes, cel- 
les des Abbez d'Aifnay , des Abbefles 
du Monflftere Royal de S. Pierre , des 
Prieurs de la Platiere , & de tous les 
Chapitres. l'aurois pu mettre dans vn 
autre ordre celles des Gouuerneurs & 
des Lieutenans de Roy, des Sénéchaux, 
^dcs Prefldens & Lieutenans Géné- 
raux. Et dans vn troifiéme , celles des 
Preuofts des Marchands & des Efche- 
uins depuis leur réduction à quatre. 



1^3 ^ lî'Art an hUfm 'mflifié. 

Il n'eft perfonîïe de ces trois ordres, 
dont les armes ne méritent rano- dans 
le temple de l'honr/eur par le droit de 
la naiirance,oa par la nobleife des char- 
ges qu'ils ont exercées ^ & cette entre- 
pjrifeeft aHez vaite ppur faiie naiftre de 
|>eau¥ deileins. 



CH API TRI X. 

ne tEfpee. 

H ne peut fans iniuftice exclnrr* 
des marques de la valeur, i'Efpée 
qui en eft le principal inftrument , & 
qui ea fait prcfqae toute la gloire. La 
vertu aailfante auroit lieu de fe plain- 
dre , Çi après qu'on a couronné le boîi^ 
clier 3&; qu'on là orné des plus belles- 
couleurs du blalon , &:des plus riches 
dépouilles de Thonneur , on n'auoiC- 
sucun refpcék pour celle qui fait Tes tro- 
phées. C^eft la caufe pour laquelle tous - 
les peuples l'ont refpedée. Les Empe- 
ï€urs la porteat en cérémonie , cominc 
le marq."je de leur authoriré. Les Rois 
âi foBt deppiiuire k plus iilpftre cU 



chapitre dixième.- 2'}j' 
leurs Officiers d'arraec. Le Pape en bé- 
nit vne toutes les ann^ées la nuit de 
Noël, dont il fait preient à quelque: 
Prince. Les Prélats , qui facrent nos - 
Rois la leur mettent en main , de l'on 
s'enfert pour faire ié? Cheualicrs , en 
forte qu'il n'eft ^nere de dignité,qui ne. 
férue à- la gloire de cet inltrument du-' 
c-onrage & de la va.leur. . 

LeChcualier Rayard à qui François' 
premier fit l'honneur de demander l'ac- 
collade tefte mië & les genoux a terre 
pour garder la cérémonie , ayant reçeu 
ce Prince Cheuaiier, en fut tellement 
lorieux , qu'il s'écria tenant encore 
on efpce nue. Ta a bien heareufe d'auoir' 
Miouïdhny à <vn fi beau &Jï 'puijfant Roj^, 
donné l'ordre de Cheualerïe ^ certes ma 
hnne ejpée ^ vous ferez moult bien comme- 
relicfue: gardée , & fur tentes autres ho^isyr 
rée ; & piiùfi detixfauts , & après rernit^ 
AufourreAftfoyiefpée. Symphor. ChaiiL— 
çàer en la vie de I3ayard. 

Enfin l'Efpé^ à diuers vfages dans Le 
4>lafon : car outre qu'elle fait les armoi^ 
lies de pluficurs familles , i. ellea efté 
flutref'-is la mar<jue de Cheualerie,& 
c'eftpoui ce ruiet<^u'onU void g^caude 



f 

ic 



138 iJ Art an, hlafon iujti£e. 
fur plufîeurs anciens tombeaux. 1. Elle 
eft la marque de pluiieurs dignicez. Le 
grand Maiftre de Malthe , en met deux 
empoignées à codé de fes armoiries 
auec la deuife profide. Le Conneftable 
en portoit deux de mefme j & le grand 
Efcuyer en met eucore deux en fourreau 
fleurdelifé , & entouré de la ceinture de 
mefme. 3. Elle fert à marquer la lurif- 
didion temporelle des Euefques Sei- 
gneurs. 

Le premier , &:le dernier de ces trois 
vfages font contenez par l'ancien Pre- 
aoft , qui dit en la page 6o.que l'efpée 
mife fur les tombeaux n'eft pas la mar- 
€[ue des Ch^ualiers , & conclud en ces 
term.es trois ou quatre remarques en fa- 
ueur des cfperons. Tant il efi véritable, 
ijue la propre marque du Cheualier efi 
i'eff>erùn d'or ou d9réy& non l'efpée. 

Il eîl vray que les efperons dorez 
ont efté vne des marques de l'ancienne 
Cheualerie j mais il ne fçauroit nier 
que l'elpée ayt eu le mefme auantage, 
puifque elle a efté le principal inftru- 
ment de Cheuakvie. Tefmoin Sym- 
phorîen Champier en l'hiftoire du 
Cheualier Bayard , où parlant de Fian» 



Chafttre dixiefme. 2 j o 
çois I. fait Cheualier par ce braïK. il 
dit ^lors print font t^ée B-iyéirà^ & dit. 
Sire y autant la'tlle t^ue Jï c'ejfoit Roland^ 
OH Oliuier , Gaudefroy ou Baudoin [on 
frère. Certes vom efies le premier Prince 
que onc^ues fis CheuAÎier. 

L'Autheur de la Chronique Latine 
qui commence l'an 1380. & finit l'an 
141 j-. en la defcription de la Cheuale- 
rie donnée à Louys & Charles de S icilis. 
Hoc peraUo Epifcopm pretinùs Re^em 
Adiit y & in eiuspràjintia arnho adolefcen" 
tes fiexù genibm petierunt vt Tyronam 
éd/criberentur numéro : qui cum ab eis iu- 
ramentum foUtum exegijfet , eos nouiter 
nccinxit Baltheo Militari , & fer domi- 
Tium de Chauuiniaci calcaribui deaurAtù 
eoj iujfit Rex Carolfistnftgniri. 

Prudencio de Sandoual Hiftorio- 
graphe dePhilippes III. aux additions 
de la Chronique d'Alphonfe VII. Roy 
de Caftille , & de Léon chap. 4 ç. décrit 
comme Dom Sanche fut fait Cheua- 
lier , & dit. El huen Conde le cinqio l^ 
EJpada. 

Lambertus'Ardenfis c. 87. an.1170. 
Thomas Cantuarienfis Balduino z. 
Comiti Guifneinû in pgnum militia. 



3.40 L'Art du llafen'iujïifie. 
Gladium lateri , & calcaria pedibns aâ^ 

Melchior Haimnisfeldius Goldaftuî 
nor. in Winsbekij paraenef. ad fîlios. 
Nohilium ejuondam filij appenjîone fcutiy 
gai en tmpofinofie, & Acc'milione En sis in 
tcjHeHrem dignitatem leEli. 

Les lettres de NobletTe données à 
Thomas de Salerne Prefidentdu Con— 
feildeNaples par Maximilien II. font 
mention de rcfpée , comme de la mar- 
que de Cheualerie. Pro ea qna fungimur 
tf^ithoritate Cetfare^, tefrtfaiHm Pmfidem 
Taowam Saler ni tamim imis vttiufjUi da^- 
Sorem , atc^uff in ttmm gratiam fratrts' 
quo<jue tuos 3. nempè DoJnitium , Francif*- 
^ym , Sciplonem Afarcellmn 3 Pompcinm ,. 
M h, Leorjiirdum Salemitanos ac Jîltfis 
veîîros Tidîos a & nafcituros , eorurnqHe- 
defcendetues mafcnlos m infitiitHm , MiU-^ 
tesjiue Equités AMratos vtroT& Ugttiinos 
fAcimus , & ivfignïmus accingentes vos 
Qh.à\o for titudini s . . . . . .■vtvdeantprO" 

fhfceptA digfiîtatis Equeftrit ornamentOj- 
torqHikus 3 . Gladiis , calcaribtts vt^ihm^ 
Vii , fy^i} potiri. PKilib. Campanile, 

Ambroife Moralez 3 de lean NugneiT 
^£ges Hjjj^ama mmn propria Gladimia- 



Chaptre dixième. 241- 

de altari accipiunt , C^ cin^ulo mlitarife- 
ipfos accirigunt. 

Ces authoritez me femblent de? 
prennes conuaincantcs contre le Pre- 
uoft j il fant maintenant iuflifîer la pra- 
tique ancienne cfe reprefèmer cette epee 
fur les tombeaux. Les exemples en font 
(\ frequens , qu'il faut eftre peu cu- 
rieux pour ne l'auoir pas remarqué en 
pKificura endroits. Outre les exem.ples 
de l'Abbaye de la Luzerne , que i'ay 
rapportez en mon véritable art. Tay 
remarque la mefme chofe aux Abbayes 
de Clugny , de Belleuiile de Cifteaux, 
d'Hautecombe , de Tourna , &c. &: en 
voicy les exemples particuliers. 

Dans le fond du cloiftre de Clugny 
font deux tombeaux fort anciens de 

deux frères : fur l'vn on lit D Bon-» 

chardi Aïilite : & fur Tàutre D^Ucobus 
BouchArdi Miles. 

Suijifl'vn &: fur l'autre il y a vne efpée 
prlll'e derrière vn efcu bandé.xçluy du 
dernier eft brifé d'vn lâbeau de j. pièces, 
Tay fait represêter ceruy de l'aifnc en la. 
figure VL A Tentrée de l'Egliliî de c-ctte 
mefme Abbaye eft la Chapelle de la 
maifon.de Saligny , fur la porte dcW- 



141 L^Art au bUfon tuTiifié. 
quelle les armes d'vn Seigneur de cette 
famille font reprefentées telles que ie 
les donne icy. X I. De gueules à trois 
tours d^argent; deux griffons pour fup- 
ports , l'efcu entoure dVne chaifne à 
laquelle font attachez les Ecuifons des 
alliances, & vne efpée paflee|cn pal der- 
rière l'efcu. 

En l'Abbaye de Tournu , à l'entrée 
de l'Eglife , qui eftoit autrefois l'an- 
cienne Eglife , fe voyent fept ou huit 
tombeaux à demy rompus, dont la plu- 
part n"'ont quVne efpée pour marque 
lans écuffon ; en vn font les armes.de 
Semur auec 1 efpée comme en la figure 
VII. en vn autre ^ vne croix engreflée 
auec Tcfpce nue à cofté : & en vn autre 
l 'efpée fous v.n efcu fafcë auec cet 
Epitaphe quafi tout rongé. 

H te iaeet MarceUïnus Mihi ; 

& en vn autre Tefcu de la figure VIIL 
fans infcriprion. 

Dans TEglife fous l'aifle gauche cft 
le tombeau d vn Seigneur de Mont- 
bellet , fur lequel il eft reprefenté auec 
fes armoiries aux deux coftez , accom- 
pagnées d'vne efpée qui accofte l'efcu 
à droit, XL auec cet Epitaphe, 



Chfipitre àïxiefme. 245 
Hic iacet Alaràns Dominus Aiontisbelkt- 
ti mile s y &c. 

En l'Eglife de Touches proche le 
Chafteau deMontagn à deux lieliesde 
Chalon , eft reprefentée l'armoirie auec 
vne efpée qui i'accofte au cofté gauche, 
comme en la figure. I. 

Ces exemples font encore plus fre- 
quens en l'Abbaye de laFerté fur Grof- 
ne prez Chalon. 

Au Porche de l'Eglife. DomimsGul- 
do de Saula Mihsy^nec les armes de Tel- 
pée comme en la figure. II. 
Dominus Hugo de Saula Miles de même. 

La figure IV. eft fur vn tombeau 
auec l'efpée fans aucun nom. 

Dans l'allée du cloiftre qui va de 
l'Eglife au Chapitre/url'epaiireur d'vn 
tombeau de pierre , releue &c enfoncé 
dans le mur , eft l'ecuifon X. auec l'ef^ 
pée fufpenduë par fa courroye auec 
cette infcription. y4nno Domini ijoi. 
nono Cal. Maij ohiit R. Dalmaciaci Vice- 
comes CdbiUonenjis Dominus de Marci' 
liaco. 

Hic idcet nohilis vir : G. Miles DomU 
nus de Rocha , fans aucunes armoiries 
qu'vne cfpéc fur fa tombe. 



444 L'Art âti hlafon iujitfié, 

Anno Dominl .^ . . . menfe Septemhri 
abiii Parrellus de Loyficu 

Anno 'Domlni 1534. non. OBoù. obiit 
Dom, Guido de Loayjia, , 

Tous deux auec l'efcu marqué de 
cinq fafces & accompagné d'vne efpée,. 
les armes de cette ftmilie font repre- 
fcnrées en vn tableau d'vne Chapelle: 
le champ eft d'azur , & les fafces font 
d'or. 

Gt}iller7nus des Loques Miles : d'or au 
îâutoir d'azur , refpée à cofté de l'efcu. 

Ej!ien;^e de la Chee^e Efcuyer , aui 
trc'p^Jfa l'an i 4(3 5. le ^. de Mars : i'elcu 
& Teipée comme en la figure.V. 

lean de Vafqueow Vifque ( car on a 
peine de bien diftingner^l' mfcription eftant 
Gothicfue.) ladis Efcuyer d'Efcurie def 
Monfcigneur le Duc de Bourgogne, 
fon Bailly & maiftre des Foires de Châ^ 
Ion , qui trcfpaifa le 18. iours de Mars 
1 3 8q. L'efcH & l'effée comme dans la fi' 
gt'.re. III. 

M. Chifflet a remarqué la mefme 
chofe en diuerfes E^lifes du Comté de 
Bourgogne. Comme il le témoigne iuy 
mefme in fef&ntion^ part. i.c.i6. p. 91,- 
Ja miiUij ncbUit(m rn^nfls , fine tombis- 



Chdfïtre àixiefmc. 245 
{vt vHÏ^m bquitnr ) cjuibus longa tittdo- 
rum fpeties difflicebat , tantop;rè nunc 
expetitaagentilitin ïnfigma cumfcuto , & 
Enfe appofita cemuntur , cam mort ni no~ 
tnin€& tUnlo Militis , qui Equitem/s- 
nabcit , & mbdem '• ità in cUttftyo & adi" 
bits S. Stephani 'S:fo!^tini Milites leges^ 
in tumnlis nobilium de Cev-^ , & ali^juo- 
mm ex Cafatis , cjui funt quatuor €x Fet» 
Cod.,Rituum S.Sf.tphani. 

Cornes Buigundi^ , 

Dominus Mouds falcoiiis, 

Vicecomes Bifuntinus, 

Dominus de Abans, 
Sic item Milites imtenifs in dxnobiû- 
fum BurgundiA claufiris , vt in Monajie~ 
rio BelUuallis de Vienna , de Achœo, de 
Rocba , de Caftellione. 

In Canobio charitatii > de Monte 
AuLiium , de Nouocaftro , de Rayaco, 
& de Arguello : ces preuues me fem- 
blcnt fuffifantes pour eftablir ma pea- 

le viens au fécond point contefté , 
<[ui eft l'vfage de l'efpée pour marque 
de la lurifdidlion temporelle des Euef- 
ques Seigneurs : à l'occaiion de laquel- 
le mon aducrfaire dit, yoHs les ionglez 



2 ^6 l! Art du bb,fon iujlifie, 
er non content de leur donner des armes en 
peinture: vous leur mettez, les armes ma- 
îerie/L's en m^m , en tant c^uen vous ejf^ 
page 88. Auant que repondre à cette 
ciçcufation , il eft important que ie 
répète icy ce que i'ay dit en la pag. 1 70. 
de mon véritable art du blafon. 
5, Les Prélats , qui ont iurifdidion 
„ temporelle , & qui comme Seigneurs 
,5 font obligez de fournir desloldats 
„ pour les guerres importantes, portent 
„ ou peuuent porter le cafque ioint à la 
,5 mitre pour couronnement de l'efcu 
„ de leurs armes. Les Elecfteurs Ecclc- 
3i fiaftiques le pratiquent en Allema- 
55 gne, & les Euefques de Dol & de 
„ Cahors en France. Ceux , qui font 
9, Ducs , Marquis, ou Comtes par leurs 
v„ familles , peuuent porter les couron- 
,, nés , &c. 

Tay ^- traité plus amplement ce 
point en la page 187. 188. & 189. où 
i'av donné les exemples des- Prélats, 
qui le pratiquent en France & en Alle- 
magne , & rapporté quelques raifons 
de cet ornement militaire, ioint aux 
Ecclefiaftiques: entre-autres chofes i'ay- 
« dit. Qu'il a ejfté vn temps que les 

Prélats 



chapitre difàefme. 24-7 
„ Prélats ne faifoieiit point difficulté 
,5 d'aller à la guerre , que nous en suons 
„ cent témoignages dans Thiftoire ^ & 
„ que les C api ml aires de Charlemaane, 
„ & de Louys le débonnaire Je iufli- 
,j fient , &c. 

C'eft fur cet endroit que le Preuoft 
crie que te f crois des Emfques des Gène, 
raux d'armée fi te poumis , & qit'au lieu 
de leur propofer les oracles facrez. de la ve- 
rite pmjez. de l'Efcriture fainte , des Con- 
flittmons Afojioliquesy & des Décrets des 
Papes , ieleur allègue des Exemples fcan^ 
daleux de^ quelques Prélats hétéroclites 
qu'on a vus a la telle des armées Chrç' 
fiienne s centre des Ch-fiens. 

le ne fçay fi ie me dois plaindre de 
^infidélité de mon aduerfaire , ou de fa 
témérité. Il corrompt tous mes fenti- 
mens , lors qu'il entreprend de les ex- 
pliquer , mais il s'oublie en ce point de 
la dignité àts Prélats, &: àts rerpedbs 
que nous leur deuons , quand il Ixi^t 
demoyqteie leur propofe tesomdesfa- 
erez.de la vérité ^ put fez de l'Efaiture 
fawte, tbc. Qu'il apprenne que ces Prin- 
ces de l'Eglife font nos maiftres , que 
f'cft à eux de nous indruire , & qu'il 

M 



248 L'Art au hUfon iufi'ifie. 
y a de l'impudence en ceux qui s'eri- 
frent en L'eformateurs de cet ordre eftant 
dans vn inférieur. Secondement ic n'ay 
fait que rapporter des ciiofes faites & 
pa{rées,quine dépendent ny du Preuoll: 
ny de moy , & bien loin d'approuuer 
ou;de condamner ce qui eft au deiUis de 
nous , après auoir defigné le Car- 
dinal Infant , &; le Cardinal de la Va- 
lette fous ces termes , mus aiiorjs vu de 
nos temps deux armées Roj aies comman- 
dées par deux Princes de l'Egltfe , dont 
l'vn efioitfils de Roy , & i'^utre d'vne iU 
luîlrc famille de ce Royaume. Tay dit 
auec le refped que ie dois à cette 
cminente dignité , qne la pourpre fa^ 
crée efl plutôt vne couleur de zèle & de 
l'ardeur qutlfaut auoir pour maintenir 
&eftendre la Religion , que pour combat- 
tre pour la gloire , & pour eflendre les li^ 
mites des Efiats temporels. le lallfe à iu- 
ger , qui eft le plus criminel dans Tes 
fentimens , ou le Preuoft qui nomme 
ces deux Cardinaux dei Prélats hétéro- 
clites , & leurs exemples fcandaleux , ou 
moy qui en ay parlé auec cette referue, 
& de cette manière refpeaueufe qui 
lioritre jqne ie ne feiois pas des Prc- 



chapitre dixief?ne. 14^ 
hxs y des Generanx dCarrnu fi ie poH~ 



UOiS. 



le dis donc encore vne fois que les 
Prélats , qui ont vne iunrdiclion tem- 
porelle , ont droit de ioindre i'efpée à 
ia crolfe en leurs armoiries , & que la 
pratique n'en eft pas noauelle. Il eft à 
propos de donner icy l'origine & la 
cauk de cette pratique , qu'aucun dt 
nos Autheurs du blafon n'a traite. Ce 
fut Erlang Eucfque de Virtzbourg en 
Allemagne, qui commença le premier 
à ioindre cette marque militaire à celles 
de fa dignité à l'occafion de Henry V. 
Empereur, qui le moleftoit dans la po(l 
felïïon de fa Duché , que cet Empereur 
vouloir enuahir pour le donner à Con- 
rad fonneueu Duc deSuaube. Ce Pré- 
lat pour montrer qu'il eftoit en eftatde 
fe défendre contre vn Prince que le Pa- 
pe auoit excommunié , fiifoit tou- 
jours marcher deuant foy vn Efcuyer 
portant vne efpée nue , comme fait le 
Conneftable deuant le Roy ; cette cé- 
rémonie fut retenue par fes fuccefîèurs, 
& encore à prefent quand ce Prélat of- 
ficie on met l'efpée fur l'Autel auecU 
crolfe, d'où eft venu ce Prouerbe. Her'» 
M ij 



ai 5 o L^ Art du hUfon iuftifie. 
bipolenftsfola enfe iudicat & Jiola. Voicy 
comme Brufch raconte la chofe r^^.9. 
in 24. Epifcop. Herhipoi. Erlango. Erlan 
gus Epifcopus Herbipolenfis mm anno 
Chrisît 1 1 04. ah Henrici V. Imperatoris 
^uem Pontife X Rom. excommnfiicauerar, 
cuîque di^us Erlangus aliquandiu adhA- 
ferat , amicitiâ , & confite tudwe tandem 
ahhorreret. hnperator dncatitm httnc inuol- 
mre , ac vt aliejHod imperij fendum adfe 
deiiohtum Ditci Sueuorum Conradoftto ex 
forore nepoti conferre attentatnt. Ibi vero 
EfUngtts Jmperatori acerrimè fefe ûppo~ 
vens diicatum fuum prenne défendit , & 
fortiterretinnit , curans etiam ?»ar7danf(j{te 
vt &/ialio^ui arrogantia. nomine malè ait- 
diret, tamenpofthac minifier fe antecedenst 
mtdum ac euaginatum giadiftm praferret: 
hic primus fuit Epifcopm , qui vna cum 
pedo pasîorali gereret in infignihtis coruf- 
cantem enfem , exempÏHmfuccefforihm imi' 
tandttm prahens. 

Au Palais Epifcopal de Chartres on 
voidlcs ftatuës des anciens Euefques 
veftues de tous les ornemens Pontifi- 
caux , excepté la chappe , ayans le caf- 
que en tefte, & l'efpéc au cofté. 

L'Effigie d'Othon Vifconti Arche- 



Chap itre âixiefmé. 251 
iiefque & Gouuerneur àe Milan , (t 
void au naturel dans vn cabinet voûté 
du Chafteau d'Anglerie , ai^ec vn ta- 
bleau de la viâ:oii'e cju'il renT porta à 
Décime contre les Tmrians. CcPrclat 
Seigneur de Mikn eft reprefente' en ca- 
mail & en rochet, foLitenant de la droi- 
te fa croix Archiepifcopale , & s'ap- 
puyant de la eauche fur vne erande 
elpee nue. 

Le Monument qui rcfte en cette vil- 
le fur vne des portes de la cour de l'Ar- 
cheuefché , que i'ay dcf a fait reprcfen- 
ter en mon véritable art du blafon , & 
que ie redonne icy montre que nos Ar- 
cheuefques ont eu autrefois cette mar- 
que de leur iurifdiclion temporelle. 

Les monnoyts de Ferdinand Euef- 
que de Liège , prouuent lemefme pour 
cetEuefchélà. Le fceau de i'E.uefque 
de Bafle pour le iîen : &: la neufuiéme 
page de PArmorialj Ali:mand de Sib- 
macher pour Mayence , Cologne, Tre- 
ues, Magdebourg, Saltzbourg, Brème, 
' Bezançon, Riga, Prague , Cambray, 
& Virtzbourgt 

Quelques Euefqiîcs mettent cette 
cfpée dans Pefcu mefme comme cciny 
M i\] 



2 5 i L'Art du htafon mftifié. 
du Puvjen Vclay. Ceiuy deNeuboiirg' 
€n Allemagne , & ceux de Londres , 
de Vinceftre , & d'Excefter en Angle- 
terre. 

LapJufpart de cts Prélats eftoient 
obligez aux fernices pcrfonels àus par le 
vajfal à fou Seigneur À caufe de leurs fieft 
tant froftahlcj que guerriers , publies & 
friuez félon les ordonnances de l' Efat an- 
cien de la France explicjuées far Clément 
Vaillant Aàuecat en Parlement. C'eft la 
caufe pour laquelle Carion Hiftorien 
Allemand loue la modeftie d'Albert le 
grand, qui refufa l'Euefché de Rat if- 
bonne qu^il falloit gouuerner par armes 
félon la couftume de plufîeurs Euef- 
ques d'Allemagne, qui défendent leurs 
biens par l'eipe'e. 

Il y a vne Ordonnance formelle de 
ce deuoir militaire dans les capitulaires 
de Charles le Chauue , &c parce que 
mon adnerfaire dit , ejue c'efl vne chofs 
déplorable quvn homme de ma profejfion 
ne p^^efur ces linres , que comme Us arai- 
gnées & Us cherMUs fur Us pins belles 
fleurs , ie la veux raporter icy : elle eft 
la 8. de celles qui furent faites in ver no 
faUtio : où Ebroin Euefque de Pc«tiers 



chapitre dixième. 253 
prefidoit Pan V. du Royaume de Char- 
les le Chauue au mois de Décembre. 
VIII. 

QuoMiam cjuofdam Eptfcoporum ah ex- 
■peditionii Ubore , corporis défendit imbe- 
cillitas , aliii apttem 'veFira indnlgentU 
cunEtii optabilem targitur ejuietem^prétca" 
uendum efi vnif(]ue , ne per eorum abfert' 
ûam , rci militaris difpendium patiatur, 
Itaquefi veflra confent'tt [uhlimitai 3 ho" 
mines [nos rei^uh^^profiituros cmlibet fide- 
Uum vesîrory.m , quem fibi vtilem indtca- 
uerint commit tant , cuiitf diligenpia ne fe 
ab ojficio fhbtrahere valeant obfeYuetur, 

Clément Vaillant en Ton traité de 
VEjïat ancien de la France 5 a fept Cha- 
pitres entiers des deuoirs militaires q-.ic 
les Euefques , & les Abbez tant régu- 
liers que feculiers font obligez de ren- 
dre à caufe des fiefs qu'ils tiennent. 
Il allègue plus de cent exemples tirez 
de diuerfes hiftoircs , & dit particuliè- 
rement de l'Euefque de Beauuais. Uefl 
fans dont e ejue l'Euefijue de Beauuais , a 
caufe de fan G on: té , efl tenu d'aller à la 
guerre , cjuand il plaît an 'Roy de le man' 
dfr. Le denombreme?it au Roy baillé par 

M iv 



2 54 I^Art du hUfoniuflifie. 
les Eaefc^ttes enfAttfoy y par deux articles 
à'tceluy : il efi écrit par L'vn. 
„ Item Gnillaume de Romecan Sci- 
3, gneur du fief de la lance , eft tenu me 
3, lecourir ou faire fccourir Pefpace de 
a quarante iours ma cheuauchée à l'ar- 
3y mée,toutesfois qu'il plait au Roy no- 
5, fVre Sire moy mandei-j & doit porter 
35 la lance deuant moy ou en ma com- 
3, pagnie , moyennant ce que ie fuis te- 
35 nu le monter &; armer bien &; fuifi- 
3, famment. 

Et en l'autre article. 
5, Item Maiftre lean de Feuquieres 
„ tient vn fief nommé, le fief du glaiue, 
„ auquel appartient vne maifon auec 
)y Tes appartenances , fituée audit Beau- 
3, uais au lieu nommé le mont S. Mi- 
3, chel 3 & pour cette caufe m'eft tenu 
3, feruir en l'armée quand il plaift au 
3, Pvoy noftre Sire, moy mander & por- 
„ ter vn glaiue deuant moy. 

Les curieux pourront voir dans ctt 
Autheur Ids exemples nombreux de 
cette pratique , après laquelle ie dis que 
les Prélats , qui ont de femblables fiefs 
peuuent porter vne m.arque de leur iu- 
rifdidion temporelle auec beaucoup 



chapitre dixiefme. 255 
plas de raifon , que ne font ceux qui 
prennent des ornemens chimériques j 
dont quelques cciiuains flateurs ont 
commencé d'entourer leurs armoiries. 
C'eft ce que i'auois à dire fur ce point 
pour la iultification des Prélats „ qui 
ioignent i'efpée à la crolfe comme vue 
marque delà iuftice qu'ils font exercer 
par leurs Officiers ; fur les peuples qui 
leur iont fournis. 



[Chapitre XL 
Diuers fenttmens injlifiez.. 

A Près tant de preuues euidentes d& 
l'ignorance audacieufe de mon 
aduerfaire, & tant d'erreurs manifefte- 
ment decouuertes dans fon Epiftre j il 
me femble que ie ne me deurois pas 
mettre enpeinc de plufieurs autres pe- 
tites chofcs , qu'il oppofe âmes fenti- 
mens. En effet la mauwaife foy , que 
i'ay fait connoiftre dans toutes les in- 
terprétations fmiftres qu'il a tafché de 
donner à ma do6trine , &: la foiblelfe 
ds tous fcs raifonnemens mal conceus, 

M V 



2^6 f Art du hUfon iufiifie. 
& mal dicterez monircnt aflèz l'iniviili- 
ce de Tattaque qu'il m'a faite , & con- 
damnent fiifErammcnt fon procède. 
Neantmoins pour ne pas luy lailleila 
moindre occafîon de triompher dans fa 
défaite, &: deprcfîter d'vn filenceaffe- 
(fté , que Ton aucuglement luy pourroir 
^aire rrouuer auantageux , ie veux dé- 
truire iufqu'aux iniectes de Ton Apclc- 
getique , apr?s en auoir terradé les 
monftres les plus fiers & les plus dan- 
gereux. 

En la page 1 2. îi nie que les Ducs de 
Bourgogne ayent pu ennoblir ^ & dit. 
J^ue comme il ny a ejuvn Souuerain en 
France a parler proprement, aujfi n'y a.-iil- 
^ afotffiermn ^ui e[i le Roy tijui ptiijfe. 
epnoblir félon les Arrefts des Cours Somuc^ 
daines. Ne dfriez-vous pas que c'eftvn" 
Chancelier qui parle , & iamais a-t'on^ 
prononcé des Arrefts auec plus de for-- 
ce j que celuy-cy , qui dégradé en qua- 
tre mors plus de cinq cens familles il- 
iuftres , de la nobleife qu'elles polïcdenc 
iaxis reproche depuis plus de quatre, 
cens ans ? Ne faudra-t'il pas que les fa- 
milles de Bretagne , de Bourgogne , di^ 
Proucnce, de Dauphiné , & de Langui»- 



chapitre onxiefme, % ^ 7 
doc, qui ont elle ennoblies par leurs 
Ducs 5 par leurs Coip.tes , &r par leurs 
Seigneurs , prennent de nouueau «Jrv 
lettres d'ennobiifTement ? De pluiîeurs 
lettres de Noblelïe données par ces 
Princes , dont i'ay des extraits , l'en 
donneray feulement vne dVn Duc de 
Bourgogne expédiée à Paris fous les 
yeux du Roy, éc vérifiée dans la Cham- 
bre des Comptes de Dijon , d'où l'ex- 
trait nT'a efté enuoyé en cette forme. 

lean Duc de Bourgogne Comte de Flaf:- 
dres , d' Artois & de Bourgogne , PaUtWs 
Seigneur de Salins & de Matines, Sçamir 
fatfons a tom prefens & adnenir , cjue netis 
confiàerans & attendons les bons & agréa- 
bles feruices y e^ue par nosîre amé fonsm!» 
lier de noFîre efchançonnerie , lean Quar- 
rey demeurant en noftre ville d' Argilly en 
r.osiredite Duché \ homme franc d'armes 
de -par feu lean Qjiarrey & Afargueritte 
fa femme jadis fes père & mère : la mert 
due^uel père iadis nommée GtùHemette de 
Mauperthii 5 fettr de feu lean de Mau- 
pertuis Efcuyer en fon viuant , & ayeulle 
maternelle dudit lean Qjtarrey le fils , de 
topu cofiés extraitte de Noble ligr.ét & ef- 
poufedefett Hugtunin Quart ey ayeulpa- 



5 8 l! Art du hUfon iuftifié. 
îer-fjel d'icehiy mefme fils , & lequel fils 
eikjfi deprefent efl marié en vne noble fem- 
me nommée Gmllnneite de Chafieau Reg- 
naulf tenti en fief de nous, & par lespre- 
feris d'icelny Uan Qmrrey ont eflé fatts à 
noM & aux mftres m temps pajfés , & à 
nom nommément par ledit han le fils def- 
puisfon ieune aage , tant en armosou voya- 
ges cjue fifme en Turquie à l' encontre des 
Turcs y & autres mefcreans & ennemis de 
Dieu & lafoy Catholique ou il fut prifon- 
fiier , que desfuis oh voyage de Liege^Û en 
plufteurs nos autres voyages & armées , & 
autrement en maintes manières-somme en- 
coresftit chacun tour , (^ fe demonfire en- 
clin & déterminé de faire où temps cy- 
après auenir , & qu'il s* efl toufiours porté 
de bonnet moeurs , vefcu honneBement & 
nohlement & de tout fin fouuoir , & par 
toutfon temps Tnfuy nobles faits & oeuttresy 
^ les voyes que les contendans rendent di- 
gnes & acceptables aux tiltres &féts de 
mblejfe , & de tels honneurs & eleuation. 
Iceluy Uan Quarrey furce par vraye ex-' 
perience de fait à U relation deplufieurs 
nobles nos efpectaulx feruiteurs bien àplain 
& foujfifamment informé s.,& auec leur ad" 
uis & délibération auom à fa tres-humhle 



chapitre onzième. 259 

fupplicAt'ton en reconnoijfAnt comme raifon 
eji lefdits ferukes & recommandation. De 
nojire dite certaine fcience (^ grâce fpccial 
enfernble [es enfam majles & femelles nez 
&a naiÛre , fitpposé que les ne"^ nayent 
esîés procrées par noble père , fanf toutes 
•voyes cju'ils /oient tous de loyal mariage, 
& ej ni feront défendus de fon propre corps, 
& leur po fier ité pareillement defcendans. 
Allons annoblù & annoblijfons à toitfîours 
mais & perpétuité par ces mefmes prefen- 
ta i en hiy o^r ayant pour nous & nos hoirs 
&fuccejjeurs Ducs & Duchejfes de Bour- 
gogne , ejue luy & fefdits en fans Ô pofle- 
ritéi ioyjfent & vfent en tous cas & befon- 
gnes de toutes prerogatiues , liberte'syfra»' 
chifes y & droits de noblejfe , & qui y ap- 
partiennent pareillement que en iouyjfent 
& vfent les nobles anciens d'armes de nofd. 
Duché & Comte de Bottrgogne , & foient 
tenus & reputez, de cy en auanspour nobles 
perfonnes : ^ tellement que ledit père & 
fefdits en fans mafei & leurs pofieritémaf- 
cuit ne , puijfe prendre l'efiat , ordre & di' 
gnité de Cheaalerte toutefoù qu'il leur 
plaira , & de tel Cheualier que bon leur 
femblera : & outre puijfent lefdits père & 
ettfans majles & femelles acquérir chofes 



t6o L'Art du bUfon ïuflijié'. 
^ouuans de nos fiefs , deftjuels tenir & re-- 
prendre de nom oh d'autres Seigneurs de 
^ui fief files feroit , fans ce e^m pmjfent 
s-fire contrains de la mettre hors de leurs 
mains , des maintenant nom les habilitent 
& rendons fonfifans & ydùin&s , fouruetf 
ejutls vtueni noblement , & c^ae les droits 
ou deuoirs ejui d'ancienneté deus nous fe-- 
r Oient fur les héritages qu'ils tiennent ou- 
tiendront di notu ou nofd^fiutjfeurs , far-^ 
ce ne foient diminuez ou amoindris en au- 
cune manière : & par dejfpu audit lean 
Qjfarrey de noftred. grâce 3& en icelle e-nw 
-pliant ayant regard a la grandeur defdits^ 
feruicei y, & afin que nous & Icsnoîîresil- 
fait pi Hé obligé & ahjiraint de bien fer uir" 
par cy-apreSi& y continuer comme il afair 
deuers nous iufqucs à ores: toute la finance 
^ui dette notu eft ou pourrait eflre a, caufe 
de cefi annohliffement j luy auons donné & 
quitté i donnons & quittons far fefditef 
pre fentes. Si donnons par ic elles en mande-^ 
ment a nos amez & feaulx les gens de nos 
Confeil & Comptes a Dijon^ à noBre Bailly 
illec , à noTire Receveur gênerai de Bour- 
gogne , & d tous nesautr&s luflicier & Of^ 
ficiers de nofd. Duché & Comté de Bour* 
pgne iprefeni & auenir oif à letîrj Lie Me-* 



€Î3jipître<vnxieJîne.. 16 1\ 
nans,&à chAcnn â' eux endroit foy Çy- fl 
comme à lu) appartiendra. . Qjie de nofd^ . 
grâce & annohltjj'iment fajfe^it ifon^rents 
& laijferit les aeuant-diz le an Qu^arrey 
0" fcf erfans mc.Jles ou femelles nez, & k 
naisîre comme ait ejî lo'ir , & Tjfsr pUifje- 
ment & pAifiblsment félon la forme & te- 
jjear de cejles 3 & <}tie an contraire m l a 
violentent , tronhlent cpt- ernpefchent , r:e 
foîijfrentefîre moUBés itrouhiés ou empef^ 
chés ccmrneni que ce foi* decy en nuanî 
notiehslant que ladite fnnnce^ audit lean 
^jdarrey parnom comme de Jf us donnée & 
qiittte'e 3.& la fomme a, quoy elle pour r oit 
monter ne foiî cy déclarée ne esîimée , que 
telles & femblables finances filon nos Or=' 
donnances » doiuent eftre conuerti4î& em- 
ployées en la fortification & réparation de 
nos Chafteakx & Fortereffes de no fd. Duché 
& CoTnté de Bourgogne , & non atlleurs: 
& que ayons voulu & mandé par exprès 
quelque don oh quittance & aliénation ^ 
que enfijfions pour quelconque caufe ou oC' 
cafion iil ny fut ou fait obtempéré > ohey ^ 
fer s pour la moitié tant feulement : C7 quel" 
ques autres Ordonnances ^ mandemens 0» 
dtjfenf es faites ou a faire a ce contraires : 
& ^m que ce foi t ferme chofe ^ effablçà 



2 é' 2 l' Art â'Â hlufon mfiifié. 
tohjîours mais , nom auofjs fait mettre nO' . 
ftre feel a ces prefem&s , fauf en autres 
cbofes noîîre droit , & l'autruy en toutes. 
Donné a Paris le xG. tour du mois à' Attril 
après Pansues lan de Grâce 141 z. Ain fi 
fignépar Monfeigneur le Duc I.de Saulz. 
f^ifa, Fertfiée en la Chambre des Comptes 
le I.de Septembre 1 4 1 2 . 

l'ay encore vn extrait authentique 
des lettres d'EnnoblilTement d'Odo 
Roy, dit Rc-gisde Nozeroy en Bour- 
gocrne , données à Midelboiirg en Ze- 
lande par Marguerite Comteffe de 
Bourgogne. Prekns le Baron de Mon- 
tcnay Chcualier fieur de Burcn ôc chef 
des Finances , le fîeur de Montbaillon 
premier maiftre d'Hoftel , le Doyen de 
Poligny premier maiftre aux Reque- 
ft' s, &; Antoine de Montcut Confeil- 
1er, Confeireurôi Aumolnier de ladite 
Dame. 

Les armes de cette famille font pein- 
tes dans cfs lettres , elles font de gueu- 
les à trois couronnes Ducales d'argent, 
au chef de mefmc, le bourlet & les lam- 
brequins des Emaux de Tefcu , pour 
cimier vn vol d'argent & de gueules. 

Auant TEmpereur Charles Quint 



chapitre 'vnxieme. 16} 
les Gouuerneurs des Pays bas enno- 
blifToient, &: ce Prince fut le premier 
qui leur en ofta le pouuois. Enfin fe 
m'eftonne que mon aduerfaire, qui a 
poblablement lu Oliuier de la Mar- 
che , qu'il cite quelquefois , n'ayt pas 
remarque dans cet Autheur que les 
Ducs de Boureognefaifoient des Che- 
ualiers, témoins les Seigneurs de Sains, 
&deHarchies chap. 25. du liu. i. des 
mémoires. Ce qui eft la marque dVne 
plus grande authorite , que de donner 
rennobliffement fimple. 

L'origine des armes , que ie donne à 
noftre nation , & qu'il fait beaucoup 
plus anciennes que noftre Monarchie 
pag. 3 3 . 3 4. ? 5 . &: 3 6. eft vn point que 
i'examinc à fond en mon traité des ori- 
gines j qui va fuiure celuy-cy. C'eft 
dans ce melme tr;vté , que ie montre 
euidemment qu'elles ont efté primiti- 
uement armes de fiefs , & attachées aux 
terres ce qu'il combat en la page 57. 
&: en la 3 8. Il les fait fucceiliues chez les 
Grecs ce que ie deftruis facilement. 

En la page.53. Il veut faire palfer 
pour vnc faufle coniedure , ce que i'ay 
dit des armes de la ville de Rheims , qui 



1 ^4 L'Jn du hUfon wfiifie. 
porte vn oliuier en fes armes , pour 
marque de VhmXt celefte de 1 ondion 
de nosRoys , dont elle eft depofitaire. 
Mais ie ne fçaurois donner vne plus 
belle preiîue de mon fcntiment , 
que les vers mis fur la porte de cette 
ville-là , lors que le Roy y entra pour 
Ion lacre. 

LA VILLE DE R HE IMS 
A V R o r. 

Toy de (jm la honte tient tant d'ames 

captiuesy 
Et de ejui la vahur t^acquit tant de 

fuiets t 
Souffre qhà tes lauriers ie ioigne mes 

oliues 
^our te faire grand Prince après tant de: 

de beaux faits, 

SOV VENIR DE LA Paix. 

En la page ;^. Il dit hardiment qu'il 
n'y a point de famille de Reflïs en Dau- 
ne,quoyque i'aye vu les monumens 
«le cen^ famille dans PE^life des Car- 
mesdePinetà deuxlieii-es de Vienne^, 
& le Chafïeau du Seigneur de Re(îis> 
«^ui eft feulement à vn quarc de lîciie,. 
tîa memePinetjcepêdant il le veutfeire.- 



ôhapitre vrtziefme. 1 6^ 
tronueren Bcaujolois , 6c confondre U 
maifon des Sallemares an ce celle-là. 

En la mefme page. Il comme c trois 
erreurs groffieres foas prétexte d'en 
corriger vne prétendue , car il dit (^ue 
la matfon des Chaboài Lefcherena n'eji poâ 
efieinte , & tjue le fieur Marejuù de faim 
Ge>rnain Plempotentiaire de Sauoye en 
l'ajfemblée de Aduvfter en tient l'^if?ej^e. 
Sur quoy ie dis qu'il eft vray que la 
maifon de Chabodi Lefcherena eft 
efteinte, comme il appert parla clef que 
le fieur d'Aiguebellette fît mettre fur fa 
feprefcntation,comme il eft vray dédire 
que la maifon de la Tour du Pin eft vne 
maifon efteintejquoy qu'on en falfcdef- 
cendre la Tour Turenc. Car quand on 
ajoute au nom d'vne famille celuy d'vne 
terre particulière qui k diftinguc, il eft 
vray de dire que cette maifon , ainft di- 
ilinguée eft efteinte quand il n^en refte 
plus, comme iln'eft perfonne qui n'ad- 
uoiie que la maifon des Ducs de Bour- 
gogne eft efteinte , quoy qu'il refte des 
Rois 5 & des Princes fonis du mefme 
fang dont les E)ucs eftoient fortis ; ainfi 
quand ie dis que la maifon de Chabodi 
Lefcherena eft efteinte,ie ne fais aucune 
iniure à la maifon des Chabo auiouc^ 



L* Art au hUfon iuHifié. 
d'huy Marquis de S.Maurice , iVne dès 
plus conlkierables desEftats du Duc de 
Sauoye , puis que ie n'ay point dit en 
mon liure que la maifon des Chabodi 
ou Chabo futefteinte , mais feulement 
la maifon de Chabodi Lefcbercna^dont 
les armes fonr différentes d'aucc celles 
àç^ Chabo S. Maurice, quoy qu'elles 
foiêt compcfées des mefmes pièces. Car 
ceux-là por:oient d'azur feméde fleurs 
de Ivs d'argent à la bande d^or chargée 
de 3. lionceaux de gueules ,&: ceux-cy 
d'azur à 5. fleurs dejys d'argentjauchef 
de même, chargé d'vn lion ifTant de fa- 
ble. C'eft cette famille qui a donné à là 
Sauoye des Ambalfadeurs, des grands 
Maiftres de l'artillericdes Gouucrneurs 
& A^s Lieutenans généraux , des Che- 
ualiersde l'AnnonciadCjôi: vn Picnipo^ 
tentiaire au dernier traite de Munfter.où 
ce lagc Seigneur ferait fi bien fon maî- 
tre,& ncgoria fi auantageufcment , que 
ce ne fut pas fans fuiet que Ton recônut 
qu'il pouuoit beaucoup contribuer à la 
Paix entre les deux couronnes^Vn efprit 
du temps en forma vn heureux prefage 
fur les armes de ce S eigncur compofées 
àt% lys & du lion. Louys XIII. de triô- 
phante mémoire fit grand état de la ver- 



chapitre vnztefme. 166 
ni de ce iage miniftre d vn Prince Ton 
allie,& témoigna en plulieuis renc6ti-'^§ 
qu'il eiiuioit à Ton A.R.de Saiioye vnfi 
ndelle fuiet. Cette famille fubfifte en la 
perfonné de Thomas Chabo Marquis 
de S. Maurice premier Efcuyer , Gentil- 
homme ordinaire delà Chambre, Lieu- 
tenant des Gentilshommes Archers Sa- 
uoyards de la garde du corps de S.A.R, 
& Goutremeur du Chafteau de Cham- 
bcry j qui a pris femme en la maifon de 
S.Martin d' A glié, féconde enHcros,& 
ilTuë des anciens Rois de Lombardie:& 
en la perfonné de Maurice de Chabo 
Baron de S. îoire , Gentilhomme ordi- 
naire de la Chambre de S. A.R. & grâd 
Maiftre de l'Artillerie de Sauoye. 

Le nom de cette famille eft vrayment 
Çhabodi dans tous les acbe s latins qui 
m'ont efté communiquez, & en l'vfagc 
de la langue Italicnne,mais en noftre la- 
gue ils fe nomment Chabo.I'ay vu kurs 
armes en l'EglifedesCordcliers de Cha- 
bery où eft leur ancienne fepulture s fur 
plufîeurs canons du Chafteau de Mom- 
mcillan,fur diuers marbres, &C à Mâcon 
dâs le noble Chapitre de S.Pierre,où ils 
ont çu depuis long-têps des Chanoines. 



L*art au hUfon mfijfie. 

^ Les arme* du (îeur J'Aigu.b.llette \t ict- 
nier desChabodi Lefchcrena font en vue Cha- 
pelle de S, Pierre d- Lemenc près Chnmbery,où 
l'on void encore les lo. quartiers de ce Sei- 
gneur 

Mais le raifonnemenî du Preuoft eft agréa- 
ble c]uai>d il m'oppofe que la maifon de Cha- 
bodi Lefchetena n'eft pas efteinte , parce que 
Jcs familles de Chabo , & de Lelchcrene fubfN 
ftenî , comme fi is difois la maifon de la Tour 
du Pin n'eft pas efteinte, parce qu'il y a la mai- 
fon de la Tour Turcne,& la maifon du Pin en 
Xaintonge qui fubfiitent. le connois l'vne & 
l'autre de ces maifons , & L'ay vu tant de fois 
ceux en qui elles fubfiftçni^qae iç n'ay garde 
^ due comme Te Preuoft , que le Marquis de 
S. Germai» tient l'AifnelTe de celle de Chaboi 
au lieu de dire le Marquis de S- Maurice , ny 
de refufcfter comme il fairlc Plenipotcntiaipc 
mort J*an 165 5. pour luy redonner l'AinefTe de 
/a maifon , qu'il a tranfmife à fon fils depuis 
près de huit ans. Il apprendra donc que M. le 
Marquis de S- Germain eft chef de la famille 
de S.Martin d'Aglié , l'vnc des plus célèbres du 
Piedmont, qui a donné plufieurs Héros à l'Ita- 
talie, fix CheuaUers à l'ordre de l'Annoncia- 
de, & de fidèles Miniftrcs aux Ducs deSauoy^. 
Leurs armes foat d'az.ur à neuf lozanges d'or 
•accoUées trois , trois , trois ; c'cartelé de gueu- 
les i pour deuife vn faifceau de flèches , ( que 
Monfieur Capré nomme mal à propos fup. 
ports, n'y ayant rien qci foit fupport qui ne foit 
animé ) auec ces mots fans départir. Cette de- 
uife m'a donné autrefois occafion d'en faire 
vne pour Monfîeur le Comte Philippe frère de 



ch^iptre vnx'îefme. 1 6j 
\A. le MiUrquis de S. Germain , donc la 
îgure cftoit vne de ces flèches Se le 
wot & pefina & fcrro. 

Pour dire que ce Seigneur qui n'efl 
îas moins Ipirituelque généreux , s'eft 
endu célèbre par te plume & par l'ef- 
îce,ce qu'exprime ce Madrigal. 
Généreux & fçanant l'ay Jîgrialè m^ 
qloire 
Dans l'eftiiâe & dans les hazards 
Cfdtiué les palmes de Mars , 
Et les riches Uwiers des filles de wf- 
rnaire, 
l'égale d' vne feule main 
La aloire dn Cefar Romain 
En ioignant la plume al'eff>ee. 
Vay toutes [es vertus , & [ans attctm 

défaut , 
Aferuir vn EHat ma vie efi occupée. 
Et la plume & le fer m'ont fait mon- 
ter (î haut. 
ïe m'cftonnequ'vnAutheur , qui eft 
lur les lieux , & dont le Preuoft a cor- 
rigé quelques fautes dans Tes origines, 
fie luy ayt pas rendu le mefme office 
pour ion Epiftre , de qu'au lieu de fe 
faire l'admirateur d'vne Eloquence 
Satyrique , il ne l'ayt aduerti charita- 



î6 8 L' An an bUfo7i ïujtïfié. \ 

blemenc de trois erreaus il conficierà, \ 
bics dans les lettres qu'il kiy a écrites, \ 
dont ie conreiue les originaux. 

Page 5 j. Il réfute ce qiie i'ay dit de a 
l'origine du nom de Meluiîne , que i'ay ^ 
fait Dame de Melle &: de Luzignan ' 
après Belleforeft en Tes Annales de Fran- 
ce ,&: le Baron de la Haye en Tes mé- 
moires des Comtes de Poitiers , mais 
ce point eil fi peu de chofe qu'il ne 
mérite pas que ie m'y arrefte. 

En lamcfme pa^e ilm'accufe d'im- 
prudence d'auoir iuiui vne beuûe de 
la Colom'biere touchant les couleurs 
des' nations dans les Croi fades , & de 
l'auoir pillé fans le citer. A cela ie ré- 
pons que c'efb vne faulfeté que la Co- 
lomJoiere m'ayt trompé , puis qu^il ne 
m'a pas ferui de guide , & que ceft 
Spelman que i'ay fuiuy qui en la p^^ge 
99. de fon Afpilogie donne la croix 
blanche aux François réfutant Roger 
Houeden que le Preuoft alleirue , il dit. 
P^rpendendum cenfço ifium H'çuedeni lo" 
cum , ne de coUribiiS crncium inuerfofor^ 
fan dicatur ordine ^ notijfimum enitï> </? 
CYHcem rubram Anglomm ab antiqugfj- 
flamen fttijfe , nec non , & Fra'iicorum 



Chapitrevnxiefrne. 16^ 
Candidam^ vt apud Gaguinum belle li' 
^uet. Ad hune modum Bajona Caioli 
ditioni , & poteftati rertimtaeft. Die 
vei'o infequenti oriente foie , fereno 
cœlo, crux Candida in cœlo vifa appa- 
L'uit, quam & Franciis , Anglufqucpa- 
lam confpexit ,'quo Ccxlefti figno ar- 
bitrati dues fc diuinitùs admonitos , 
Carolo parère mox , Angli Régis infî- 
gnibus abieâ:is, Candida fe cruce ,vt 
Francis mos ell:,ornaruerunt /.lo p,i^6. 
^2.47. S'il y a delà beûue en ce point 
en voila l'origine. 

Ce n'cft pas non plus du mefme la 
Colombiere que i'ay appris que les di- 
uerfes partitions de l'efcufont des mar- 
ques de coups d'efpéc receus dans le 
combat. Comme il m'oppoie en la pa- 
ge 5 6. i'eftablis fi bien lacaufedeces 
partitions en mon traité des origines , 
par des exemples , Se des authoritez 
irréprochables , que l'on verra claire- 
ment que ce n'eft pas des feules tables 
de la Colombiere que i'ay appris cette 
origine , & ceft là que nous verrons Ci 
ce font les habits des Pay fanes du 
Lionnois , & du Maconnois , & des 
Confuis de quelques villes , qui en ont 



270 jj Art au hUfon injîifié. 
efieles premiers modelés feion la ridi- 
cule pcniée du Preuoft. 

En la page 6 1 . Il me condamne d'a- 
uoir pris la généalogie de laques de La- 
b.in pour ia deuife , parce que i'ay dit 
en la page Z04. du véritable art , que la 
deuile de ce braue eftoic vn cerf cou- 
ché , dont la ramure eftoit à feize quar- 
tiers paternels &: maternels de ce Sei- 
gneur. Si mon aduerfaire auoit eu 
moins de pafîion, auroit-il rien trouué 
à redire en vne choie lî nette que celle 
là. Le cerf aiflé de Charles VI. Le porc 
epic de Louis XÎL &: laSalemandre'de 
François L celi'èrcnt-ils d'eftre deuifes 
pour auoir efté faits les fupports de 
leurs armes ? & les armes de Lancelot 
du Lac , & de Perceual ne font elles pas 
prifes pour deuifes dans la Marche, 
quoy que ce fulfent des blafons ? 011 
peut trouuci" cent inuentions fembla- 
bles à placer les armes en deuifes 3 &: ie 
ne fçaurois m'cmpefcher de donner icy 
celle de René Roy de Sicile , qui eft en 
mefme tem,ps blafon, chiffre , rébus, 
&: double deuife. 



L« 



chapitre vnz,iefme. m 




Le vieil arbie qui pouflc vn reictton 
eft la deuife de René deiïa aua'ncé en 
aage & Père de Ican de Calabie dont 
la ieunelfe de la vigueur fembloient 
donner de nouuelles forces à ce Prince, 
qui viuoit en luy d'vne nouucUe vie. 
Le chappelet exprime en reùpa le nom 
de C^pe/ie maiftrelfe du Roy René, 
i'ccullôn des armes des Roys de Sicile 
pend de la branche verte, pour montrer 
que lean de Calabre eftoit le foutien 
de la famille. L'aibre & le chappelet 
forment le chiffre du FvOy René , &: l'o- 
range auec le mot vert meur : faifoient 
vne féconde deuifc qui apprenoit que 
ce Prince eftoit encor vert en fa vieil- 
lelïc , comme l'oicnge demeure verte 
cftant meure. 

N 



27 i L'Art du blafon iujiifié. 

De mefine deux C loints C^ font vn 
cercle 3 & ces deux chifres des noms de 
Charles Duc de Sauoye , & de Cathe- 
rine d'Auftriche donnèrent autrefois 
occafîon à cette belle deuife faite aux 
iiopces de ce Duc auec cette Princeiîè. 

IVNCTA ORBEM IMPLENT. 

Les armes de Madame de Sauoye 
grauées fur vn diamant feroient fcs ar- 
moiries & fa deuife , donr le corps eft 
vn diamant auec ces mots plus de fer- 
meté <jiie d'éclat. 

Vne monnoyc empreinte des armes 
dVn Roy , pourroit eftre vne deuife 
auec ces mots. 

De lus Ua^as fu valor. 

De fes playes fa valeur. 
Pour dire que comme l'empreinte don- 
ne le prix aux monnoyes les bleifiires 
leceijes font des marques de valeur. 
Cette deuife n'empefcheroit pas que ce 
fufTent de véritables armoiries, ny les 
armoiries que ce fuft vne deuife. 

Le reproche qu'il me fait en la p. 61. 
cfl: agréable il dit , ^ue tay imité ce (juil 
amit écrit en fcs ori^nes , mais ^ue i'ay 
changé l'ordre & la méthode afin quon ne 
le connut pai , & ^ne tay ampUfié ce qu'il 



chapitre vnziefme. 273 
atmtàit en deux mots des htifurti. Exa- 
minons vn peu ce difcours , &: pour le 
faire auec méthode cherchons chez les 
fcauans ce que c'cft qu'imiter, 

Tapprens d'Ariflote , d'Hermogene, 
de Quintilien &:dc tous les Rhéteurs 
qu'imiter n'eft qu'exprimer le caraéle- 
re , ou les proprietez d'vne chofe, ain/î 
nous difons que l'art imite heureufe- 
ment la nature , quand il exprime auec 
fuccez les perfcÂions delcs ouurages. 
Or comme il y a trois fortes de chofes 
imitables , il y a aulîi trois manières 
d'imitation : on imite les naturelles en 
exprimant leur figures, & leurs quali- 
tez , qui font les feules chofes que les 
corps ont de fenfible. Ainfî on exprime 
la rondeur de la terre par vn globe , le 
bruit du tonnerre parceluydu canon, 
le brillant des pierreries auec du verre_, 
& toutes les beautez du monde auec les 
couleurs de la peinture, z. On imite les 
adbions des animaux , & leurs mouue- 
mens , comme font les reprefentations 
& les machines de la Scène & du Théâ- 
tre , & les opérations affedées de ceux, 
qui fc font des copies , & des images 
des mœurs & desmouuemens d'autruy. 
N \) 



2-74 ^ -^^^ ^^ bU[o7i iujlifie. 
3. On imite le difcours , &: ifs proda- 
6lions del'efpnt àla manière des pein- 
tres , qui font leurs tableaux fur les ori- 
ginaux des meilleurs maiftrcs. Comme 
c'efl: de cette feule iorte d'imitation que 
îe Preuoftpeut m'accufer,il faat,quei'é 
donne le caradlcre.Surquoy ie dis i .qu'e 
l'imitation fcauante ne coniifte pas 
dans la conformité des matières , & des 
fuiets que l'on entreprend de traiter ; 
car comme on ne dira pas qu'vn pein- 
tre ayt imité le Titian ou le Correge, 
pour auoir trauaillé fur de la toile com- 
me euxjSc employé les mêmes couleurs, 
ny comme a remarqué Tertulien, nous 
i)e donnons pas la gloire du fuccez de 
Timage delupiter Oly-mpien aux Ele- 
phans qui en fournirent Pluoire , mais 
à l'excellent maiftre qui donna figure 
à cette pretieufe matière, au/îine diions 
nous pas , qu'vn fçauant en imite vn 
autre, quand il trauaillé fur vn m.efnxe 
fuiet j mais fi l'idée , la forme de l'ou- 
urage , Tordre & la manière font fem- 
blables , nous difons que Tvn eft vne 
cxpreffion de Tautrc , &: vne imitation. 
Encore y a-t'il de la différence entre co- 
pier & imiiter , en ce que le premierne 



Chf.ptre vnziefme. l'jj 
femblecftie qa'vne reproducbiondVne 
chofeque l'on fuit traita trait fniis au- 
cune forte de différence , au lieu que 
l'autre fait vn tout de fa façon de plu- 
fTeurs modelles enfemble, ou dediuer- 
Çts parties dVn delfein dilpofées dVne 
autre forte. Tellement que les deux feu- 
les chofes qu'vn fçauant peut imiter 
font la méthode de l'ordre : ce qu'il peut 
faire en quatre façons , en retenant la 
mefme matière , le mcfme ordre , Se la 
mefiTie méthode , ce que nous dilons 
proprement copier , ny ayant de la dif- 
férence que dans les termes qu'on peut 
e'purer auec plus de foin : la 2. fc fait en 
retenant la mefme méthode , & le mef- 
me ordre en changeant feulement de 
matière , Se cet cette forte d'imitation 
qu'Horace appelle feruile Se Efclauc , 
à caufe qu'elle ne produit rien , &que 
le choix delà matière n'eft pa?vn ef- 
fort de l'efprit , ny vne marque de fa 
viuacité. La 3. eft de ceux quirerien- 
nent feulement la méthode^ en renuer- 
fant abfolument l'ordre des chofes ; Se 
ce font ceux qu'Ariftore nomme adroits 
pourcc qu'ils femblent donner vue 
îiouuelle forme aux chofes en chan- 
N iij 



276 L Art dfi bUfon îufttfié. 
géant leur difpoiirion. La 4. eft de ceux 
cui retiennent rorclre, & qui changent 
feulement de merhode & de matière, 
& de ceux-là l'imitation eft la moins 
feniîble , & la m.oins connoiflàble , à 
caufe que celuy qui imite ne fe fcrt Ls 
lumières d'autruy , que pour en pro- 
duire d'autres , & fait luy-mefme Ton 
idée fur celles des premiers maiftres. 
Nous pouuons dire en ce fens., que \&% 
jïoemes Epiques de nos François font 
^es expreiTions de l'Enéide de Virgile, 
ou des autres Poèmes Latins dôt \\^ afFe- 
<a:ent d'imiter la côduite,&Ie caractère. 
La peinture , qui eft vne pure imita- 
tion explique encore mieux toutes cc% 
façons différentes. Il y a àts peintres, 
que Ion nomme cop,Jfej , qui ne font 
autre chofe que tirer trait à trait les 
originaux excellcns d'Albert Dure, du 
Parmefaji , & des autres excellcns mai- 
ftres. Il en eft d'autres que l'on nomme 
f^aturalifiesyqm font ceux, qui fans s'at- 
tacher à aucune manière d'autruy co- 
pient Ls chofes naturelles, les fleurs, 
les fruits , les animaux , & les diuerRs 
attitudes du corps humain. Il en eft d'v- 
nç aua-e forte , qui à force d'eftude & 



(Chapitre vnzfeme. 277 
<le trauail acquièrent la manière de 
quelques-vns des plus célèbres. Ainfî 
nous difons que Daniel Ricciarelli ,Se- 
baftien dal piombo , Marco da Siena, 
& Pelegrini ont imité la manière de 
Michel Ange , pour ce qu'ils fe font 
attachez à la force de l'art comme luy : 
que Maturin, Saluiati, Cangiafo , Cal- 
ui , &' Aurelio Louini ont imité celle 
du Carauege dont ils ont exprimé la 
furie, & la grandeur. Le Mazolino, Pe- 
rinodcl Vaga, Iules Romain , le Sarto 
ôc Boccacmo paiient pour imitateurs 
du Raphaël , parce qu'ils ont donné à 
leurs fleures la beauté qu'il leur don- 

o • ' r 

non. Enfin II y en a vne quatrième ior- 
te de ceux qui ayans du génie à inuen- 
ter jmitcnt lans paroître imiter ,& fur 
la confideration des beautez & des dé- 
fauts qu'ils trouuenr dans les pièces des 
meilleurs maiftres, fe forment vne idée, 
qui ne femble rien moins que l'expref- 
fion de ces pièces , Se qui palfe pour 
original. 

De ces quatre (brtcs d'imitation la 

première eft purement fcruile , & ne 

mérite aucune louange que d'auoir fi- 

jdcllement copié.Ie l'applique aux liures- 

N iv 



2 7,8 L'Art du hUfon iujîifié, 
qui^ncfont quj des copies des autres, 
nVftant pleins que d^authoiitez. Ces 
Hures montrent vne grande levure 
dans vn Authcui , & fa^fidelitë dans les 
citations. 

Les féconds nie femblem faire le ca- 
ractère de ceux qui ne fniuent que leur 
naturel, fans le cultiuer : &peut-eftre 
c^eft de cette forte qu'eft Peloquencede 
Tancien Prcuoft , que iM. Capré loiie 
en vne lettre qu'il luy addrelfe , de ce 
qu'elle eft naturelle & fans artifice. 
Cette forte d'imitation eft fuictte à 
beaucoup de défauts , qu'il faut que 
l'art corrige : & Ton void par expérien- 
ce que \ts Peintres trop naturaliftes ne 
font qu£ Ats pieds contrefaits quand 
ils prennent pour modèle des perfon- 
ncs , qui les portent ordinairement 
chauifez : demefme dans l'Epique on 
forme toufiours lldée du Héros plus 
noble qu'elle n'eft naturellement , & 
on le reprefente plutôt comme il a du 
cftre que comme il a efté , l'art ayant 
cet auantage fur la nature qu'il peut 
corriger fe« défauts , & reformer fes 
ouurages. Tappliqaerois la troifiéme 
forte à ceux qui fe propofenc vn fcul 



chapitre vnT^eme. i-jc^ 

Autheur cxcelhnt pour Idée , dont ils 
expriment le caradire: au lieu, que les 
derni-ers fe les propofent tous , & t:a- 
ûaillent fans autre modelle , fur ildée 
qu'ils ont formée. 

Cela fuppoféie dis que le Prcuoft 
n'a pas conçeu ce qu'il diroit,lors qu il 
a écrit c^ne te l'ay i?fnte\ & <jue ie nayfét 
e^MC changer fon ordre & fa méthode : car d 
î'ay châge fon ordre, & fa m:thodc qui 
font les ïeules chofes à imiter, il m'a iu- 
ftifiépar ceh mefm? qu'il allègue pour 
ma condcmnation.Puifque comme i'ay 
defia remarqué j ce n'eft pas la relfem- 
blance du fuiet & de la maticre qui fait 
l'imitation , èc vn difcours , qui n'any 
tordre ny la méthode d'vn autre n'en eft 
pas l'exprcflion. Sa charité efl; allé plus 
auant , quand il a dit ijue i'ny amplifié 
ce qu'il anoit dit en deux mots des dijfc' 
rences qui fe font par diminution. Ce fé- 
cond adueu ne me iuftifie pas moins 
que le premier , puifque Quintilien dit 
expreifemcnt que l'imitation n'ampli- 
fie rien , nihil vrefcitfola imitatione, 1. 1 6". 
orat. infttt. En effet quelle apparence y 
a-t'il de fe perfuader , qu'on ayt pu ti- 
rer d\n fond ce qui n'y a iamais efté; 
N V 



2 o L Art âti hUfon îujlïfié. 
& Tadclition que i'ay faite de vino-t 
pages à Tes deux mots , cft elle vne am- 
plification de chofes ou de paroles ? Il 
répond qu'elle eft de chofes puis qu^il 
^h que mon difcours eft enflé d'exem- 
ples , ce qui fait voir euidemmenr que 
cette pièce n'eft pas de fon fol , qui a 
efté fterile pour le fol d'vn Laboureur, 
• puis qu'il n'a produit que àeux mots des 
brifurcs différente , après vne culture 
À^ quarante ans. 

Le fuict de fa plainte efl qu'on trou- 
ae dans mon ouurage deux exemples 
-^'il a alléguez dans le fien , & peu 
■s'en faut qu'il ne crie au larcin , & qu'il 
ne m'arrefte en qualité dePrcuoft com- 
me voleur A'mw bien qu'il prétend luy 
appartenir. Tay mis l'exemple delà bri- 
fure des Grolées de BrclFe & de Dau- 
phiné , qu'il auoit inférées dans Tes 
«)rigines , voila le fuiet de fi bile. Ne 
feroit ce pas vne agréable ciiofe fi les 
Prouinces voifines s'initentoient des 
procez à caufe du paifage des riuieres, 
qui ne s'arreftent pas chez elles, & qui 
coulent incefïammerrt pour en .arrofer 
<i'autres. A- f^on Jamais arrefté les Aftres 
^ui paircnt dVn Climat à 'i'auu'e*& 



\ 



chapitre <vnz,iemé. iî'i 
depuis les dieux de la fable a-t'on ia- 
mais enfermé les vents pour les empef- 
cher de fouffler en diuers PAys. Le Pre- 
uoft s'imagine que perionne n'a eu 
d'yeux que luy , ou il croid que ie ne 
les ay iamais ouuerts pour voir les ar- 
mes des Grolfes dans l'EgHfe des Cor- 
delicrs de cette ville , à Mombreton , à 
Salaife , au Montelimar , à Vireuile , & 
en quantité d'autres lieux du Dauphi- 
né, outre l'Eglife de S.îean & quelques 
maifons du Chapitre gù elles font de 
tant de manières , &; auec tant de diffé- 
rences qu'elles fuffiroient elles feules 
à donner des exemples de toutes l«s 
brifures aulTi bien que les maifons de 
Montmorency, & de Chaftillon. N'eft- 
il pas à craindre , qu'il ne faiïe dorefna- 
uant querelle à tous ceux qui imprime- 
lont pour ce qu'ils font dans la necelîi- 
té de fe feruir 6.tî, mcfmes lettres de 
l'Alphabet dont il s'eft ferui? 

Il ajoute que ïay fAit vne bngue lifte 
de ce ^utl auoit abbregé a dejfein d'vn 
^utheur. Il '"ft vrav que i'ay donné en 
fon entier ce qu'il auoit tronqué,& i'ay 
cité l'Autheur dont ie me fuis ferui, 
qui eft vne fouix« publique autant ou* 



2 8 1 l! Ari au hUfon iuTiifie. 
uerte pour moy que pour mon aduer- 
laire , à moins qu'il ne croye que les 
ruillcaux publics ne font que pour en- 
graiirerles champs des Laboureurs ,& 
que Pentreedes villes leur ell: défendue. 
Il mbppofe en la page 63. vne nou- 
uelle longierie quand il dit pour les Co. 
nés dont ejî M. le Prefident de Charmer, 
il fuit fi peu d'efiat de vofîre io-^glerie, 
^ttU porte d'azHr k trois cottices d'or ce 
^ui efi' bien éloigné du blafon des Cosîes 
Comtes de Benne & de la Trinitat , en 
Piedmont dont vous auez. voulu le faire 
dei'cendre. Pour faire voir qu'il eft l'Au- 
theur de cette ionglerie prétendue à la- 
quelle ie n'ay iamais penfé , ie n'ay qu'à 
rapporter ce que i'ay dit en la page 3^6. 
du véritable art en ces termes. 

Les Colles d'Italie de gueules à fix 

Colles d'arçent. 
Ceux de Dauphinén'en portent qu« 

trois. 
Le Preuoft,qui confond toutes cho- 
ses, ôc quinefçait pas faire le difcer- 
ïiement entre les familles diiFerenres ;, 
qui ont vn mefme nom ^ l'a interprète 
Àts Comptes de laTrniitat & du Prefî- 
<leîK de Charmes. Comme lî ie difois 



Chafitre vnziefme. 285 
que la Tour du Pin en Dauphiné n'a 
pas porté de gueules à vne tour auec 
i'auantmur d'argent, parce que M. de la 
Tour de Gouucrnet, porte d'azur à vne 
tour d'or maironnée de fable au chef 
coufu de gueules chargé de trois caf- 
que d'argent en porfii. Comme ces 
maifons lont différentes, quoy qu'elles 
ayent vn mefme nom , les Coftes d'Ita- 
lie d'ont i'ay parlé font differens des 
Comtes de laTrinitat, & les Coftes de 
Dauphiné que i'ay alléguez dilferens de 
la maifon du Prefîdent de Charmes 
dont i'ay vu cent fois les armoiries. Le 
Père Goulïàncourt a les armes que i'ay 
données de ceux-cy en fon Martyrolo- 
ge de Malthe p. 25 i. où il les blafonne 
Àt gueules à trois coftes d'argent po- 
fées en fafce , il ajoute qu'il ne refte de 
cette maifon qu^'Oliuier de Cofte Re- 
ligieux de Pordre des Minimes dit le 
Père Hilarion. , 

Il dit encore en la mefme'page , 'vous 
toniefiurez, , que les hrifures qui fe font 
far addition de lambeauxi bandes^cottices, 
&c. ont efté portées aux Pays boé par Us 
Heraux des Dhcs en Bourgogne , & l*on 
trcmç toutts ççs £fp«:ss dç hrifures e» 



284 L'Art du bUfon iufiifié, 
Flandres pliii de deux cens ans deuant cjuff 
les Ducs de Bourgogne y euiïent mu Ig 
fi éd. 

De grâce Monfieur, foufFrez que ie 
m'addrelfe à vous vne fois , & que ie 
vous demande d'où vient cette retenue 
en vne occafion Ci auantageufe ? vous 
ï^uez drelfé àts Légions de treffles , & 
de marteaux contre deux lignes de-ma 
Préface, vous auez cherché^du n-cneft, 
& des enclumes dans tous les recueils 
de blafon pour m'en accabler (i vous en 
cufîîez trouué. Ou font toutes ces efpe- 
"Ces de brifures introduites en Flandres 
plus de deux cens ans deuant que les 
JDucs de Bourgogne y culfent mis le 
pied? Le Roy d'armes, Louuan Gelior, 
la Colombiere', & Chriftophle de But- 
ktns n'ont-ils rien en voftre faucur ? 
iàns doute vous n'auez pas trouué vo- 
ftre compte chez eux , & fi vous auiôz 
bien lu ce dernier , qui a vu pour me 
leruir de vos termes , ionché & manié 
mille & yndie Ecujfons de [es compatriotes 
«n bois , en pierre , verre , peinture & ta<, 
fijferie yauŒ. bien que M. C=ipré ceux 
de Tes Princes: vous auriez appris du 
l)u,2^ de l'hiiîoire gemdogique de Lynden 



chapitre vnz>iejme. 28 f 
que les Flamans n'ont point eu d'autres 
brifures auant les Ducs de Bourgogne, 
que le changement des Emaux. Ainfi 
cen'efl: point vne coniedureque i'aye 
faite de mon chef, mais le fentiment de 
Dom Chriftophlede £utxens quci'ay 
iillegué. 

Il me dit encore en la mefme page r 
1V0MS dites que les lamheauxfe font de deux 
pièces ; ie n'en crois rien ^fi vom n'en ap^ 
portez qtielcjue exemple illu/lre, Quoy que 
la créance ia Preuoft me doiue eftre 
fort indifférente , & qu'eftant hétéro- 
clite en beaucoup de chofes, ie ne doiue 
pas me mettre en peine de la redrelfer 
en ma^ueur , ie luy veux ncantmoins»- 
faire cette charité , 6c luy apprendre ce 
<ju'il n^a pas encore fceu en blafon. le- 
.commence par des exemples illuftres^. 
<ce font ceux de trois Princes , dontl'vn 
■a depuis efté Roy de Portugal. Ces 
Princes font Dom Theodofè iecond du 
Jiom Duc de Bragance. lean Ton fils, 
qui fut Roy , de Edoiiard fon frère ; 
ces trois Princes portèrent de Portu- 
gal brifé d'vn quanton dcxn'e , 5c d\u 
canton fenextre partis d'Aragon & de 
Sicile, au lambeau de deux pendes mis 



t %G L'Art du hlafon m/lifié, 
fur la bordure en chef. Elles ibnt ainff, 
en tefte des quatre volumes des com- 
mentaires furies liures des Rois,dediez 
à ces Princes par le P.François de Men- 
doça Profelfeur en rAcademie dTbora.- 
Le liure des preuues deMefîieurs de 
S.Pierre de Mafcon , m'en fournit vn 
autie exemple en Ja perfonne de Clau- 
de d'Vrfé Baron d'Entragues , qui bri- 
foit d'vn lambel de deux pendans d'or 
furie chef de gueules. Quoy que ce li- 
ure ne foit pas public , «omme il eft 
îieantmoins authentique , & qu'il eft 
conferué dans le trefor de cette Eglife 
ou beaucoup de curieu-x l'ont vu , & 
ou on le peut voir tous les iours , ie 
l'ail :gue comme vn témoignage vali- ' 
de. Cet exemple eft dans la pieuue de 
M. de Cremeaux , & ce liure me fui- 
communiqué par Monfieur de S. Maiv 
ris, & par Monfieur de la Sauterie tous 
deux Chanoines de cet illuftre Cha- 
pitre , & tous deux de la maifon de 
Cheuriers. 

Vne branche de la maifon des Gro- '^ 
liers jporte vne femblable brifure , & 
Monheurdb Chaponnay Seigneur de 
llile de Mp^ iïi'ea a^ communiqué ks 



chapitre 'unz.kfme. lîj 
armes auec cette différence d'vn lambel 
d'or de deux pendans. 

Enfin comme l'ancien Preuoft veut 
que le lambeau ayt efté vne pièce delà 
robe des mercs, ajoutée aux armes des 
puifnez pour leur feruir de diftindion, 
ie ne vois pas pourquoy ces lambeaux 
de robes n'on pu eftre de deux pendans. 
Ainfi ceft mal à propos , qu'il s'en 
prend à 'la mémoire d'vn illuftre du 
Siècle, à qui le blafon aura des obliga- 
tions immortelles , c'eft Monfieur de 
Cheuriers Salagny iuge des armes & 
blafons de ce Royaume , dont il parle 
auec peu àc refped pour vn homme de 
cette condition , l'appellant bon-hom- 
me , & ignorant en armoiries dont il 
faifoit profeflion. Il ajoute qu'il a gou- 
uerné autrefois , ie ne fçay pas de quel- 
le forte de gouuernement ,mais ie fçay 
bien que l'ancien Preuoft n'a iamais 
efté Gouuerneur du Maconnois où cet- 
te famille eft des plus illuftres , il n'a 
pas efté non plus Ton curé , ny fon di- 
redteur, & à moins de Tauoir conduit 
au Collège ie ne vois pas de quelle for- 
te de gouuernement il parle , ny en 
auelle Cour Souueraine les patentes de 



i s 8 L Art du bUfon MiHe^ 
ce gouLiernemenr imaginaire ont eft^ 
enrcgiftre'es. le referue PElo^e de ce 
ciineux Gentil-homme à vn autre lieu, 
ou le fais ceux de quelques iikiftres qui 
ont beaucoup contribué à la gloire des 
armoiries fans en auoir écrit. 

Page6j. il dit que /^/ anciens ne me t^ 
tent po^„t de àtm^^on entre le baHon 

^/^c.r/,...S^il entend par les anciens 
Jes manufcnpts , il cft euident qu^ils 
d^^nguem Ivn ^ Vautre domunr 
iTioins de largeur à la cottice qu^au ba- 
Iton, s, ne luy faifant point toucher 
es deux extremitez de l'efcu, ou quand 
Ji les touche , ils le nomment pery. 

«nal du du bafton alaise de Bourbon , à 
qui ce terme conuenoit bien autrefois 
puis qu^il touchoitaux extremitez ,& 
ceft la caufe pour laquelle les manuf- 
cnpts le nommoient perieyi bande , & 
1 vlage feula fait que ce terme luy eft 
demeure après le changement qu^ila 
reçeu. Cela mefme efl confirmé par le 
P.Monetp. lo;. de k pratique des ar- 
moiries, où il dit. 

^'Batonprecifem,-!dit & fans e^ueïte 
ejt cehty pt „e porte d'ancnn boHtwf}m 
*ttx bords Ae lefcu. 



chapitre vnzieme. 185? 

1. Bâton Pery efl celuy ejni touche det 
deux bouts les bords de l'efcu ^fe va là ter-' 
miner , ^ comme cor. fondre & perdre dans 
les limites, 

B.ira en k page 25. de l'Edition de 
Kaiiot. La bande en detnfe , ne doit tenir 
^n Urqeur , o^uvne troifeme partie de la 
haride , c^tÀ eft vn moins c]ue la cotice , & 
'.ft nommée par aucuns bajlon , (juand elle 
ie touche aux deux extremitez.- 

Le Roy d'armes le difringue de mef- 
îic de lacotice,pag.io. 

Loiman Geliot. Baflon. Ce mot efi 
tjfez. commun^ C^ ne rei^uiert point d'autre 
^claircijfement yÇnon cju'd fi pofi comme la 
\ande , c^ que par fois il tire de i'vne des 
'.xtremitez. , de l'efcu a l'autre , & en ce 
:aion dit brochant fur le tout, C eft ce que 
les autres nomment péri. 

Pour les brifures des cadets de Fran- 
:e , i'cn parle à fond au chapitre des 
briiures , c|ni paroitra en la féconde edi- 
:ion du véritable art du blafon. 

Il employé enfuite trois p-Tgfs entiè- 
res à détruire le tombeau de Bentrix de 
Saiioye Comtelïe de Prouence , qui eft 
S fortement eftabl^ par M. le Cheua- 
ier Guichenon en fon hiftoiie dcSa^- 



290 L'Art du hUfon iufitfé. 
«oyc, qii€ ie feray pleinement iuftific 
quand cet oiuirage paroitra. le fça' 
que cti liluftre a défia défendu fa cm 
ie par des lettres particulières, qui doti 
nentoccafion à l'ancien Preuoft de fi 
repentir de fa precipitation.Mais quam 
mefine ce tombeau feroit chimérique 
ce qui n'eft pas , ie he vois pas en quoj 
1 aurois failly, puifque voulant appren- 
dre à faire des reflexions fur les monu- 
mens anciens , ie les fais fur celuy-cy. 
& fur la foy dVn Hiftorien célèbre; 
lanoUe que ie Ç^% d'abord rebuté ei 
confiderant ce monument où ie voyoik 
des chofes vn peu extraordinaires, mai^ 
après les auoir examinées ie n'y vis rien 
qui pût nuire aux rcfiexions , que ie 
voulois faire. 

La première eft celle des brifures, 
que le n'ay pas prétendu faire commen- 
cer au temps d-e TereârJon de ce tom- 
beau, mais feulement faire voir qu'on 
les pratiquoit pour lors. l'ay remarqué 
enfuite que les armes n'eftoient pas hé- 
réditaires vniucrfellement , & ne paf- 
loicntpas àtous ceux de la race , ce quf 
eft h manifefte que plus de tréte fceaux 
des Princes de la maifon de Sauoye ïe 



chapitre vnzïefme. i^ i 
jfti fient , 6^ ces fceaux ne font pas des 
ieces fiipporées comme il prétend que 
e tombeau en ioit vne. Ils m'ont eftç 
ommuniquez par Madame Anne Al~ 
•ert de Chaune Abbclle du Royal Mo- 
lafterede S. Pierre, & par M. le Che- 
lalier Guichenon. 

Secondement i'ay dit que quelque- 
bis les Prélats portoient feulement les 
narques de leurs dignitez , ce qui eft d 
nanifefte , qu'outre ce tombeau , les 
ceaux anciens de quantité de Prélats le 
uftifient , entre-autres celuy du Con- 
rordat fait entre plufieurs Princes êz 
Prélats, qui m'a efté donné parM.de 
Liergues Lieutenant Criminel en la 
Senechaulfée & Siège Prefidial de 
Lyon , dont le riche cabinet eft cuuert 
à tous les curieux , &c rare pour la mul- 
titude de médailles , médaillons, mon- 
noyes antiques de tous les Pays ; Por- 
traits au naturel de tous les illuftres en 
toute forte de profeiîions , & pluiîeurs 
autres chofes femblabks. Ce grand 
fceau , que le donneray ailleurs rcpre- 
fente les armes du Pape aucc deux clefs 
feulement , & celles de l'Archeuefque 
d'Arles font vn bras tenant vne croix 



192 L* Art au hUfon iuflif.é. 
d^Archcuêque.3.L(:s armes qui cftoient 
autour de ce tombeau eftoicnt vray- 
mcnt pour des Reines , puifque leurs 
noms eftoient icnz^ fur chaque Ecuf- 
lon , comme on verra en la figure de ce 
tombeau ,^que M. Guichenon a fait 
grauer. Pour le nombre des filles que 
l'ay données à cette Princelfe , ie ne 
^ay pas recherché n'eftant pas de mon 
juietji^ay fuiuy les figures que ie voyois. 
iur ce tombeau , & quand ie me icrois 
trompé pour ce nombre ce ne feroit 
qu'après Paradin ,& Pingon. Letefta- 
"lent qu'il allègue pour prouuerque' 
Raymond n'cufî: que quatre filles n'eft 
pas vne preuue infaillible , car outre 
qu'on ne nomme pas lés enfans morts, 
dans vn teftament , & que cette Prin^ 
celfe pouuoiteftre morte auantquece 
Prince le fi rrnous voyons, que nos plus 
célèbres écriuains quelque foin qu'ils 
prennent de recueillir de femblables 
monumens pour drelFer \q^ gencalocrfes 
«es Princes & des Seigneurs omettent 
toufiours quelques-'^-ns èits enfans. Le 
Preuoft dit luy-mefme que Monfieur 
du Chefne a omis vn Seigneur de Poi- 
tiers en la généalogie des Comtes de 



Chaptre vnziefme. 25)3 
Valentinois. page 19. M. Guichenon a 
auiîî témoigné que ce mefme Aiithcur 
èc IVleflicurs de iainte Marthe , quelque 
exats qu'ils ayent efté ont douté du ma- 
riage d'Amauty Duc de Naubonne& 
Comte de Tolofe aucc la Dauphine 
Beatrix , dont il donne vn titre authen- 
tique. In hiblioth. febuf, cent, i . caf. j i . 
aucc ces notes. jQjtercetantu &fratret 
fammarthani de matrimonio y^m/ilnci cum 
Béatrice Delpbina , contra huitifce tahttU 
^dem dtibitarunt , quamquam ex ea plures 
habtterit liber os. 

Ces derniers ontauflî omis vn Prin- 
ce de Portugal dont i'ay vu le tombeau 
dans l'Eglifc des Cordeliers de Chalon, 
où il auoit efté Religieux de cet Or- 
dre. 

I'ay entre les mains vne preuue eui- 
dcnte , que la croix eftoit le blafon de 
Sauoye auant le Comte Amé j c'eft vn 
écrit de la main du P. Monod , qui ref- 
pond au doute d'vn amy qui le conful- 
toit fur ce point , & qui le prouuepar 
dt's monumens fi irréprochables , que 
pcrfonne n'en fçauroit plus douter, 
neantmoins comme ic ne veux pas de- 
uanccr en ce point M. Guichenon, qui 



i5>4 L' Art àuhUfoniuJtiflé. 
rapporte ces monumens , i'atrendrav 
que l'Edition de ion liure me falîe in- 
ftice des accufations de l'ancien Pre- 
uoft. Et cependant ie vais montrer que 
mes autres obferuarions ne font pas tri- 
uiales, &que la conformité des armes 
pour les Pays contigus eft euidente: car 
le Comte de Bourgogne , le Chablais, 
la Brelfe , le Bcaujolois , & le Lionnois 
portent des Lyons. Des dix-fept Pro- 
uinces du Fays-b.-5s , il y en a treize. La 
Normandieje Royaume de Cornoiiail- 
le , le Poitou , le Vandofmois , & la 
Guyenne en portoient aulïï comme 
l'Angleterre & l'Ecoire. Quand i'ay re- 
uoqué en doute la croix de Sauoye & 
les lyons de Flandres , i'ay dit feule- 
ment qu'on n'auoit pas leur origine 
aflèurée à caufe de la diuerfité des fen- 
timensdes Autheurs, mais ie n'ay ia- 
mais donté de cette conformité de pie- 
ces de blafon qui eft euidente. 

En la page 97^ il foutient que cUfché 
eft le mcfme que vuidé & percé à iour. 
Pour détruire cette erreur ie fuppofe 
que la croix de Tolofe à qui l'on appli- 
que ce terme, doit eftre expliquée dans 
toutes {(i% diiFercnces pour eftre biafon- 

née 



chapitre vn^efme. 2 5) c 
ncc régulièrement , & que les termes 
dont tous les Autheurs fe font feruis à 
ce deffein , font , Vuiàé^clechéi pommeté. 
Or eft-il que fi vmdé , & 67^^/?^' ligni- 
fient la mefme chofe , la différence de 
cette croix n'eft point explique'e , puis- 
que ^af72W(?r/ n'explique pas les angles 
arrondis de Tes quatre extrcmitez , & fî 
elle eftoit quarrée & ouucrte auec des 
pommes aux bouts , on la pourroit bla- 
Tonner auec ces mefmes termes. 

2. Le terme deché feroit inutile, 
ne difant rien plus que vmdé , & nos 
Autheurs , qui ont afFedé la brieueté 
dans leur méthode, s'en feroient ou- 
bliez en cette occafion. 

3. L'authorité de Fauin que lePre- 
uoft prétend m'oppofer me fauorifè, 
lors que parlant du collier de 1 ordre 
de rcfpcrance , il dit qu'il eftoit corn- 
pofe de Lozenges entières & demies k doft^ 
y le orle , émat liées de vert , ouuertes ^ 
clefchées, & remplie} de fleurs de lys d'or. 
Car ce terme clefchées eft cuidemment 
ài^QïQntd'oHuertes à caufe de la coniôn- 
Oiion. Et y comme nous voyons en 
celle , qui fuit immédiatement (^r^w- 
piics -y àc pour les faire la mefme chofe, 

O 



ipé L' Art au bldfoyi iujîifîé. 
il auroit fallu fe fcruir de la particule o^. 
Fauin à donc voulu dire que ces Lo- 
zenges eftoicnt ouuerces , & à angles, 
vn peu arrondis comme les anciens an- 
neaux des clefs. 

4. Deriuer defché de clayc comme 
nôtre Autheur à fait,eft vne chofe ridi- 
culcjcar laclayer/cftpas ncceflairemêt 
ouutrte àiour,& n'a aucû rapport aucc 
ksouurages vuidésjauflieft-ce de cUh- 
dere clorre ou clayer qu'on luy a donné 
fon nom à caufe qu'elle fert à fermer les 
parcs , les palliifadcs & les iardins. Les 
Payfans la nomment en certains lieux 
vn clayàar. Et c'eft d'elle qu'on a fait 
les noms de Clayette , &: detlette qu'on 
a donnez à quelques terres. 

j. Il eft au0i cxtrauagantde tirer ce 
nom de Scli^ ancien Allemand , dont 
Moniîeur Pithou deriue Efcleehement 
de fief, ny ayant aucun rapport del'vn 
à l'autre. l'expliqueray ce terme dans 
mon traité des origines. 

Tout le refte de fon Epiftre , n'eft 
qu'vn amas d'impertinences entallef» 
les vnes fur les autres , & méfiées à des 
ordures , qui font alTez connoiitre quel 
a elle le motif de fa faryre. le luy ferois 



Chdfitre vnziefme, tc^j 
obligé des reflexions qu^il a fafces fur 
mon liure li elles eftoient plus raifon- 
nables , & s'il les auoit hitQs auec la 
menue ciuilité , que quandté d'autres 
perlonnes , qui m ont fait la grâce de 
m'aduertir àts chofes ou î^auois failly. 
l'ay cette obligation à M. le Prefîdent 
deBoimeu,qui n^eftpas moins gene~ 
j-eux à contribuer au progrez des belles 
lettres, qu'il eft verfé dans tous leurs 
myileres j à M. de Veyfîiere Aduocar 
au Parlement de Languedoc j à Mon- 
Jieur Speiner Gentil-homme Allemand, 
aM. Chifflet,à M. Chorier Aduocat 
au Parlement de Grenoble 6c Hifto- 
rien du Dauphiné , & à quandté d'au- 
tres perfonnes à qui ie témoigneray des 
reconnoilîknces particulières dans mes 
ouurages, qu'ils cnrichilTent de leurs 
lumières. 

Ce n'eft pas icy la réponfe entière à 
I^Epiilre duPreuoft, deux autres par- 
ties acheueront de me iuftifier fur fept 
ou huit points confiderables , fm- lel- 
quels ie pne Tes parnfans de fufpendre 
leurs fentimens iufqu'à ce qu'ils ayenc 
examiné les miens. le me perfaade 
qu'ils n'auront pas de la peine à con- 



£9 8 l! Art au hUfon mfiifié. 
noitre que fou acculacion a elle iniuftè 
en voyant la foibleiîc de Ton difcours 
comparée à la folidité des prcuuesque 
ie donne icy. Ce qui fcrt encore à S^c- 
couui'ir ion ignorance , ou fa mauuaife 
foy , c'eft que de tous les Autheurs 
qu'il a alléguez il n'en eft aucun donc 
il ayt cité la page , le chapitre , ou le li- 
iire : au contraire i'ay talché de ne me 
{eruir du témoignage d'aucun que ^ 
ii'aye pris la peine de confulter , & de 
citer fidellemem- , afin que ceux qui 
voudront examiner la iufteiTe àc mes 
fentimcns le puifTent faire. 



Chapitre X I L 
Lfi définition au hUfion iufiifiée. 

A Près auoir examiné tout ce que 
Tancien Preuoft m'a oppofé en ion 
Èpiihe Apologétique, il ne me refte 
à iuftifier que la définition des armoi- 
ries , qui eft rap-.uy de tout ce que 
i'ay allégué dans mon ouurage. Il n'efl: 
fien qui doiue eftre plus exad que cqs 
définitions , pource qu'elles font Jes^ 



Ch;if lire douziefme. j. f) 9 
iinages fidèles des chofcs dont nous ex- 
pliquons la nature , & qu'elles doiuent 
eftre les principes fondamentaux delà 
dodrine que nous enfeignons. Aufïi 
eft-ce ce qu'il y a de plus difficile dans 
^explication des fciences , &: c'eft peut 
eftre la caufe pour laquelle quafi tous 
les Autheurs du blafon Tout omife. 

Tay tafché de la faire la plus iufte 
qu'il m'a efté poiïible fur les principes 
de cet art , fur la pratique commune, 
& fur les reflexions que i'ay faites en la 
ledure- de nos Autheurs les plus célè- 
bres. 

Il exam.fne en la page 40. cette défi- 
nition , dont il dit ; ïene doute powt auf- 
Jî 3<jHe vous ne remet ticK. h la forge voflre 
de^nition du bhfon , -pour laquelle vous 
auez. eu tant de compUifance & fur laquel- 
le Voflre art véritable efl appuyé & affer» 
my comme vne meule de mculin fur Li 
pointe à' vne aiguille, le ne fcay où il ayô 
ces marques de complaifancc 3 à moins 
qu'il ne condamne le foin que i'ay pris 
de l'expliquer. La comparaifon dontiî 
fé fert ne m'eft point defauantageufe, 
& slleftoit versé dans les connoi (Tan- 
ces mathématiques il fçauroit qu'vne 
' O \\) 



5 o jL' Art du hUfon iufltfie. 
meule de moulin peut demeurer en 
Equilibre fur la pointe dVne éguilîe 
pourueu que l'on trouue le centre de 
la pefanteur & qu'on la balance égale- 
ment j ce qui m'a donné autrefois oc- 
ca/îon de faire vne deuife de ce corps, 
en y adjoûtant ; c^noà dqnum leue , pour 
dire que les importions ne font ia.maîs 
à charge , quand elles font faites auec 
iuftice. 

ïl troaue félon fes principes quatre 
défauts en la définition que i'ay formée 
de cette forte. 

La armoiries font des marques d'hon- 
neur héréditaires, de figures & d'Emaux 
deterniif7ez, données oh anthorifées par le 
Prince pour recompenfe de quelque fer uice 
fynaîé , & pour la diftih6li.on des fa- 
milles, 

La. dialectique m'apprend quVne 
définition pour eftre iuftc, doit expli-^ 
quer la nature de la chofe qui eft défi- 
nie , former fon c.iraftere , & la diftin- 
guerde toutes autres chofes. Celle-cy 
me femble auoir c:s conditions , puis- ' 
que toutes les fins pour lefquelles les 
armoiries ont efté inftituées s'y trou- 
uent exprimées : elles ont efté inuen- 



chapitre âouzïeÇme. 301 
t^es pour faire connoiftrc la noblellc j 
& cet ce que dit le mot de marques a ho- 
neur 3 pour diftinguer les familles , &. 
faire connoitre ceux qui en font iortis. 
ce qui eft exprimé j^ar cette claule, ^<?«r 
la diJîin[iion des familles. Elles ferucnt 
encore à porter les ddcendans à fe fou- 
uenir de leurs Anceftrcs , & à les imiter 
ce qui eft entendu par le terme Htiredi" 
taire s i Se à conferuer la mémoire des 
belles adbionsj ou des beaux euene- 
mens. C'eft ce que dit le mot deferuice. 
ftgnalé. 

Il refte de faire voir comme cette 
définition diftingue les armoiries de 
toutes les autres peintures ingenieufes. 

Elles différent du rymbole5du hiéro- 
glyphe , de la deuife , de l'cmblemc , de 
la marque &c du rébus , en ce qu"'elles 
demandent des émaux fixes & détermi- 
nez , ce qu'aucune des autres n'exige. 
Secondement elles font diftin<îies du 
hiéroglyphe du Symbole,& delà deui- 
iê en ce qu'elles font hereditaires:Troi- 
fiememcnt Tembleme eft vne inftru- 
dtion morale , Se le blafon la marque 
des belles allions. Elles font enfin âi~ 
ftin^aces des marques des Ouuriers Se 
O iv 



3 o 1 jjArt an hUfon îufiifir\, 
des Marchands , en ce qu'elles lontan- 
thorifées du Prince , quia fcul droit 
d'Ennoblir & d'autkoriier les marques^ 
de NoblefTe. 

Voyons maintenant quels font les 
qtiati^e défauts que l'ancien Preuoft pré- 
tend auoir trouué dans cette définition. 
Le premier eft , que ie die que les ar^ 
moines f oient comj)ofées de couleurs & de 
métaux. Mais il ny a rien de femblablc 
dans ma définition , où i'ay dit feule- 
ment qu«e le biafon eft de figures & 
d'Emaux déterminez : ce qui eft eui^ 
dent pour les Emaux n^y ayant aucun 
bouclier qui n'ayt au moins vne cou- 
leur, qui eft fon email déterminé. le dis; 
îe mefme des figures , car les blafons de 
métal feul ou de couleur feule, qui font 
fi rares qu'on a peine d^en trouuer qua- 
Ke , ont i'efcu mefme pour figure. Ain- 
ù les Rubei de Florence portent de gueu- 
les pour Email , & leur efcu pour figu- 
re, ce qui eft t llcment vray qu'à moins 
de l'aduoiier il faut tomber dans d'e- 
ftf anges incongraitez ; car autrement 
iedirois que tous cciix qui font veftus 
de rouge portent le biafon de Rubei , 
& par tout ou cette couleur fe.trouue- 



chapitre âouziefm^, 3 ô 5* 
roit , &: fur quel fuict que ce fut, les 
armoiries de cette fîmiiie y rtroienr re- 
prefentées, ce qui eft abfurcie. Les four- 
rures ont de véritables figures fenlibles 
à l'œil , les partitions font le mefme, 
ce qui montre clairement qu'il n'eft au- 
cune armoirie fans couleur ny fans fi- 
gure. 

Le fécond deffaut qu'il m'oppofejefi: 
que le les nomm.e héréditaires ^ quoy 
que i'aye dit qu'elles n'ont eu cette qua- 
lité, que depuis S.Louys. Aïnfi , die 
l'Autheur Moderne , Us fr 0^0 fition s con- 
tenues en ma defifiition ne feront pas d'vne 
vérité confiante & éternelle. le trouue 
deux erreurs coniîderables en fa refle- 
xion : la première qu'il ayt dit, que ie 
fouftenois que les blafons n'auoient eu 
la qualité d'héréditaires , que foiis 
.S. Louys ,ce qui n'eft pas , car en dé- 
criuant le monument de Beatrix i'ay dit 
feulement que les brifures,qu'on voyoic 
fur quelques éculïbns qui l'entouroient 
. jnontroienr , que l'on brifoit du temps 
4e S. Louys , ce qui ne prouue pas que 
les armes ayent commencé d'eftre herc- 
taires en ce temps-la. l'en aflîgne plus 
raifonnablcmcnt le temps au regue de 
O y 



s 04 L'ArP du bUfon ïufi'tfé. 
Philippe Augufte , qui fe peut appeller 
le temps de la naiirance du blafon. Ce 
fut luy qui commença à mettre les 
fleurs de lys dans \ts monnoyes , il en 
fît femer les ornemens Royaux , il fît 
part de ces belles marques d'honneur à 
ceux qui Taucient ndellement ferui 
dans les guerres \ Il fît porter vn Eflen- 
dart flieurdelifé dans Tes armées, & quoy 
que fes predecelfeurs eulfent eu ce mê- 
me blafon il luy donna tout Ton luftre. 
On commença fous luy à faire vn art 
de ces figures de Caprice , il eflablit des 
Hérauts , & le plus ancien liure de bla- 
fon luy fut dédié. C'eft ce que le mon- 
tre euidemment dans rouurage que îe 
prépare. 

Il faut encore me iuflifîer du fécond 
défaut que Tancien Preuoft à trouué 
dans ma définition , qui eft , quelle ne 
feroit poi d*vne vérité contante & eter^ 
nelU. Ce principe de dialedique efl 
aufll mal appliqué en ce lieujqu^il eft 
mal entendu de celuy qui l'allègue: 
car ie luy demande fî ce qui dépend de 
i'inftitution & du libre confentemenc 
des hommes peut eftre d'vne vérité 
conftanie ôc éternelle ^ citant d'yue ira- 



chapitre douzième. 305 
turc changeante &: dépendante du ca- 
price. Quand on dëcriroit la langue 
Françoife pour en former le caradere. 
Si cette langue venoit à changer , la 
defcription qu'on enauroit faite , quel- 
que iufte qu'elle euft efté ceiferoit de 
Teftre; l'hiftoire qui nous d'écrit i'efta- 
bliirement du premier Parlement nous 
le reprefente comme vn corps ambula- 
toire eftably pour rendre la iuftice, 
mais depuis que ces corps ont efté mul- 
tipliez & rendus ftables , on ne pour- 
roit plus les définir de cette manière 
fans erreur.Quand ie diîois maintenant 
de l'Académie Françoife , que c'eft vtïc- 
compagnie coiiipofce de trente pcrfon- 
nés d'eTprirôc de mtr/te «ftablie, pour 
trauailler à la pureté de noftre langue, 
l'en formeroislecaraderele plus iufte, 
fi neantmoins on augmentoit le nom- 
bre de ces illuftres, & fi après l'eftablif- 
fement de cette pureté de langue qu'ils 
-. recherchent , ils s'appliquoient à la re- 
cherche des fcienccs les plus laborieu- 
fe y la définition qui fiifoit auparauant 
leur caradere ceffctoit de le faire j & 
comme le deflein de leur inftituteur 
dépendit purement de fon choix , U 



30^ L^Art au hUfon iuflifiê, 
pounoir prendre d'autres raefiires : d'où 
fmfwre euidcmmcnt qu'il y a des cho- 
^£■5 dont tes, de-fin irions ne peuuent cftre 
ny confiantes- ny éternelles, puisqu'el- 
les ont vne nature changeante, & que 
les définitions font les images des na« 
tures & des elfences. Les définitions 
tondantes ne conuiennent qu'aux ef- 
fences inaltérables , qui émanent d'vn 
principe neceiraire & inaltérable ; com- 
'me il eft impoiïible que l'homme foit 
autre chofe qu'vn animal raifonnable. . 
Ces cftres font des écoulemcns du pre- 
niier cftre; L'idéequi leur fert de prin- 
cipe el! vnr.id^e conftante& éternelle: 
aufïï îi-'ont-iîs^rien ik changeant , que 
î'exiftmce^ qulh-'ieçoiuenr dans le 
temps. Il n'en eft pas âinfi des arts & 
-des inuentions des hommes , elles dé- 
pendent du caprice , & quand ce capri- 
ce voudra que les armoiries cefîcnc 
■<l''eftr-i héréditaires , ma définition cet- 
"fera d^eftre iufte & conforme à la natu- 
re de ces marques d'honneur,qui auront 
changé de forme , & ii fera feulement 
vray éternellement qu'elle a efté con- 
forme aux armoiries de ce temps , & 
aiuftée à la pratique de ilx fiecks. ^ 



chapitre dou&iefme, 307 
Il attaque encore cette mefme defi- 
mrion par vue batterie auiîî foible que 
la précédente , quand il dit que ce mot 
donné ou a:!thôrifé par le Prince s n'e(l paa 
tnoms inutile ejHiniurienx a l'ancienne' 
Nûblejfe. Pour montrer qu'il cil: faux 
que le Prince les donne ou les autho- 
rifc , ii tire vne conclufioTi auilî mal in- 
fcrée , que celle dont il a voulu détrui- 
re le ien-):\ehertdi taire. Il m'oppofe que 
i'ay dit que les figures du blafon eftoiét 
4es figures de caprice, d'où il conclud 
donc elles ne font pas données ou au- 
thorifées par le Prince. Cette confe- 
quence efl; viticufe , & pour le faire 
voir clairemenr ic fuppofe que les fi- 
gures ordinaires du blafon font des 
chefs, fafces , bandes , bordures , anne- 
lets , merlettes, emanches, gyrons , ôcc. 
Secondement ie demande quelle rai- 
fon il y a eu d'introduire ces figures 
^ans le bkfbn , au lieu des figures des 
plantes & des animaux peintes fur les 
anciens boucliers , il me femble qu'on 
ïi'en trouuera aucune caufe que le ca- 
price , & que la refponfe qu'on me fera 
fur cette demande , fera celle des Gram- 
oiairichs pour l'origirte des langues.. 



3 o 8 L'Art du hUfon iufiifié. 

Sic volu'ere Patres , fit pro ratiene vo- 
bintOé. 

le demande maintenant fi le Roy 
donnoit des armes bandées , pallées , 
faicées, ou gyronnécs à quelqu'vn qu'il 
ennobliroit , fi ces armes ne feroient 
pas de caprice , quoy que le Roy les eut 
données. Pour le faire voir plus claire- 
ment en exemples , prenons des armes- 
que Thiftoire nous afieure cftre des 
concertions des Princes. Quand Char- 
les le Chauue traça de Tes doigts enfan- 
rlantez quatre paux de gueules fur le 
bouclier du Comte de Barcelonne , ce 
Prince pouuoit y tracer des bandes, des 
fafces , des barres , ou des iumelles, qui 
auroient eu le mefme effet , il pouuoit 
imprimer fa main enfanglantée fur ce 
bouclier , tirer vn moindre ou vn plus 
grand nombre de lignes , ce nombre & 
ces figures furent donc vn effet de fa 
volonté & de fon caprice. Quand l'Em- 
pereur Frédéric Barberoulfe ietta fa 
couronne de fueilles à Bernard Comte 
d'Anhalt en rinueRilfant de la Duché 
de Saxe confifquée à Henry Léon , il 
luy pouuoit aufii bien ietter vne rofe, 
vn gand , ou vne chaifne d'or î qu'il eut 



i 



chapitre douziefme. 3 o<> 
pu ajouter à Ion blafon de mefme que 
cette guirlande qui le Crancelin des 
armes de ces Ducs. Ces armes furent 
donc de purs effets du caprice que ces 
Princes ne lailfèrent pas d'authorifer. 
Audi quand quelqu'vn eft Ennobly 
foit qu'il ayt eu vne marque auant fon 
, ennobliifement , fbit qu'il reçoiue en 
mefme temps du Prince & fa noblelTe 
& fes armes , ces armes font marquées 
dans les lettres d'cnnobliffement , & il 
reçoit pcrmiffion de tes porter.faire pein» 
dre , & graner es lieux publics , &c, com- 
me ie feray voir pleinement en la pra- 
tique des annes. 

Il me rcfte à montrer que cette défi- 
nition n'eft aucunement iniurieufe à la 
bonne & 'ancienne Noblclfe , ce qu'il 
me fera facile de foutenir quand i'auray 
montré que fon opinion choque l'au- 
thorité Royale, & deftruit les droits de 
la Majefté : puis qu'il met des familles 
particulières en parallèle auec nos Sou- 
uerains , qui font (ans égaux dans leurs 
terres , comme ils font {ans Supérieurs. 
le foûtiens donc qu'il n'eft perfonne 
de quelque eminente condition qu'il 
fçitaans TEftat , & de quelque ancien- 



310 L^Art du bUfon ïujtïfé. 
ne Noblcfle qu'il foit extrait , mefme 
de la Souueraine , qui puilfe porter des 
armes' fans l'adueu du Souuerain : elles 
font fans authorité quand cet adueu 
leur manque, &: il n'eiî aucun adle pu- 
blic oij elles pulîent eftre receuës , fî 
le Prince ne les authorifoit. La raifon 
de cette dépendance eft manifcfte , puis 
qu'il ny a aucune famille dans l'Eftat 
tant Noble foit elle , qui ne foit fnierte 
au Roy , & comme le Souuerain la peut 
detrrader du rang qu'elle tient , & la 
dcipouiller pour des crimes dés auan- 
tàges qu'elle poffede, il peutauffi luy 
ofter les marques de fa dignité. C'eft 
ce qui fe pratique fouuent dans les iu- 
gements que les Cours Souueraines 
rendent contre la Noblelfe atteinte de 
crime j les exemples en font fi frequens 
que ie m'eftonne que l'ancien Preuoft 
ayt auancé vne propofition fi témé- 
raire. 



chapitre iretjiejme. 3 1 1 



Chapitre XIII, 
Si ( Autheur Moàerne efifçauant. 

C'Eft plus pour fatisfaire au doutô 
de quelques perfonnes , que i'exa- 
min-e fi mon aduerfaire eft fçauant, que 
pour prendre de l'auantage lur luy. Le 
deiTein que i'ay de ne plus répondre a 
ce qu'il pourroit m'opporer , pour 
m'empefcher de continuer mon entre- 
prife en m'obligeant d'écrire des Apo- 
logies j m'a fait reioudre à cette recher- 
che j afin qu'ayant vne fois détrompé 
ceux qui fe perfuadent qu'il eft fçauant^ 
ils connoiirent que fes liures ne font 
que du galimathias. Il eft de ces fins 
jgnorans , qui cachent leur foiblelTè 
fous des termes entendus de peu de 
pens : ils trouuent delà réputation pnr 
cet artifice parmy ceux qui ne font pas 
éclairez , & comme ils difent auec vne 
hardielïé impudente tout ce qui leur 
vient en bouche , ils fe font paiîér pour 
oracles auprès des autres ignorans. Il 
y a de la iuftice à decouurir leur addrcf- 



3 I i L'Art du blafon mfitfié. 
Te , & comme on ieue le malque à ht 
fauiîe vertu , afin qu'elle nuife moins 
eftant connue , on Je doit ofter à ces 
prcfomprueux qui s'érigent en rcfor- 
rnateurs des lettres fans en auoir la con- 
iiojlîànce. 

Il ne faut pour furprendre les bon- 
nes gens , que leur parler des Crhpelai» 
res , an Sicomon, du Ttml & d' efc lèche- 
mem , alléguer deux ou trois pafîàges 
Grecs eftropiez , dont chaque mot foie 
lambrequine' de deux ou trois accens 
pour \ts rendre plus formidables ; citer 
mal à propos Euftathius , Leuncîauius, 
Elian , & Strabon auec cette addre/Te 
qu'on n'en détermine ny les liures , ny 
les^ chapitres , ny les pages, pour n'e- 
ftrepas pris fur le fait , & accufé com- 
me fauiïaire ; inférer en fes ouuragcs 
des mots Hébreux , Efpagnols, Italiens 
&.mefme Barbares fans les entendre, 
é^ faire plus d'eflat àts impertinences 
de Lancelot du Lac, de Perceforeft , 
& d^Alibel de L ogres , que à^^ hiftoi- 
res anciennes & modernes^qu'on nom* 
me emx hoièeufes. Ce font là les artifi- 
ces des ignorans prefomptueux , qui 
cftoient de/îa en vogue du temps de 



Chaptre treiziefïne . xit, 
Lucien, &: ce Sophifte nous a fait le 
tableau de l'ancien Preuoft plus de qua- 
torze cens ans auant qu'il fut né. 

Pour faire auec méthode la recher- 
che que i'entreprens , ie commence par 
lafcience Sainte ^ qui nous apprend à 
connoître Dieu _, &: qui deuroit cftre la 
fcience de tous les hommes comme elle 
eftoit celle dei'Apoftre , qui faifoit Ton 
Encyclopédie de Iesvs-ChRist Cru- 
cifie. Toutes les autres fcienccs luy doi- 
uent eftre foûmifes , & laferuir comme 
leur Reine. Il eft permis de dépouiller 
l'Egypte j & d'arracher à l'idolâtrie ce 
qu'elle a de plus précieux , pourueu 
que l'on en faue les ornemens du taber- 
nacle , & nous deuons en cela imiter 
les premiers Empereurs Chre/lfens, qui 
confacrerent au vray Dieu les Temples 
des Idoles , & les autels de l'impiété. 

le fcay que mon aduerfaire ne fait 
pas profelîîon de cette fcience à laquel- 
le il ne s'eft iamais appliqué , & qu'il a 
plus lii de vieux Romans, que de que- 
ftions de S.Thomas. Son écrit nelailTe 
pas d'auoirdes propofitions dangereu- 
les , qui font plutôt des fuites du peu 
de connoilfance qu'il a des maximes 



3 1 4 I^Art du hUfon iufiifie. 
duChriflianirmcr, que des fentimens 
paidculiers qu'il prétende oppofer 3 
ceux de TEglife. 

En la page 1 1 7. de Ton Epiftre il fait 
plus d'eftat du iugement des hommesj 
que de celuy de Dieu , diiant haute- 
ment qu'il n'a rien à craindre delà part 
àQs hommes , encore que deuant Dieu 
il ne /bit pas innocent. N'eft-ce pas ce 
tribunal redoutable qui le deuroit faire 
trembler , à l'exemple de i'Apoftre, qui 
k ioucioit peu des fentimens àcs hom- 
mes, mais qui rcdoutoit la fentence- 
fulminante 4e cet œil perçant qui de- 
counre tonr. Ainfi qui peut dire fans- 
impiété auec îe Preuoft -, Mon amy it 
pirle hardirnsnt 5 encore <^ue denam Diett 
ie ne fois innocent 5 fi esî-ce ejHe de la part 
des hommes is ne crains rien de tout cee^ne 
vont rnimputCK. : auec quelle hardieiîfe 
peut parler vn homme qui s'auouë cou- 
pable deuant le plus terrible des luges, 
a« lieu de dire auec le Monarque pé- 
nitent. 

uiccablêdu rt^teî del'»jfenfe monelU 
"Dont a tes yeux , Setgueur^ t'ay profané- 
ta loy y 

Bt l'effrit tourmenté du troubie & de- 

l'tffroyi 



Chafttre treifiéme. ii<^ 
iDont le remords agite vne ame crimi- 
nelle \ 
Au peà de tes Autels ic viens me fon^ 

dre e/i pleurs , 
Et pour me confejfer le pliu gra-fid des 

pécheurs t 
Et pour parer aux traits de ta iuHe 

colère ; 
Heureux en mon malheur , fi te pu^ 

obtenir » 
Que t^ .pareilles moins mon iuge que 

mon Père , 
Pour me reprendre en grâce an lieu de 

me punir. 
En cette mefînepage il m^exhorte^ 
nepa^ propharier la langue fainte , à faire 
des fatyres & des inue^tues ; car cela n'efi 
pas Chreîîien. le profîteray de cet aduis, 
& quand vn double caradere ne m'o- 
bligeroit pas à cette referuc , la profef- 
fîon que ie fais m'engage folemnelle- 
tnent à tendre le bien pour le mal. le 
m'eftonne pourtant que celuy qui m'a 
déchiré , & toute vne compagnie inno- 
cente en cent dix-neuf pages de fon 
Epiftre , m'exhorte à ces fentimens 
Chicfticns. A-t'ii écrit en Turc , &: en 
Barbare ? 3c s'eft-il oublié de ce qu'il 



3 I (j L Art au hUfon iufti£e. 
eftoic pour aaoir moyen de me nuire \ 
comime s'accorde fa plume auec cet 
aduis î 

En la 'pacre 9. & 10. il dit qu'il ncfc 
connoitpas beaucoup criminel d'auoir 
fait graucr par vnc fille des figures 
honceufes , qu'il a reprefentees dans Tes 
origines , 6^ malaré les anathemes de 
l'Eglile qui condamnent cette impu- 
dence. Il ofe dire que l'oracle [acre nous 
tif^renà que Die» a crée l'homme droit» 
qiitl a vu fes ceaures , & qu'il a trouné , 
qu'elles eBoic.^t tontes bonnes , que s'il s'y 
rencontre quelque chofe d'obfcene il ne pro- 
cède que du def ordre de nos pajftons. Tel- 
lement qu'il ne tiendra pas au Preuoft 
que les hommes aillent tous nuds com- 
me les Sauuages de l'Amérique : & les 
Conciks , & les Saints Pères auront 
beau crier contre les images infâmes , 
ôc contre les obiets fcandaleux : nôtre 
Autheur leur dira qu'il n'eft rien dans 
la nature qui ne foit bon. Omnia praco' 
nialia creatafunt. 

Il employé l'Ecriture fainte aux fa- 
tyres & à la raillerie , après les fulmina- 
tions des Papes contre de rem>blablcs 
impietez. Surquoy il faut que ie Tad- 



chapitre treifiéme. 317 
oertilTe chantablemenc delà remarque 
de Lippoman , qui donne après les SS. 
Pères vne belle raifon du nom de Sain- 
te, qu'on a donné à cette langue. làeo 
lifiguam hAncfanclam , acfacram nuncu' 
pari extHimarit , ^uod honeHiJfimè feniper 
loquatttr , remotijJimaqHe ad ea exprimen- 
da t^Hsrat vocabtila , qu£ furtitjfe parum 
pudica i atquè hoKeîla riOnnnllii vider e/i- 
tur. Aloyf. Ltppom.CAiena iii ^emf.cap.x. 
verf. 9. D'où le Preuoft doit. apprendre, 
quel crime il y a de s'en fcruir pour des 
ordures , pour des' calomnies , & pour 
des faletez abominables. 

Il elt encore moins heureux en Phi- 
lofophie , ce qui n'a befoin d'autres 
preuues , que des confequences ridicu- 
les & mal tirées , dont il a groill Ton 
Epi lire. 

Le cercle quarré qu'il donne à la 
croix refarcelée montre qu'il eft habile 
gcometrien , &c on luy pourroit appli- 
quer la deuife du P. de S. Vincent , qui 
a écrit de la quadrature. C'eft vn trou 
quarré qui reçoit le rayon du Soleil, qui 
s'arrondit en terre auec ces mots. Mu- 
tât quadrata \rotundis. 

Le Sicomore tranfplanté en Dauphi- 



1 
3 1 8 l! Art au hUfon wfiifié. ' 

né, les Martes peintes en noir ,& les 
hermines toutes blanches montrent 
<jii'il eft peu verfé en l'hiftoire natu- 
relle. 

Voyons s'il fcait mieux l'ancienne 
&la moderne hiftoire des Prouinces 
^ des Eftats ; & comme la Chronolo- 
gie , & la Géographie font Tes yeux : 
examinons s'il n'a point efté aueugle 
en ces deux connoiffances , & s'il n'a 
point pris de faufTes lunettes. 

Pour la première , il fiiit le monde 
plus vieux de quatre mille ans qu'il 
n'eft en la p. 87. de fes origines ou par- 
lant du blafon de la famille de Villers,il 
dit ; Si V0U4 en doutez, s i^i voia a^eureront 
qu'il y a fins de dix mille ans , que cela 
eft écrit dans les archiues de cette famille. 
Tellement qu'il faut que Scaliger , Ge- 
nebrard , le P. Petau, le P. Labbc, le P. 
Gourdon, le P. Saillan , & tous les au- 
tres Chronologiftes reforment leurs 
fupputations fur cette Epoque nou- 
uelle. 

le paffeà la Géographie , Se ie trou- 
ue en la page 98. de Tes origines , que 
contre la fby des Géographes, il nom- 
me ceux du Pays de FgIx Flnfiates par 

vne 



chapitre treiz,iefme. ^i^ 
vne double faute , qui m oblige à raiu- 
fier fei fîmes. La pL-cmiere eft qu'il faut 
dire Elufatety Ôc la féconde que ces peu- 
ples font ceux d'Eaufe dans le bas Ar- 
magnac , dont M. Samfon dit; £/«/^, 
tiumvrbs Elufa. Et le P.Brietpag. 4f4. 
du tome r. de fa Geograph. ancienne 
&nouuelle, Elufa EnuÇe olim awpla ci- 
uitoicapht regiu^cfiUl'E\iCnn. Au con- 
traire , la Comté de Foix eft dans le 
haut Languedoc. 

^ Venons à i'hiftoire. le trouue qu'il 
n'eft pas plus verfé en la connoiffance 
de l'ancienne , qu'en celle de la mo- 
derne , & que la ledure des vieux Ro- 
mans a confondu celle qu'il a pu faire 
àes Efcriuains Grecs & Romains. En 
effet, il dit page 35,. Que/^/ Latins aujfi, 
tien que les Grecs ont affeRé les armes fuc- 
ceJfiptes.CQ qui n'eft pas foûrenable.pour 
deux raifons.Lai. parce que ces anciens 
non point eu d'armoiries,mais feuleméc 
des figures de fantaifie,comme ie mon- 
treray euidément au traité àts origines; 
& la z. parce que ic vois dans Diodore 
de Sicile, qu'Anubis &Macedo, qui 
eftoient frères, &fils d'Ofiris ont des 
deuifes différentes de celle de leur père. 



3 1 o jJ Art au hhSon iujlife. 
ScdiiTerLiites entre eux. Bth.ioth. lih.i. 
le donneray ailleurs le paflage Grec de 
cet Autheur. Les Anciens ont faic por- 
ter à Alexandre , tanrcft vn lion , tan- 
tôt vne vi(51:oire , tancot" vn belier,can- 
tot vn loup , ôc ton^oi: la figure de Bu- 
ccphale dont le Prêuoft luy pourroit 
dreiîcr vn pcnnon à Ceize quartiers. 
Augi'fte eut en ion cachet la figure du 
Sphynx , puis celle d'Alexandre & en- 
fin laiîenne. 

Pour rhilloire moderne , il raifonne 
il mal de l'origine delà Royale mailon 
de Sauoye , &: de la caule dcùs armes 
i^u'il f:;it pitié : car il dit page §o. des 
origines ; que le Comte Amé IV. [tir- 
nommé le Grand , qititta fes anciennes ar- 
wes pohr prendre celles de la Religion de 
S. leande lerufilern. Ce qui efl: euidem- 
ment detruir parle monument de Tho- 
mas de Sauoye Prince de laMorée , & 
d'Achaïe Père de cet Amé , dont le fe- 
i3ulchre refte en la ville d'Aoufte. Voi- 
:y ce qu'en dit le P. Monod Hiftorfo- 
-raphe de Sauoye , en vn écrit que i'ay 
entre les mains. 

Qtia»t a la de ut fe de VERT, il efi très 
apeuré , qitclU n'a efté inuentée du Comte 



chapitre treiziefme. 3 2 1 
Vert , & beaucoup moins 'a l'occaÇim de U 
prife de Rhodes , pnù cjue Thomas de Sa- 
lioye PnncedeU Mot ce , ç^ d'Achuie 
père d'Ame le Grand U portait dcfia , 
comme on void en fon fepitlchre a la ville 
d'Aoïifle , ou le chien , c^ui efl à [es pieds 
a vn collier fait aux lacs y cjne nota appeU 
Ions de Samye^ dans lec^ndfom les rnefmes 
lettres , en me fme forme Gothique qu'elles 
font dans l'ordre . & dit collier pend dans 
vn efcula croix pleine de Samye , qui f Ht 
retenue d' Amé fon fils , & tranfmife par 
Itij afes defcendaus , veu que les premiers 
Comtes aiioient porté l'aigle, L edit Tho- 
fr.a6 , comme Cadet , aiioit pris la croix por- 
tée par les meillettres villes du Piedmont, 
(jtn luy eFioit échu en partage , & non la 
Maurienne , comme dit Ptn^on. l'ay va 
le traité de partage des enfans de Thomas 
premier Comte de Sauoye , diiqHel ledit 
Thowas eiloit fils , par lequel il efl dit 
qnil luy demeurera , ce que la maifon de 
Sauoye po([cde en Piedmont des Attillam 
en bas. Saluant à la figmfcarion du mat 
F E RT, te la tiens naturelle , ^ crois 
(jfte le Comte Vert s'en voulut feruir , «^7* 
feulement parce que cesloit vn mot de de^ 
'<iCe ancien en fa maifon , mais aujfi pour 
P i^ 



312, l! Art àtihUÇcn'mfiifJ . 
mémoire du collier honteux (^u li fit porter 
au Marcjuis de Saluées. Q^afit a l origine 
de la 7naifon deSaïioye^i'ay de grande i cou- 
it^ures quelle fort de Saxe par lavoyed: 
Hugues fils d*Hurnbert , & Humbert 
d'Imrnede , ou Imedé àefccndu de Viti- 
chtnd» 

le laiife le refte de cet écrit pour at- 
tendre q-J.e riiiftoire de M. le Cheiia- 
liei' de Guichcnon acheue de confon- 
dre le Previoft. le remarque feulement, 
qu'il dit en la page 8i. des mefmes ori- 
gines j que les derniers Princes de Sa- 
uove , depuis Amé IV. iufques au Duc 
Charles 1 1. n'ont eu autre blafon que 
le ficrne victorieux de la croix , ce qui 
eft contre la foy de l'hiftoire , & des 
monumcns publics. Car les Princes de 
Sauoye ont porté des aigles &c des lions 
comme on void par leur fceaux , de- 
puis cet Amé I V. qui ne fut pas fur- 
nommé le Grand comme il dit, mais 

Amé VI. 

Pour les armes de Nauarre , il en 
parle en fi mauuaiil part , & il raifonne 
li mal de leur origine , qu'il eft aifé de 
connoiftre qu'il prend plaidr de ren- 
uerfcr Thiftoire & l'art Héraldique, 



chapitre treizicfyne, \ 1 3 
pour cflre îingnlier dans Tes pcnfces. 
C'eft en k page 1 14. des origines, (jn'sl 
corjdamne l'ignorance cuminelle de ces écri' 
nains indtfcrets , c^ui mettent les armes C^ 
Ut Roii de Nan^rre a. la cadeie , & i^ue ces 
chaînes dogt ils ont emratié & embarrajfé 
ce noble blafon ne pregnosîtqmnt rien de 
fauorabUy&font plutôt k les bien prendre y 
vn Jtgne de l'efclatittude qui fait gémir les 
peuples de cet Eflat , fow le loug infolent 
de la dorpination Efpagnole , qu'vne înar- 
que de la valeur & dn courage de [es Frin^ 
ces légitimes , &c. 

Il fait de mefme pafTèr pourdeche- 
tifs gybayeurs Godefroy de Bouillon, ^. 
& Tes fuccefTeurs à can^e des trois Aïe-' 
rions du blafon de Lorfâine, quiferoit 
à fon fcns faire paffer nos Roy s pour 
des Jardiniers , parce qu'ils portent des 
fleurs de lys j les Clermonts pour des 
Serruriers , à caufede leurs deux clefsj 
les Ducs de Bretagne pour des Pelle- 
tiers , à caufe de l'hermine. Tellement 
qu'il faudra d'orefnauanr que les Prin- 
ces prennent pour blafon le Soleil, la 
Lune , & les Eftoiles pour auoir des 
armoiries illuftres/clon le Preuoft : car 
celuy , qui a fait des Broyés des inftru- 
P iij 



3 24 ^ ^^^ ^^^ hlfiÇon mflïfié. 
mens à broyer le lin & le chanur:^ pa- 
ge 144. n'y veut ny fufces ,nv chaif- 
nes j ny Alerions , r y tteffles. En qnoy 
i'ay faiet de me plaindre delà qu. relie 
qu'il m'a faire pour ces plantes , après 
qu'il a dit en la page zjj. d^fes origi- 
ïies. Les T.errefuetlles font ires belles eri 
l'efcu de Prie ••, Par tout ailleurs ce font des 
trejjles , c^ue te tai/fercû volontiers dans les 
■prairies , d'où elles ne font venues dans les 
ttrmes ^nepar l'ignorance des gratte ptr s, 

le feûtiens contre Ton fentiment , 
que les armes deNauarrefont des chaî- 
nes , à caufe de la vidoire de Sance le 
Fort. Le fentiment de M. Oihenart & 
quelques monnoyes m'en auoient fait 
douter autrefois , mais ie me fuis rendu 
aux raifons , & au témoignage du R. P. 
lofcph Morere Hiftorien de Nauarre, 
qui m'en a écrit en ces termes de Pam- 
|>elonne ; Cjuo ad infigne catenarttm Na- 
narK&arurn anniet unte annos tredeciîn con- 
neni Oihenart nm , t^i-ii forte hue ad injpi- 
mendum tabularttirn appulerat , offendi- 
iJKte illi Re^nm dtpkriuita ea fitper re adt 
indnhit^ta , vt erroremfuMn de fph&rulis^ 
aut pouns aliennm y natn ex alii-s haufti 
fiatim agnouerit , feque emer.datuYHm pro- 



chapitre treiziefme. 315 
miferit, Quornam raptlrn f(.ribo nG?i Z'uat 
tranfcribere cju& in eam rem notfi.t.-i habeo : 
& credo me R. V. rnelÏM fmtiifaHH^iwn ^ 
cum primùm h hcem prodeat liber mtuiy 
^uemfnb athlo i*iueftigatianum afitiquita' 
tum regrîi N marra, antè hiftoriam pro- 
mit to : & credo edftur cito j // tamen R. V, 
îii teïlimoniis ita eget vt res moram non 
patiatHr , cnrn primwn fciuero traufmit- 
tam manu mea exfcripta. Imerimrem ejfe 
certlffimarn in me rectpio , nec dubit^re 
iam ek de re OihenartHfn, çj^c. 

Enfin les çunigas , Mendocinos , 
Romeu , Mendoças de Baeza , Munos, 
Perakas , Menefes , Maça , Abarcas, 
Arricanales , Villafecas , Otagos, & 
plufjeurs autres familles de Nauarre 
font gloire d'eftre à la cadene de cette 
forte', & Argote de Molina en parle 
en certe minière chap. 46. daliu, i,de 
la Nobleza deï AiÀ<.thiz.ia. 

Ji imitaciofj del Rey D, Sancho rnU" 
chof de lûs caua/leros , ^ne Je hallaron en 
ejia. bataUa > vfaro» por armas la deuifa de 
las cadenas : de la e^nale fe precian muchos 
Unajes nobles. 

De mefme il faudra que l'Empereur^ 
& que les Seigneurs des maifons ck 
P iv 
\ 



^i6 L'Art du hUfon itijlifié. 
Mommorency , de la Trimouillcj de 
Morainuillers , de Ciinchamp, de Mar- 
ly, d'Argies , & vne infinité d'autres 
qui portent des aigles, des Alerions, des 
merîettes , & d'autres oifeaux palfent 
pour des chetifs gybayeurs , pource 
que le Preuoft ne veut ny iongleries, 
ny mythologies. 

PafTons de Thiftoire à la lurifpru- 
dence , & voyons ^'il, a fait iuftice à 
celle qui la fait à tout le monde. Il dit 
en la page 42. de fon Epiftre , (^ue les 
Mimes de l'Empire ne font pas armes de 
dignité, Surquoy ic trouue qu'il n'a pas 
fceu diftinguer le domaine de lurildi- 
dlicn de celuy de propriété. L'Empire 
cft vn domaine de cette forte , & les 
Empereurs qui le pofledent , encore 
qu'ils ne puilTent rien aliéner , ne laif- 
fent pas de jouïrde tous les droits des 
véritables Seigneurs 5 faifans battre 
monnoye,ennobliirans , faifans rendre 
la Iuftice , &:c. Ils ont fouuent confif- 
que les biens à Ats Princes feudataires 
de l'Empire pour en inueftir d'autres , 
& leur pouuoir s'eftend encore plus 
loin j car non feulement ils érigent les 
terres en Barounies , en Ccmtez , & en 



Chafïtre îret^éme. 327 
Du chez ; mais ils peuuent eftablir des 
Rois , comme fit Othon III. qui érigea 
là Duché de Pologne en Royaume 
l'an looi. & Henry I V. qui fit le mê- 
me pour la Bohême Tan io8é. Enfin 
il y a cette différence entre rÉmpcreur 
&; les Eledeurs , que l'Empire eft vu 
Domaine de larifdidion, qui dépend 
des Electeurs pour fa collation , mais 
après l'Empereur eft leur Souuerain ; 
& comme ces Eleveurs ont deux titres, 
K'n de Seigneurs , &: l'autre d'Officiers 
de l'Empire , ils ont auiïî 2. fortes d'ar- 
moiries, les vues de leurs domaines par- 
ticuliers , les autres de leurs tJignitez , 
ou des fondions de leurs charges. Ain- 
fi le Duc de a Saxe pour fes armes de 
Domaine deux elpées en fautoir pour 
fa charge de grand Marefchal de l'Ém-- 
pire ; Le Roy de Bohême à celles de 
fon Royaume com.me Roy , & vne 
coupe pour celles de fa dignité de granj 
Êchanlon. Le Duc de Bauiere porte 
fufeléen bande d'argent & d'azuï,pour 
fa Duché , & le globe impérial pour fà 
dignité de grand maiftre 3 Le Marquis 
de Brandebourg à diuers quartiers pour 
lès diuers fi;fs, Ôc k fceptre Impérial 

P y 



3 2 5 I^ Art du hufoji iufi'ijic. 
pour la charge d? grr.;id Chanibehin. 
Ainfi ma diuilîon a cfté iufte , qnoy 
qu''en vneille dire rnncien Preuoft. 

le palfe delalurilprudcnce àîafcien- 
ce des nombres , où ie troniic que 
ï'Aurhenr Moderne excelle : car il dit 
en la page z6. des origines ^que nous 
auons quantité d'exemples du blafon 
d'vn émail pur, & flmplcj&: toute cette 
quantité fe réduit à deux exemples cer- 
tains des Ximer.esy & des Rnhei. A deux 
Chimériques pris des Cheualiers delà 
fable ronde , & à deux autres mal en- 
tendus. Au contraire en la page lOj-. 
Il donne les armes, de BoetzeUr en Hol- 
lande, qui font àtgtifules'a: trois cr a^i- 
fonsd'or. Pour fînguliercs. Quoy que 
ks familles de Sotem au Rhein , de Ba- 
yrn von Caldif an. Tyrol , de Méfier, 
èc cle Haqen au Duché de Branfuic , de 
Schnelingen cw Suaub6, de Btàenfddt 
fiu Pays àt Htiî'e , de Gaelen au Rhein. 
J)e Schencl^von l'^^i'^terfleien en Suaubc^ 
«le HotidoYJ'AW Tyrol Brhnnig en Silc- 
ije j de Kelderer za hohe en Bauiere , de 
Fcrmeifir von Geilhaitfen au Rhein. 
Breidetihach au Pays de Helfc. Vers z.» 
Viermnnden au mefmé Pays, SchcUn fin 



chapitre treiziefme. 3 2 r/ 
Veftphalie , Von Gden au mcfriie Pays. 
Du ^tejfan à Francfort fur le Mcin, 
Efnerckifigen en Suaubc,^^ Brandfcheidt 
auRhein, en portent aufîi. Voila ce 
qui palTe pour blafon fingulicr chez le 
Preiioft j & vingt fcUTiilles pour vne. 

En la page 14. de la Préface de Tes 
origines, il ait ; quand le àli tom nos an- 
ciens Efcriuatns, t'entens lapluff>nrt.Tc\-_ 
lement que tous ; & la plufpart font 
vne merrne chofe à Ton fens. 

On dira peut-ertre que l'Autheur 
Moderne n'a iamais fait prof.fTion de 
Théologie, de Philoiophie , de Géo- 
métrie , d'Arithmétique , de Géogra- 
phie , de Chronologie , de PHiftoire 
Sçauante,ny de la Purifprudence 5 mais 
qu'on ne luy fciuroit refufer , fans in- 
iuilice , la gloire d'eftre fçauant en la 
connoilfance du blafon , & que ceft la 
feule qu'il aiîede , Sz pour laquelle il a 
trauaillé près de trente ans. Pour exa^ 
miner fans paiïion s'il eft excellent eq 
cette fcientc, iela veux confiderer dans 
routes fesjparties. 

Le Blafon eft vne efpece d'Encvclo- 
pcdie. Il a fa Théologie , fa Philofo* 
pJaie ;fa Géographie , fa lutifprudencej 



330 L'Art au bUfon iufiifié. 
/a Géométrie , Ton Arithmétique, fou 
Hiftoire &: fa Grammaire. La premiè- 
re explique fes myfteres , la féconde ap- 
plique les proprietez de fes figures , la 
troifîéme cnfeiane les Pays d'où les 
familles tirent leur origine, ceux qu'el- 
les habitent & ceux où leurs diuerfes 
branches fe font eftenduës. La qua- 
trième explique ks droits du blafon , 
pour les brifures , les litres » la po/ïtion 
des armes aux lieux publics àl'occaiîon. 
des patronnages , &c. La cinquième 
confîdere les figures , & leur afliette , la 
fîxiéme en examine ienombre ,1a fep- 
tiéme en donne les caufes , & la derniè- 
re en explique tous les termes , & de- 
eouure leurs origines. 

La Théologie des armoiries n'eft 
autre chofc quVne Théologie fabuleu- 
i€,qui donne des origines myfterieu- 
fes aux famiilles , & qui les fait qua(î , 
defcendre des Dieux. L'origine des 
maifons de Poitiers , de Tournon , de 
Luzigrxan,&: de quantité d'autres eft_ 
de cette nature. C'eftce que l'ancien 
Preuoft nomme jonglerie, & mytho- 
logie : mais il a donné dans le panneau 
poux quantité- d'origines qu'il a voulu " 



chapitre treiz^iefme. y^^i 
ranger fous ce chef j comme celles des 
Rois de Nauarre , des Seigneurs de 
Coucy , de Chaftillon , & de Longue- 
ual j des Seigneurs de Villers , & de 
quelques autres familles dont les bla- 
ions font authorifez par Phiftoire. Au 
contraire ; Il fait de la croix de Sauoye 
vne concelïïon des Cheualiers de Rho- 
des , & plus malicieufement des quar- 
tiers de Saxe ioints aux armes de Sa- 
uoye vne conceffion des Ducs de Saxe, 
comme fi cette Royale maifon auoin 
efté foûmife à cet ordre de Gentils- 
hommes , & à ces Princes Allemands y 
L'hiftoire deM.le ChcualierGuichenô 
peut détromper de IVne Se de l'autre 
de ces erreurs les Partifans du Preuoft. 
Il ne reuflît pas mieux en la Philofo- 
phie du blafon , quand il prend les fi- 
gures dans tous les mauuais fens qu'el- 
les peuuent auoir , mettant à la cadene 
ceux qui portent des chaifnes , &c. Il 
faudroit à ce compte , comme i'ay dcf- 
ja dit j biffer toutes les armoiries corr.r- 
pofôes des corps naturels & artificiels. 
Puifque les lys fe fanent , les lyons & 
les léopards font cruels & fanguinaires, 
& les ii:iredes vilains-. Les chauditres- 



3 3 i L'Art du hlafon iufiife. 
des Guzmans , des Manriques , & des 
Herreras , les Poifles à frire des Padil- 
las, les pots des Pignatelks , & les mar- 
mir;s des Montbourcliers , & des Ol- 
letres , feroient indignes de laNoblefïè 
eftauc àts pièces d'vnc batterie de cui- 
Une. 

Pour la Géographie des armoiries. Il 
place en Hollande la famille de Boetz.e~ 
/^y,qui efi en Veftphalie félon l'armo- 
ïial Allemand imprime à Nuremberg 
page 15)1. du tome i. 

Il a fort mal expliqué la pofition des 
quartiers des armoiries, mais c'eft vn 
point que ie traire ailleurs , & ie remar- 
que feulement icy touchant les figu- 
res 5 quil a voulu bannir les otelles, ou 
en faire des etelles , changé le pairie en 
falhum , &C. Ncantmoins comme cela 
femble hors de l'art , & que ie i'ay exa- 
miné ailleurs, ie viens à d'autres points 
plus propres du blafon. 

I . Il prend pour des gouiîets les efpa- 
ces que laiife le chef-pal contre le icn- 
timent de tous les Autheiirs, qui di- 
ftinguent les goulïèts du chef-pal, dont 
les ngure5 font aulîî différentes c'eft cd 
ia page i G6. des origines. 



Cf0^.fttre treizième. 335 
1. En la page 10. de la Préface de {z^ 
origines , il a mal blafonné les armes 
de Monc&nis , allant qu'ils portent de 
gueules à V7ie fajfe d'argent ftirmontée A'v- 
ne autre f.tjfe vndée. Car pour les blafon- 
ner ai'nli , il faudroit que la fafce d'ar- 
gent fut au milieu de l'efcu , qui eft la 
icituation ordinaire de la Ç:iÇce. Le fieur 
Louys Becauld à blafonné ces mefmes 
armes , plus régulièrement dans les 
preuues de l'hiftoire de la ville deChâ- 
lon , où il dit. 1569. M. Philibert de 
Aiontconis Chenalier de l'ordre du Roy ; 
de gueules à deux fafces , celle du chef 
ondée d'or , &; celle de la pointe d'ar- 



gent. 



5. Il ne met aucune diftinâ:Ion en- 
tre le bafton te la cottice. 

4. Il confond le rcfarceléj^: le recer- 
cclé , le trefïle & le tiercefaeille p.ij j» 

j. Il faitlemefme des ze tmes ijfant 
Se naijfant. 

6. Il donne vne croix pocencée au 
lieu d\ne croix pattée aux Comtes de 
lafFe. 

7. Il dit page 246. des origines qu'il 
y a plus de i yo. ans , que les aifnez des 
familles ont portç les armes pleines. 



334 L'Art du bUfon iuHifie, 
& pourtant Philippe li.& Philippe III. 
brifoient dVn lambeau durant que 
leurs Pères viuoicnt quoy qu'ils fuIlenE 
aifnez , comme a remarqué M. Chifflet 
enfes Cheualicrs de la Toifon, 

8. Il confond les maifons de Tier- 
celin & de Sarcus en vne feule , de dit 
d'vn air impérieux ôc decifîf en la pa-'' 
ge 175. de l'origine des armes. 

JVotez. aujfi que les fieurs de Éercm en 
Picardie font du nom & arm&s deTiercelin-y, 
d'oie voui corrigerez C armoriai du Jieur 
Cuichenony oh les armes de Ser eus font mal 
blafonnées de gueules à vn fautoir d'ar- 
gent , d" 4- merlettes de mefme^ Surquoy 
ie dis à mon tour. Notez que les fieurs 
d£ Sarcus en Picardie font du nom & 
armes de Sarcus ditferens des Tierce- 
lins ; d'où vous corrigerez les origines 
du fieur ancien Preuoft , où les armes 
de Sarcus font mal confondues auec 
celles de Tiercelin. 

Adrian la Morliere Chanoine de 
rEgliiê Cathédrale d'Amiens , en fon 
recueil de pluiieur' nobles & illuftres 
maifons viuantes & efteintesen Peften- 
duë du Diocefe d'Amiens , & à Tenui- 
son y ^c^.dJftingue ces deux familles, . 



Chiifttre treizième. n^ 
dont il traite en deux chapitres difFe- 
rens page 158. 1 yp. 160. 161. &. 161, 
& 163. Il donne pour armoiries aux 
Sarcus de gueules au fautoir d'argent 
accompagné de quatre mcrlertcs de 
mefme , &: aux Tierflins ( il e'crit ainfî) 
d'argent à deux tierces d'azur paifecs 
en fautoir accompagnées de quatre 
merîcttes de fable. Bonne de Sarcus 
héritière de la maifon , fille de lean Si- 
re de Sarcus , & de Marguerite de Cha- 
tannes cfpoufa lolfe de Gourlay Sei- 
gneur de Monfures, d'où vint leanne 
de Gourlay Efpoufe d'Adrian de Tierf- 
lin à qui elle porta la Seigneurie de Sar- 
cus a ce qui a fait donner dans le pan- 
neau au Preuoft , qui a voulu corriger 
pial à propos vne perfonne plus exaâc, 
& plus intelligente que luy en hiftoire 
& en généalogies. 

Il applique mal la plufpart des ter- 
mes de cet art : comme Efploj>é , qu'il 
dit des deux teftes de Taigle au lieu de 
rappliquer à Ces aifles eftcnducs , ce 
mot venant d'ExplicatM. Tous les an- 
ciens manufcripts nomment Taigle à 
deux teftes au chef party : comme ie 
montreray en expliquant ce terme. 



^ }6 jj Art au hUfon injiifie. 

2. Il applicjLie deché aux oiuiertnres 
de certaines pièces , pour lesquelles ce 
mot n'a. iamais eftc vl'îté chez les an- 
ciens. 

3 . ]^! prend mouffié ^oinarmê : au lieu 
que ce terme ne le prend que pour les 
poils du lion , que Ton ombre dVne 
autre couleur, comme on dit fracé pour 
les pommes de pin , ligné pour les co- 
quilles , majfonné pour les traits des 
Tours & Chafteaux nenté pour les 
plantes, &c. C'eft pour ce fuietquc 
Coquille à nommé le lion de Flandres 
moujjlé de grii : parce qu'eftant tout noir 
il auoit befoin d'eftre rcleué de quel- 
ques traits vn peu plus clairs pour fai- 
re vne figure mieux proportionnée , 
& parce que ces traits ont du rapport 
au poil àts moufïlcs on les a nommé 
fnoiijflcz.. 

Page 113. en bîafonnant les armes 
rfe Lalain , il deuoit nommer les Lo- 
zangcs accollées parce quelles peuuenr 
eftre deftachées les vnes des autres , 
& celles- cy eftant attachées on le doic 
exprimer. 

Page 188. Il dît que le vulgaire 
Lionnois nomme les fets de Moulin 



chapitre treiziefii^^e. 337 
anilles par corruption. Mais ce terme cil: 
leur nom propre , com.me ie le iuftifie 
autraite des origines. La mefme , il ne 
fait aucune différence entre la croix 
anillée Sc la croix anchréc,dont i'affigne 
ailleurs ks différences. 

Pacre 15)3. Il fait d'vn gyron vne ar- 
doife ou vne tuile à couurir les tours. 
Voicy vn point, plus confîderable. H 
prétend faire palier les pannes ou four- 
rures pour purs m.etaux page 158. & 
çomfaujfes armoiries y fans remijjion , & 
mal blafonnées celles ou d\iutres métaux 
font mis fur ces pannes , & celles o« 
deux Emaux font le champ , & reçoi- 
ucnt fur eux vne figure d'vn feul email, 
dont vne partie fe trouue ainfi eftre 
couleur fur couleur ou métal fur mé- 
tal , qui feroit condamner de faulîeté 
les armes de plus de mille familles illu- 
ftres du Royaume, comme font Efcou- 
bleau , Taiaru , Vcndofme anricn, 
Luzignan , la Rochefoucaut, CafTmel, 
&c. Et enfin tous ceux qui ajoutent 
quelque pièce fir les fourrures i & fur 
le fafcc , bandé . échiqué , lozangé , gy- 
ronné , paie , coupé , party ,■ tranche , 
écartciée,ôcc. qui occupent tout l'efcu. 



338 L'Art du hUfon mfiifie. 

En la page 4^. Parlant d_s armes de 
la maifon de la Chambre en Sauoye 
qui eft efteinte , il rapporte ce que lean 
d'Ofonuille en a dit en l'hiftoire du 
Duc de Bourbon , t^n elles ejloïent ajfez. 
pareilles k celtes de Bourbon. Surquoy il 
prétend que cet affez doit eftre pris 
pour fort , comme eftant tout à fait 
fcmblabies à celles de Bourbon.Neant- 
moins cet Autheur a efté plus iudi- 
cieux queUiy^en difant qu'elles eftoient 
êffez pareilles , ceft à dire quafi fembia- 
bles : car. La Chambre ;?or/# d'azur fe- 
wé de fleurs de lys d'or h la bande de gueu- 
les brochant fur le tout , félon le Preuoflj 
&:voicy celles de Bourbon blafo»ne'es 
par MeiïieLirs de S. Marthe page i. du 
z. tome de l'hiftoire généalogique de 
la maifon de France. 

Les Comtes de CUrmont en Btauuaijis, 
ç«/ depuis ont pris le furnom de Bourbon, 
f ort oient femé de France , & pour brifure 
oH différence , le ballon de queula pery 
en bande , (jui anciennement brochait fur 
le tout. Mais depuis les Princes de cette 
illulhe maifon fe voyans approcher de la 
Couronne , & auoir le titre de premiers 
Princes du fang , ils changèrent le ba- 



chapitre treÏÏ^efme. ^^^ 
jfton en cottice , 6c en après en filet fans 
toucher aux boids d. Tefcu. 

Cette difTerence de bande à bafton 
Se cottice , a fait dire à Oronuille que 
Ces deux armoiries eftoient afTez pareil- 
les , & en cela il a cfté plus exa6t bla- 
fonneur que le Preuoft. 

En la page 65. ne reconnoiiïant pas 
les armes de la maifon de Rochefort en 
Dauphiné , qui font de France au chef 
d'or chargé d'vn lion ilfant de gueules; 
Il fait des coniedures à perte de viie , 
& les fait le blafon de quelque puifné 
de la maifon d'Eftain. Ce qui fiit voir 
la foy que l'on doit donner à fes autres 
coniedturcs auffi ruineufes que celle-là. 

En la page 75. Il veut que tous ceux 
qui portent d'hermine en quelque Pro- 
uince qu'ils foient l'ayent eue parcon- 
cefïïon des Ducs de Bretagne , qui eft 
faire ces Ducs plus grands Seigneurs 
qu'ils n'ont iamais eftc , & lî lareiTem- 
blancc des pièces conformes aux armes 
des Souucrains eft vn fondement fufïî- 
fant pour appuyer de femblables con- 
iedlurcs, tous les Seigneurs qui portent 
des Chaft:aux les deurontaux Rois de 
Caftille j Tous ceux qui ont des lions 



3 40 L'Art du hUfon iuftïfié. 
les tiendront des Rois de Lcon ou 
d'Arménie ; ceux qui ont des léopards 
des Rois d'Ang'cteiTe, & ceux qui por- 
tent des aigles des Empereurs. Ainfî 
il y aura peu de blaions qui ne foient 
des conccfTions. Mais afin que le Pre- 
uoft ne m'accufe point de luy impofer, 
ic rapporte icy Ion témoignage fans 
altération , il cft en la page 75. des ori- 



gines. 



Par cette mefme règle mm fouuons dire 
que nniu auons trouné l^ raifon des armes 
de ceux de Viuonné en Poitou y de Rou- 
bais en Flandres y& des Verneys Sei- 
gneurs d'^rgigny , Gsnîils-hhmmes de 
Beaujcllois dont la maifon eji esîetnie , qui 
portent toia d'hermines à vn chef de 
gueules par conce(fi on des Ducs de Breta- 
gne 5 comme il efi a croire. 

Comme tft-il à croire, que ces Ducs 
ayent fait de femblables conceiTions 
dans des Pays qui ne leur eftoient pas 
fournis , puifqne le Preuoft nie en ion 
Epifa-e qu'ils ayent pu annoblir dans 
leurs propres terres ? 

En la page 145. Il dit , que »<7«^ »V 
tions pas feulement des hermines de fabl^, 
mais encore de gueules & de finople , 



chapitre treiziefme. 3 4 r 
voire meime d'or Se d'argent. le lay de- 
manderois volontiers des exemples des 
hermines de cette forte , dont Loiinan 
Geliot protefte qu'il n'a pu trouuer 
aucun. Secondement il me femble , 
qu'ayant dit ailleurs que le fable eft vne 
fourrure , 8c que ce nom eft celuy des 
martes , dire qu'il y a des hermines de 
fable , c'eft à dire qu'il y a des hermines 
de martes. Ainfi l'ont fera du Satin de 
laine , & de la fuftaine de taffetas. 

En la page 14e. Il nomme très ridi- 
cule y & très impertinente la diftindion 
du grand , & du menu vair, dont pour- 
tant les plus anciens manufcripts font 
garands :, & ie foûtiens que cette diftin- 
dtion n'cll pas moins necclfaire que 
celles des points Equipollez &de l'E- 
chiquier j des fafces , des trangles , des 
burelles , & des iumelles : des bandes , 
des ba.:ons ,des cottices, & des filets, 
&c. Ainii quoy que Beffioy foit vne 
Tour ou vne Machine , il ny a au- 
cnn inconuenient que les varrs de trois 
traits , qui font les plus grafids , & qui 
en ont la figure foient nommez beffroys, 
014 grands vairs , ceux de quatre traits 
vairs fans addition,& ceux de fiix mentu 



342. I^ An du bUfon iufiifié. 
vairs. Car la dill:in6lion qu'on a depuis 
inuentée par le nombre des traits n'cfl: 
pas ancienne , & on ne la trouae pas 
dans les vieux manufcripts. 

Page 148. Il attribue les couleurs 
ordinaires du vairà la mode la plus vni- 
ucrfelk'jquoy qu'il n'y ait aucune hi- 
ftoire qui nous alîeure que nos Pères 
aii-nalTcnt mieux s'habiller de bleu & 
de blanc , que d'vne autre couleur. Au 
contraire , il femble qu'ils ayent plus 
affecfté le rou^e , ce qui eft ancien félon 
le Poète. reftiturG^lUa Rujfis. 

Page iji. blafonnant les armes de 
Montriihart en Comté , il dit fimple- 
ment de vair a vne croix de gueules , au 
lieu de la nommer alez.ée. 

P. 15 7. Il dit que les armes des Pauies 
font vairées d'or Se de linople à Aifnay, 
oiii'ay occaiîon de dire que fa vue l'a 
trompé , car elles font vrayment vai- 
rées d'or Se de gueules , comme en l'E- 
glife S. Bonauenture. Il eft vray que 
l'humidité à beaucoup terni ce rouge, 
&luyadonné comme vne couleur de 
fueilles mortes , ce que noftre Autheur 
deuoit auoir reconnu. 

Page 160. Il fait vn raifonnement 

agréable 



Ch/ipitre treiziefme. 343 
agréable lur les armes faulFes , quand 
il die. Ce terme de Faux en armes ne figr-i. 
fe autre chofe finon v^e certaine obfcHrité 
morne & fombre , qui refnlte de l'affinité 
des couleurs & des métaux mal ajfortù, 
quilespriuede l'écUt & de la fplendeur 
(jHtls receuroiem far U voifmage de queU 
qu'autre email pltu opposé , ce qui fait que 
les armes n'ont poi cette condition que Paul 
loue recommande tant en armes ernprifet 
&deuif€s militaires , C'habbiano bella 
vifta , quelles foient belles , gayes , & 
Agréables à voir, ce qui ne peut ejlre que 
par ce ludicieux ajfortiment de couleur & 
de metauxt comme dit efl. 

L'ancien Preuoft ne pouuoit pas 
nous donner de plus belles marques de 
ion infuffifance que ces huit lignes , ou 
il confond les armoiries auec les deui- 
les, où il allègue mal à propos l'autho- 
rité de Paul loue, où il luy donne vn 
contrefens , & où il fait vn raifonne^ 
ment plus faux que les armes faulfes. 
Car pour commencer par le raifonne- 
ment qu'il fait de l'affinité des couleurs 
&des métaux. Si dans fa pen fée les 
émaux du blafon font pris des habits, 
qui ne fçait que le rouge , le vert & le 



5 44 I^Art du blafon iuftifie. 
noii' s'y allient gaîrimment,que le blanc 

6 le jaune conuiennent aflez bien , & 
que le bleu & le verd font vne agréa- 
ble liurée. 

Secondement , s il n'y au oit eu que 
cette raifon pour le fiufî'eté àts armoi- 
ries , celles qui font de métal ne le fe- 
rqient pas , puis qu'elles ne rendent 
poinit l'éclat fombre , &c qu'elles font 
au contraire les plus éclatantes , ce qui 
eft tellement vray , que l'Ecriture n'a 
point de comparaifon plus propre pour 
expliquer la conuenance d'vn mot dit 
bien à propos , que le rapport de l'or 
& de l'argent. M4a amea in leiiix ar- . 
centeh , ^hilo^uitnr verbttm in tempore 
fuOiProuerb. i$. Outre que ces armoi- 
ries ,qui en feroient compofées eftant 
plus riches , & plus pretieufes en fe- 
roient aufli plus belles , & plui propres 
des Souuerains , dont les habits font 
beaux Se magnifiques , quand ils Cent 
de toile d'or & d'argent. , ' 

Troifietnement j Paul loue n'a iamais 
parlé des armoiries > quand il a voulu 
qie les deuifes fulfent agréables, & à ce . 
que ie vois le Preuoft ne fçait pas 
encore la diiFerenee qu'il y a entre ces » 



Chjupitre treizÀ-éme. 34^ 
deux peintures fçauanres. Ou comme 
il eft paitifan de la cotte d'armes, ayant 
lu dans cet Autheur ( fî pourtant il a 
lu) imprefe ricamate nelle foprauefie , il 
a pris CCS deuifcs pour des armoiries , 
ôc n'a pas fait reflexion que cet Au- 
theur n'en donne aucun exemple , qui 
ayt efté armoirie. Car il donne à Bar- 
thélémy d'Aluian vne Licorne qui mec 
fa defenfe dans vne riuiere dont elle 
charte des ferpens , &c des crapaux auec 
ce mot 'senend Pello. C'eft ce fameux: 
Capitaine qui ferait fa Republique de 
Venife auec plus de courage que de 
bons fuccez. 

le ne puis omettre icy les circonilati-^ 
ces de la pompefunebre, qui /ont tout 
à fait lîngulicres. 

Les Soldats gardèrent fon corps 
dans l'armée l'clpace de vingt-cinq 
iours 5 & le porteient auec eux dans 
toutes les entreprises qu'ils firent fur 
les ennemis » 6c comme enfin ils vou-' 
loient demander vn pafle-port au Ge- 
neral de l'armée ennemie , pour le faire 
conduire à Venife le Braue Théodore 
Triuulce s'y oppofa , difant qu'il le 
falloit porter au tombeau .à; itisain a&- 



34^ L' Art du hUfon iuflifie. 
mee , de peur qu'il femblall craindre 
après la mort vnennemy qu'il n'auoit 
iamais redouté. Voicy comme Gui- 
chardin le raconte j Sexagenario minor 
imtio OBohrù magno cum f^enetomm ,fed 
longe mahre militum ftiorurn rnœroreex- 
eejfit è vità , <jfii cum e\us défi derium ferre 
non pojjcnt , eÏM cor pus vtgtnti quinejHC 
dies , in exercituipfum quocumcjue progrc' 
deretttr ,r)taximà pompa ferent es retinue- 
runt '-, (jHumcjue eum yenetia^ ferre vellent, 
non tulit Theodorus Triulthu , vt fîdes 
fublica^ ejtiemadrnodum multi monebant a 
iW. ^ntotiio Columna per f^eronenfium 
fines tranfcundi peteretm\ ne quiviuHt 
hoHes nttne^uatH formidajfet , mortuus ti' 
morts ederet figna. 

Ce braue auoit pourarmes, d'argent 
au pal de gueules auecvn chef de Fran- 
ce par concefïion d'vn de nos Roys. 

De mcfme le Seigneur de Chau- 
mojit de la maifon d'Amboiic , a pour 
deiiife chez cet Authcur vn Sauuagc 
auec ce mot , Miter» Animurn agrefiifub 
eçrpore feruo. 

' Les Fiefchi de Gènes ont pour la leur 
des Alcions flottans dans leur nid,auec 
ces mots 5 l^ous fçauons bien le temps i 



chapitre treiziefwe. 547 
te leurs armes font bandées d'or & d'a- 
zur. 

Le Braue de la Trimouille^qui après 
pluiieurs vi£loires remportées mourut 
glorieufement à la vûif de Ion maiftre 
en la bataille de Pauie , auoit pour de- 
uife vne Roiie , auec ces mots j Sam 
for tir hors de l'ornière. Pour apprendre à 
ceux qui la verroient, qu'il ne s'efloi- 
gnoit iamais du feruice de Ton Prince, 
ny des Lois de la Raifon, 

Le Comte de Pitiglian General des 
troupes Vénitiennes en la guerre de 
Lombardie , auoit pour deuifc vn de 
ces colliers à pointes de fer, que l'on- 
met au col des dogues , auec ce mot;' 
Sanciat & défendit. On void encore au- 
jourdhuy cette deuifeau Palais de Ni- 
cofie à Rome , poiïedé par vn Seigneur 
de la maifon des Vrfins , & l'on void 
«écrit dans l'enceinte de ce collier. Prius 
Mori cjuam f de m franger e : belle deuife 
pourvu Caualier généreux. 

Les Seigneurs Colomnes durant les 
troubles de Rome fons Alexandre VL 
qui tourmentoit les Barons Romains 
prirent pour deuife des Rofèaux au mi- 
lieu des eaux courantes qui les agitent 



34^ iJ An du hlfifon iufiifie. 
fans les abbacre , ce qu'ils exprimèrent 
en ces mots ; VleUimur non fra^igimur 
vndis. Voila quelks font les deuifes 
dont parle Paul loue , toutes difFeren- 
tcs des armoiries auec lefquelles elles 
li'ont aucun rapport de ncceffité, quoy 
que quelques vnes \qs puilfent auoir de 
bien-feance, comme celle des Bargagli 
qui auoient des Rofes en armes & en 
deuife 5 auec le mot femper fuAues. 

Pourreuenir à la bellavi[ta que Tan- 
tien Preuoft allègue de Paul loue , i'ay 
fuiet de dire qu'il n'a pas lu cet Au- 
- tjheur , puis qu'il applique aux couleurs 
ce qu€ cet. efcriuain à dit des figures , 
& aux armoiries ce qu'il a dit pour \qs 
deuifes. Car ceft en la page 1 1. de fon 
Dialogue , OM parlant 6.çs conditions 
de la deuife, il dit ; Terza,che fopra tutto> 
habbia bella vifia , la ejual fi fa, riufcire 
moite allegra > entrandoui (lelle ^foli, Cune^ 
fmco y aci^ua , arbo/i verdeagtanti , &c. 
Il ne dit mot des couleurs. En la table 
il dit la mcfme cho^e , ehe habbia bella 
vifla corne dp ftelle ,fnli &c. Et certes il 
y a cette différence entre les deuifes & 
les armoiries , que celles là eftant des 
peintures ingenieufes dont on fe. fext. 



chapitre treizième. 3 49 
poiir exprimer les fencimens de h plus 
belle des paflions , on le fait toufiours 
auec des figures agréables , où celles -cy 
au contraire font des figures de terreur, 
comme cftant deftinécs à la guerre, & 
aux entreprifes courageufes. C'eft pour 
celti que nous y voyons des dragons., 
des ferpens , des membres d'animaux 
defpecez , des bras & des iambes cou- 
pez , qui feroient de laides figures en 
deuifes , & qui en font de nobles en 
blafon. 

Les armes fauffes ne font dites telles 
que depuis les Loix eftablies par les 
Heraux , qui ont ordonné qu'elles fuf- 
fenr de Métal fur couleur où de cou- 
leur fur Métal. Ainfi nous ne nom- 
mons pas /^«jffj celles de Godefroyde 
Bouillon , parce qu'elles eftoient anté- 
rieures à ces Loix j & les Heraux les 
nommèrent à Enquérir , non pas tant 
pour demander la caufe pour laquelle 
on les auoit prifes ,* comme la plufpart 
fe l'imaginent que pour obliger ceux 
qui les verroient à connoitrc qu'elles 
eftoient ainfi auant l'eftabliffement des 
Loix Héraldiques. 

le remets à vne féconde partie la ce- 
Q. iv 



cherche des autres fautes qu^iJ a faites- 
contre la fcience Héraldique. le reinar^ 

que feulement que pour n'auoirfçeu 
ftre vn manufcript de FroifTart , ny cor- 
"ger vne faute d'impreiïïon dans Sce- 
ller , ij nous a danné deux plaifantes 
refuenes en fes origines. Laï.p.,8o. 
^I5>i. ou il ditqueFroiiîkt nomme 
es cheurons ihieumm : car au iieu de 
^iie chteurof^s , qui eftoit l'ancien terme 
comme on difoit chief pom chef, il a 
iimplemenrmis^/,,-,;,,;,^,, & fairmy^ 
itère d vne erreur groffiere , i'ay vu ce 
i^^eimc manufcript , & ry de la impli- 
cite du Preuoft.La i.ell en la p. 17.de la 
1 refacc de ces mefmes origines où il dit 
5c©hicr remar^H^ v;fe mm brifnre , & 
^^prencc des BaiUrds , ^ni eft de meurt 
*ej armes j^aternelles fur vn cheurttn commt 
te Seigneur de Somerdic, cjut porta d'or à vn 
cheHrondeBoHrgognelX faut lire canton an 
«eu de cheurÔ.Et cette pratique de met- 
tre les armes en câton,pour les Baftards 
a efte très commune en Flandres. Ro- 
bert de Flandres Baftard de Louys de 
Flandres dit deCrelIV Comte deNe- 
uers & de Rethel. Pieterken , fils du 
mefme Louys dit le Haeze , & Vidor 
Baftards de Louys de Maele portoiem 



chapitre treiiiiefwe. 351 
It's armes <ies légitimes en vn canton. 

Il efl: temps d'examineï l'Eloquence 
de noftre Autheui: , qui efl: lî naturelle 
àc fi merueilleufe au fcntiment dVn 
efl;ranger , qu'elle a mérité Ton appro- 
bation. Pour y procéder auec ordre , 
ie rechercheray en quelle forte d'Elo- 
quence il excelle. Il me femble que ce 
n'eft pas de la facrée , que M. C. a par- 
lé dans fa lettre a fon amy, puis que 
celle-là dépend plus de la grâce que de la 
nature,qui fait au fentiment de cet amy 
tout l'ornement de celle de l'ancien 
Preuoft. Secoridtmtnt i^appréns du 
Prophète , qU€ certe Eloquence eft 
chafte , pure , & innocente. Elo<jftia 
Domini elo^uia caHa. Et ie ne trouue 
que de l'ordure , & des termes de pro- 
ftitution dans l'Epi ft:re, de cet orateur, 
Troiliemement c'efl: dans la chaire de 
vérité, que triomphe l'Eloquence dii 
S. Efprit j^qiii a animé les Prophètes^ 
& IcsDodteurs de TEglife-au lieu que le 
Preuoft n'a- iamais paru dans ce^ tribu- 
nes faintes pour haranguer contre les 
vice^ , ny pour exhorter à h. pratique 
des vertus. Il ne s'en eft pas non plus 
&ruy dans fes Hures , puis qu'ils ne font 
CL V 



y^ I^Art du hlafon iuflifie. 
que des S'atyrcs qui dcchirent l'hon- 
neur 5 & la réputation des perfonnes 
confacrées aux Autels. 

Ce n'eft pas en l'Eloquence du bar- 
reau qu'il excelle , puis que CafTiodore 
l'a nommée, ^rma. iuns non furorisy^ 
&" que la Tienne eft plutôt vn mouue- 
ment naturel de Tes pa0ions alluméeS;» 
que des oracles de la Iuil:ice. 

le ne penfe pas non plus qu*bn luy 
puifl'e attribuer TEloquence de la con-» 
uerfation, qui eft douce & ciuile,&: que 
Ciceron sinommée vrbaNUj ferma & ce— 
mis. Au lieu que la fîenne eft tumul- 
tueufe , & peu ciuile , ce qui a oblige 
vn de mes amis à faire cette Epigram- 
me Latine 

MoNfiraf jiraîorem facundia digna 
itiMeicis 
NAmcjne nludfUfium efi rnfiiciiatis 

CpHS, 

Ce rneime amy ayant vu le titre àt 
î'Epiftre du Prcuoft , qui eft écrit en 
groflTcs lettres d'vne manière nôiraelle, 
en cette forte. A L'ISLE BARBE. 

MoNsiEVR : m'enuoya cette féconde. 
Epigramme., 



chapitre iniziefme. ^^^ 
Scriptorts l'te c^UArelocHmy res ohiia cui- 
<jue efl , 
Infula karbaricM hanc Barbara fola 
titltt. 
Mais ie luy répondis quVne Satyre fi 
peu modefte ne pouiToit pas eftre fortie 
d'vn lieu qui eft le Sanduaire de la Rei- 
ne des Vierges, que cetouurage fortoic 
d'vn Pays où l'herefie a laiflé de la cor- 
ruption 5 & que la date de cette Epiftre 
n'eftoit pas moins faulTe , que les ma- 
tières que i'Autheur y traitoit. 

Hdccine Parthenio maie prudens édita 

cenfes 
. Scripta loco , Paphio fornice digtiA 

maints ? 
Barbaries ibi nulla , fuos ibi Diua pe» 
nates , 
Confiituit, votis tewplafuperbia piif. 
X^pillum virus alit terra illa , venenA 
propinat 
Nullaferisifiûn eft infîdiofa virîs. 
Barbara Prapofito fttit tlla fhb hojpite 
quondamy 
Sa)7[}afed eieFlo rursïts ahhoftefuiti 
Il reftedôcque cette Eloquêce foit vne 
Elorquéce de harâger€,qui dtt attecUherté 
tOHt cç qui luy viet en beuçhe sat art &JanS^ 



3 Î4 L*Art du blafon ittftifié. 
tilude. En effet ie trouue que les flears 
de cette Eloquence font p^utUr/ce y bra- 
fiadej , hifoighes , pohtonj , Redomom , ca- 
fit an de la Corne dit , efioiirdt ^ fanfaron y 
brufque , ridicule , impudence , rnalice , 
iunglerie , dom Quixotet imagination bief- 
fée , Arabe y Barbare , fJarUquin , Saltm- 
banqtie y Charlatan , petit Ecolier ^ 
petit adhenturier , &c. Voila 'ce qui 
a trouue de l'admiration au pied des 
Alpes : & ce qui a mcrité les Eloges 
à'\n homme qui n^eft pas des plus 
éclairez. 

Il eft moins heureux en Poëfie, 
R'ayancpû venir à bout d'acheuer vne 
Epigramme dont il n'adonné que trois 
vers. Quoy.que d'ailleurs il a TEfprit 
fait aux fidions. 

Enjfîn il ne me refte plus à examiner 
que la çonnoifiance des langues ; mais 
auant que m'en gager à- corriger les dé- 
fauts qui! y a commis , il eft à propos 
de me iu-ftiiier des aeciviations dont il 
xaz charge fiix ce point. Il me nomme 
fol en Latin , sn Grec , en Hebieu , en 
Çfpagnol, en Italie», ,& en Allemand 
depuis la page J09. defon Epiftreiuf- 
qu'â la 1 1 7^ Il commence par la langue 



I 



chapitre treiziefme. 355 
ktine , dont il donne trois exemples > 
k premier de vefies /cutfdara : qrt'il ne 
veut pas que i'attribuc à nos vairs^com- 
mc il nos vairs qui font femblables à 
de petits éculfons ne fe pouuoient pas 
appellcr fcutula , & les robes vairies 
vefies fchtulata.. S.Hicrômequi fçauoit 
plus de Latin de Grec &: d'Hébreu, que 
îe Preuoftm'eft vn garant irréprocha- 
ble de l'ifiterpretation de ce terme, lors 
qu'il rend le verfet du 44. Pfeaume , 
eircumamitia varietatibtu , que pluficurs 
Interprètes expliquent du vair en ces 
termes , in fchtuUtù dutetttr ad Regem, 
Le fécond exemple eft fort mal placé 
ayant plus de rapport à l'hiftoire qu'à 
k langue Latine : c'eft le TiQxx\ &ts 
Cincinnats , que ie fouftiens efïre la 
marque d'vne adion genereufe de mê- 
me que ceux des Corttifjr, 3c des Tar- 
guais. Ce qui eft tellement vray , que 
i'ay lieu de m'eftonner de l'cppofition 
de mon aduerfaire : car au rapport de 
SuctonCjCaîii^ura qui ne pounoit fouf- 
frir que les familles Patriciennes , 6c 
celles des Clieualiers portaient des 
marques d'honneur , qui fembloient 
i'accufer de k<;heté n'ayant rien fait de 



j 5 (> I^Art dti bUfon mflifié. 
femblable,il leur défendit de les porter. 
L'Hiftoricn le dit en termes exprès. 
Fêtera firmliamm infignici mbtltjfiml cui- 
que adernh Torquato 7o^qtie//j',Cincinm~ 
ta crinem , Cn. Fompeto fttrpis amitjua 
m^ani cognomcN. Le raifonnement du 
Prcuoft cft que Caligula fit le Barbier, 
& qu'il tondifl: Cincinnat qui auoitles 
ehcLieux crelpus & annekz , ce qui 
eftoit commun à cette famille ; telle- 
ment qu'à fon fcns cet Empereur de- 
uoit couper la teftc aux Capitons , le nez' 
aux Nafor.s, le fiontaux Frontons. Oder 
la foupc de febues , & de lentilles , aux 
FMes , &aux Lentul&i \ & le bafton 
aux Sapions j cnlcuer la peau du vifage 
aux Nemes , pour en ofter les tâches 
héréditaires , & couper les leures aux 
LAbeons. Le Preuoft a donné dans le 
panneau de quelques Interprètes , qui 
ayant lu dans ce mefme Hiftoricn,^^/^- 
ros & comatosqmties fibioccHrrerent occi- 
pitto rafo detutpabat , ont cru qu'il auoic 
fait le mefme à Cincinnat j mais les 
plus clair-voyans ont vu que comme il 
auoit défendu au Petit Pompée de por- 
ter le nom d Gr^nd que fon ayeul auoit 
porté, ac à Torquat le collier quVn de 



chapitre rreïziefme.. 357 
Ces anceilues auoit arraché à vn Gau- 
lois j II auoit auilî défendu à Cincin- 
nac depoi-ter vne touffe de cheueux>. 
<^u vn de CCS ancefties auoit coupé à vit 
Gaulois, à qui les longs chcueux fer- 
uoient de marque de liberté. Le troi- 
fiéme point eft vne pure chicane de 
Grammaire fur les noms prénoms , ÔC 
furnoms des Romains qui ne mérite 
pas que ie m'y arrefte, & il me fuffit de 
faire remarquer l'exprefTion galante du' 
Preuoft qui nomme ces furnoms des 
[ou[bnfur€S, en forte que ie puis dire: 
que s'il a retenu le nom d'ancien Pre- 
uofl; , il a fait ipowrfoitjhifure , & pour^" 
fe diftinguer du refte de fes Parens au- 
quels il a fait iufticc en ce point , puis 
qu'ils l'ont tous abandonné à fon mau- 
iiais génie , & mefme pour fe défaire 
de luy ilsluy auoient procuré l'eftablil^ 
fcment de l'Ifle Barbe , où fa mauuaife 
conduite a pleinement iuftifié les rai- 
ions qui les auoient obligez à l'éloi- 
gner. Le refped que i'ay pour cette fa- 
m^illc , qui a produit d'excellens hom- 
mes m'a fait taire fon nom, & fi i'ay 
fait quelques allufions à ce nom , ie l'ay 
coiilideié feulement comme perfon- 



35^ L'Art du hUfoniupfie. 
ïiel , & particuliei- à mon aduerfaire. 

Il teuiîit aufïï mal en Poppofition 
qu'il me fait en la langue Grecque pour 
le dextroclierc , dont il eft fi éuident 
que la main droite eft l'origine en cet- 
te langue , que ie ne m'y arrefte pas. 
Le iecond Exemple qu'il produit eft 
Ochre c^uQ i'ay nomme mot Barbare, 
& qu'il foûtient eftrepur Grec , & cela 
pour ce qu'il eft dans (on Scapula, com- 
nie Cl Gaza , & Dunum n'eftoicnt paà 
des termes Eft rangers pour les Ro- 
mains , quôy que le premier fe trouué 
dans Ciceron , & le fécond dans les 
Commentaires de Cefar. Ainfî quoy 
que nous trouuions Yaz.ur dans les eP 
crits les plus purs de noftre langue, il 
ne laiirepas d'eftre vn terme Barbare- 
outré que les Grecs paftent h prefcnt 
pour Barbares en noftre langue. 

Pour l'Hébreu il ne me fait aucun 
îîîal , & il aduouë qu'il n'y entend rien". 
^^ Pourl'Italifîn irm'oppofe^«/?û, que 
i-'applique dans le blafon aux teftes ioiri- 
tes à' vne partie de la poîcrine,c€ qui 
eft tellement vray ;, que nous nommons ■ 
ces demy figures des Bufts , &:nous 
«^nnojis le nom de Buft- à cette lame 



chapitre treiz^iefme. 3 5 p 
de ciiiure , ou de bois qui fcrt à faire 
tenir le corps droit aux Dames. Car 
Bufto eft le propre terme de cette par- 
tie de la poitrine auec le col , d'où vient 
que les Italiens difcnt lenar il capo del 
huBo ii^om dire couper la telle. Pour 
Stfcha & Bifiia » c'eft vue faute dlm- 
primeur comme il a luy-mefme re- 
connu. 

Pour TEfpagnol , il eft vray que vi^ 
ure y iènt de vinora , encore que ce mot 
foit formé de vipera. Il veut aulîî nier 
que Giron foit vn terme de cette mefme 
langue , quoy qu'il y ait en Efpagne la 
famille des Girons de nom & d'armes. 

Enfin il m^'oppoCe pour l'Allemand 
l'origine du crequicr qu'il nie eftre 
de cette langue , aufïi bien qu'il alîèure 
que le ceriiîer efi vn arbre efiranger à 
l'égard de ces peuples : ÔC que le creejuier 
eft vn prunier page 155. des origines.- 
Pour me iuftifier fur ce point ie n'ay 
qu'à alléguer l^hiftoire des plantes I.3. 
chap.S. K€g9f<rof Gruis , Cerafta Latmti^ 
Gallis Cerilier, Germanù Kirfchen, Belg. 
KricKen. Les Picards qui font voifins 
des Flamans ont pris d'eux les noms de 
Creques&càe Crequiers. Pour la natui;e 



3 ^o jj Art àa hUfon iufii£e. 
de cet arbre i'en appelle à tous les bla- 
fonneurs Latins , qui le nomment Chu- 
tnscerAftu. Chifflet blafonnant les armes 
de Mefîîre lean Seigneur de Crequy 
& de Canaples 40.CheualierdelaToi- 
fon. ChaKfJtecerafHf coccinea aureo fcuto 
appi[îa. Petrafandta dit le mefme , & 
Frifonen blafonnant les armes du Car- 
dinal de Crequi , ingalLpurpur. Chifflet 
les décrit en François en ces termes , 
fortuit à' or à vn crequier oh cerijîer nain 
degueules. 

Apres m'eftre iuftifîé , i'entreprens la 
recherche de Tes fautes auec plus de 
feureté. Il aduouë de bonne foy qu'il 
n'entend ny l'Hébreu ny l'Arabe. lî 
faut que ie montre qu'il ne fçait pas plus 
de Grec. le l'ay défia fuffifammentfait 
voir en alléguant Hvdvîx dont il seft 
ferui pour 'zrpcétriva , o7haji pour «twa» , 
A_;\^?Vê/(>f marqué de deux accens fans 
qu'il foit fuiui d'vne Enclitique. l'a- 
joiite à ces remarques BayJ'oy qu'il f^it 
Grec d'origine contre la foy de Suid^, 
qui l'attribue aux Romains , qui I'a»- 
uoient emprunté des Goihs. BâvS'ov t% 

x.ah^Tt¥ ôi T^e^euol tI a-n/Aîïov tI i« 'Bohif/.vJ 

Bandum itk vacant Romani Jîgnum mili' 



chapitre treiziefme. 7,61 
tare , l'accent changé à ce BetvJ'ov èc à 
>.ciycûv 3. qui il Ta donné circonflexe 
p. 169. des origines montrent qu*il n'cft 
pas iiabile Grammairien. 

Pour le Latin ie trouuc qu'il a pris 
ConchiHum pour le gueules au lieu de le 
prendre pour le pourpre , y ayant de la 
différence entre la cochenille , & le fang 
du poiiïbn pourpre. Il a pris lamina 
pour vne pièce d^eftoffe , lors qu'il en s 
deriué lambeau , & lamhf^uw. Et hajlula 
pour vne Etelle , qui n*a iamais eu ce 
nom chez 'les Latins» 

Pour l'Efpagnol & l'Italien , la feule 
ejiacade le montre ignoraht en ces deu?: 
langues , comme i'ay défia dit ailleurs. 
De plus en fes origines p. 191. Il deriue 
chenron de l'Italien caprone qui ne jfîgni- 
fie autre chofe en ctxiç langue-là qu'vn 
bouc , ôc l'on s'en fert encore pour vne 
iniure. Mais pour le cheuron du bkfbn 
tous les Authcurs Italiens difènt cheue" 
rone i qu'ils ont fornjc fur noftre cher 
uron , du Latin Capreolus qui cfi; vne 
pièce de charpente félon Vitruue. S'il 
auoit entendu cette langue il auroit 
trouué l'origine de Gumene en Gomc^ 
n(u Son dtj^arji pour diafpré eft vn,c 



^6i a Art au hUfon iuflïfié. 
troiiiéme preiuie de Ion ignorance en 
cette langue. 

Pour r Allemand , il eft vrsy de dire 
qu'il eft haut Allemand pour kiy , té- 
moin le VVappébuk cité pour vn nom 
d^Autheur en la page 1 1 j. defes origi- 
nes , & deguifé en VVappenbuty : ce 
qui me fait fouuenir de la plaifante hi- 
ftoire que raconte lacqucs Pontan 
dVn bon procureur;, qui ayant enuic 
de poufler Tes enfans au barreau , bc de 
les y rendre célèbres , comme les >Au- 
theurs qu'il y entendojt fouucnt allé- 
guer parles Aduocats, fît nommer le 
premier BmoU , le fécond B aide ^ 6c le 
troifiémeCc^* croyant que c'eftoit vn 
Autheur aufli bien que les deux autres. 

Le bon Preuoft ne fçauoit pas non 
plus que Bticl^tn Allemand eft vn liure, 
& VFaf^tn les armoiries ;, & qu'ainfi 
l'on nomme les lambrequins rapfien- 
deck^^ comme couuerture des armoiries? 
Il aauflîpris W<«/</ çom herold , Jfanck^ 
pour fian£_ , her pour heér vne armée, 
ffdii n'eft pas vn mot Allemand com- 
me il prétend page 187. des origi- 



nes. 



S'il auoit entendu l'Anglois, il n'au- 



chapitre vnsiiefme. 16} 
roic pas défiguré la manche de Haftings 
en vne hache Danoife. 

Ce que ie trouue de pkis extraordi- 
naire, cefl que nVexhortant comme il 
fait à culti«»er ma langue maternelle, 
il a n fort négligée , qu'il fait pourpre 
coukur du genre féminin page 1 5 9. des 
origines 8c ailleurs. Trejjie féminin pa- 
ge 155. Il dit filières de paux arrangez 
pour files page 167. Efclauitnde pour 
Efclauage. 5» très rare pour fi rare pa- 
ge 1 67.11 écrit vndée pour onàée, (ty£lian 
pour Elian. Il dkjïhien celle , pour mais 
bien celle , & cent autres ,qui font par- 
donnables envn Sexagénaire qui parle 
le langage des vieux Romans, qu'il a 
IlÎz toute fa vie;&: qui a fait eftude par- 
ticulière des langues , Lionnoife , Bref- 
fande, Maconnoife, Prouençale,&: Gaf- 
conne pour nous donner les origines 
des termes du blafon , comme fi le vul- 
gaire auoit part à ces myfteres de la 
Noblefie. 

Enfin me voicy au bout d'vnc fa- 
cheufe couruée , éc c'cft auec joye que 
ie finis vne difpute allez longue , qui 
peut-eftrene fera pas inutile. l'ay du 
moins cette obligation à mon aduerfai- 



3 ^4 L'Art du bUfon tu fit fié. 
re , qu'il m'a contraint à vne exade re- 
cherche de beaucoup de chofes que 
i'aurois peut eftre neghgées. le luy en 
rends icy des marques pubUquesdere- 
connoifïance , &: pour luy témoigner 
que c'eft à regret que i'ay pris les armes 
pour ma defcnfe en vn temps où l'Eu- 
rooe les a quittées ; le l'exhorte à la 
Paix , où à des combats moins cruels 
que ceux qu'il a rendus iufqu'à prefent, 
& ie luy confeille d'imiter l'oifeau des 
Egyptiens, qui ne fe commet plus à 
l'air dans fa vicillefle, 6c qui demeure 
paifible dans Ton nid , quand Tes plumes 
commencent à tomber. 



p 



Ch/uphre treizième. 3 6^ 
ADDITIONS. 

Age 35. Apres Marte zibeline. Ad- 
_ joutez Louys d'Orléans chap. 19. 
des ouuertures. Et efiait le Koy veftté 
i'vne longue robe de Damai blanc broché 
de fin or de Cjpre , bien dru , boutonné de- 
vant de boutons d'or , & fourrée de Mar^ 
tes fubelines. 

Du Tillet parlant de Louys XI. dit 
la mefme chofe, & il femble que Louys 
d'Orléans l'ayt copié. 

•Pag. 58. Apres le Feron & UColom" 
bière dtfent le mefrne , adj. le Père Petra- 
fanéta. Niger color terram perinde , fed 
vattHoajpettu y&viduam omni cultu in' 
dicat. p. 6 1 . cap. i 8. Sabuleus Nero. Sa- 
bulum color nero o Sabbione. 

Chifflet s'eft au0i ferui en latin da 
mot Sabuletu pour la couleur noire en 
décriuant l'Ecuflbn de Caftille. Ca- 
Jlellum aureum cum oftio ac ffecftlù cya^ 
neu cum fabulcâ lapidwn commtffura, &c. 

Page 67. Apres la dernière ligne, 
adj. Le P. Petra-fanâra s'eft fouuent 
ferui des termes Purpurem , & Purpura- 
tt44 i pour le gueules en voicy des exem- 



y66 LArt du bUfon iuftifié. 
pics. Clermont , page $^\.tn decujfim 
traie fia cUnes argentea in purpurafa par~. 
mulk funt Cleimontiorum in Delphi- 

TMtU, 

Monlafmy CoOlns, dont le Père de 
Varennes dit , d'argent au Uon de gueules 
A.L. &: C. d'or à Torle de canettes de 
fable. Le P.Petra-fancta qui cite cet 
Authcurdont il a tiré cet exemple, dit 
en latin ; air a anates circa metallt argentei 
alueolum , in quo fit purpuratus Léo , dta- 
dematus , linguatus , & coronattu anrg, 
page 604. 

Pour Palomeque qu'il a tiré d'Argo- 
te deMolina pag. 178. Qui dit, Lesdel 
Apellido de Palomecjue traen por Armai vn 
Léon de oro en campo azul , y por orla cin • 
co palomoi de plata en campo roxo. 

Le merme Autheurrend en latin ce 
blalon en ces termes p.597. Palomeque 
columbuU ejuina argenteoU m margine 
purpurato circa cmfiamfcuti areolam leone 
aureoimprejfam. 

Pour le Royaume de Grenade. Re» 
gia tejfera Granatenjis malum punicum 
purpureiim cum fiondihtu &ramopraJi' 
nis in argentea areolâ. 

Page 80. Adjoûtez les témoignages 

du 



Additions. 3 Gj 

mcrmePere Petra-fanda pour les mou- 
cliccuros d'hermine. C^^. 5 z.<^tf Hermia^ 
nico vellere. Exuui« Pantici mûris , can- 
didat quidem fuomet ingenio, fedipar- 
fx MufcAriié atris. Cap. 60. pAg. 49 j. 
aurea; très rofa; circà capreolum can- 
didum rerm's atris hermonicae alutîc 
mitfcariti macuiofum in folo fapphirinî 
coloris funt Netfiorura in Gallia. '^- 

Page 106. Apres àîrliv fulcireappU- 
CAY€. Adiûûtez. Il y a aufîî grande ap- 
parence o^'atteUr vient de THebreu 
^nn fafctps inmlnerc Itgdn , circHmli' 
gare , parce que l'onbafidc les bras que 
l'on ^/rr/r, comme au/îi on dit emboîter 
à caufe qu'on remet les os difloquez 
dans leurs boettes. 

LePrcuoftenla p.Si.defon Epiftre 
donne pour armoiries ancicnes deTAn- 
gleterrc vne croix* parce d'argent can- 
tonnée de 4. colôbes,dont Henry Spel- 
man Autheur Anglois fe moque en Ton 
Afpilogic page 41. & dit ; yeruntamen, 
& hic tn fnfpicionent veniant falUces ifli^ 
vtpotè fcHttim iBud ex argcnteis eint nu- 
mis efinxiJfe^^Hahefjt enim numiftti inter 
ânes (juaiuor bacilïos midem fe inuicem 
inshar crncis âtjfecamcs ,,..& étdhwg^m 

K 



y 6^ L' Art âuhhtjoniuftifié. . 
nufciuam locorum Edvvardi Anum refc' 
tevtiMnjfi omnem anti^nitatem templa^ 
caftra ,monumenta 3 radeya ferlufîraue- 
rù y reperiri credo , neqiie arma iîia, nec 
Artnortirn ejuidpiam : ceriè eittstempefiatis 
rehqu'tA * ne fimplkis f^Hti { quant vn- 
^uarn vider im ettam data oper<êi ) ejfigiem 
fidrnitt'.tnt. Et certes il l'on pouuoit in- 
férer des rnonnoies , que leurs rcuers 
fulfent des aïmoiries , le croifïant qui 
fait ceiuy des teftons de Henry II. La 
croix de buit L. entrelairées & cou- 
lonnées des Louys d'or, &: le S.Michel 
des Angelots d'Angleterre palTeront vn 
ioiir^our armoiries. 

Page 187. Adioiitez > que ce Lam- 
bel à deux pendans fut pris en k mai- 
fon de Grolier , par Antoine Grolicr 
Seigneur de Belair , puifné de Georges 
Grolier Treforier General de Crémone, 
qui auoit tÇoo\x(é lacqueline Stuart De- 
moifeile EfcofTbifelezo.Ianu.ijiy.Cet 
Antoine Seigneur de Belair efpoufa 
Loiiïfedela Fay,dont il eut Antoine 
Grolier Seigneur de Belair, qui mourut 
au voyage de Naples fous M. de Lau- 
frec,^: fut enterré à Auerfe.Et François 
Grolier Seigneur du Soleil , de Fleury, 



Additions. y6^ 

-de Belair Se du bois d'Oing , qui erpou- 
-fa Françoife de Grillet , & dont il eut 
Antoine Grolier Seigneur de Seruieres, 
Imbert Gralier Seigneur du Soleil de 
de Septeuille, Louïfe & Anne Grolien 
Antoine Giolierfut marié en premières 
nopces à N ... . . . Bonin , dont il n'eue 

aucuns enfans. En fécondes nopces il 
efpoufa Marie Camus , de laquelle il 
eut Charles Giolier Seieneur de Ser- 
uieres,qui a efté Preuoft des Marchands 
de la ville de Lyon , ôc pluiieurs au- 
tres enfans de très grand mérite , l'vn 
■defquels a cfté Cheualicr de Malte , ÔC 
renommé fous le nom de Commandeur 
de Seruieres.Ce Charles Grolier a quit- 
té le lambel à deux pendans , citant à 
prefant chef de la famille. Les autres 
branches l'ont tetenu , on void ce lara- 
bel en la Chapelle des Groliers en l'E- 
glile S. Paul , où efl en marbre l'E- 
pitaphe de plufieurs de cette famille 
auec leurs armes , & celles de leurs al- 
liances , qui font la Fay, GrilletjBonin, 
CamuSjAlbiiïl & autres. 

On void encore les mefmes armes 
auec ce lambel de deux pendans en vne 
autre Chapelle en l'EgHfe des RR. Pl\ 
R ij 



370 l! Art du bUfon ïufiifé. 
Cordeliers del'Obreruancc , &: en plu- 
fieurs maifons que les Groliers ont te- 
nues &: po:Tedées en la ville de Lyon, 
&; en celles de leurs parens , où elles 
font en pien-e,bois, vitres, &c. 

Pâtre HZ. le ne dois pas diiîîmuler 
que bien que plufieuts interprètent. le 
vers de Foitunat de la croix à double 
trauerfe, d'autres luy donnent vn fens 
mvftique , & veulent qu'il ayt entendu 
que la croix des Prélats à fes croix 6c 
fcs peines quand, on veut s'acquitter de 
fa dignité. 

Page 113. Adioûre^; , que l'Abbaye 
ae Herfchfclt en Allemagne ( que le 
fieur Palliot a fait Euefché , s'eflant 
lailTé furprendre à la mitre & à la crolfe 
^ui font dans l'Armoriai Allemand fans 
prendre garde qu'il y a pour titre , Bt~ 
fttrfie znd Befreyte Ahteyen , qui veut 
aire les Seimieurs Abbez Priuilegicz ) 
porte pour blafon vne croix Patriar- 
chale. La ville d'Afchafenburg aufTi ,^ 
celle de Baeça en Efpagne de mefme 
& la maifon de Lomé au mefme Pays 
Nous en auons auiïi en France comme 
Terrant Se Larcher , Mitrcel Bouquenal, 
. &c. L^ordrc du S.Efprit cftabli à Rome 
la porte auffi. 



Additions. 3 7 1 

M. TAbbé le Laboureur , l\n des 
plus exa6ts cfcnaainsde ce temps, don- 
ne cette croix à double trauerle à Ar- 
thus de Montauban Archçuefque de 
Bourdeaux,à André Cardinal d'ECpinay 
Archeaefqre de Lyon &: de Bourdeaux, 
à Fabius Myrus Frangipagny Arche- 
uefqiie de Nazareth , & à Nicolas Pel- 
leuc Cardinal Archcucfque de Rhcims, 
Tombeaux des pcrfo'jnei lllujircs. 

M. d'Hozier la donne à François de 
Harlay Archeuefque de Rolien , ôc à 
plulîeurs autres. 

le n'entreprcns pas la defenfe des ll- 
luftres, que l'ancien Preuoft à mal- 
traitez dans Ton Epiftre 3 Ils ne font pas 
moins au delTus de fes atteintes , qu'ait; 
de/Tus de tous les Eloges , que ie leur 
pourrois donner.Les dignitez eminen- 
res où quelques-vns font éleucz , 6c la 
réputation que les vns Se les autres ont 
acquife dans le Royaume , & chez les 
eftrangcrs, qui ont efté les admirateurs 
de leurs venus leur font de meilleures 
Apologies , que celles d'vn écriuain in 
connu comme ie fuis. 



.B.'a.'OTHECA 



TABLE 

I^ES CHAPITRES.. 




^il^Reface. 



^^, 



Chapitre î. Oc.cafion de roiiuiâec 

<-iiap 1 1. De l'ongine des Emaux du 
blafon. ^^ 

Chap. II I. Le Pourpre exclus du bla- 
°"' 48 

Ciîap. I V. De THermine & dés Vairs.. 

P^g.yo 

^nap. V. L origine de quelques termes 
du blafon iuftifiée. po 

Chap. V I. Quelques figures du blafon 
reftablies. 126 

Chap. V 1 1. Des Treiïlès , du Pairie , 
& des Bezans. i^i 

Chap. VI I r. Du Bourlct , des Lam- 
brequins , des bonnets en cimier , &: 
des ornemens de l 'efcu. 181 

Chap. IX. De k mitre , de la croix, de 
la croffe , des armoiries des Prélats, 
,& du Vénérable Chapitre des Com- 
tes de Lyon. 204; 
'^hap. X. Del^Efpce. i^^ 



TABLE. 

Chap.XI. Diuers fentimens iuftificz; 

pag. 155 
Chnp. XII. La dcfinition du biaion 

iuftifiée. i.9S 

€hap. XIII. Si l'Aïuheui- Moderne 

eft Icauant. 3 ^ ^ 

Additions. 5^/ 



TEJ^MES EXPLIQ^VEZ,- 

ATtelîc. 104 

Attcllen- îbid. 

Brochant. 114 

Brodé. l^i^' 

Cappeline.' 18/ 

Garrofle. 36 

Cramojfy,' ^S 

Diafpré. m 

Ecarlate.- 24 

Émail. 41- 

Elïbnnicr.'- i'o8 

Gorgerin.- i? 

Gueules. 2.4 

Lambel. 109 

Lambequirii- iio 

Otelle»- 131 
Il iv 



TABLE, 



Pourpre. 

Recercele. 

Refàrcelé. 

RofToli. 

Sable. 

Sautoir. 

Sinople. 

S tangue. 

Surplis. 

Tinei. 

Vair. 

Volet. . 



<57 
130 
125? 

5,6 

e,l 
il 

83 
184 




TABLE 

DES MATIERES. 



ANagramme. P^g^ ^J 

L'Argent des armoiries change 
facilement de couleur. 6 y 

\rmoiries desEuefques. loj 

armoiries de la ville de Rhciras. 164 
armoiries de Cominges. 131 

r> Afton & cottice diffcrens. iS3 



DOezans. 
3lcirures glorieufès. 
3onnets en cimier. 
B ourler. 




170.& fuiu. 
136 
15)9 

184J& fui». 


e 






/'^ ArrofTe origine de ce terme. ^S' 
V^>Chabodi&: Chabo familles de Sa- 


uoye. 
Chiffre du Roy René. 


R 


171 

V 



TABLE. 

Cimiers de la Royale maifon dlf Sa- 

uoye. jç)Cf 

Cleché. ipj- 

Comtes cîe Lyon. 227 

Croix des Archeuefques Primats. 21^ 

Cyclamor. 148 
D 

DE finition du blafon. 2:5)9 

Deiiires. En la préface , & p. 17. 
5)8.1 1 1. 1 3S. 162. 207.266. 267. 171. 

27i. 300.347.348- 
Diafprc. ni 

Ducs de Bourgogne annobliflbigit. 



EMail. Son origine. 41' 

hEmprifc de la gueule du dragon. 
pag.i8; 
Epigrammis. 43. 73. 87. iii.r^.i^j 

264. 267 
E/n^e du Cheualiex Bàyard, 237' 

Efpëcs fur les tombeaux. 24 ij 

Efpée, marque de Cheualerie. 23 S* 

Efpée de lurifdiâion des Prélats, pa-- 



ge246 



Eusfques Seigneurs temporels. 2.4-// 



1 A U L. H, 

F 

FAnon. 17^ 

FouriLires aux habits- des anciens 

Religieax-. xy.aS- 



G 



f^ Veules Ton origine 70. & fuiu, 

HArangue de Louys Aîamanni a 

Charles Quint. ij7 

Hermine.. 70.& fuiu». 



I 



Mitation , Ton caradere, fes différen- 
ces & fes manières. 273.&ruiu,. 



LAmbcaux &: Lambrequins, p. 105?., 
185 
Lambeaux à deux pcndâns; . 285 

Langue faintç., pourquoy ainfi nom- 
mée, 317 
Liaids, leur origine.. lyr. 



TA B LE. 

M 

M Anche mal-taillée. 141 

Manufcript traittant des cou- 
leurs. 45 
Marguerite d'Aucriche 3 fon voyage. 

Martes Zibelines. 52. & laïu. 

MafTes aux arrhoiries du Chancelier* 

pag.zoï. 

Mitre, iiTr 

NOms &c armes des tenans & alTaiU 
lans de rEmprife de la gueule 
du dragon. i8j 

© 

ORigine des ornemens Royaux. 
pag.25) 
Origines ridicules. 99 

Ornemens des Armoiries des Prélats. 

Z04. & iuiu. 
Ornemens Royaux , quels fe commu- 
jij<juq?t aux fuiets. uf 



PAirle. ï ^4 

Pallium. Ibid 

Pappelonné. U- 



TA B L E. 

Peintres & leurs manières. 2.76 

Le Pourpre ex-clus du blafan. 49. 3 6^ 



R 




T} Efarcelé &: recercelé, 

1a 


I2C, 


s 




Ç Able , Ton origine. 
i3 Sautoir. 


3^ 


Il I 


Sicomore. 


14S 


Sinople. 


39 



T 



Inel expliqué. 115 

Tombeau dVn Druide dccouuerr. 

pag. 9; 
Tombeau du Cardinal de la Palu. 8 î 

Treffles. ^^^ 



V 



Air. 85.&ruiu. 



F I N. 



EXTRAIT DV PRIVILEGE 

du Roy^ 

LE Roy par ^&% lettres patentes données à 
Lyoaleij. iouc ^e lanuier i6î9. figné 
Beloc , & feelle de cire iaune ; A permis à 
SfNoisT Cor AL Marchand Libiaiie à Lyoo 
•d'imprimer vn liure intitulé. Le veritablï 
Art dv Blason iliuifé en diuers liures, 
Compor,- par le K P CF. Me n-estrier delà 
Compagnie de Iesvs , & Jefenccs lont faites 
à toutes perfonnes de qiieU]ues quaUtez & 
.^riditions qu'elles foient , d'imprimer j ven- 
dre 5c deMrct le(dits liures , durant le temps 
^eTpace d.e dix ans ; fur peine aux corttre- 
uennnsde trois mil liures d'amande, confîlca- 
tions des Exemplaires contre-faits , & de totis 
.dépens, dommages interdis, comme il eft 
plus amplement poité par lefditcs lettres dei 
Priuilcge- ' 

Reffiftrc fur le Hure de la Communauté 
îe iS. lour de lanuier \(><i9. figne', Bechet. 

Acheaer d'miprimw Je %«,' Mars \i>^i. 



F R l r J L E G E. 

ÏE foufioné Protiincial de la Compagnie âc 
Iesvs en la Prouince de Lyon , félon le Pri- 
uilege accordé à ladite Compagnie par les 
RoysTr.es Chreftiens Henry III- le lo. Macs 
1583. Henry I V. le 20. Noaembre i6g8. 
Lojys Xlli/le uJevrser 161 1. &: Louys XIV. 
à prefenc regaant le 15. Décembre \6<;q. par 
lequel il eft d«fenda à rous Libraires fous les 
peines portées audit Priuilege , d'Imprimer les 
Liures corapofet par ceux de ladite Compa- 
gnie fans pennillion des Supérieurs , Permets 
au Sieur Benoist Cor al Marchand Librai» 
re à Lyon , d imprimer & vendre vnLiure in- 
xkurc. LArt dv Blason i vstie ie': Par 
le P. G. F. Menestrier , delà mefrae Corn- 
pagnie. Et ledit SieurBf.NOisT CoRAL,iouira 
dudit Priuilege pendant fix ans accomplis . en 
<:ont.int depuis le lour de l'Imprellion acheue'e, 
auec defences à :ous autres de l'Imprimer , ou 
faire Imprimet fous les peines contenues audic 
i>nuilegc. Fait à Lyon , ce 15. Feurier. \i6i. 

LAVRENT GRANNON. 



La Bibliothèque 

Université d'Ottawa 

Echéance 



Th 
Univers 



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